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Pour la lauréate du Prix LIVES, l’école a une part de responsabilité dans le harcèlement des enfants handicapés

Les enfants et adolescents atteints d’une incapacité physique ou mentale sont davantage exposés aux violences corporelles, verbales et psychologiques de la part de leurs camarades que les élèves touchés par un autre type de désavantage. Cela est particulièrement marqué lorsque l’institution a étiqueté ces jeunes comme ayant des besoins éducatifs spécifiques. En récompense de la publication de cette recherche dans la revue Sociology, Stella Chatzitheochari a reçu un prix lors de la conférence annuelle de la Society for Longitudinal and Life Course Studies. Le comité de sélection du Pôle de recherche national LIVES a relevé la qualité scientifique et l’originalité de son étude.

Stella Chatzitheochari

Le LIVES Best Paper Award for Young Scholars distingue des jeunes auteur·e·s de travaux interdisciplinaires sur la vulnérabilité dans le parcours de vie. Remis pour la première fois cette année au cours de la conférence annuelle de la Society for Longitudinal and Life Course Studies (SLLS) le 6 octobre 2016 à Bamberg (Allemagne), le prix de 2000 euros est allé à la Dr. Stella Chatzitheochari, professeure assistante à l’Université de Warwick (GB), pour son article Doubly Disadvantaged? Bullying Experiences Among Disabled Children and Young People in England” (Doublement désavantagés? Les expériences de harcèlement chez les enfants et les jeunes handicapés en Angleterre), publié en ligne en 2015 et imprimé en 2016 par la revue Sociology, avec pour co-auteures Samantha Parsons de l’University College London et Lucinda Platt de la London School of Economics and Political Science.

Double peine

Le papier de Stella Chatzitheochari aborde la question du cumul des désavantages qui frappe les élèves infirmes victimes de harcèlement. Déjà rendus vulnérables à cause de leur handicap et des difficultés socio-économiques qui accompagnent leur état de santé, ces enfants et ces jeunes souffrent d’une double peine du fait des difficultés relationnelles vécues au sein de l’école. Il a en effet déjà été prouvé que le harcèlement conduit à des conséquences négatives sur le long terme pour les personnes qui en sont les cibles, tant au niveau de l’équilibre émotionnel que des performances socio-professionnelles.

L’originalité de cette recherche est d’apporter un regard sociologique, quantitatif et longitudinal à un sujet surtout étudié jusqu’à présent d’un point de vue psychologique, qualitatif ou transversal. Partant des données de deux grandes enquêtes britanniques, la Millenium Cohort Study et la Longitudinal Study on Young People in England, Stella Chatzitheochari s’est intéressée au sentiment de victimisation rapporté par les participants aux âges de 7 et 15 ans. Toute son analyse a veillé à isoler ce phénomène d’autres variables explicatives telles que le statut économique et social, les résultats scolaires, la taille et le poids, le genre, l’origine ethnique, la composition familiale, etc.

Reproduction des inégalités sociales

En utilisant trois marqueurs de l’invalidité tels que définis en Angleterre - le LSLI pour les incapacités chroniques, le SEN pour les besoins éducatifs spécifiques, et le SEN complété d’une déclaration officielle de l’établissement -, la Dr. Chatzitheochari construit un modèle social du handicap et observe que les plus hauts taux de victimisation, tels que constatés chez les élèves souffrant d’une incapacité, sont en partie liés à d’autres facteurs de vulnérabilité. Cependant, elle démontre aussi que toutes choses étant égales par ailleurs, les étiquettes institutionnelles augmentent significativement le risque de harcèlement. Ces résultats « attirent l’attention sur le contexte scolaire comme lieu potentiel de reproduction des inégalités sociales », concluent les auteures.

Processus de sélection

Stella Chatzitheochari, détentrice d’un doctorat en sociologie décerné en 2012 par l’Université du Surrey, est la première lauréate du tout nouveau Prix LIVES pour jeunes auteur·e·s qui sera dorénavant remis chaque année. Le comité de sélection est composé des membres de la direction du PRN LIVES et de quatre autres chercheurs seniors, représentant plusieurs disciplines comme la sociologie, la psychologie sociale, la démographie, la statistique, l’économie et la politique sociale. 53 articles étaient en compétition, en provenance de 20 pays répartis sur les cinq continents. Six papiers étaient présentés par de jeunes chercheurs et chercheuses travaillant en Suisse, dont certain·e·s impliqué·e·s au sein du PRN LIVES.

Le comité de sélection a classé les articles en fonction de plusieurs critères : centralité de la recherche sur la question de la vulnérabilité et des parcours de vie, originalité, interdisciplinarité, qualité scientifique et pertinence des méthodes. Dr. Chatzitheochari a aisément rallié un maximum de voix. En plus de recevoir un chèque de 2000 euros, elle a été invitée gracieusement à venir présenter son étude pendant la conférence de la SLLS. Toutes nos félicitations !

>> Chatzitheochari, S., Parsons, S., and Platt, L. (2016) Doubly Disadvantaged? Bullying Experiences Among Disabled Children and Young People in England, Sociology, 50(4): 695-713.