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Chercheurs en sciences sociales et médias sociaux : de faux ennemis à rapprocher

La présence du Pôle de recherche national LIVES sur les réseaux sociaux se développe. En quoi ces nouveaux médias peuvent-ils être utiles à la recherche académique, et quels sont leurs publics-cibles ?

Comme une graine longtemps contenue par l’hiver, l’audience du PRN LIVES sur Facebook et Twitter a commencé à éclore récemment avec l’engagement d’une jeune « community manager », Fiona Friedli. En un mois, le nombre d’abonnés a poussé d’environ 40%, réunissant des personnes de tous horizons. Dans le milieu de la recherche, le pari est pourtant loin d’être gagné et bien des réticences demeurent.

Au Pôle de recherche national LIVES, nous pensons que les réseaux sociaux sont des outils utiles pour le transfert des connaissances produites. Comme le remarquent Philippe Breton et Serge Proulx, sociologues de la communication, « les usager-e-s du web ne se concentrent plus exclusivement sur ce qu'ils recherchent a priori, mais se laissent porter par une curiosité diffuse à travers l'environnement informationnel ». L'enjeu est donc de capter l'attention par des informations brèves afin de rediriger ensuite les lecteurs vers des contenus plus développés.

Valoriser la recherche

L'équipe de communication de LIVES a pour objectif de valoriser le travail des chercheurs et chercheuses du pôle et d’informer les parties prenantes et le grand public. Les liens postés sur les réseaux sociaux peuvent renvoyer aussi bien à des événements, des publications scientifiques, des papiers de vulgarisation ou des articles de presse plus généralistes sur la recherche.

A la différence d'autres supports de communication, les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook ont un effet pollinisateur: lorsqu'une information touche une personne, cette dernière peut la transmette très rapidement à son propre réseau. Les médias sociaux apparaissent donc comme des canaux complémentaires à d’autres outils que nous utilisons déjà pour communiquer au sein et au-delà de l'Université.

Des réticences

Mais cette posture ne fait pas l'unanimité dans le monde académique. Chargé de recherche au CNRS, Sylvain Deville déplorait récemment dans Le Monde que contrairement aux pays anglo-saxons, les chercheuses et chercheurs français se montrent souvent hostile à l'utilisation des réseaux sociaux pour relayer des informations académiques, alors même qu’au niveau institutionnel de plus en plus de centres et laboratoires de recherche possèdent des comptes sur Twitter, Facebook, LinkedIn, etc.

Il nous semble que le manque de légitimité qui frappe les réseaux sociaux concerne en général l’ensemble des supports de communication non scientifiques. Ce qui soulève d'autres problématiques : est-il souhaitable de diffuser largement la parole scientifique, et pour ce faire de parfois simplifier le contenu des recherches ?

Scientifique et citoyen

Sur ce point nous renvoyons à un débat mené par les sociologues Cyril Lemieux, Laurent Mucchielli, Erik Neveu et Cécile Van de Velde, cette dernière étant également très active sur Twitter. Cette discussion - « Le sociologue dans le champ médiatique : diffuser et déformer ? » - revient sur les enjeux relatifs à la présence des sociologues dans la sphère médiatique, en ce qu’elle engage le sociologue à la fois en tant que scientifique et en tant que citoyen.

Erik Neveu rappelle par exemple que si aujourd'hui la médiatisation de la sociologie est croissante et que cela peut représenter pour les chercheur-e-s certains risques d'instrumentalisation ou de réduction de la parole scientifique, cela permet également « d'introduire dans les débats sociaux des éléments d’objectivation des questionnements et des problématisations qui puissent conjurer les simplismes, la fausse clarté du sens commun et les discours bien cadrés de lobbies ou d’institutions qui ont un agenda caché. »

Dialogue avec la société

Le sociologue ajoute que « ce devoir de parole vient aussi de ce que nous avons le privilège de pouvoir mener des recherches souvent passionnantes grâce aux contribuables.» Tout en soulevant finement certains points de tension avec lesquels les chercheurs et chercheuses doivent composer, Erik Neveu les invite à réaliser cet exercice exigeant : se rendre audible auprès des médias et de la société.

Consciente de ces enjeux et en phase avec le mandat du Fonds national suisse de la recherche scientifique, la direction du Pôle de recherche national LIVES entend promouvoir le dialogue entre le monde académique et la société au sens large: politique, économie, institutions, associations, médias. Un travail qui se construit grâce à la collaboration des chercheurs et chercheuses du Pôle et pour lequel il est préférable de multiplier les supports de communication. 

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Références