Des chercheurs LIVES au Japon pour le Congrès de l'Association internationale de sociologie

Des chercheurs LIVES au Japon pour le Congrès de l'Association internationale de sociologie

La 18e édition du Congrès mondial de sociologie se déroulera à Yokohama du 13 au 19 juillet 2014 sous le titre "Faire face à un monde injuste: les défis d'une sociologie globale". Plusieurs membres du Pôle de recherche national LIVES vont rejoindre les centaines de participants qui présenteront un papier.

Enfin Francesco Giudici (IP13) est co-auteur d'un papier présenté par Ping-Yin KUAN, de l'Université nationale Chengchi à Taiwan: An Inter-Cohort Comparison of Intra-Cohort Social Stratification: How Do Cumulative Dis/Advantages Evolve Across Cohorts?

http://www.isa-sociology.org/congress2014/

26 étudiants internationaux réunis sur le thème "Vulnérabilité, Autonomisation et Travail social"

26 étudiants internationaux réunis sur le thème "Vulnérabilité, Autonomisation et Travail social"

La Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), l'Etat de Vaud et le Pôle de recherche national LIVES organisent la 5ème Université d'été du travail social du 30 juin au 11 juillet 2014 à Lausanne. Plusieurs orateurs présenteront des recherches LIVES.

Des étudiants du monde entier vont participer à la prochaine Université d'été du travail social. Ils proviennent des Etats-Unis (University of California Los Angeles - UCLA, et Boston College), du Canada (University of British Columbia, Vancouver), du Burkina Faso (Institut National de Formation des Travailleurs Sociaux, Ouagadougou), d'Inde (Rajagiri College of Social Sciences, Kochi), de Chine (Shandong University) et de Suisse (HES-SO).

Parmi les professeurs invités se trouvent plusieurs membres de LIVES: Michel Oris and Stefano Cavalli (IP13), Jean-Pierre Tabin and Jean-Michel Bonvin (IP5), Jean-François Bickel (IP5, IP13), Claudio Bolzman (IP2, IP13), Marianne Modak (IP8).La coordination générale est assurée par le Prof. Marc-Antoine Berthod de la Haute école de travail social et de la santé l EESP, Lausanne, l'une des écoles de la HES-SO.

Le thème de cette édition est "Vulnérabilité, Autonomie et Travail social". La relation complexe entre vulnérabilité et autonomie sera à l'ordre du jour, "deux concepts centraux qui sont trop souvent appréhendés séparément dans les approches théoriques", lit-on dans le programme.

L'Université d'été du travail social vise à promouvoir les échanges entre participants de plusieurs formations et provenances, à faciliter l'analyse comparative et à stimulter de nouvelles approches théoriques et pratiques en travail social. Elle offre un espace privilégié de discussions et de débats aux professeurs et étudiants venant de multiples pays.

Les conférences et ateliers seront basés sur des recherches les plus récentes, incluant des données du PRN LIVES. Comme annoncé dans la brochure, "la dimension internationale de l'événement doit permettre de penser de manière critique et comparative ce qui motive la pratique du travail social, souvent prise entre un souci excessif de protection des plus vulnérables et l'ambition idéaliste de renforcer les responsabilités et les capacités."

http://www.susw.ch/fr

Des démographes du PRN LIVES à la Conférence européenne d'études de la population à Budapest

Des démographes du PRN LIVES à la Conférence européenne d'études de la population à Budapest

Le congrès biennal 2014 de l'Association européenne d'études de la population (EAPS) démarre le 25 juin pour quatre jours en Hongrie. Le thème de cette édition est « Transitions: opportunités et menaces ». Quelques chercheurs et chercheuses du Pôle de recherche national LIVES interviendront sur des sujets comme les changements dans les configurations familiales, les migrants, le grand âge et la mortalité.

« Les changements fondamentaux qui ont commencé il y a 25 ans en Europe de l'Est ont ouvert un nouveau chapitre dans l'histoire du continent. Même si le processus de transformation de la population n'est pas achevé, il est à la fois possible et opportun de dresser un inventaire avec le recul d'un quart de siècle. Il est aussi nécessaire de poser certaines questions: est-ce que de nouveaux schémas de comportement démographique ont émergé? A quel point diffèrent-ils d'autres régions d'Europe? Quels sont les mécanismes qui sous-tendent les processus démographiques dans la partie Est de l'Europe? » Ces interrogations par les organisateurs locaux de la Conférence 2014 de l'EAPS ouvrent le programme.

Plusieurs démographes du PRN LIVES présenteront leur recherche ou sont co-auteurs d'un papier dans les sessions suivantes.

MORTALITY IN SUBPOPULATIONS

23-2 Young adults' excess mortality: individual reality or yet another heterogeneity's ruse?
Adrien Remund, Université de Genève

ASSOCIATIONS, PATHWAYS AND FAMILIAL BACKGROUND

33-5 Widowhood and bereavement among the Swiss elderly. Exploring the associations in the causes of death
Michel Oris, Jonathan Zufferey, Reto Schumacher, Université de Genève

WORK-FAMILY DYNAMICS AMONG IMMIGRANT POPULATIONS

41-2 Partnership formation and labour market status among children of immigrants in Switzerland
Eder Andres Guarin Rojas, Université de Lausanne; Helga A. G. de Valk, Netherlands Interdisciplinary Demographic Institute (NIDI) and Vrije Universiteit Brussel; Laura Bernardi, Université de Lausanne

IMMIGRATION AND AGEING

61-1 Doing research on ageing migrants: a methodological discussion on limitations and implications of studying ageing migrants
Ruxandra Oana Ciobanu, HES-SO & Université de Genève

FAMILY FORMATION AND THE LABOUR MARKET

75-4 Employment impacts on partnership and parenthood entry in different family-policy regimes
Michael S. Rendall, University of Maryland; Alessandra De Rose, Università di Roma "La Sapienza"; Ann Evans, Australian National University; Edith E. Gray, Australian National University; Doris Hanappi, University of California, Berkeley and Université de Lausanne; Frauke Kreute, University of Maryland; Trude Lappegard, Statistics Norway; Lori Reeder, University of Maryland; Marit R.nsen, Statistics Norway; Olivier Thevenon, Institut National d'Études Démographiques (INED); Laurent Toulemon, Institut National d'Études Démographiques (INED)

UNION FORMATION AND UNION DISSOLUTION

108-5 Family diversity challenges demography: measuring and modeling the transition to solo parenthood
Laura Bernardi, Université de Lausanne

POSTER SESSION

2-11 Life-course and transition to adulthood in China: the case study of Beijing in a comparative perspective between two cohorts born in the 1950s and 1980s
Sandra Constantin, University of Geneva

http://epc2014.princeton.edu/

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Sciences sociales et médecine partagent questions éthiques et de méthode sur les données de panel

Un colloque interdisciplinaire organisé par le Pôle de recherche national LIVES et l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP – CHUV) à l’Université de Lausanne les 26 et 27 juin 2014 réunira médecins et chercheurs en sciences sociales afin d’échanger leurs expériences dans la collecte de données longitudinales.

Des données de panel longitudinales ont été collectées de longue date dans plusieurs disciplines scientifiques, en particulier dans les sciences médicales et sociales. En médecine, ces données sont souvent composées en partie de résultats de mesures physiologiques ou expérimentales répétées de biomarqueurs. Dans les sciences sociales, les données sont collectées dans le but d’estimer l’impact d’un événement ou d’un changement dans les comportements ou les attitudes des personnes interrogées, ainsi que pour suivre les individus au long de leur parcours de vie.

Les perspectives des deux disciplines se sont croisées au cours des dernières années : des mesures de biomarqueurs ont été introduites dans plusieurs enquêtes de sciences sociales, alors que des questionnaires sociaux ont été introduits dans des cohortes longitudinales de recherches médicales. Mais malgré ce point commun, les traditions de recherches basées sur les enquêtes de panel varient entre les disciplines, comme on peut le voir dans les débats éthiques : ainsi les questionnaires sur les réseaux sociaux peuvent être considérés comme intrusifs en science médicale ; de l’autre côté, le mélange de mesures physiologiques et de questionnaires n’est pas toujours bien vu par les chercheurs en sciences sociales. L’objectif de ce colloque est de discuter de ces différentes problématiques.

Une première session sera consacrée aux différents types d’enquêtes de panel. La deuxième session portera sur une perspective interactive entre les disciplines. Quant à la troisième session, elle abordera des questions méthodologiques. Les orateurs, provenant des deux disciplines, parleront de leur expérience dans la collecte de données longitudinales.

Cet événement est organisé par Jean-Marie Le Goff (PRN LIVES IP15) et Joan-Carles Suris, de l'Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) de l'Université de Lausanne et du CHUV.

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Monoparentalité : une situation de plus en plus banale, mais un concept à redéfinir

Le Pôle de recherche national LIVES organise les 6 et 7 juin 2014 un colloque à l’Université de Lausanne avec une quinzaine d’intervenant-e-s de plusieurs pays afin d’explorer de manière interdisciplinaire et comparative la multiplicité des formes de monoparentalité et leurs conséquences sur le parcours de vie.

Depuis les années 70, le nombre d’enfants qui ne sont pas élevés dans le cadre d’une famille traditionnelle – avec un couple de parents biologiques unis par les liens du mariage – n’a cessé d’augmenter. Autrefois, les parents qui élevaient leur(s) enfant(s) seuls étaient soit des veufs ou des veuves, soit ce qu’on appelait alors des « filles-mères », avec tout le poids du jugement moral qui accompagnait alors ce terme.

Cette situation a bien changé avec la multiplication et la banalisation des divorces, l’augmentation de l’espérance de vie, la généralisation de la contraception et la légalisation de l’avortement. Une monoparentalité « choisie », ou du moins assumée, aurait-t-elle remplacé la monoparentalité « subie » ? Et surtout, quels sont les défis que rencontrent aujourd’hui les parents concernés ? Tels sont quelques-uns des aspects qu’abordera le colloque « Monoparentalité dans une perspective parcours de vie » des 6 et 7 juin, organisé à l’Université de Lausanne par le PRN LIVES en collaboration avec les universités de Berne et de Genève.

Une réalité multidimensionnelle

« La recherche sur la monoparentalité est encore trop souvent réduite aux aspects de pauvreté et de marginalité. Mais la réalité des mono-parents est plus multidimensionnelle », explique l’organisatrice principale, la Prof. Laura Bernardi, vice-directrice du PRN LIVES. Elle attend de ce colloque « des échanges riches, pour avancer dans la connaissance théorique sur la diversité des formes familiales, et dans la connaissance empirique sur l'expérience de la monoparentalité au niveau des besoins et des ressources de ces parents ». Elle espère aussi pouvoir en tirer « des suggestions sur la manière dont les politiques sociales peuvent répondre à cette problématique ».

Une quinzaine de présentations sont prévues, avec des sociologues, des démographes, des psychologues et des politologues venu-e-s notamment d’Allemagne, de France, de Grande-Bretagne, d’Irlande, de Belgique, de Finlande, de Pologne, de Hongrie, des Etats-Unis et d’Australie. Les méthodes tant quantitative que qualitative et mixte sont représentées dans ce programme, et plusieurs études utilisent des données longitudinales.

Les deux oratrices principales seront la Dr. Marie-Thérèse Letablier-Zelter, du Centre d’Economie de la Sorbonne, Université Paris 1, et la Dr. Anne-Laure Garcia, chercheuse au Centre Marc Bloch et à l’Université de Postdam.

Action publique et identité familiale

Cette dernière donnera une conférence intitulée « La construction de l’identité de mère célibataire dans les régimes français et allemands », tirée de son livre Mères seules. Action publique et identité familiale, paru en 2013 aux Presses universitaires de Rennes à la suite de sa thèse de doctorat. La chercheuse montre comment les dispositifs légaux et institutionnels agissent sur les normes et les représentations des individus, dans ce cas précis les mères célibataires.

Cette recherche est basée sur l’analyse structurelle d’entretiens narratifs menés entre 2008 et 2010 avec des femmes étant devenues mères célibataires pendant la période allant de 1977 à 1987, c’est à dire après la légalisation de l’avortement et avant la réunification allemande. Anne-Laure Garcia a pu ainsi démontrer l’impact de la sphère étatique sur le rapport de ces femmes à la maternité : en Allemagne de l’Est par exemple, le fait qu’emplois, logements et crèches étaient garantis a permis une certaine émancipation des mères célibataires, bien plus nombreuses qu’en Allemagne de l’Ouest où prédominait le modèle de la mère traditionnelle au foyer, et mieux acceptées qu’en France où la figure de la mère célibataire « assistée » véhiculait une image plus négative.

La comparaison a permis à la chercheuse de définir trois processus communs à l’ensemble des situations : « l’internalisation de l’univers des possibles », « la structuration des attentes » et « l’auto-compréhension par rapport aux prescriptions externes ». L’identité parentale se construit ainsi dans un contexte d’interférence avec les politiques sociales.

Ruptures et discontinuités

La conférence de la Dr. Marie-Thérèse Letablier-Zelter portera quant à elle sur les « Ruptures et discontinuités de la vie familiale : le cas des familles monoparentales ». Elle soulèvera le problème de la définition et du périmètre de la notion de famille monoparentale, à l’heure où la majorité des enfants qui grandissent dans de tels contextes ont en fait leurs deux parents.

En passant en revue les différents types de familles dites monoparentales, la chercheuse distinguera plusieurs profils socio-éco-démographiques et s’intéressera aux différentes trajectoires – transitoire ou durable – de monoparentalité. Sans surprise, les situations les plus durables sont en général celles des mères célibataires appartenant aux couches les plus défavorisées de la population. Enfin elle s’interrogera sur les effets de la monoparentalité sur les parents et leurs enfants, sur la gestion de la coparentalité et sur le statut du parent tiers dans les familles recomposées.

Pour Marie-Thèrèse Letablier-Zelter, la dénomination « famille monoparentale » ne convient plus et renvoie à des contextes différents si l’on se réfère à la question purement physique de la résidence des enfants, à celle – économique et sociale – des ressources ou encore à celle – juridique et éducative – de l’autorité parentale.

Les défis des nouvelles formes de famille

« En France, plus de la moitié des enfants naissent hors mariage. Ce n’est donc plus cette institution qui fonde la famille. Mais si les mères célibataires ne souffrent plus de stigmatisation morale, on peut cependant encore parler de stigmatisation sociale, car leur taux de pauvreté est en général supérieur à celui des couples et leur accès au marché du travail plus difficile », relève Marie-Thérèse Letablier-Zelter. Elle craint que « la banalisation de cette forme de parentalité entraîne un désintérêt pour les réels défis socio-économiques et légaux que posent les nouvelles formes de familles ».

Enfin le colloque permettra d’aborder d’autres aspects de la monoparentalité comme le bien-être, le réseau social, ainsi que la santé physique ou psychique des parents ou encore la réussite sociale des enfants. Des enjeux qui viendront sans doute alimenter la réflexion du PRN LIVES dans son propre projet en cours sur la monoparentalité.

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Aux Mystères de l'UNIL, LIVES joue avec la différence entre sondage commercial et enquête scientifique

Les portes ouvertes de l’Université de Lausanne auront lieu du 22 au 25 mai 2014. Lors de cet événement destiné principalement aux jeunes de 9 à 13 ans, le Pôle de recherche national LIVES tiendra le stand No 12, intitulé « Je suis d’humeur changeante ».

« TKITOI ? » T’es qui, toi ? Avec ce slogan et sur le thème de l’aventure intérieure, l’Université de Lausanne invite les enfants, en classe ou en famille, à découvrir qui ils sont lors des prochains Mystères de l’UNIL, manifestation annuelle où laboratoires et instituts de recherche présentent une partie de leurs activités sur un mode ludique.

Vingt-cinq ateliers jalonneront le parcours, dont celui du Pôle de recherche national LIVES au stand No 12. Les enfants seront appelés à faire la distinction entre un sondage commercial et une enquête scientifique, puis se transformeront en chercheurs pour sonder leurs camarades ou leurs proches sur les événements positifs et négatifs qui peuvent survenir au cours de l’existence dans différents domaines de la vie.

Le PRN LIVES est parti du constat que les enquêtes par téléphone sont de plus en plus difficiles à mener, car les gens sont constamment sollicités à la maison par des appels commerciaux. A l’heure où les enfants font leurs devoirs ou quand la famille se met à table, il n’est pas rare d’entendre le téléphone sonner, et les parents excédés répondre qu’ils n’ont pas le temps.

Des sondages à but scientifique

Or tous les sondages n’ont pas pour vocation de mener une étude de marché pour vendre des assurances ou des boissons gazeuses. Le Pôle de recherche national LIVES conduit par exemple plusieurs enquêtes basées sur de larges échantillons de population en Suisse afin de mieux comprendre les processus qui entraînent de la vulnérabilité, ainsi que les ressources que les gens mobilisent pour la surmonter. Ces études doivent contribuer à faire évoluer les politiques sociales en fonction des nouveaux besoins qui apparaissent.

Du mercredi 22 au dimanche 25 mai, une dizaine de chercheurs et chercheuses du PRN LIVES, principalement sociologues et psychologues sociaux, se relayeront pour animer l’activité avec l’aide de deux étudiantes en sciences sociales et politiques. Passez nous voir !

 

Frederic Meyer © Pro Senectute Suisse

« Des phases de repos et de détente jalonnant toute l’existence sont désormais nécessaires »

Au cours du colloque national « Moins considéré au-delà de 80 ans ? » organisé le 15 mai 2014 par Pro Senectute avec 500 spécialistes issus de la gérontologie, des milieux politiques, économiques et des médias, le Prof. François Höpflinger, membre de l'IP12 du PRN LIVES, a appelé à réorganiser la société de longue vie, réaménager les relations intergénérationnelles et ne pas combattre à tout prix la vieillesse.

« Le débat autour du vieillissement se focalise trop sur les coûts liés aux soins et aux rentes. On occulte souvent ce que pensent les principaux intéressés et ce qui fait toute la valeur du grand âge », a résumé l’organisation Pro Senectute au terme de son colloque national du 15 mai à Bienne (voir le communiqué de presse).

Une des conférences a été donnée par le Prof. François Höpflinger, membre de l’IP12 du Pôle de recherche national LIVES, qui a relevé les points suivants, résumés sur le site internet de Pro Senectute :

Coexistence travail / repos

« Une société de longue vie doit être réorganisée, et passer de la succession de la formation, du travail rémunéré et de la retraite, à une coexistence (à vie) de la formation/apprentissage, du travail (rémunéré/non rémunéré) et des phases de repos. La structure globale actuelle – formation durant les jeunes années, travail rémunéré stressant vers le milieu de vie et retraite lors de la vieillesse (parfois forcée) – ne correspond plus aux attentes existentielles d’aujourd’hui. Une formation continue, une activité tout au long de la vie (organisée en tenant compte de l’âge) et des phases de repos et de détente jalonnant toute l’existence sont désormais nécessaires.

Relations intergénérationnelles

Une espérance de vie élevée exige un réaménagement des relations intergénérationnelles (dans la famille et en dehors de la famille), afin de réunir, au sein de la société, toutes les générations à travers la solidarité. Longévité et solidarité intergénérationnelle – des jeunes envers les aînés et des aînés envers les jeunes – sont étroitement liées. Sur le plan intergénérationnel, la longévité se traduit par la survenue d’une nouvelle question sociale pour les générations à venir: hériter ou prendre soin. Parallèlement, une société comprenant quatre générations exige un apprentissage transgénérationnel ciblé (les jeunes apprennent des aînés et les aînés apprennent des plus jeunes).

En fin de compte, une société de longue vie exige des développements durables, ne serait ce que sur les plans écologique, social et économique, afin de bénéficier longtemps d’une bonne qualité de vie. Cela vaut également pour les systèmes de retraite, les soins de santé, et d’autres formes de politique sociale: la longévité et une politique sociale favorisant les bonnes relations intergénérationnelles sont liées.

Dignité et civilisation

Une société de longue vie – avec son nombre croissant de personnes âgées et très âgées – doit aussi reconnaître les limites de la vie: les personnes âgées en fin de vie ou atteintes de démence doivent être soignées et traitées avec dignité, et il ne faut pas essayer d’évincer ou de combattre à tout prix sa propre vieillesse. Le degré de civilisation d’une société se mesure à la manière dont elle traite les personnes en situations extrêmes. »

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La timide introduction des congés parentaux en Suisse souligne l’ampleur des inégalités de genre

Dans une thèse défendue le 17 mars 2014 à l’Université de Lausanne, Isabel Valarino s’est penchée sur les discours précédant et accompagnant l’avancée du congé parental et du congé paternité. Son analyse est enrichie par une étude de cas sur la Ville de Lausanne. La chercheuse démontre que les besoins des employés et de leur famille tendent à s'adapter à ceux de l’employeur et de l’économie. Alors que la maternité est considérée comme une responsabilité intensive et contraignante, la paternité demeure perçue comme un engagement flexible et optionnel.

En quoi l’émergence des congés parentaux modifie-t-elle les pratiques et les représentations de la parentalité en Suisse ? Isabel Valarino vient d’obtenir son doctorat dans le cadre de l’IP6 du Pôle de recherche national LIVES en montrant d’une part que la différenciation entre maternité et paternité reste rarement remise en question, et d’autre part que les aspects économiques dominent, tant dans les débats que dans la pratique.

« Je n’ai jamais vu quelqu’un faire autant de travail pour une thèse », a déclaré lors de la défense une des membres du jury, la professeure de sociologie et d’études genre Linda Haas de l’Université Purdue d’Indianapolis. « Elle est innovante dans plusieurs disciplines et la première à montrer de telles interactions entre différents niveaux », a renchéri Gerda Neyer, professeure de démographie et spécialiste des politiques familiales à l’Université de Stockholm. Les autres membres du jury étaient la Prof. Nicky Le Feuvre (UNIL), cheffe de l’IP6, et la Prof. Laura Bernardi (UNIL), vice-directrice du PRN LIVES et directrice de thèse.

Intérêt croissant mais pratique peu répandue

En Suisse, la question des congés paternité et parental a vu son intérêt croître depuis la mise en œuvre de l’assurance maternité en 2005. A ce jour, la grande majorité des travailleurs masculins dispose d’un jour de congé accordé par l’employeur à la naissance d’un enfant, mais seule une minorité bénéficie d’un droit s’étendant à quelques semaines. Ceci constitue une exception en comparaison européenne.

Isabel Valarino a effectué des analyses de contenu et de discours sur les propositions parlementaires concernant ce thème entre 1998 et 2011, ainsi que sur des articles de presse liés à la question. Elle a complété sa recherche avec une étude de cas sur les employés de la Ville de Lausanne, qui depuis 2010 octroie aux nouveaux pères 21 jours de congé à prendre dans les douze mois suivant la naissance de leur enfant. Les données de registre lui ont permis d’analyser statistiquement les 95 cas de collaborateurs concernés par ce droit de 2010 à 2012. Elle a également interviewé 22 hommes parmi ceux qui en ont fait usage, ainsi que 8 cadres confrontés à de telles situations dans leur équipe.

L’intérêt des employeurs avant tout

Ses observations montrent que les représentations et les pratiques de la parentalité évoluent, mais demeurent fortement imprégnées par des divisions de genre et par le poids des aspects économiques. « Avec le congé paternité, les pères s’investissent davantage auprès de leurs enfants. Mais ils anticipent souvent les demandes de leur employeur afin de ne pas perturber le fonctionnement de l’entreprise. Et le partage des tâches avec leur partenaire reste inégalitaire », explique Isabel Valarino.

La chercheuse a relevé que dans l’administration lausannoise, la moitié seulement des nouveaux pères ont pris l’intégralité des jours de congé auxquels ils avaient droit. La plupart ont en outre repoussé une grande partie de leurs vacances. Seuls 13% des hommes de son échantillon ont cumulé l’ensemble des deux types de congé pendant une même année. Les collaborateurs à haut niveau de responsabilité, ceux travaillant à temps partiel et dans un environnement féminin ou mixte, ainsi qu’une partie de ceux avec peu d’ancienneté ont davantage tendance à renoncer à une part de leurs congés, ce qui souligne l’influence du contexte professionnel sur l’utilisation du congé paternité. La plupart des supérieurs hiérarchiques interrogés ont confirmé qu’ils estimaient que les intérêts du service primaient dans les négociations à propos des dates de prise de congé.

Rôle central de la mère

Grâce à ses entretiens avec les jeunes pères, Isabel Valarino a pu identifier plusieurs fonctions du congé paternité. Les notions de soutien à la mère et de prise en charge de l’intendance sont très valorisées. Les soins aux enfants également, mais se muent souvent en garde des aînés. « Tous ont déclaré que le rôle central auprès du nouveau né restait celui de la mère », relève la chercheuse, qui a constaté que c’est en prenant leurs jours de congé de manière étalée après le retour de leur partenaire au travail que les hommes changeaient de rôle: « C’est en se retrouvant seuls avec le bébé qu’ils réalisent vraiment ce que cela implique… »

Malgré les nuances observées, la chercheuse estime tout de même que des changements s’opèrent. Prendre un congé paternité permet notamment d’imposer son statut de père face à l’environnement professionnel, de prendre de la distance avec le travail et de modifier les attentes. Et même si le principe d’un congé paternité inscrit dans la loi fédérale n’est toujours pas à l’ordre du jour, pour des raisons de financement et de vision toujours très genrée du partage des tâches entre hommes et femmes, « les catégories de pensée évoluent », déclare-t-elle.

C’est dans cette optique qu’en plus de sa thèse, Isabel Valarino a rédigé un rapport destiné à la Ville de Lausanne, où elle fait part en détail de ses constats et émet quelques propositions pour améliorer la mise en œuvre du congé paternité.

Prochaine étape : les pères en congé sans leur partenaire

Et afin de continuer sa réflexion sur l’évolution des pratiques et des représentations à travers les congés parentaux, elle poursuit désormais sa recherche sur les pères qui ont pris un congé d’au moins un mois à plein temps pour s'occuper seul de leur(s) enfant(s), étude menée dans le cadre du projet « Fathers on Leave Alone » du réseau International Network on Leave Policies & Research, pour laquelle elle recherche actuellement des participants.

 

Un trio de danseuses remporte le prix LIVES au concours de courts-métrages Haut & Court

Les trois réalisatrices, Laura Gaillard, Diane Stierli et Audrey Clavadetscher, sont elles-mêmes les performeuses dans le mini film « Life’s dancing me » qui a été choisi par le jury du Pôle de recherche national LIVES comme exprimant mieux le thème "Bifurcations" lors du festival Fécule des cultures universitaires UNIL-EPFL le 7 mai 2014.

Un couloir en sous-sol, des ramifications, puis la ville et sa circulation, ses obstacles et ses points d’appui : c’est dans ce décor très urbain que le collectif « Aeris Danse » évolue avec rythme et grâce dans le mini film lauréat du concours Haut & Court 2014, organisé par les ciné-clubs UNIL-EPFL dans le cadre du festival Fécule et parrainé par le PRN LIVES pour la catégorie « compétition officielle ».

Dans cette œuvre de 5,58 minutes, les trois danseuses-réalisatrices montrent « la variété des chemins possibles et des expériences vécues, avec des phases de transition et de transformation. Ce qui nous a intéressés, c’est le fait que dans ce film les parcours féminins semblent beaucoup moins linéaires que la trajectoire du personnage masculin. C’est exactement ce qu’on constate dans la recherche sur les parcours de vie », explique Nadia Girardin, qui faisait partie du jury LIVES avec Laura Bernardi et Jean-Marie Le Goff.

Laura Gaillard, Diane Stierli et Audrey Clavadetscher se sont vu remettre un chèque de 600 francs au terme de la soirée de projection à la Grange de Dorigny, où concouraient 12 films pour la compétition officielle sur le thème « Bifurcations », et 12 films pour la compétition à thème libre.

Dans le cadre de la compétition officielle, un jury composé de professionnels du cinéma a remis un autre prix de 600 francs récompensant les qualités cinématographiques d’un autre court-métrage, toujours sur le thème « Bifurcation ». Ce prix est allé à Désorientation Professionnelle de Julien Rusconi et Julien Bono (voir le film - mot de passe: hautetcourt2014).

Le deuxième et le troisième prix de la compétition officielle, choisis en concertation entre le jury LIVES et le jury professionnel et d’une valeur de 50 francs chacun, ont récompensé Scarlett de Elie Auseessen et En Suspens de Laura Terminio.

Le jury professionnel a en outre décerné trois prix dans la catégorie « thème libre » : Winter de Jeremy Rider a remporté le premier prix d’une valeurs de 300 francs. Le deuxième prix et le troisième prix, dotés de 50 francs, sont allés à L'intru de Bambi Gore Project et The White Stones de Nino Fournier.

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Un forum vaudois pour favoriser l’intégration des seniors dans les communes

Entre mai et octobre 2014, des spécialistes du vieillissement vont intervenir lors de trois événements régionaux réunissant les acteurs locaux des politiques sociales sur la question du troisième âge. Le premier se déroulera le mercredi 7 mai à Gland avec les communes de l’Ouest vaudois, en présence du Prof. Dario Spini. Objectif : améliorer la qualité de vie des jeunes retraités, une tranche d’âge en forte augmentation, jouissant souvent d’une bonne santé et de beaucoup de temps libre.

Répondant à un postulat du député vaudois Filip Uffer, par ailleurs directeur de Pro Senectute Vaud, le Département vaudois de la santé et de l’action sociale, via son Service des assurances sociales et de l’hébergement (SASH), organise une série de forums visant à sensibiliser les autorités des communes aux enjeux du vieillissement de leur population et au besoin d’agir en faveur de l’intégration sociale et de la qualité de vie des plus de 65 ans.

Trois événements sont prévus, en collaboration avec l’Union des communes vaudoises (UCV) et l’Association de communes vaudoises (AdCV) : le 7 mai à Gland pour l’Ouest vaudois, le 11 juin à Grandson pour le Nord vaudois et le 2 octobre à Pully concernant l’Est vaudois, la région lausannoise et les villes de plus de 6000 habitants. Sur plus de 300 communes dans le canton, plus du tiers ont annoncé qu’elles enverraient un-e représentant-e, en général un-e municipal-e des affaires sociales ou un-e chef-fe de service, se réjouit Jorge Guimera, chef de projets au SASH.

Enjeux démographiques et sociaux

Lors du premier forum, le Prof. Dario Spini, directeur du Pôle de recherche national LIVES, donnera une conférence intitulée « Diversité de la population âgée et action locale ». La fois suivante, la tâche de mettre en lumière les enjeux démographiques et sociaux concernant l'évolution prévue de la population âgée incombera au Prof. Christian Lalive d’Epinay, fondateur du Centre interfacultaire de gérontologie de l’Université de Genève. La Prof. Valérie Hugentobler, autre spécialiste du vieillissement à la Haute école de travail social et de la santé Vaud – EESP Lausanne, assurera l’exposé de la troisième date. Les trois chercheurs seront également chargés d’assurer la synthèse à la clôture du forum.

A chaque fois, quelques exemples d’actions et d’expériences réalisées dans des communes de la région seront présentés par des associations actives auprès des seniors. Pour l’événement du 7 mai, il s’agira de Quartiers Solidaires (Pro Senectute Gland), Livres à vous (Mouvement des aînés et Bibliothèque municipale de Lausanne), Entraide familiale vaudoise et Réseau 4S (St-Sulpice). S’ensuivront des ateliers d'échange et de discussion sur les besoins et les ressources des communes en lien avec leur population de seniors.

Capital de connaissances et d'expériences

Dans le canton de Vaud, « 8000 personnes parviennent chaque année en âge de retraite. Elles jouissent généralement d’une bonne santé, disposent de temps disponible et bénéficient d’un important capital de connaissances et d’expériences. Elles sont souvent désireuses de mettre à profit leurs disponibilités et leurs compétences en s’engageant en faveur de la communauté, dans des activités d’utilité sociale », disait Filip Uffer dans son postulat.

Permettre aux aînés de participer davantage à la vie locale ferait donc d’une pierre deux coups : reconnaître leur besoin d’intégration une fois la vie professionnelle derrière, et mettre leur dynamisme au service des autres, et notamment des plus fragiles, par exemple les personnes du 4e âge, quand commence la vraie vieillesse.

Réédition d'un petit succès de librairie qui a formé une nouvelle génération d'universitaires

Réédition d'un petit succès de librairie qui a formé une nouvelle génération d'universitaires

A l'occasion du Salon du Livre et de la Presse de Genève qui s'ouvre ce 30 avril 2014, les Presses polytechniques et universitaires romandes (PPUR) ressortent une nouvelle édition de l'ouvrage coécrit par trois membres du PRN LIVES: son directeur Dario Spini, le chef de l'IP8 Eric Widmer, ainsi que Marlène Sapin, qui vient de rejoindre l'IP15.

Puisant abondamment dans le matériel accumulé depuis plusieurs années dans le cours « Approches disciplinaires des parcours de vie » des Universités de Genève et Lausanne, le livre Les parcours de vie, de l'adolescence au grand âge est sorti pour la première fois en 2007 alors que ses auteurs appartenaient encore au Centre lémanique d'étude des parcours et modes de vie (Pavie), réseau de chercheurs qui a donné naissance au Pôle de recherche national LIVES. Imprimé alors à 2160 exemplaires, l'ouvrage est aujourd'hui épuisé. Les éditions PPUR ont donc décidé de le rééditer car la demande ne faiblit pas.

« Il accompagne tous nos étudiants », se réjouit Dario Spini, directeur du PRN LIVES. Autre motif de satisfaction, l'ouvrage a été traduit en italien et a paru en 2010 aux éditions Il Mulino sous le titre I Percorsi di vita.

« L'édition 2014 est actualisée avec des statistiques plus récentes ainsi que de nouveaux résultats de recherche », indique Marlène Sapin, encore assistante de recherche à l'époque de la première sortie, et devenue entre-temps docteure en sciences sociales, chercheuse au Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS et membre de l'IP15 du PRN LIVES. Elle mentionne également la référence dans le livre à des recherches en cours, comme l'étude Vivre-Leben-Vivere (VLV) sur les seniors menée conjointement par le PRN LIVES et le Centre interfacultaire de gérontologie et d'études des vulnérabilités (CIGEV) de l'Université de Genève.

Résumé de l'éditeur

De la naissance à la mort, les existences individuelles suivent des cheminements qui, loin d'être déterminés par la seule volonté ou le hasard, s'inscrivent dans des causalités sociales et psychologiques fortes. Les auteurs, psychologues et sociologues, se fondant sur de vastes enquêtes réalisées en Suisse, aux Etats-Unis et en Allemagne, apportent un éclairage original sur les « parcours de vie ». De l'adolescence au grand âge, cet ouvrage analyse les étapes et les transitions marquant ces trajectoires, en soulignant les défis propres à chacune et les stratégies d'adaptation déployées par les individus. Si ces trajectoires sont marquées par des contraintes biologiques et le contexte historique, elles le sont tout autant par l'horloge sociale qui, tant du point de vue familial que professionnel, rappelle à chacun son heure. De cette combinaison d'influences se dégagent, dans toute leur complexité, les « parcours de vie » caractéristiques du temps présent.

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Investissement social: des lions qui buttent sur l’effet Matthieu en rêvant d’être papillon

Plusieurs images tirées de la zoologie et des Evangiles ont été utilisées au cours de la conférence internationale « Evaluer la stratégie d’investissement social » organisée à et par l’IDHEAP avec le soutien de l’Université de Lausanne et du Pôle de recherche national LIVES. L’occasion de belles joutes rhétoriques et théoriques sur des questions de fond : comment l’Etat social peut-il endiguer durablement la précarité, et comment mesurer ces efforts ?

Ils n’ont pas tranché... Mais disséqué, comparé et questionné, oui ! La quarantaine de chercheurs et chercheuses venus débattre des politiques d’investissement social à Lausanne les 10 et 11 avril 2014 sont repartis avec de nouvelles pistes de travail, enrichis de différentes méthodes et perspectives.

« Nous avons débouché sur plus de questions que de réponses, mais le but de ce colloque n’était pas d’offrir des recettes. C’est une discussion scientifique qui avance. Et il faut accepter que la recherche n’est que rarement directement utile », a confié à l’issue de l’événement le principal organisateur, Prof. Giuliano Bonoli, se disant très satisfait des échanges occasionnés.

Dès l’ouverture de la conférence, il a insisté sur la question clé : « Quelle est la capacité de l’investissement social d’atteindre les plus désavantagés ? » Ce fameux « effet Matthieu » tant redouté - ainsi dénommé en référence à la phrase de l’évangéliste : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a » - a hanté l’ensemble du colloque et s’est représentée sans trouver de véritable réponse lors de la table ronde finale.

Une piste pour l'universalité

Pour les uns, comme Gøsta Esping-Andersen, qui a donné une conférence plénière très suivie le premier jour, la solution ne fait pas de doute : « Nous devons mettre l’argent [sous entendu ‘des politiques sociales’] dans les enfants : personne ne pourrait tirer un tel rendement à la bourse ! » Mais comment faire pour viser véritablement les plus pauvres ? - lui a demandé une participante. « Les classes supérieures doivent tirer avantage du système d’accueil préscolaire pour être d’accord de le financer », a répondu le célèbre sociologue danois, offrant ainsi une première piste.

Ce credo n’a cependant pas convaincu tous les orateurs, telle Bea Cantillon, de l’Université d’Anvers, qui persiste à penser que l’investissement social ne doit pas être la priorité des politiques sociales. Comparant les investissements sociaux aux lions, « dangereux pour les faibles », elle a déclaré préférer les éléphants, « lents et protecteurs », ainsi qu’elle se représente l’Etat-providence. Une autre voie existe encore du côté des papillons, a-t-elle ajouté pour symboliser l’innovation sociale, ou autrement dit les politiques locales d’activation venant de la base, « mais les papillons sont trop volatiles »… « Il faudrait mélanger les trois approches », fut finalement sa conclusion.

Au cours des deux jours de colloque, de nombreuses communications ont démontré le poids du contexte régional, les limites de l’analyse en fonction des données disponibles, et la difficulté d’évaluer les résultats de l’investissement social sans disposer de réelles possibilités de contrôle. « Nous essayons de torturer les données », reconnaît Giuliano Bonoli, tout en précisant que « la recherche contribue à faire évoluer les indicateurs, et donc le monitoring, par exemple en élargissant la notion de seuil de pauvreté à la question de l’exclusion sociale. »

Mesurer le non investissement

Malgré les doutes et les questions en suspens, quelques certitudes sont venues conclure ces deux jours de réflexion à l’heure de la table ronde. « Les pays qui ont pratiqué l’investissement social sont ceux qui s’en sont le mieux sortis pendant la crise », a déclaré Lieve Fransen, directrice des politiques sociales et du programme Europe 2020 à la Commission européenne. « En coupant dans l’éducation, l’Espagne a fait tout le contraire : c’est à mon avis la voie du désastre », a-t-elle ajouté. Son vœu est que la recherche sur l’investissement social fournisse davantage d’outils de mesure et d’argumentation aux politiques : « Mesurer l’impact du non investissement serait un chantier de travail important pour le monde académique ! »

Enfin, à la question de départ de savoir si l’investissement social pourrait dépasser l’effet Matthieu afin de ne pas bénéficier qu’aux plus privilégiés, les positions sont restées prudentes, mais consensuelles. Certains ont même avancé que verser des allocations aux plus pauvres pourrait être vu comme une forme d’investissement social, puisque sans cela les enfants des bénéficiaires n’auraient plus aucune perspective.

L’ensemble des participants à la table ronde a ainsi reconnu que protection sociale et investissement social sont complémentaires et ne sauraient s’exclure mutuellement. « Nous avons besoin des éléphants et des lions. Et nous soutenons aussi les papillons ! », a glissé malicieusement Ludwig Gärtner, vice-directeur de l’Office fédéral des assurances sociales. Il a cependant invité les chercheurs à prendre en compte les contraintes budgétaires des Etats et le poids de l’opinion publique : « Les idéologies sont très fortes en Suisse sur les questions tournant autour de la famille et de la petite enfance », a-t-il mis en garde.

Carottes et bâtons

Pour les organisateurs, les pistes qui restent à creuser ne manquent pas. « Il ne faut pas penser que le seul but de l’investissement social est d’être rentable pour l’Etat. Il sert aussi la stabilité et la cohésion sociale », affirme Giuliano Bonoli. Le professeur avoue que certains points encore peu traités par la recherche pourraient déboucher à l’avenir sur des contractions internes, comme la question des incitations pour accéder aux prestations d’investissement social : « Faut-il prévoir des bâtons en plus des carottes ? » Le débat continue…

Le Télégramme

« Le travail familial de soin aux personnes âgées en situations de vulnérabilité »

Conférence publique de la sociologue Françoise Le Borgne-Uguen organisée par la Haute école de travail social et de la santé | EESP | Lausanne et le Pôle de recherche national LIVES le 21 mai 2014 à 17h30. L’événement sera suivi le lendemain par un colloque sur le maintien à domicile.

Françoise Le Borgne-Uguen, Maître de conférences à l'Université de Bretagne occidentale à Brest, présentera une synthèse de résultats de plusieurs de ses recherches centrées sur les modes d'exercices et les fondements du travail familial de santé produit par des enfants et des conjoint-e-s auprès d'un de leurs parents.

Cette conférence constitue une excellente introduction au colloque « Perspectives du maintien à domicile » du 22 mai, où les résultats de plusieurs recherches réalisées récemment sur le maintien à domicile seront présentés. Des professionnel-le-s de terrain et des responsables politiques seront invités à venir discuter avec les chercheurs et les chercheuses de ces résultats ainsi que des pistes à élaborer pour l'avenir.

  • Entrée libre sans inscription pour la conférence de Mme Le Borgne-Uguen
  • Inscription demandée pour le colloque sous le lien www.eesp.ch/vieillesse (délai : 16 mai 2014)

Les deux événements auront lieu à la Haute école de travail social et de la santé | EESP, chemin des Abeilles 14, 1010 Lausanne.

Photo Felix Imhof

La recherche suisse en sciences sociales contribue activement à de grandes enquêtes internationales

Au cours des derniers mois, le Prof. Dominique Joye a intégré les comités méthodologiques de trois importantes études internationales. Le chef de l’IP15 du PRN LIVES, professeur à l’Université de Lausanne et également chercheur associé au Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, explique l’intérêt de se retrouver au cœur de ces organisations scientifiques.

« C'est une tâche passionnante que de participer à la mise en œuvre d'une enquête internationale comparée : de voir où des problèmes méthodologiques sont les mêmes, mais aussi en quoi ils peuvent diverger suivant les contextes ; bref, de réfléchir sur les points essentiels qui permettent de faire des enquêtes de qualité dans différents pays, tout en préservant la possibilité de comparer, et donc d'avoir des mesures pertinentes ».

Cette profession de foi émane du Prof. Dominique Joye, chef de l’IP15 du Pôle de recherche national LIVES, récemment élu au sein des comités méthodologiques de trois enquêtes internationales en sciences sociales :

Pour Dominique Joye, par ailleurs vice-doyen de la Faculté des Sciences sociales et politiques à l’Université de Lausanne et partenaire du Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, les raisons de sa participation à de tels projets sont multiples, tant du point de vue individuel que collectif.

« La mise à disposition rapide de données, caractéristique de ces enquêtes internationales, permet de rendre plus facilement cumulatifs nos travaux scientifiques », indique le chercheur. Il a notamment à l’esprit la formation de la relève académique : « Pour les doctorants, il est plus facile de se frotter aux techniques d'analyse les plus pointues si l'on dispose de données comparables. »

Intérêt pour la Suisse

Du point de vue de la Suisse, ajoute le Prof. Joye, « cela permet de se situer en référence à d'autres pays, de connaître l'état des choses et de faire ressortir des caractéristiques propres. Cela peut porter tant sur des caractéristiques objectives, comme par exemple la proportion de femmes qui travaillent à temps partiel, que sur des éléments subjectifs, comme la manière dont elles le vivent. »

Il évoque encore d’autres questions de recherche où il serait intéressant de comparer la Suisse à d’autres pays, par exemple sur les inégalités sociales, les sentiments xénophobes, etc. Autant de thèmes qui font écho aux préoccupations du PRN LIVES…

« C'est quand même pas mal de voir la Suisse au cœur de la méthodologie de ces très grandes enquêtes internationales », se réjouit le chef de l’IP15.

 A l’heure où la Suisse montre des signes de repli et où sa participation aux projets de recherche européens est partiellement remise en question, l’information méritait en tout cas d’être partagée.

Photo Hugues Siegenthaler

Considérer la vieillesse comme une problématique sociologique et non comme un problème social

Chercheuse au PRN LIVES, Cornelia Hummel dirige avec Isabelle Mallon et Vincent Caradec l'édition de "Vieillesses et vieillissements. Regards sociologiques". Cet ouvrage collectif dresse un panorama de la recherche francophone sur le sujet, laquelle a été plus tardive que dans les pays anglo-saxons et s'est construite dans un contexte fortement influencé par les besoins des politiques sociales.

Parmi la trentaine de contributeurs, Cornelia Hummel aborde « les grands-parentalités contemporaines » et Jean-François Bickel « la participation sociale ». Tous deux sont membres de l'IP13 du Pôle de recherche national LIVES (Au-delà de la démocratisation du grand âge: Progrès et inégalités).

Résumé de l'éditeur

« L’allongement de la durée de vie et le poids démographique croissant des personnes âgées au sein des sociétés occidentales ont constitué la vieillesse et le vieillissement comme des problèmes politiques et sociaux majeurs. Les regards sociologiques sur la diversité de la vieillesse et du vieillissement rassemblés dans cet ouvrage partagent une perspective commune : substituer au problème social et politique de la vieillesse entendue comme un fardeau un questionnement sociologique qui déplace le regard habituellement porté sur la vieillesse et sur les vieux, et déconstruire les représentations majoritairement négatives de la dernière partie de l’existence. Les différentes contributions rappellent ainsi que la vieillesse est une construction sociale et politique, dont les caractéristiques et les catégorisations varient selon les sociétés. Elles proposent également une image plus complexe et moins unifiée des personnes âgées, en mettant en évidence les variations sociales de leurs pratiques et de leurs modes de vie. Enfin, elles s’attachent à rendre compte des expériences différenciées de l’avancée en âge à la fin du parcours de vie, c’est-à-dire des formes variées que prend le vieillissement selon les appartenances et les trajectoires sociales des individus.

Cet ouvrage propose ainsi un panorama des acquis de la recherche sociologique francophone sur les vieillesses et les vieillissements tels qu’ils sont socialement structurés dans nos sociétés. Ce faisant, il cherche à ouvrir des perspectives de réflexion et de recherche, tant aux étudiants qu’aux chercheurs ou aux praticiens intéressés par ces thématiques. »

Cornelia Hummel, Isabelle Mallon et Vincent Caradec (dir.), Vieillesses et vieillissements, Presses universitaires de Rennes, 2014

Photo CEFutcher © iStock

Attaquer les inégalités à la racine ou les perpétuer : la stratégie d’investissement social en débat

L’investissement social vise à prévenir l’apparition de la vulnérabilité en intervenant dès le début du parcours de vie. En présence de très éminents spécialistes de la question, une conférence internationale accompagnée d’une table ronde propose d’évaluer cette stratégie montante en Europe et ailleurs, mais encore peu développée dans les institutions suisses et qui suscite aussi certaines critiques. A suivre les 10 et 11 avril 2014 à l’Université de Lausanne.

Investir dans le développement des compétences dès la petite enfance, c’est permettre à l’Etat social de diminuer très nettement ses dépenses à moyen et long terme, a calculé en 2009 le Prix Nobel d’économie James Heckman sur la base des données d’une célèbre expérience, The Perry Preschool Study. Cette étude longitudinale, menée à partir des années 60 sur deux groupes d’enfants, montre que ceux qui ont bénéficié d’un encadrement préscolaire de qualité enregistrent quarante ans plus tard de meilleurs niveaux de formation, des emplois plus stables, des revenus plus élevés et moins de séjours en prison à leur actif.

Esping-Andersen en invité vedette

Ces conclusions corroborent le concept d’investissement social développé depuis les années 90 par Gøsta Esping-Andersen. Actuellement professeur à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, il est un des auteurs les plus cités dans la recherche sur l’Etat-providence et a été impliqué dans de nombreuses instances internationales pour amener cette réflexion sur le terrain politique. Mais la vision du sociologue danois a également ses détracteurs. Face à certains de ces sceptiques, il sera l’un des principaux orateurs de la conférence « Evaluer la stratégie d’investissement social » organisée par le Prof. Giuliano Bonoli  et quatre collègues suisses, français et hollandais les 10 et 11 avril prochain à l’Université de Lausanne (IDHEAP) avec le soutien du Pôle de recherche national LIVES. Les autres conférenciers des sessions plénières seront Bea Cantillon (Université d’Anvers), Anton Hemerijck (Université libre d’Amsterdam) et Bruno Palier (Science Po Paris).

Selon ses défenseurs, l’investissement social vise à favoriser l’égalité des chances et répond au besoin de réforme de l’Etat social dans le contexte post-industriel, marqué par la montée du chômage, la transformation des structures familiales, le travail des femmes, les mouvements migratoires et le vieillissement de la population. Dans le milieu de la recherche, certains avancent cependant que les mesures existantes bénéficient avant tout à la classe moyenne et s’inscrivent dans une logique utilitariste et comptable visant davantage l’augmentation des revenus fiscaux et la diminution des coûts de la protection sociale qu’un véritable épanouissement humain. Un des objectifs de la conférence est de permettre aux chercheurs de confronter ces points de vue sur la base de résultats empiriques, lesquels donneront lieu à une trentaine de présentations.

Concept en hausse… sauf en Suisse

Un autre intérêt de l’événement est de permettre de sortir du cadre strictement européen pour s’intéresser à ce qui se passe sur d’autres continents, et d’amener enfin le débat en Suisse. En effet, si l’Organisation pour la Coopération et le Développement économique (OCDE) et la Commission européenne ont récemment ont adopté des positions très favorables à l’investissement social, on parle moins de ce qui se passe en la matière dans le reste du monde, et la Suisse semble peu concernée. « Certaines mesures allant dans le sens de l’investissement social ont été prises dans certaines villes et certains cantons, notamment dans le domaine de la petite enfance et de la réinsertion professionnelle, mais peu de partis politiques en ont fait un élément central de leur programme », affirme le Prof. Bonoli. A l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), la responsable du secteur Recherche et évaluation confirme que ce thème n’est pas à l’ordre du jour et qu’aucune étude n’est menée sur la question.

La conférence se terminera par une table-ronde à laquelle interviendront des personnalités provenant de plusieurs sphères politiques, administratives et académiques aux niveaux européen et suisse. Des visions enthousiastes aussi bien que prudentes ou critiques de l’investissement social y seront représentées. Le vice-directeur de l’OFAS, Ludwig Gärtner, y participera, une bonne occasion pour la Suisse de monter à bord de ce débat, espèrent les organisateurs.

« Les femmes et les enfants d’abord »

Parmi ces derniers, le Prof. Bruno Palier a été très actif pour faire avancer la cause de l’investissement social en Europe, qui a abouti en 2013 à l’adoption par la Commission européenne d’un train de mesures sur les investissements sociaux. Cette série de recommandations aux Etats membres pour la modernisation de leurs systèmes de sécurité sociale souligne l’importance de préparer les populations aux risques de la vie plutôt que de se contenter d’en réparer les conséquences. Le chercheur constate cependant que « pour l’instant, le monitoring consacré à la rigueur budgétaire mobilise bien davantage d’énergie que les projets d’investissement social. »

Il met également en garde contre la tentation de substituer l’investissement social à la protection sociale, qui demeure selon lui nécessaire et complémentaire. Et répondant aux critiques, par exemple selon lesquelles l’augmentation des places en crèche profite d’abord aux familles aisées, il rappelle que « pour réussir, l’investissement social doit viser l’universalité, et en attendant cibler les populations les plus pauvres, en donnant la priorité aux mères seules et migrantes. »

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Récolte de données sur le parcours de vie des ménages à revenu modeste

Le Département vaudois de la santé et de l’action sociale a mandaté le Pôle de recherche national LIVES et le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS pour mieux comprendre les trajectoires de précarité dans le canton et en tenir compte dans les futures réformes des politiques sociales. Entre janvier et avril 2014, plus de 800 foyers de résidents vaudois auront été intégrés à l’enquête longitudinale du Panel suisse de ménages.

« Les populations difficiles à atteindre sont celles qui nous intéressent le plus ! » Le Prof. Felix Bühlmann a des motifs de se réjouir de la convention signée en novembre 2013 entre le Pôle de recherche national LIVES, le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS et le Département de la santé et de l’action sociale (DSAS) : grâce à cet accord, environ 800 familles résidant dans le canton de Vaud ont pu être sélectionnées pour compléter l’échantillon du Panel suisse de ménages. Les personnes à bas revenu y sont volontairement surreprésentées. La collecte de données prendra fin en avril.

Un quart d’habitants aux revenus modestes

Dans la région lémanique, on estime à 16,4% la proportion de personnes vivant sous le seuil de risque de pauvreté (établi à 60% du revenu médian), qu’elles appartiennent à la catégorie des « working poors » ou des bénéficiaires de l’aide sociale. Mais au-delà, un quart des résidents vaudois reçoivent un subside pour payer leur assurance maladie et peuvent à ce titre être considérés comme à revenu modeste. « Le but est d’obtenir une vision systématique et synthétique des trajectoires de vulnérabilité pour renforcer le dispositif de soutien. Cet objectif est en phase avec le programme de législature 2012-2017, qui entend mettre l’accent sur la prévention », explique Judith Kühr, chargée de recherche au DSAS et responsable de la coordination entre l’administration et le PRN LIVES pour ce projet.

C’est le deuxième sur-échantillonnage auquel contribue LIVES dans le cadre du Panel suisse de ménages, conduit par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS. L’autre expérience s’intéresse aux jeunes de 15 à 24 ans qui ont été scolarisés en Suisse, dont deux tiers de migrants de la 2e génération. Dans les deux cas, il s’agit de populations généralement peu représentées dans les grandes enquêtes.

En plus du questionnaire concernant le foyer dans son ensemble, qui est administré par téléphone ou en face-à-face, chaque individu composant la famille est invité à remplir ensuite un « calendrier de vie ». Cet outil permet de retracer son parcours dans différents domaines, dont le travail et la santé. La partie réservée aux relations avec les institutions a été légèrement adaptée dans le cas du sur-échantillonnage vaudois, afin d’avoir une vision plus fine des liens entre les répondants et chaque prestataire d’aide : services sociaux, chômage, assurance invalidité.

Suivi dans la durée

Le Panel suisse de ménages (PSM) vise à réinterroger les mêmes personnes chaque année pour pouvoir suivre leur évolution. Un premier échantillon court depuis 1999 et un deuxième depuis 2004. Le troisième échantillon du PSM, constitué depuis 2013 avec les apports de LIVES, permet d’apporter une perspective plus « parcours de vie » et de focaliser davantage sur la question de la vulnérabilité. Plusieurs des 14 projets LIVES ont ajouté des questions et attendent les données collectées par l’institut de sondage MIS Trend pour pouvoir mener leurs analyses.

Le canton de Vaud devrait recevoir un premier rapport début 2015, puis après chaque vague d’enquête. Cette collaboration entre une administration publique et des centres de recherches académiques est positive : « Nous avons défini les objectifs ensemble et avons trouvé des compromis pour nous adapter à une autre logique, une autre temporalité », affirme le Prof. Felix Bühlmann. Et du point de vue méthodologique, le sur-échantillonnage constitue un défi, car il nécessite de pondérer certaines observations. Cette expérience ne fera donc pas que renseigner les autorités, mais également avancer la science.

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Chercheurs en sciences sociales et médias sociaux : de faux ennemis à rapprocher

La présence du Pôle de recherche national LIVES sur les réseaux sociaux se développe. En quoi ces nouveaux médias peuvent-ils être utiles à la recherche académique, et quels sont leurs publics-cibles ?

Comme une graine longtemps contenue par l’hiver, l’audience du PRN LIVES sur Facebook et Twitter a commencé à éclore récemment avec l’engagement d’une jeune « community manager », Fiona Friedli. En un mois, le nombre d’abonnés a poussé d’environ 40%, réunissant des personnes de tous horizons. Dans le milieu de la recherche, le pari est pourtant loin d’être gagné et bien des réticences demeurent.

Au Pôle de recherche national LIVES, nous pensons que les réseaux sociaux sont des outils utiles pour le transfert des connaissances produites. Comme le remarquent Philippe Breton et Serge Proulx, sociologues de la communication, « les usager-e-s du web ne se concentrent plus exclusivement sur ce qu'ils recherchent a priori, mais se laissent porter par une curiosité diffuse à travers l'environnement informationnel ». L'enjeu est donc de capter l'attention par des informations brèves afin de rediriger ensuite les lecteurs vers des contenus plus développés.

Valoriser la recherche

L'équipe de communication de LIVES a pour objectif de valoriser le travail des chercheurs et chercheuses du pôle et d’informer les parties prenantes et le grand public. Les liens postés sur les réseaux sociaux peuvent renvoyer aussi bien à des événements, des publications scientifiques, des papiers de vulgarisation ou des articles de presse plus généralistes sur la recherche.

A la différence d'autres supports de communication, les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook ont un effet pollinisateur: lorsqu'une information touche une personne, cette dernière peut la transmette très rapidement à son propre réseau. Les médias sociaux apparaissent donc comme des canaux complémentaires à d’autres outils que nous utilisons déjà pour communiquer au sein et au-delà de l'Université.

Des réticences

Mais cette posture ne fait pas l'unanimité dans le monde académique. Chargé de recherche au CNRS, Sylvain Deville déplorait récemment dans Le Monde que contrairement aux pays anglo-saxons, les chercheuses et chercheurs français se montrent souvent hostile à l'utilisation des réseaux sociaux pour relayer des informations académiques, alors même qu’au niveau institutionnel de plus en plus de centres et laboratoires de recherche possèdent des comptes sur Twitter, Facebook, LinkedIn, etc.

Il nous semble que le manque de légitimité qui frappe les réseaux sociaux concerne en général l’ensemble des supports de communication non scientifiques. Ce qui soulève d'autres problématiques : est-il souhaitable de diffuser largement la parole scientifique, et pour ce faire de parfois simplifier le contenu des recherches ?

Scientifique et citoyen

Sur ce point nous renvoyons à un débat mené par les sociologues Cyril Lemieux, Laurent Mucchielli, Erik Neveu et Cécile Van de Velde, cette dernière étant également très active sur Twitter. Cette discussion - « Le sociologue dans le champ médiatique : diffuser et déformer ? » - revient sur les enjeux relatifs à la présence des sociologues dans la sphère médiatique, en ce qu’elle engage le sociologue à la fois en tant que scientifique et en tant que citoyen.

Erik Neveu rappelle par exemple que si aujourd'hui la médiatisation de la sociologie est croissante et que cela peut représenter pour les chercheur-e-s certains risques d'instrumentalisation ou de réduction de la parole scientifique, cela permet également « d'introduire dans les débats sociaux des éléments d’objectivation des questionnements et des problématisations qui puissent conjurer les simplismes, la fausse clarté du sens commun et les discours bien cadrés de lobbies ou d’institutions qui ont un agenda caché. »

Dialogue avec la société

Le sociologue ajoute que « ce devoir de parole vient aussi de ce que nous avons le privilège de pouvoir mener des recherches souvent passionnantes grâce aux contribuables.» Tout en soulevant finement certains points de tension avec lesquels les chercheurs et chercheuses doivent composer, Erik Neveu les invite à réaliser cet exercice exigeant : se rendre audible auprès des médias et de la société.

Consciente de ces enjeux et en phase avec le mandat du Fonds national suisse de la recherche scientifique, la direction du Pôle de recherche national LIVES entend promouvoir le dialogue entre le monde académique et la société au sens large: politique, économie, institutions, associations, médias. Un travail qui se construit grâce à la collaboration des chercheurs et chercheuses du Pôle et pour lequel il est préférable de multiplier les supports de communication. 

Pour nous suivre sur les réseaux sociaux

Références

Doctorante et déjà co-auteure d’un livre, Gaëlle Aeby performe dans la transition à l’âge adulte

Doctorante et déjà co-auteure d’un livre, Gaëlle Aeby performe dans la transition à l’âge adulte

Assistante de recherche au Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (LINES) de l’Université de Lausanne et inscrite au Programme doctoral du Pôle de recherche national LIVES, la jeune chercheuse vient de publier "Les miroirs de l’adolescence. Anthropologie du placement juvénile", une plongée dans le quotidien d’adolescents placés en foyer co-écrit avec les professeurs Laurence Ossipow et Marc-Antoine Berthod.

Alors qu’elle revenait d’un semestre à Hong Kong et était sur le point de terminer son master en sociologie à l’Université de Genève, Gaëlle Aeby a été engagée en 2007 pendant 13 mois pour s’immerger dans trois structures socio-éducatives genevoises. En Asie, elle avait questionné le rapport entre les aspirations des adolescents et les attentes parentales dans une société en mutation. Avec ce mandat, la jeune femme entrait alors de plain-pied dans le monde professionnel en s’attaquant à un sujet où la relation parents-enfants n’est guère plus évidente. Il s’agissait d’accompagner deux anthropologues sur un projet soutenu par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS): « Le travail social à l'épreuve des rites: processus identitaires et citoyenneté des adolescent-e-s placé-e-s en foyers ».

Observation participante

Cinq ans après la fin du terrain sort Les miroirs de l’adolescence. Anthropologie du placement juvénile aux éditions Antipodes, monographie réalisée sur la base de cette recherche avec Laurence Ossipow et Marc-Antoine Berthod, professeurs à la Haute-école spécialisée de Suisse occidentale et requérants du projet FNS. Ce livre est nourri par un riche matériel ethnographique récolté pendant plus d’une année d’observation participante et d’entretiens - formels et informels - tant avec les équipes éducatives qu’avec les adolescents placés. Des extraits de ces moments parsèment d’ailleurs l’ouvrage sous forme de « vignettes » et de citations qui éclairent et humanisent la réflexion théorique.

Au sein de l’équipe, Gaëlle Aeby était notamment en charge des entretiens avec les jeunes, dont elle a accompagné le quotidien pendant plusieurs mois dans chacune des structures visitées : la Tour, le Pavillon et l’Appartement. Ces foyers semi-ouverts accueillent des adolescents âgés de 14 à 18 ans soit à la suite de délits mineurs, soit en raison de carences familiales. Une distinction finalement peu importante puisque, comme le relève la chercheuse, « les jeunes placés en institution ont tous en commun une situation difficile, et la petite délinquance est souvent révélatrice de problèmes familiaux. »

Des moment de rite comme autant de miroirs

La recherche se concentre principalement sur les moments ritualisés - au quotidien pendant les repas, dans le processus éducatif à travers les réunions collectives ou les entretiens individuels de suivi, lors des sorties en groupe comme le camp de ski et des moments festifs liés aux anniversaires ou certaines dates clés du calendrier. Ces séquences de rituels – ces « miroirs » - sont autant d’occasions d’examiner comment les adolescents interagissent avec leurs éducateurs et leurs camarades, renégocient les règles et intègrent les apprentissages. « Le fait d’être présent dans la vie de tous les jours sur un certain laps de temps permet de faire émerger des logiques qui n’apparaîtraient pas dans les discours rationnalisés. Quand les gens parlent dans une interview, ils ne décrivent pas toute la complexité de leur vécu. C’est dans le « faire » et non dans le « dire », dans les petits gestes, que l’on décèle cette densité, ce d’autant plus à une période de transition aussi chargée que le passage à l’âge adulte », soutient Gaëlle Aeby.

L’éditeur décrit ce livre comme « une analyse anthropologique originale du placement juvénile qui intéressera le monde professionnel directement aux prises avec les réalités de ces adolescentes et de ces adolescents souvent issus de groupe socio-économiques défavorisés. Les réflexions proposées intéresseront également le monde des sciences sociales soucieux de comprendre la façon dont les institutions articulent des vécus singuliers aux attentes politiques et sociales qui pèsent sur une partie de la jeunesse. »

Lacunes institutionnelles

Depuis la parution, Gaëlle Aeby a retrouvé environ la moitié des vingt-sept jeunes cités dans la recherche pour leur offrir le livre. « Certains ont l’air d'aller bien, d’autres non. Plusieurs disent que ce passage en foyer leur a offert un répit, un temps pour réfléchir, se responsabiliser, se positionner. » Elle souligne néanmoins que l’absence de suivi après la majorité est un problème préoccupant : « Les lacunes institutionnelles sont énormes pour les 18-25 ans, au cours de ces années cruciales de transition. »

L’expérience de cette recherche aura aussi marqué le propre passage à l’âge adulte de Gaëlle Aeby. Elle en garde « un intérêt pour les vies individuelles, pour le suivi des gens et pour les ressources qu’ils mobilisent ». La jeune chercheuse a enchaîné depuis avec une étude sur les familles recomposées. Et son projet de thèse s’articule maintenant autour de la question des réseaux personnels dans les parcours de vie. Les miroirs de l’adolescence reflètent un début de carrière bien prometteur.

  • Laurence Ossipow, Marc-Antoine Berthod, Gaëlle Aeby
    Les miroirs de l'adolescence. Anthropologie du placement juvénile
    Editions Antipodes, 2014
La notion d'âge dans les politiques sociales: demi-journée d'étude le 14 mai 2014 à Lausanne

La notion d'âge dans les politiques sociales: demi-journée d'étude le 14 mai 2014 à Lausanne

Le Prof. Jean-Pierre Tabin accueillera notamment Cécile Van de Velde, Maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), et Toni M. Calasanti, Professeure à Virginia Tech, affiliée au Centre de gérontologie et aux études genre. L'introduction sera assurée par le Prof. Dario Spini, Directeur du Pôle de recherche national LIVES.

Le législateur se fonde fréquemment sur des catégorisations par âge pour organiser le droit. Par exemple, la scolarité est obligatoire durant un intervalle d'âges, l'emploi ou les droits civiques ne sont ouverts qu'à un âge déterminé, la sexualité est légale à partir d'un certain âge seulement.

Les politiques sociales ne font pas exception à cette règle, puisque les droits à un revenu de l'assistance ou à une rente de retraite sont liés à des seuils d'âge.

Les débats sur les politiques sociales se concentrent en général sur la définition des seuils (à partir de quel âge une personne peut-elle toucher un revenu d'assistance ? à partir de quel âge une personne peut-elle recevoir une pension de retraite ?), mais ne portent guère sur l'existence de catégories d'âge ouvrant des droits et des obligations spécifiques.

La réflexion que nous proposons dans cette demi-journée scientifique porte sur les conséquences sociales de la catégorisation par âge.

  • L'existence de ces catégorisations par âge a quelle incidence sur les comportements ?
  • Quelles sont les conséquences sur les politiques sociales du fait d'être tributaires d'une pensée par catégorie d'âge ?
  • En quoi l'âge est-il un rapport social ?

Informations pratiques

Cette demi-journée scientifique sur « L'âge dans les politiques sociales » aura lieu le mercredi 14 mai 2014 dès 14h à la Haute école de travail social et de la santé - EESP, chemin des Abeilles 14 à Lausanne.

Elle est organisée par le Prof. Jean-Pierre Tabin en collaboration avec Anne Perriard dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie, et plus spécifiquement de l'IP5 (Surmonter la vulnérabilité face au chômage : possibilités et limites des politiques sociales dites "actives").

Après une introduction du Prof. Dario Spini, Directeur du Pôle de recherche national LIVES, nous aurons notamment la chance de pouvoir entendre des conférences de Cécile Van de Velde, Maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), et de la Prof. Toni M. Calasanti, Professeure à Virginia Tech, affiliée au Centre de gérontologie et aux études genre.

Cet événement est soutenu par le Domaine Travail social de la HES-SO et par la Haute école de travail social et de la santé - EESP Lausanne, en collaboration avec l'école doctorale "Age and Gender" du programme doctoral en études genre de la Conférence universitaire de Suisse occidentale (CUSO).

La participation est gratuite, mais l'inscription est obligatoire à l'adresse: www.eesp.ch/polsoc-info avant le 28 avril 2014.

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