Colloque "REIACTIS" de février 2016 sur le vieillissement: le programme est en ligne

Colloque "REIACTIS" de février 2016 sur le vieillissement: le programme est en ligne

Ce rendez-vous majeur de l’année 2016 dans l’étude et le vieillissement en sciences humaines et sociales accueillera des pointures internationales à l'Université de Lausanne du 10 au 12 février. Il est organisé par la Haute-école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) et le Pôle de recherche national LIVES à la demande du Réseau d’Etudes International sur l’Age, la Citoyenneté et l’Intégration Socio-économique (REIACTIS).

 «Vieillissement et pouvoir d'agir — Entre ressources et vulnérabilités». Voici le thème du 5e colloque international du Réseau d’Etudes International sur l’Age, la Citoyenneté et l’Intégration Socio-économique (REIACTIS). Le programme final de ce rendez-vous est désormais disponible.

Cette rencontre, coorganisée par la Haute école de Travail social de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) et le Pôle de recherche national LIVES «Surmonter la vulnérabilité: perspective de parcours de vie» (PRN LIVES), veut aborder cette dynamique sous l’angle des pouvoirs d’agir que les personnes vieillissantes peuvent maintenir ou acquérir au long de leur trajectoire de vie.

Conférenciers de haut vol

Parmi les conférenciers au programme figurent notamment Chris Phillipson, directeur exécutif du Manchester Institute for Collaborative Research on Ageing (MICRA), au Royaume-Uni, Daniela Jopp, professeure associée, Institut de psychologie de la Faculté des sciences sociales et politiques à l’Université de Lausanne et membre du PRN LIVES, Françoise Le Borgne-Uguen, professeure de sociologie à l'Université de Bretagne Occidentale à Brest, Stéfanie Monod, cheffe du Service de la santé du canton de Vaud, et Rosita Kornfeld, experte indépendante auprès de l’ONU pour les droits des personnes âgées.

Trois axes thématiques

Par ailleurs, le programme scientifique est composé de plus d’une centaines de communications traduites en français, anglais et espagnol avec des spécialistes de renommée internationale, et d’une centaine de communications sous forme de symposiums et de sessions en ateliers autour des axes suivants:

  • Les pouvoirs d’agir au prisme de l’innovation sociale et de l’action collective
  • Action publique et reconfiguration de la citoyenneté des personnes âgées
  • Adaptation et socialisation dans les parcours de vieillissement

Cet avant-programme laisse augurer trois jours d’échanges particulièrement riches pour cette rencontre internationale.

Source: HES-SO

>> Site web de la conférence

Posters LIVES-CIGEV au Congrès de la Société Suisse de Gérontologie

Posters LIVES-CIGEV au Congrès de la Société Suisse de Gérontologie

Des chercheurs du Pôle de recherche national LIVES, basés au Centre interfacultaire de gérontologie et d’études des vulnérabilités (CIGEV) de l’Université de Genève, présenteront des posters sur leurs recherches lors du prochain congrès biennal de la Société suisse de gérontologie à Fribourg le 29 janvier prochain.

Le congrès de la Société Suisse de Gérontologie (SGG-SSG) aura lieu les 28 et 29 janvier 2016 à l'Université de Fribourg sur le thème «âge @ technique».

Sur invitation, douze responsables de groupes de recherche scientifique nationaux et internationaux renommés présenteront leurs projets en cours avec leur équipe et les résultats de leur travail. Dans le cadre d’une session poster, ils proposeront ainsi un aperçu global du paysage de la recherche gérontologique.

Voici la sélection des professeurs Michel Oris et Matthias Kliegel, responsables de l’IP213 du PRN LIVES.

  • Siboney Minko: Les croyances et les pratiques religieuses chez les personnes âgées issues de l’immigration espagnole à Genève
  • Oana Ciobanu & Marie Baeriswyl: Comparing the support model for ageing natives and migrants in Switzerland
  • Marthe Nicolet: When the family of the deceased said thank you. Death notices in Geneva and Valais
  • Rainer Gabriel: Poverty in old-age: Three decades of progress, but not for everyone
  • Andreas Ihle (& Michel Oris, Delphine Fagot, Christian Maggiori, Matthias Kliegel): The association of educational attainment, cognitive level of job, and leisure activities during the course of adulthood with cognitive performance in old age: The role of openness to experience
  • Delphine Fagot (& Christian Chicherio, Cédric T. Albinet, Nathalie André, Michel Audiffren): The impact of physical activity and gender on intra-individual variability in inhibitory performance in older adults
  • Fanny Vallet (& Olivier Desrichard, Delphine Fagot, Dario Spini): The clinical meaning of different levels of memory complaint: a study on the VLV Swiss sample

>> Plus d’info sur le Congrès

>> Liste complète des posters

 

 

 

Photo iStock © selimaksan

Le passage de la vie active à la retraite évolue, voire s'estompe, observent les sociologues

Le dernier numéro de la Revue suisse de sociologie aborde les transformations de la transition à la retraite. Edité par René Knüsel, Jean-François Bickel, François Höpflinger et Béatrice Vatron-Steiner, il présente un large panorama des enjeux et des tensions existant autour des politiques de retraite en Suisse et, par comparaison, dans d’autres pays européens.

Ce numéro spécial sur les politiques de retraite vise à poser une réflexion large sur les changements intervenus et prévus dans ce domaine particulièrement sensible des politiques sociales et plus globalement de la gestion de la population. Les réformes annoncées en Suisse en particulier auront des conséquences importantes sur les générations futures de retraités. Mais les changements sont déjà en cours et le passage de la vie active à  la retraite tend à se modifier, voire à s’estomper. Le statut même de retraité est en mutation, puisque les principes d’activation, préconisés pour l’ensemble des personnes au bénéfice des interventions de l’Etat, concernent désormais aussi les retraités. Le recours à des notions comme « senior au travail » ou du « retraité professionnellement actif » montre la relativité de ces limites.

Sur les sept articles qui suivent l’introduction des éditeurs, trois ont pour auteurs des chercheurs et chercheuses ayant des liens avec le Pôle de recherche national LIVES. Voici leurs titres et résumés :

Bien-être subjectif : l’impact du départ à la retraite en Suisse

Par Boris Wernli, Valérie-Anne Ryser et Carmen Borrat-Besson

Basé sur les données du Panel Suisse de Ménages (PSM), cet article documente, dans une perspective de parcours de vie, le calendrier de la transition à la retraite et son impact sur la satisfaction de vie des aînés. Les résultats révèlent que ce sont les travailleurs ayant les conditions de travail les plus difficiles qui ont le plus de peine à négocier cette transition et la modification des rôles sociaux qui en découle. Ceci démontre la nécessité de disposer de ressources personnelles notamment la capacité à investir de nouveaux rôles sociaux permettant d’anticiper, de se préparer, et de faire face, le moment venu, à cette transition.

Le vieillissement actif à l’épreuve de l’empirie : une approche par des modèles d’équations structurelles. La situation des migrants âgés en Suisse

Par Laure Kaeser et Jonathan Zufferey

Cet article étudie la relation entre les normes contemporaines du vieillissement et les pratiques des personnes âgées. Il confronte les ambitions politiques pour un vieillissement actif aux conditions de vie des personnes âgées. L’accent est porté ici sur les migrants âgés qui sont surreprésentés parmi les populations vulnérables. Les données exploitées proviennent de l’enquête «Vivre/Leben/Vivere» qui traite des conditions de vie des individus de plus de 65 ans. A l’aide de modèles d’équations structurelles, cet article identifie des configurations d’activités et détermine quels sont les facteurs explicatifs qui structurent l’accès au vieillissement actif. Il montre ainsi que le concept de vieillissement actif n’englobe pas l’ensemble des activités des personnes âgées et élude les inégalités socioéconomiques.

La persistance d’un système de stratification sociale ? Une analyse de la pauvreté chez les personnes âgées dans une perspective de parcours de vie

Par Rainer Gabriel, Michel Oris, Matthias Studer et Marie Baeriswyl

Cet article analyse les facteurs expliquant la pauvreté chez les personnes âgées en Suisse, en mettant l’accent sur sa construction au cours du parcours de vie. Plus particulièrement, nous nous intéressons à savoir si différentes informations attenantes aux parcours de vie individuels permettent de comprendre les inégalités sociales et de genre en matière de pauvreté en Suisse. Nos résultats montrent que le facteur le plus déterminant est le capital humain initial, renvoyant par là aux théories traditionnelles de la stratification sociale, alors que l’influence des trajectoires professionnelles, familiales ou relationnelles n’apparaît pas comme significative. Dans ce cadre, les différences de genre apparaissent comme pouvant être en grande partie expliquées à travers l’influence à long terme des différences du niveau d’instruction.

Source: http://www.sgs-sss.ch/fr-sociojournal-numero_actuel

>> René Knüsel, Jean-François Bickel, François Höpflinger, Béatrice Vatron-Steiner (Eds.). (2015). Transformation des politiques de retraite. Revue suisse de sociologie. Numéro hors série Vol. 41 (3).

Congrès annuel 2016 de la Société Suisse de Recherche en Education : "Où s'arrête l'école?..."

Congrès annuel 2016 de la Société Suisse de Recherche en Education : "Où s'arrête l'école?..."

"Où s’arrête l’école ? Transformations et déplacements des frontières éducatives" sera le titre du prochain congrès annuel de la SSRE du 29 juin au 1er juillet 2016 à l'Université de Lausanne. Le délai pour les soumissions est fixé au 31 janvier 2016. Parmi les thèmes proposés, "Transitions et orientations" et "Apprentissage tout au long de la vie" peuvent notamment intéresser les personnes travaillant sur les parcours de vie. Le Pôle de recherche national LIVES est un des sponsors de l'événement.

L’allongement général de la durée de la scolarité et le développement de la formation tout au long de la vie déplacent les frontières classiques de l’éducation. De nouvelles formes d’enseignement et d’apprentissage prennent place dans les pratiques et les relations quotidiennes. Les connaissances elles-mêmes se métissent dans les controverses autour des questions socialement vives. Certains enjeux sociétaux qui secouent aujourd’hui les débats sur la citoyenneté, l’usage des technologies ou les questions environnementales s’invitent à l’école. Les frontières entre éducation, vie quotidienne et activité professionnelle deviennent ainsi plus distendues, se déplacent et se transforment.

Le congrès annuel de la Société Suisse pour la Recherche en Education (SSRE) cherche à interroger et discuter les enjeux de ces transformations. Les chercheurs et chercheuses sont invité.e.s à proposer des contributions à différents niveaux — des individus, des collectifs, des institutions de formation, des politiques de l’éducation et de la recherche — en particulier autour des axes suivants :

  1. Relations entre formation, vie quotidienne et vie professionnelle (rapports famille-école, processus d’intégration et d’inclusion, programmes de prévention, « éducations à », etc.)
  2. Politiques de l’éducation (transformations des organisations et des programmes scolaires, enjeux politiques et institutionnels relatifs à l’éducation et à la formation, débats sur la citoyenneté, la formation professionnelle et le chômage, etc.)
  3. Transformation des métiers de l’éducation (changements dans la formation des formateurs, des dispositifs et des didactiques, santé au travail, etc.)
  4. Transitions et orientations (orientation ou réorientation scolaire et professionnelle, décrochages, passages entre cycles scolaires, de la formation à l’activité professionnelle et à la retraite, processus d’inégalités et pratiques de différenciation, fragmentation des appartenances et recompositions identitaires, etc.)
  5. Apprentissage tout au long de la vie (apports des études longitudinales, enjeux de la formation continue et professionnelle, histoires de vie, etc.)
  6. Médiations matérielles (le rôle des objets et outils de médiation, des MITIC, des jeux électroniques et réseaux sociaux dans le développement et la formation, etc.)

Au-delà du thème du congrès, les chercheurs et chercheuses seront invité·e·s à soumettre des contributions portant sur des projets actuels et relevant de tous les domaines des sciences de l’éducation. Les langues du congrès sont le français, l’allemand, l’italien et l’anglais.

Appel à communications

Les conférences plénières portent sur le thème du congrès mais les propositions de communication peuvent porter sur tout thème relevant de la recherche en éducation.

Pour votre soumission sélectionner ssre 2016 – soumission.
Délai de soumission :
31 janvier 2016
Format de la présentation : communication individuelle, symposium et poster

Thèmes du congrès

  • Relations entre formation, vie quotidienne et vie professionnelle
  • Politiques de l’éducation
  • Transformation des métiers de l’éducation
  • Transitions et orientations
  • Apprentissage tout au long de la vie
  • Médiations matérielles
  • Autre thème

>> Site internet du congrès

Image Felix Imhof

Un prix Leenaards à un projet de recherche sur les personnes très âgées et leurs enfants seniors

La Fondation Leenaards a remis le 24 novembre 2015 un prix à la Prof. Daniela Jopp et quatre collègues pour leur projet "Atteindre ensemble un âge
 très avancé : nature et implications de la relation entre parents très âgés et leurs enfants âgés". La Fondation remettait le même jour quatre autres prix afin de soutenir des chercheurs des hautes écoles de Suisse romande dont les projets traitent de la qualité de vie des personnes de plus de 65 ans. Depuis 2010, vingt-trois projets de ce type ont été ainsi financés pour un montant total de plus de 2,2 millions de francs.

Thématique et hypothèse

Les personnes qui atteignent un âge très avancé représentent la part de population qui s’accroît le plus rapidement en Suisse. Cette hausse de l’espérance de vie a donné lieu à un nouveau phénomène peu investigué jusqu’à aujourd’hui : les membres d’une même famille qui atteignent ensemble un âge très avancé.

Cette étude exploratoire a pour but d’évaluer la nature de la relation entre des parents très âgés et leurs enfants d’âge avancé, ainsi que ses implications sur leur bien-être et leur qualité de vie.

Selon l’hypothèse générale de départ, ce type de relation se caractérise par des aspects positifs (p. ex. se sentir reconnaissant de la présence de l’autre), mais aussi par des aspects négatifs (p. ex. sentiment pour le centenaire d’être un fardeau pour l’enfant ou pour l’enfant de ne pas avoir de vie personnelle).

Méthodologie

A l’aide de méthodes qualitatives et quantitatives, l’équipe de recherche va examiner un échantillon de dyades formées chacune d’un individu âgé de 95 ans et plus, vivant dans la région lémanique, et de l’enfant d’âge avancé le plus impliqué dans les soins qui lui sont fournis. Ce type de recherche – encore jamais conduite en Suisse – vise à décrire la relation parent très âgé/enfant âgé, à identifier les facteurs personnels et relationnels liés à la qualité de relation ainsi que les conséquences pour le bien-être et la qualité de vie de chacun.

La démarche s’appuiera sur des méthodes développées dans de précédentes études conduites aux États-Unis, en l’Allemagne et au Portugal et permettra de comparer la situation suisse à celle de ces pays.

Résultats attendus

Les résultats de cette étude exploratoire visent à mieux comprendre les besoins en matière de soins et de soutien, ainsi que leur impact sur le bien-être des sujets très âgés et de leurs proches aidants. Ceci dans le but de relever le défi international lié au nombre croissant d’individus très âgés dans les sociétés occidentales et d’établir des recommandations visant à améliorer leur bien-être et leur qualité de vie.

« Ce projet anticipe une situation qui sera fréquente d’ici 20 à 30 ans : le soutien mutuel entre parents centenaires et enfants âgés et les difficultés/bénéfices de telles relations au sein de dyades d’un genre nouveau. » Le Jury « Qualité de vie 65+ » 2015

Equipe de recherche

  • Prof. associée Daniela Jopp, 
Institut de psychologie, UNIL & PRN LIVES
  • Prof. associée Kathrin Boerner, University of Massachusetts, USA
  • Prof. Dario Spini, UNIL & PRN LIVES
  • Prof. assistante, Joëlle Darwiche, UNIL
  • Prof. assistant Heining Cham, Fordham University, USA

Source: https://www.leenaards.ch/prix/atteindre-ensemble-age-tres-avance/

Forte affluence à la conférence publique sur les trajectoires de chômeurs en fin de droits

Forte affluence à la conférence publique sur les trajectoires de chômeurs en fin de droits

La Cour des comptes du canton de Genève et le Pôle de recherche national LIVES ont fait salle comble mercredi 18 novembre 2015 à l’Université de Genève pour la présentation d'une évaluation de l’impact des politiques genevoises de réinsertion professionnelle. Le débat qui a suivi a été à la mesure du constat : grave.

Syndicalistes, travailleurs sociaux, représentants de services publics, d’ONG et d’associations ou simples chômeurs : ils étaient environ 130 mercredi soir à Uni Mail aux côtés de quelques chercheurs pour assister à la conférence d’Eric Moachon et Matthias Studer sur les trajectoires de chômeurs en fin de droits à Genève.

La présidente de la Cour des comptes, Isabelle Terrier, a commencé par rappeler le contexte du rapport publié en avril 2015, dont la partie quantitative a été confiée à des chercheurs de l’Université de Genève travaillant dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES. Cette étude porte sur 22'600 chômeurs arrivés en fin de droits entre 2007 et 2012, un travail « fouillé et original », a-t-elle déclaré, axé sur les parcours de vie et le passage entre différents dispositifs de réinsertion.

Puis Eric Moachon, évaluateur à la Cour des comptes, et Matthias Studer, chercheur en socio-économie au sein de LIVES, ont présenté les principaux résultats de recherche qui utilise les outils méthodologique développés au sein de l’IP214 de LIVES.

Le nombre de personnes arrivées au terme de leurs indemnités de chômage à Genève sans avoir retrouvé d’emploi a augmenté d’un tiers en quelques années. En combinant les données administratives de l’assurance chômage, de l’Hospice général, de la Centrale de compensation AVS/AI et de l’Office cantonal de l’emploi, le rapport sur les trajectoires de chômeurs entre 2007 et 2012 a pu dresser un tableau exhaustif du parcours des individus concernés.

L'impact de la politique

On constate au début de cette période l’impact d’une décision politique majeure : la suppression des emplois temporaires cantonaux (ETC), qui permettaient de rouvrir un droit aux allocations chômage une fois la mission terminée, un effet « carrousel » qui voyait les mêmes personnes alterner entre ETC et chômage pendant plusieurs années.

Le rapport décrit également d’autres types de mesures, comme les emplois solidarité ou les allocations de retour en emploi. Il compare différentes cohortes de chômeurs en fin de droits au fil du temps, et permet de voir sur quel type de situation chaque prestation a débouché.

Les chercheurs soulignent que le portrait robot des chômeurs en fin de droits a évolué : en 2012 il s’agissait en moyenne de personnes mieux formées et plus jeunes qu’en 2007, où les profils étaient moins facilement réinsérables sur le marché de l’emploi. Mais entre-temps la situation économique a empiré et les dispositifs de soutien aux chômeurs en fin de droits se sont raréfiés. Résultat : le nombre de mois passés sans aucune prestation ni emploi s’est allongé et le nombre de personnes vivant avec un revenu en dessous du minimum vital de 2500 francs bruts a augmenté de 50%.

« La trappe du chômage a été remplacée par la trappe de la pauvreté », a déclaré à l’heure du bilan le Prof. Jean-Michel Bonvin, spécialiste des politiques sociales, s’interrogeant sur la place réservée dans notre société aux personnes difficiles à intégrer sur le marché de l’emploi.

Détresse

Le débat qui a suivi a montré l’intensité de la détresse de ceux qui assistent aux effets du chômage de longue durée: la difficulté des seniors à obtenir une nouvelle chance, la crainte des Permis B de demander l’aide sociale au risque d’une expulsion, l’impuissance des travailleurs sociaux à proposer des solutions, l’inadéquation de certaines mesures, la sous-enchère salariale, le développement d’un marché privé (et donc lucratif) de la réinsertion…

Autant de questions qui n’ont pas trouvé de réponses ce soir-là, car « le chercheur ne se substitue pas au politique », a rappelé Jean-Michel Bonvin. Mais l’importance de l’enjeu était en tout cas démontrée, tant par les chiffres que par les réactions.

>> Voir le rapport

Photo iStock © Sturti

Les enfants et le travail sont pire que la maladie pour les couples. Mais ça s’arrange à la retraite

La qualité des relations de 721 couples en Suisse sur une période de treize ans est au centre d’une thèse doctorale conduite dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES. Manuela Schicka a défendu avec succès les résultats de sa recherche le 30 septembre 2015 à l’Université de Genève. Elle démontre que si les styles d’interaction conjugale restent généralement stables au cours de l’existence, certains événements critiques et certaines phases de vie pèsent davantage que d’autres, et de manière parfois inattendue.

La sociologie de la famille avait déjà constaté l’effet de contagion des problèmes socio-professionnels sur les relations conjugales. Etre au chômage ou rencontrer des problèmes financiers ne sont bien sûr pas les meilleurs moyens d’entretenir la flamme. On savait déjà également que la transition à la parentalité pouvait être un véritablement tremblement de terre pour les partenaires. Mais comment mesurer la qualité de la relation ? Comment évolue-t-elle au cours du temps ? Et tous les événements critiques du parcours de vie ont-ils le même impact ?

Les données longitudinales collectées dans le cadre du projet IP208 du PRN LIVES ont permis à Manuela Schicka de répondre à ces questions. L’enquête Stratification sociale, cohésion et conflits dans les familles contemporaines, que le Prof. Eric Widmer mène depuis 1998 à l’Université de Genève, a généré des informations inédites sur la stabilité et le changement au sein des couples vivant en Suisse.

1442 partenaires hétérosexuels de longue durée ont été observés par l’étude de Manuela Schicka. Ils faisaient partie des personnes qui ont accepté de participer à la première et à la troisième vague de l’enquête en 1998 et 2011. La deuxième vague en 2004 n’avait permis que d’interviewer les femmes. La troisième vague a également essayé de toucher les personnes séparées ou divorcées, mais celles-ci ne sont pas incluses dans les présentes analyses.

Evénements critiques et transitions

La doctorante a regardé si certains événements critiques ou certaines transitions ont eu un impact sur la qualité des relations, et si ces effets dépendaient également en partie des styles d’interaction conjugale. Elle s’est intéressée à des transitions dites « normatives » (attendues et ordinaires), telle que devenir parent, voir son enfant quitter la maison (le syndrome du « nid vide ») ou prendre sa retraite. Elle a également inclus des événements « non normatifs» (inattendus et non souhaités) tels que problèmes socio-professionnels et soucis de santé.

Pour évaluer la qualité des relations conjugales, elle a pris comme indicateurs le niveau de satisfaction par rapport au couple, la fréquence des pensées de séparation, l’existence de conflits conjugaux de différents types et la gravité des disputes.

Les styles d’interaction conjugale étaient identifiés en fonction de la typologie développée par Jean Kellerhals et Eric Widmer, qui est basée sur deux dimensions principales : la cohésion et la régulation. Le niveau de cohésion dépend du degré de fusion (plus les partenaires sont connectés l’un à l’autre) et du degré d’ouverture (plus le couple est connecté à son réseau social). Quant au niveau de régulation, il dépend du degré de différenciation genrée des rôles au sein du couple et du degré de routinisation des tâches.

Les couples fusionnels résistent mieux

La recherche de Manuela Schicka a montré que les couples marqués par un haut degré de fusion résistent mieux aux aléas de la vie. Elle a également révélé que les styles d’interaction évoluent très peu au cours de la vie de couple. Certaines transitions cependant, et particulièrement le passage à la retraite, ont tendance à entraîner une plus grande fusion. Ce moment du parcours de vie, ainsi que la phase du « nid vide », apparaissent comme bénéfiques pour la qualité relationnelle du couple. Par contraste, la transition à la parentalité et les problèmes socio-professionnels génèrent plus de conflits et une baisse de satisfaction dans la relation.

Il est également intéressant de relever que les maladies graves et les accidents n’ont pas d’effet sur la qualité conjugale. Près de la moitié des couples interrogés ont été confrontés à des problèmes de santé entre la première et la troisième vague, alors que 20% seulement ont connu des soucis d’ordre socio-professionnel.

Responsable ou pas?

Manuela Schicka explique la différence d’impact entre les problèmes liés au travail et les problèmes de santé par le fait que la trajectoire professionnelle est perçue comme quelque chose de contrôlable, alors que les maladies et les accidents sont associés à de la malchance, et non à une responsabilité personnelle. Quand un tel malheur arrive, il y a moins de ressentiment entre les partenaires. La chercheuse note également que « l’importance des événements dans le domaine professionnel peut être expliqué par l’importance en Suisse, pour les hommes et les femmes, d’être actifs sur le marché du travail. Un échec dans ce domaine entraîne de la frustration et des déceptions. »

L’autre caractéristique de la Suisse est liée à la question des enfants : comme la chercheuse l’observe, « la transition à la parentalité est associée à une augmentation de la fermeture du couple, ainsi qu’à une hausse de la différenciation des rôles fonctionnels. » Les femmes dans ce pays abandonnent ou réduisent souvent leur participation au monde professionnel quand elles deviennent mères, en raison du manque de solutions de garde. Cela aussi génère pas mal de frustration.

Il est dès lors ironique de constater que l’objectif principal du mariage, avoir des enfants, est un défi aussi menaçant pour la stabilité du couple, alors que les transitions vers le nid vide ou la retraite réussisent à souder davantage les partenaires, à un âge qui n’est généralement pas considéré comme le plus romantique…

>> Schicka, Manuela (2015). The Impact of Critical Life Events and Life Transitions on Conjugal Quality: A Configurational Approach. Sous la direction d'Eric Widmer. Université de Genève

Image iStock © Jennifer Borton

Les aspirations professionnelles des jeunes reflètent des inégalités de genre toujours en cours

Le 3e numéro de la revue Social Change in Switzerland aborde la division sexuée de l’orientation professionnelle des adolescent·e·s. Cet article de Lavinia Gianettoni et al. montre qu’une majorité de filles visent un métier mixte ou atypique du point de vue du genre. Cependant, deux tiers d’entre elles se projettent dans un emploi à temps partiel visant à concilier travail et famille. L’intériorisation des normes de genre entretient ainsi la ségrégation des femmes sur le marché du travail, ce qui n’est pas rationnel du point de vue économique.

Cet article se base sur l’enquête Aspirations et orientations professionnelles des filles et garçons en fin de scolarité obligatoire : quels déterminants pour plus d’égalité ? financée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, qui a permis de récolter des données auprès de 3302 adolescent·e·s de 13 à 15 ans dans cinq cantons de Suisse (GE, VD, TI, AG, BE) en 2011.

Les auteurs observent que près de deux tiers des garçons interrogés ambitionnent une profession typique du point de vue du genre, c’est à dire occupée à plus de 70% par des personnes de leur sexe (informaticien, policier, etc.). Ils sont moins d’un tiers viser une profession mixte (médecin, enseignant au secondaire, etc.), et seulement 7% un métier atypique (instituteur au primaire, coiffeur, etc.). Côté filles, un tiers vise une profession typique (éducatrice de la petite enfance, esthéticienne, etc.), la moitié une profession mixte et 19% une profession atypique (avocate, ingénieure, etc.).

Les données montrent également que deux tiers des filles s’imaginent travailler plus tard à temps partiel pour des raisons familiales contre 37% des garçons. Mais alors que chez ces derniers le taux d’activité souhaité n’est pas lié à un type de métier en particulier, les filles désireuses de travailler à temps partiel choisissent davantage des métiers « féminins ».

Facteurs institutionnels et idéologiques

Les auteurs concluent que des facteurs institutionnels et idéologiques pèsent toujours sur les aspirations des jeunes : l’insuffisance des structures de garde, le manque de conciliation travail-famille dans certaines professions, ainsi que la socialisation des enfants, qui privilégie encore une division sexuée des rôles, maintiennent la ségrégation horizontale et verticale des femmes sur le marché du travail : elles demeurent moins nombreuses dans les métiers socialement valorisés et bien rémunérés, et moins nombreuses également dans les positions hiérarchiques supérieures.

La persistance de ces inégalités de genre a de plus un impact économique, puisque la formation des jeunes femmes n’est pas pleinement valorisée ensuite sur le marché du travail. Il importe donc de continuer à agir sur les nombreux freins qui limitent les aspirations professionnelles et familiales des jeunes.

>> Lavinia Gianettoni, Carolina Carvalho Arruda, Jacques-Antoine Gauthier, Dinah Gross, Dominique Joye (2015), Aspirations professionnelles des jeunes en Suisse : rôles sexués et conciliation travail/famille, Social Change in Switzerland No 3. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact: Dr. Lavinia Gianettoni, 079 565 35 81, Lavinia.Gianettoni@unil.ch

Photo Chris Strong @ University of Chicago

Les impacts identitaires d’une transformation corporelle : conférence de Kristen Schilt

Perdre beaucoup de poids ou changer de sexe sont des processus qui questionnent l’identité de ceux qui passent par ces transformations. Aller ainsi "contre la nature" permet-il d'accéder à un nouveau soi ou à un soi authentique ? La professeure de sociologie à l’Université de Chicago sera l’invitée du Pôle de recherche national LIVES et de la PlaGe - Plateforme interfacultaire en Etudes Genre - le 26 novembre 2015 à 17 heures à l’Université de Lausanne.

La conférence publique de Kristen Schilt, Professeure de Sociologie à l’Université de Chicago, aura pour titre "A New You or Your True Self? Framing Major Changes to Embodiment". Elle conclura le colloque Le corps mis en scène, qui aura lieu le même jour dans le bâtiment Géopolis de l’Université de Lausanne.

Kristen Schilt présentera deux études de cas concernant la perte de poids et la transition de sexe dans le contexte états-unien contemporain. Elle porte ainsi son regard sur des individus qui affrontent des changements majeurs de leur corps et de leur identité dans un domaine qui est habituellement considéré comme déterminé biologiquement. Deux cadres de référence en compétition sont notamment présentés. Kristen Schilt investigue dans quelle mesure les trajectoires et les changements majeurs permettent aux individus d’accéder à un nouveau soi ou à un soi authentique.

Kristen Schilt nous invite notamment à penser la vulnérabilité des parcours de vie et à investiguer comment les individus font face à des changements majeurs de leur existence. Cette réflexion permettra de mettre en lumière les présupposés culturels touchant bien souvent le corps – ceux-ci permettant de naturaliser et reproduire des inégalités sociales.

Colloque : Le corps mis en scène

Le colloque Le corps mis en scène, qui précédera sa conférence publique, permettra d’évoquer plusieurs aspects de la corporéité. D'abord une réflexion historique sur le sein comme élément du corps capable de véhiculer des messages différents et son utilisation dans les rites. Ce sera aussi l’occasion de se questionner de manière comparatiste sur le phénomène et la place de la transformation médicale ou culturelle des corps, dans des contextes culturels très éloignés, comme la Rome antique et l'Inde contemporaine, d'un point de vue des significations genrées de telles pratiques et des "transidentités" auxquelles elles donnent lieu.

Ce colloque s'insère dans un événement plus large intitulé Le corps en perspective : approches de genre interdisciplinaires qui conclut un cycle de deux ans sur la thématique "corps" que se proposait d'explorer la PlaGe - Plateforme interfacultaire en Etudes Genre. Ce thème s’est imposé d'emblée au Bureau de la PlaGe pour son potentiel fédérateur : le corps est en effet l'un des vecteurs privilégiés de la (re)production, de la performance et de l'incarnation du genre. Son étude permet de plus de multiples approches, tant disciplinaires que méthodologiques : de la biologie et médecine aux sciences sociales, en passant par ses traitements littéraires, picturaux ou cinématographiques, il dit toujours quelque chose du genre. Un parcours de deux années pour découvrir, in fine, que ni la paléo-anthropologie, ni la génétique, ne sont à même aujourd'hui de délimiter clairement deux groupes humains composés exclusivement de femmes ou d'hommes...

La conférence plénière de Kristen Schilt est co-organisée par la PlaGe et l’IP206 du PRN LIVES.

Damien Michelet, Solène Froidevaux, Isabelle Zinn

Informations pratiques :

Kristen Schilt
A New You or Your True Self? Framing Major Changes to Embodiment
Jeudi 26 novembre 2015, 17h00
Géopolis UNIL – Quartier Mouline  -  salle 2137

>> Programme de la journée

Congrès de l'AISLF: Session sur l'ambivalence de l'Etat social et autres appels (famille, genre)

Congrès de l'AISLF: Session sur l'ambivalence de l'Etat social et autres appels (famille, genre)

Le vingtième congrès de l'Association internationale des sociologues de langue française aura lieu du 4 au 8 juillet 2016 à Montréal. Des chercheurs de l'IP205 du Pôle de recherche national LIVES organisent une session et lancent un appel à communications. Délai de soumission: 31 janvier 2016. D'autres membres du PRN LIVES sont également impliqués dans des sessions sur la famille et le genre.

Un des objectifs de l’État social est de répondre à des situations considérées comme socialement problématiques en proposant une médiation entre les différents ordres qui opèrent dans la société : politique (accumulation de pouvoir), économique (accumulation du capital) et domestique (reproduction de la ressource humaine). En dépit de cet objectif, les politiques sociales sont profondément ambivalentes : à la fois pourvoyeuses de ressources pour les ménages (notamment financières), et contraignantes du fait des conditions posées pour en bénéficier (l’activation, la responsabilisation individuelle ou les sanctions). Elles contribuent également à la (re)production d’un ordre des rapports sociaux, par exemple en favorisant en Amérique latine la rematernalisation des femmes bénéficiaires de l’assistance et leur écartement de facto des marchés du travail, en incitant dans différents pays d’Europe les jeunes, du fait de leur âge, à accepter des emplois jugés inappropriés à d’autres âges, ou en proposant dans différents pays des politiques sociales spécifiques pour les peuples autochtones.

L’ambivalence est le fait aussi bien des politiques sociales des pays du Nord que du Sud global, ce qui signifie que l’État social peut et doit être appréhendé comme une structure sociale, à la fois habilitant et contraignant les individus et les groupes. Si l’analyse du phénomène du non-recours commence à apporter des pièces utiles pour une analyse générale de la réception des politiques par leurs publics, cette ambivalence reste largement sous-documentée. C’est la raison pour laquelle nous lançons cet appel à communication. Nous attendons des propositions de communication traitant des questions suivantes (merci de préciser l’axe choisi).

Premier axe : les frontières des politiques sociales

Quelles ressources et quelles opportunités sont fournies par les diverses politiques sociales, à quelles conditions ? Qui est inclus, et qui est exclu, de quoi, et sur quelles bases les frontières symboliques et sociales entre les personnes et groupes sont-elles ainsi dessinées ? Quelles conséquences cela a-t-il d’être d’un côté ou d’un autre de ces frontières ? Dans quel cas peut-on « jouer » avec ces frontières ? Quels sont les enjeux liés au fait de dessiner des frontières, de s’y conformer ou de les disputer ? Comment les appréhender sociologiquement ?

Deuxième axe : les conséquences des politiques sociales sur les capacités d’agir

Comment le fait d’être dedans ou en dehors de tel ou tel type de politiques sociales agit sur la capacité d’agir des acteurs et des actrices sociaux, selon leur sexe, leur appartenance ethnique, leur inscription dans des catégories socio-économiques ? Quels éléments structurels font office de ressources, et quels sont ceux qui au contraire limitent la capacité d’agir, et comment ? Quelles implications ont sur les personnes l’intégration dans certains programmes sociaux ? Comment les ressources et les contraintes liées aux politiques sociales se combinent-elles avec les ressources individuelles et les capacités d’agir ? Que signifie la non-intégration dans certains programmes sociaux ? Quels moyens alternatifs sont mobilisés ?

Nous souhaitons que ces questions puissent être abordées de manière approfondie à partir de cas étudiés dans différents pays et continents.

>> Organisation: IP205 - Jean-Michel Bonvin (Université de Genève), Felix Bülhmann (Université de Lausanne), Jean-Pierre Tabin (EESP/HES-SO), en collaboration avec Blandine Destremeau (Directrice de recherches, CNRS / IRIS / EHESS), Nicolas Duvoux  (Université Paris 8) et Philippe Warin (Directeur de recherches, CNRS, Laboratoire PACTE / Observatoire ODENORE, Grenoble)

>> Contact: Jean-Pierre Tabin

>> http://congres2016.aislf.org

Les autres appels de chercheurs LIVES

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Les années de haute conjoncture renforcent les inégalités de revenu

Pour son deuxième numéro, la revue Social Change in Switzerland publie un article de Ursina Kuhn (FORS) et Christian Suter (Université de Neuchâtel). Cette étude observe l’évolution des inégalités de revenu en Suisse au cours des vingt-cinq dernières années en combinant huit sources de données. Elle se distingue tant par la durée de la période prise en compte que par la quantité d’informations agrégées et représente ainsi l’analyse la plus complète du phénomène en Suisse depuis 1990. Les auteurs montrent que les inégalités se sont creusées lors des phases de croissance économique, lesquelles ont surtout profité aux revenus les plus hauts.

Ces dernières années, plusieurs études ont examiné les inégalités de revenu en Suisse en arrivant à des conclusions contradictoires. Soit les périodes étudiées ne couvraient que quelques années, soit les études se basaient sur une seule source de données. L’intérêt de cet article est de mettre en perspective une période longue (1990-2012) et d’utiliser la totalité des sources de données en Suisse qui contiennent des informations sur les revenus (sept enquêtes nationales ainsi que les données fiscales).

Autre apport, cette étude couvre non seulement les revenus du travail (les salaires et les honoraires) mais également les revenus disponibles des ménages. Ces derniers comprennent les revenus de tous les membres d’un ménage, incluant les revenus du capital, des rentes ou des assurances sociales, mais soustraction faite des charges sociales, impôts et primes d’assurance-maladie.

On constate ainsi qu’en 2012, le niveau d’inégalité entre les revenus des ménages était semblable à celui du début des années 1990. Entre ces deux dates, les inégalités ont systématiquement suivi les variations de la conjoncture économique : dans les périodes de croissance, les inégalités augmentent et le fossé entre les hauts et les bas revenus se creuse. Cela s’explique par le fait que les plus riches bénéficient des revenus du capital et des bonus. Dans les périodes de récession par contre, la politique sociale a un effet compensatoire sur les revenus des ménages les plus pauvres, notamment par le biais de l’assurance-chômage et de l’aide sociale, mais aussi à travers les retraites.

Enfin la comparaison entre les revenus du travail et les revenus des ménages montre une dynamique intéressante : les inégalités des salaires ont tendance à croître, notamment en raison de la forte augmentation des hauts salaires ainsi que du travail à temps partiel ; mais en même temps, la participation croissante des femmes sur le marché de l’emploi a empêché que les inégalités de revenu des ménages ne s’aggravent.

Cependant, si l’on compare l’évolution salariale des 10% les plus riches avec celle du travailleur moyen, on constate que les écarts se sont accentuées entre 1994 et 2012. Si les salaires réels n’ont augmenté que de 18% pour le travailleur moyen, ils ont fait un saut de 41% pour les 10% les plus riches.

» U. Kuhn et Ch. Suter. L’évolution de l’inégalité des revenus en Suisse. Social Change in Switzerland No 2. Retrieved from http://socialchangeswitzerland.ch

Contact:

Prof. Christian Suter, Université de Neuchâtel, 032 718 14 14 ou 076 381 20 22, christian.suter@unine.ch

Photo Gérard Chardonnens © L’@telier Noir-Blanc

«Arriver en fin de droits à Genève. Et après?» Conférence publique sur des résultats de recherche

Le Pôle de recherche national LIVES et la Cour des Comptes de Genève organisent une conférence publique le 18 novembre 2015 à l’Université de Genève pour présenter les résultats d'une étude sur les trajectoires des personnes arrivées au terme de leurs indemnités de chômage entre 2008 et 2012. Entrée libre.

Les mesures destinées aux chômeurs en fin de droits sont l’un des enjeux importants de la politique cantonale genevoise. En 2014, on comptait ainsi 4'000 personnes sans emploi au moment où elles touchaient leur dernière indemnité de chômage dans le canton de Genève.

Les mesures qui avaient été mises en place pour éviter l’exclusion sociale des chômeurs en fin de droits au cours des trente dernières années ont été profondément réformées entre 2008 et 2012, avec l’objectif de favoriser le retour en emploi. Ces réformes ont-elles tenu leurs promesses ?

Pour le savoir, la Cour des Comptes du Canton de Genève a lancé un vaste projet d’évaluation de la politique cantonale de réinsertion professionnelle. Pour le volet quantitatif, afin d’avoir une vision exhaustive du parcours ultérieur de chaque personne arrivée en fin de droits entre 2007 et 2012, elle s’est adressée à des chercheurs de l’Université de Genève travaillant dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité : Perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le rapport d’évaluation et son annexe sur les trajectoires de chômeurs en fin de droit ont été rendus publics en avril 2015.

Afin de présenter et discuter les résultats de cette évaluation, le PRN LIVES et la Cour des Comptes organisent une conférence publique le 18 novembre à l’Université de Genève. La conférence s’adresse à toutes les personnes intéressées par la problématique : chômeurs et chômeuses en fin de droits ou non, employé-e-s des institutions et associations actives sur le terrain, acteurs sociaux et politiques concernés, communauté scientifique, ainsi que tout public ayant un intérêt pour le sujet.

La présentation des résultats, introduite par Mme Isabelle Terrier, Présidente de la Cour des comptes, sera assurée par MM. Eric Moachon, Evaluateur à la Cour des Comptes, et Matthias Studer, Chercheur du PRN LIVES à l’Université de Genève. Puis M. Jean-Michel Bonvin, Professeur à l’Institut de démographie et socioéconomie de l’Université de Genève et membre du PRN LIVES, discutera la thématique sous l’angle des politiques sociales.

Un débat avec le public et un apéritif concluront l’événement.

18 novembre à 18h30
Uni Mail, Bd du Pont d'Arve 40, Genève
Salle MR 070

>> Flyer d'invitation
>> Rapport de la Cour des Comptes
>> Analyse des trajectoires des chômeurs en fin de droits (volet quantitatif)
>> Communiqué de presse du 28 avril 2015 (CdC)

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Sciences sociales et de la vie entrent en osmose dans un livre sur les trajectoires de santé

Première contribution de la série Springer Life Course Research and Social Policies à être publiée en accès libre en ligne grâce au soutien du PRN LIVES, l’ouvrage dirigé par Claudine Burton-Jeangros, Stéphane Cullati, Amanda Sacker et David Blane fournit un cadre théorique bienvenu ainsi que des exemples empiriques et des apports méthodologiques de choix dans un domaine d’étude en plein essor, entre épidémiologie sociale et sociologie de la santé.

Il en va des conditions sociales comme des crèmes anti-inflammatoires : elles pénètrent sous la peau et agissent sur les cellules du corps. Mais leurs effets sont plus durables, et pas forcément aussi bénéfiques. C’est ce que nous apprend l’épidémiologie du parcours de vie, au centre d’un livre collectif issu d’une collaboration entre le Pôle de recherche national LIVES et le International Centre for Life Course Studies in Society and Health (ICLS) de l’University College London.

Edité par la Prof. Claudine Burton-Jeangros et le Dr. Stéphane Cullati, tous deux membres du PRN LIVES à  l’Université de Genève, avec les professeurs Amanda Sacker et David Blane, deux sommités de l’ICLS, l’ouvrage vient enrichir ce champ encore relativement récent en élargissant l’analyse à la santé en général. Car jusqu’à présent, les publications sur le sujet s’étaient surtout consacrées à l’observation des maladies chroniques.

Comment le statut socio-économique peut-il produire des différences de classe en matière de santé et d’espérance de vie ? Comment, à l’inverse, l’état de santé pendant l’enfance va-t-il influencer les parcours scolaires puis professionnels ainsi que les relations affectives ? L’introduction des éditeurs décrit un domaine d’étude riche en perspectives et en constante évolution. Elle met également l’accent sur le besoin de développer des politiques publiques de prévention qui prennent en compte tous les domaines de la vie.

Suivent plusieurs chapitres qui décrivent l’état de la recherche, tant au niveau théorique qu’empirique.

L’obésité, fléau des temps modernes

Laura D. Howe, de l’Université de Bristol, en collaboration avec Riz Firestone, Kate Tilling et Debbie A. Lawlor, fait un état des lieux des connaissances actuelles sur les trajectoires d’obésité dans l’enfance et l’adolescence, ainsi que sur les transitions accompagnant la prise et la perte de poids. Considérée comme un des plus grand défis en matière de santé publique par l’Organisation mondiale de la santé, l’obésité touche 42 millions d’enfants de moins de 5 ans dans le monde, dont près de 31 vivent dans des pays en voie de développement. Ce fléau des temps modernes augmente les risques de diabète, de maladies cardiovasculaires et d’isolement social à l’âge adulte.

« L’étude des trajectoires d’adiposité chez les enfants représente ainsi un domaine d’étude où l’on espère pouvoir un jour déterminer non seulement la période d’âge durant laquelle les enfants sont le plus à risques de devenir obèses et de le rester, mais aussi dans quelles conditions sociales et familiales, et en fonction de quelles prédispositions biologiques », expliquent Stéphane Cullati et Claudine Burton-Jeangros.

Le sourire comme marqueur social

Autre domaine où l’environnement social et familial est déterminant, la santé bucco-dentaire fait l’objet d’un autre chapitre signé Anja Heilmann, de l’University College London, avec Georgios Tsakos et Richard G. Watt comme co-auteurs. Sources de multiples difficultés et souffrances à court, moyen et long terme, les problèmes de dents peuvent être prévenus par l’éducation mais leur traitement reste peu accessible aux couches les moins privilégiées de la population, et ne constituent guère une priorité pour les politiques.

D’autres maladies frappent les individus indépendamment de leurs conditions sociales. C’est le cas par exemple de la mucoviscidose. Et pourtant là aussi des différences importantes vont apparaître au cours de l’existence entre les patients socialement avantagés et ceux qui vivent dans un contexte moins favorisé. C’est ce que montrent David Taylor-Robinson, de l’Université de Liverpool, avec Peter Diggle, Rosalind Smyth et Margaret Whitehead.

Calculer et prédire les inégalités

Parmi les neuf contributions qui composent la matière du livre, trois sont consacrées à des enjeux méthodologiques de taille qui se présentent aux chercheurs désireux de mener des études longitudinales sur la santé dans une perspective parcours de vie. L’un de ces chapitres, préparé par une équipe genevoise ayant des liens avec le PRN LIVES, présente des modèles statistiques destinés à prendre en compte à la fois la stabilité et le changement. Paolo Ghisletta, Olivier Renaud, Nadège Jacot et Delphine Courvoisier démontrent comment ces méthodes permettent de mettre en relation les individus avec leur contexte et d’analyser les variations au fil du temps.

Interrogés au sujet des défis posés par l’épidémiologie du parcours de vie, Claudine Burton-Jeangros et Stéphane Cullati évoquent plusieurs limites actuelles qui restent à dépasser : avoir accès à des échantillons représentatifs de la population générale, et non pas seulement d’une sous-population de patients ; avoir à disposition des bases de données longitudinales suffisamment riches en données sur la vie familiale, professionnelle et les loisirs, sur les conditions de vie dans l’enfance, les comportements et l'état de santé (biomarkers inclus) ; renouveler ces enquêtes sur des cohortes différentes ; encourager le développement de modèles statistiques capables de traiter des grandes quantités de données répétées ; et enfin récolter également des données qualitatives lors d’entretien avec les participants, en complément aux données quantitatives collectées, afin de mieux saisir le sens donné par les individus à leurs trajectoires de santé, en lien avec des transformations dans leurs conditions de vie.

Protéger la vie de famille

Sur la base des connaissances déjà acquises, ces deux auteurs estiment que les politiques publiques devraient davantage protéger l’enfance et la vie familiale : « Assurer les meilleures conditions de vie à nos enfants, que ce soit durant la vie intra-utérine, la naissance, les premières années de vie, les premières phases du développement mental et physique, promouvoir une bonne insertion sociale durant l’adolescence, tous ces facteurs représentent des éléments déterminants pour une vie future en bonne santé. Toutefois, la promotion de la santé, qui dépasse largement le seul secteur des politiques de santé publique, n'est pas une priorité, comme l’a montré le refus récent en Suisse d'une loi sur la prévention », regrettent-ils.

>> Burton-Jeangros, C., Cullati, S., Sacker, A., & Blane, D..  (2015).  A life course perspective on health trajectories and transitions. Life course research and social policies (Vol. 4, p. 213). New York: Springer.

Available under Open access

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Les problèmes et les forces des familles monoparentales vus du terrain

Dans un rapport sur le forum «Famille en mutation et monoparentalités: vulnérabilités et ressources du point de vue des professionnel-le-s», des chercheurs LIVES documentent les constats que dressent les spécialistes du terrain.

A l’invitation du Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES) et de la Fédération suisse des familles monoparentales (FSFM), un forum d’échange entre scientifiques et professionnel-le-s du «terrain» a eu lieu le 21 novembre 2014 à l’Université de Lausanne sur la question des familles dites monoparentales. Le rapport de cette rencontre, dont l’objectif était d’aborder les contraintes et les défis, mais également les forces et les opportunités qui marquent le quotidien de ces types de foyers, est désormais disponible.

Il s’agissait aussi de prendre la mesure de l’évolution récente et toujours en cours des conditions-cadres légales, en particulier les nouvelles dispositions régissant l’autorité parentale et la contribution d’entretien. Ainsi des professionnel-le-s du travail social et de la petite enfance, des juristes, des pédopsychiatres et des représentant-e-s des autorités publiques et du monde associatif ont pu partager leurs connaissances et expériences acquises dans leur travail au quotidien sur des questions d’ordre légal et fiscal, de politique sociale, de possibilité de soutiens et de dynamiques entre parents et enfants et avec la famille élargie.

» Voir le rapport

Expansion du système de formation, partenariat et famille: N° spécial de la Revue suisse de sociologie

Expansion du système de formation, partenariat et famille: N° spécial de la Revue suisse de sociologie

Date de publication prévue : novembre 2017. Editeurs invités: Rolf Becker (Université de Berne), Ben Jann (Université de Berne), Eric Widmer (Université de Genève & PRN LIVES). Date limite de soumission des propositions : 15 novembre 2015.

Appel à contributions

En comparaison internationale, l’expansion du système de formation en Suisse a été modeste et peu dynamique. Cependant, des études longitudinales de cohortes montrent que, au cours des dernières décennies, la Suisse a plus que rattrapé son retard en matière de participation à la formation et d’acquisition de qualifications supérieures vis-à-vis d’autres pays. Au cours des générations successives, l’expansion du système de formation a conduit, d’une part, à un niveau de qualification qui n’avait encore jamais été aussi élevé au sein de la population suisse et, d’autre part, à un changement au niveau de l’inégalité sociale des possibilités de formation selon l’origine sociale, le contexte migratoire et le sexe. L’expansion du système de formation est allée de pair avec une transformation de la structure des professions et des classes. Par ailleurs, au cours de cette période, les processus démographiques liés aux familles ont fortement changé.

Les statistiques officielles sur l’expansion du système de formation depuis les années 1960 montrent que les taux de mariages ont baissé, que l’âge moyen au mariage a augmenté, que les taux de natalité ont diminué, que l’âge à la naissance du premier enfant s’est déplacé et que les taux de divorce ont augmenté de manière significative. Si l’on se base sur les parcours de vie, il est empiriquement prouvé dans d’autres sociétés que l’augmentation de l’âge moyen du mariage et de l’âge à la naissance du premier enfant découle des cohortes de naissance qui sont successivement restées elles-mêmes dans le système de formation plus longtemps et qui, par conséquent, ont repoussé ces événements démographiques familiaux à un âge plus avancé. L’augmentation de l’emploi des femmes en raison de qualifications plus élevées des filles et des femmes a particulièrement contribué à ce développement. L’expansion du système de formation a également contribué à la baisse du nombre d’enfants dans la vie des femmes, étant donné que la vision individuelle de la famille et les exigences en matière de curriculum ont aussi évolué avec l’emploi des femmes. L’augmentation des exigences concernant le partenariat et le mariage a aussi conduit à davantage de divorces et de remariages ou à d’autres formes de cohabitation.

D’un point de vue théorique et empirique, mais aussi en comparaison internationale avec d’autres pays, on ne sait toujours pas si et dans quelle mesure ces changements structurels en Suisse sont attribuables à l’expansion du système de formation. De même, il y a des lacunes flagrantes dans la recherche des conséquences de l’expansion du système de formation sur les processus et les évolutions démographiques liés aux familles au cours de la période étudiée. Des questions restent ouvertes : L’expansion de l’éducation a-t-elle mené à une plus grande homogamie éducative et donc conduit à la fermeture sociale des marchés de partenariat et de mariage ? Les forums et les agences de rencontres ont-ils gagné en importance au fil de l’expansion du système de formation ? Quel sera l’impact de l’homogamie éducative croissante sur la socialisation et les chances d’éducation des générations suivantes ? Quel est l’impact potentiel du changement de l’éducation sur le développement de structures familiales alternatives (famille monoparentale, couples vivant ensemble séparément, couples de même sexe, etc.) ? La stabilité des partenariats et des mariages a-t-elle augmenté ou même diminué à la suite d’un niveau de qualification plus élevé ? Les naissances d’enfants sont-elles simplement repoussées ou la fécondité en soi et, par conséquent, les structures familiales évoluent-elles en raison de l’expansion du système de formation ? Comment l’augmentation du niveau de qualification a-t-il changé la manière dont les partenaires interagissent entre eux ou avec leurs enfants ? Les remariages augmentent-ils ? Les chances de trouver un nouveau partenaire après une séparation ou de se remarier après un divorce sont-elles de plus en plus dépendantes du niveau de formation du partenaire ? Quelles sont les différences entre la Suisse et d’autres pays en ce qui concerne ces relations et ces processus démographiques liés aux familles ?

Toutes ces questions nécessitent une réponse d’une perspective longitudinale dynamique des parcours de vie des cohortes de naissance successives. Etant donné que ces cohortes sont les piliers culturels de l’expansion du système de formation, elles sont aussi les acteurs des processus démographiques liés aux familles. Afin de répondre aux questions soulevées, il serait idéal d’avoir, pour la reconstruction empirique de cette évolution, des données continues sur différentes périodes afin de les analyser selon des méthodes d’analyse par panel et par événement. De cette manière, il serait possible de découvrir toutes les relations de causalité entre l’expansion du système de formation et l’évolution socio-structurelle du partenariat, du mariage, de la constitution de la famille, du divorce et du remariage, ainsi que ses conséquences pour la poursuite de l’expansion du système de formation. Ce numéro spécial vise à réunir des articles traitant de l’impact de l’expansion du système de formation sur les processus démographiques liés aux familles à l’aide d’outils méthodologiques modernes et de données longitudinales actuelles pour la Suisse. Les articles dans lesquels la Suisse sert de pays de référence pour des comparaisons internationales ou historiques sont particulièrement bienvenus.

Les chercheurs et chercheuses intéressé·e·s sont invité·e·s à soumettre une proposition d’article à Rolf Becker (rolf.becker@edu.unibe.ch), au plus tard le 15 novembre 2015. La proposition d’article comprendra les informations suivantes :

  • Nom et prénom, adresse courriel et affiliation de l’ensemble des auteur·e·s
  • Titre de la contribution
  • Résumé d’environ 450 mots plus une bibliographie indicative (sujet, objectif, perspective théorique, méthode, principaux /premiers résultats).

Les éditeurs invités informeront les auteur·e·s de l’acceptation ou du refus de leur proposition jusqu’au 20 décembre 2015

Les auteur·e·s dont la proposition aura été retenue seront invité·e·s à soumettre un article (max. 8’000 mots ou 50’000 caractères incluant les tables, figures et références bibliographiques). Le dépôt de la version définitive est fixé au 1er juin 2016. Les articles seront soumis au processus d’évaluation anonyme habituel de la Revue suisse de sociologie. Les propositions ainsi que les articles peuvent être écrits en anglais, français ou allemand. Des informations supplémentaires sur la Revue Suisse de sociologie et la procédure de soumission sont accessibles à l’adresse www.sgs-sss.ch/sociojournal.

Pour toute question, contacter rolf.becker@edu.unibe.ch

Photo Hugues Siegenthaler © LIVES

Eric Widmer, nouveau co-directeur du PRN LIVES : "J’ai grandi avec l’interdisciplinarité"

Suite à la nomination du Professeur Michel Oris comme vice-recteur de l’Université de Genève, c’est le Professeur Eric Widmer qui reprend la co-direction du Pôle de recherche national LIVES côté Genève dès le mois de juillet 2015. Il partagera notamment avec le Professeur Jean-Michel Bonvin la responsabilité du programme doctoral et continuera de diriger le projet "Configurations familiales et parcours de vie" (IP208) grâce au soutien de la Professeure Clémentine Rossier. Interview.

D’abord quelques mots pour marquer le départ de Michel Oris…

Bien sûr ! Michel Oris a fait un travail absolument formidable de constitution et de structuration du pôle avec Dario Spini et Laura Bernardi. Il a vraiment organisé le travail, sur Genève, de manière très efficace. Il était toujours au fait de tous les dossiers et connaissait tous les doctorants LIVES par leur prénom. Tout le travail fait par Michel ces dernières années rend ma prise de fonction beaucoup plus facile.

Qu’allez-vous amener de différent ?

Je crois que mon nouveau rôle s’inscrit d’abord pour l'essentiel en continuité par rapport au travail qui a été fait pendant la première phase. Mais il va s’agir maintenant d’approfondir le travail sur nos thématiques transversales, les « cross-cutting issues » (CCI). J’ai l’impression qu’au cours des quatre premières années, les équipes ont trouvé leurs marques sur des questionnements assez précis relatifs à leur discipline. Mais il me semble qu’on est encore au début du travail interdisciplinaire. Dans les années qui viennent, il s’agit de collaborer davantage entre psychologues développementaux et sociaux, sociologues, démographes, statisticiens et économistes pour développer une perspective interdisciplinaire cohérente et originale, productrice de nouveaux résultats sur les parcours de vie et la vulnérabilité. J'entends privilégier cet objectif, dans le cadre de la direction.

Quelle est votre expérience de l’interdisciplinarité ?

J’ai grandi avec l’interdisciplinarité, car l'objet  « famille », sur lequel je planche depuis vingt ans, est à l’intersection de la démographie, de la psychologie et de la sociologie. Ce n’est pas de la sociologie pure et dure comme celle qui touche à la stratification sociale, où l’on peut rester vraiment dans le cadre de sa discipline. Dès le doctorat, j’ai été nourri de lectures et de contacts avec la psychologie des relations interpersonnelles, la psychologie développementale, etc. Ensuite, durant mon post-doc aux Etats-Unis, j’ai été dans des programmes interdisciplinaires avec des psychologues, des démographes et des anthropologues. Quand je suis rentré en Suisse, j’ai assez vite été engagé au centre PAVIE, qui est en quelque sorte le prédécesseur de LIVES, dont l’objectif était de développer des recherches interdisciplinaires sur le parcours de vie et qui s’est concrétisé dans plusieurs publications et dans le projet de recherche « Devenir parent », sur lequel nous travaillons encore aujourd’hui. J’ai aussi fait un certain nombre de projets de recherche avec des juristes et des économistes, autant d’expériences pluridisciplinaires qui se sont bien passées. Mais l’expérience majeure, c’est que nous faisons maintenant avec LIVES !

Une des raisons d’être du PRN LIVES est l’ouverture sur la cité. Quelle est votre vision à ce sujet ?

Une des missions d’un pôle de recherche national est d’avoir des retombées sur la société civile, de faire profiter les dirigeants politiques, les responsables d’associations et le grand public des connaissances accumulées par la recherche. La direction de LIVES valorise donc les relations avec les acteurs sociaux. Par ailleurs, ces liens sont très utiles à la recherche fondamentale, car ils nous permettent un accès facilité à des terrains qui autrement seraient difficiles d’accès et compliqués à étudier. On ne peut pas lancer un projet de recherche sur une population vulnérable si on n’a pas des liens qui sont déjà plus ou moins établis, et si possible institutionnalisés, avec des partenaires. C’est le rôle des universités et des programmes nationaux de participer à promouvoir des connaissances plus appliquées, surtout dans les sciences sociales, qui doivent être en prise avec les problèmes sociaux.

Un projet à mentionner en particulier ?

Oui, c’est dans ce cadre que le Département de sociologie de l’Université de Genève, avec le soutien du PRN LIVES, s’est allié avec Pro Juventute Genève et l’OPCCF (Office protestant de consultations conjugales & familiales) pour créer l’association « Avenir Famille ». Notre projet a trois piliers. D’abord l’animation d’un réseau de professionnels de la famille sur Genève – associations, services, fondations, etc. – qui fournissent une offre très importante mais peu coordonnée. L’objectif ici est d’essayer de stimuler les collaborations, le dialogue et la communication entre les professionnels pour les aider à produire quelque chose de plus intégré. Deuxième mission : mettre à disposition des individus un guichet unique pour toute information dont ils pourraient avoir besoin concernant des problématiques familiales dans le canton. Enfin, troisième point, et c’est là où LIVES et l’Université de Genève sont particulièrement concernés, la création cet automne d’un observatoire de la famille qui se chargera de recherches appliquées sur la famille, en lien avec les demandes expressément formulées par les professionnels via les Assises de la famille qui seront organisées chaque année, et via les préoccupations des familles et des individus. Des contacts ont également lieu en ce moment du côté vaudois. A terme nous aimerions bien développer quelque chose de romand. Il y a un besoin social qui s’exprime très clairement et qui répond au besoin de valoriser les connaissances acquises dans LIVES auprès de la société civile.

Est-ce lié à la transformation actuelle des structures familiales ?

C’est surtout lié à l’absence de politique familiale explicite dans notre pays, tant au niveau cantonal qu’au niveau fédéral, d’autant plus dommageable que les structures familiales sont devenues, durant les cinq dernières décennies, beaucoup plus complexes, pas seulement en lien avec le divorce et la recomposition familiale, mais aussi en lien avec l’allongement de l’espérance de vie et la migration. Nous avons obtenu récemment un mandat d’une commune du canton de Genève où résident un grand nombre de familles de milieux populaires. On trouve des emplois très précaires, des problèmes de prise en charge des enfants en cas de double emploi des parents, des problèmes de logement importants, dans des situations où les réseaux familiaux sont relativement faibles suite à la délocalisation liée à la migration et à des séparations en chaîne sur plusieurs générations. Les autorités communales s'interrogent : que faire pour aider ces familles, rendues vulnérables par une conjonction de facteurs, tant économiques que démographiques ? Quels sont leurs besoins et quels types de services doit-on mettre en place pour répondre à la vulnérabilité de familles en situation précaire ? Je pense que LIVES a toutes les compétences pour répondre à ce type de questionnements.

Une autre priorité du PRN LIVES est de se développer internationalement, cette fois-ci du point de vue académique. Comment faire ?

La première manière de se développer scientifiquement et d'obtenir une reconnaissance internationale, c’est d’avoir des résultats de recherche originaux et bien fondés empiriquement. Une manière de rendre LIVES plus visible, à mon sens, serait de renforcer le travail collaboratif autour des « cross-cutting issues » et la dimension interdisciplinaire, car c’est ça qui fait l’originalité de notre entreprise. Le paradoxe, c’est que cela rend les publications plus compliquées, parce que malheureusement on est évalué par des collègues qui s’inscrivent dans une discipline spécifique. Typiquement, les experts sociologues auront des exigences très importantes sur l’échantillonnage et seront vite très critiques par rapport à des petits échantillons non représentatifs qui pourraient passer en psychologie ; parallèlement, des experts psychologues vont être beaucoup plus regardants en ce qui concerne la validité des mesures et la réplication des résultats que ne le sont les sociologues. Alors quand vous mettez ensemble les deux séries d’attentes, cela rend la publication d’articles interdisciplinaires plus difficile. Mais quand on y arrive, ça donne quelque chose de très fort !

Vous serez notamment en charge de diriger le troisième « cross-cutting issue » (CCI 3) concernant l’approche multidirectionnelle, c’est à dire à travers le temps. Quelles sont les pistes ?

Comme cela a été décrit dans la requête au Fonds national, nous nous intéressons par exemple aux effets des premières années de vie sur le long terme : est-ce que tout se joue avant cinq ans ou pas ? Même si nous n’avons pas d’études sur les enfants, on peut faire du rétrospectif. Il y a aussi cette hypothèse fondamentale des effets cumulatifs à travers le parcours de vie, qui doit à mon avis être encore beaucoup plus explorée qu’elle ne l’a été jusqu'à maintenant. Enfin le troisième point important est la « biographisation » des parcours de vie, cette idée que les individus participent assez activement, via la recomposition de leurs projets, à la conduite de leur trajectoire de vie sur le long terme. J’aimerais ajouter quelque chose qui est très discuté dans la littérature internationale, c’est le projet d'ouvrir la boîte noire de l’ « agency », c’est à dire la capacité de l’acteur à agir, à avoir une influence sur son parcours de vie, via ses préférences, ses orientations, ses buts de vie. C’est un thème classique de l’analyse des parcours de vie, mais on doit en savoir plus sur comment cette dimension actionnelle s’exprime sur le moyen et long terme des parcours de vie, dans différentes situations structurelles a priori défavorables : familles monoparentales, problèmes de santé, problèmes professionnels, chômage, handicap, etc. Le jeu entre structure et agentivité sur le long terme me semble un point important.
Je participe aussi, plus marginalement, avec Dario Spini et Oriane Sarrasin, au CCI 2 sur les interactions sociales, et là je crois qu’on a réussi à mettre en avant cette idée forte de « misleading norms », de normes sociales qui poussent les individus à prendre des chemins qui s'avèrent contre-productifs pour eux sur le moyen ou long terme. Par exemple, dans un pays comme la Suisse où l’on connaît 50% de divorce, cette norme qui pousse les femmes à rester à la maison ou à réduire fortement leur participation au monde du travail. On peut faire l’hypothèse que chaque génération part dans la vie avec les normes qui ont été mises en place par la génération précédente.

Au sein de l’IP208, vous voulez également aborder la question de l’ambivalence de la famille. De quoi parle-t-on ?

L’ambivalence, comme définie en sociologie, principalement par Kurt Lüscher, c’est l’oscillation entre des normes sociales contradictoires. Typiquement, l'impératif social d’être actif professionnellement et d’allaiter son enfant jusqu’à l’âge de deux ans, ou l'injonction à aider activement des parents vieillissants et celle de mener une vie très autonome, de poursuivre une carrière nécessitant un éloignement social et géographique. Dans la perspective de Kurt Lüscher, cette ambivalence peut être génératrice d’innovation et de développement de la personne, car elle place les individus dans la nécessité de créer de nouvelles solutions. Moi je fais l’hypothèse que cette forme d’agentivité est possible seulement si les personnes ont des ressources financières, culturelles et sociales assez fortes. Quand ces injonctions normatives contradictoires concernent des individus plus désavantagés, elles pourraient devenir des facteurs de stress et donc d’affaiblissement de l'identité personnelle et de la capacité d'agir. Mais c’est encore à voir ! Pour l’essentiel, la sociologie voit la famille comme un lieu de ressourcement, de soutien, de solidarité, alors que ce qu’on postule dans l’IP208, c’est que la famille est elle-même une source de stress, et ceci lié aux nombreux conflits qu’elle génère dans l’attribution de différentes ressources – argent, affection, temps… Ce qu’on donne en temps à un enfant, à un partenaire ou à un parent vieillissant, on ne va pas pouvoir le donner à une autre personne, dans des familles où les liens sont beaucoup plus individualisés qu’avant. D’où tout l’intérêt de voir ces liens familiaux comme générateurs de ressources, certes, mais aussi comme des liens générateurs de vulnérabilité. Et cela a peu été fait jusqu’à présent.
Apprendre par le jeu comment les inégalités se construisent au fil du parcours de vie

Apprendre par le jeu comment les inégalités se construisent au fil du parcours de vie

Le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité : perspective du parcours de vie (PRN LIVES) a démarré au printemps 2015 une série d’interventions dans les classes romandes. Fruit d’un projet entre des chercheurs en sciences sociales et les milieux pédagogiques, l’atelier Kalendaro comprend notamment un jeu en groupe et une collecte de données, permettant de faire des liens entre contextes et histoires personnelles, repérer l’interdépendance des domaines de la vie et passer du particulier au général dans une approche résolument systémique.

« Quand mon grand-père a quitté le Congo, il était très jeune et il a dû tout réapprendre en Suisse. Il a fait plein de boulots différents parce qu’il devait s’occuper de sa famille. Il devait être responsable. Mais je ne savais pas qu’il avait aussi laissé plein d’enfants là-bas, avec d’autres femmes… » Au moment où cet élève du Collège des Terreaux à Neuchâtel a résumé ses découvertes à ses camarades, toute la classe a fait un voyage dans le temps et dans l’espace, et réalisé à quel point histoires familiales, résidentielles et professionnelles sont liées. L’histoire de ce papy africain illustrait également combien nos valeurs sont le produit de normes passablement relatives, et comment les individus conservent une certaine capacité d’agir, même dans les situations les plus difficiles.

C’était le 19 mai dernier, lors de la deuxième partie de l’atelier Kalendaro, proposé depuis ce printemps aux classes du secondaire des cantons romands. Le premier jour, les élèves sont sensibilisés à certaines notions à partir d’un jeu de l’oie qui retrace un parcours de vie fictif, avec son lot d’événements graves ou réjouissants. Il y a des accidents, qui font perdre du temps en même temps que la santé, des phases de formation qui apportent des ressources, la crise économique qui frappe tous les joueurs plus ou moins intensément, mais aussi des rencontres et des séparations, des fêtes et des deuils, ainsi que des choix difficiles à faire, au moment des transitions professionnelles ou quand naît le premier enfant.

Ensuite les animateurs demandent aux élèves de faire des liens entre les événements survenus dans le jeu et de réfléchir à leur impact possible sur différentes dimensions de la vie. Le stress au travail qui aboutit à un divorce et un déménagement, avec parfois une dépression à la clé, un handicap qui empêche de faire certaines activités, le manque d’argent qui limite les perspectives de formation : les jeunes comprennent très vite et imaginent plein d’interactions.

Calendrier de vie

Ensuite vient le moment d’aller voir concrètement comment ça se passe dans la vraie vie. Pour cela ils reçoivent un « calendrier de vie » à remplir avec un adulte de leur choix, si possible âgé de plus de 50 ans. Cet outil, également utilisé par les chercheurs du PRN LIVES dans de véritables études sur les parcours de vie, permet de documenter les événements et les phases importantes d’une biographie. Dans le projet Kalendaro, qui veut dire calendrier en Espéranto, cette mission apporte une dimension intergénérationnelle intéressante, en plus de faire travailler les élèves sur de véritables données empiriques.

La mise en commun des observations permet lors de la deuxième séance d’aller plus loin dans la compréhension des inégalités sociales. A travers l’analyse, les élèves constatent des différences flagrantes entre les parcours des hommes et des femmes, entre les milieux sociaux, et à quel point certains événements non-normatifs viennent bousculer les individus et produire des conséquences à long terme sur leur trajectoire.

Compétences transversales

Selon une des enseignantes de Neuchâtel où se sont déroulées les premières séances,  «  cet atelier correspond tout-à-fait aux objectifs du Plan d’études romand d’apporter des compétences transversales aux élèves. De plus il tombe très bien en fin de scolarité obligatoire, au moment où les jeunes effectuent une transition importante et doivent réfléchir à leur intégration professionnelle et à ses implications. »

« C’est un très bon matériel, clair et plaisant, et les questions abordées permettent ensuite à l’enseignant de reprendre certains thèmes comme les questions de genre ou les migrations, par exemple », notait une autre prof le 23 juin au terme d’une autre intervention dans le même établissement.

Ce sera précisément l’objectif de l'équipe de didactique de l'éducation à la citoyenneté de la Haute école pédagogique du canton de Vaud à la rentrée prochaine, qui a mis Kalendaro au programme du séminaire des futurs enseignants de citoyenneté. Tâche à eux d’imaginer des développements possibles et de les mettre en œuvre dans leurs classes respectives, en lien avec leur autre branche enseignée, souvent l’histoire, la géographie ou l’économie, parfois le français ou les langues.

Rien ne pouvait faire plus plaisir aux membres du Pôle de recherche national LIVES et à ses partenaires, l’Interface science-société de l’Université de Lausanne et la Fondation éducation21, qui ont participé à la construction de ce projet et à la réalisation du dossier pédagogique qui l’accompagne.

Leur souhait est que l’approche interdisciplinaire des parcours de vie attire encore d’autres milieux enseignants à travers la Romandie. Rendez-vous à la rentrée !

Pour en savoir plus

>> www.nccr-lives.ch/kalendaro

Equipe de projet

  • Chercheur-e-s LIVES : Ana Barbeiro, Nora Dasoki, Jacques-Antoine Gauthier, Nadia Girardin, Andres Guarin, Jean-Marie Le Goff, Davide Morselli
  • UNIL (Interface science-société) : Nicolas Schaffter
  • Fondation éducation21 : Florence Nuoffer
  • Graphisme : Vincent Freccia (Secteur B)
  • Illustration : Luc  Frieden (MEYK)
  • Coordination : Emmanuelle Marendaz Colle

 

"Transformation des élites suisses" : premier article d'une nouvelle série sur le changement social

"Transformation des élites suisses" : premier article d'une nouvelle série sur le changement social

Au cours des trente dernières années, le modèle de coordination des élites suisses s’est fortement érodé sous l’effet de la mondialisation et de la montée en puissance de la finance. Telles sont les conclusions d'un article de Felix Bühlmann, Marion Beetschen, Thomas David, Stéphanie Ginalski et André Mach publié dans la série Social Change in Switzerland co-éditée par FORS, le centre LINES de l'Université de Lausanne et le Pôle de recherche national LIVES.

Sur la base d’une vaste base de données comportant les profils de 20'000 dirigeants entre 1910 et 2010 dans les sphères de l’économie, de la politique et de la haute administration, cinq chercheurs et chercheuses en sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne illustrent la perte d’influence des anciens réseaux de cooptation et de coordination.

Leur article, « Transformation des élites en Suisse », est le premier d’une nouvelle série intitulée Social Change in Switzerland, éditée en français et en allemand par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités LINES (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) et le Pôle de recherche national LIVES.

Les auteurs passent en revue différentes caractéristiques des élites suisses à cinq dates : 1910, 1937, 1957, 1980, 2000, 2010. Ils s’intéressent notamment au genre, au niveau de formation, à la nationalité, au grade militaire, ainsi qu’à l’appartenance à différentes instances (conseils d’administration, commissions extraparlementaires, comités des organisations économiques, etc.).

A travers ces comparaisons, ils montrent comment les élites suisses se sont cooptées et coordonnées pendant le 20ème siècle à travers des types bien précis de formation (études de droit surtout, EPFZ dans une moindre mesure) et la fréquentation de lieux de sociabilité masculine (associations d’étudiants, armée, clubs-service, mais aussi conseils d’administration, commissions extra-parlementaires, organisations économiques).

Depuis une trentaine d’année, cette multipositionnalité des figures centrales de l’élite suisse n’a cessé de s’éroder : la proportion de dirigeants ayant des liens dans plusieurs sphères de pouvoir diminue très nettement, ce qui réduit les occasions de concertation. Même à l’intérieur de la seule sphère économique, les rapports entre industrie et secteur bancaire se distendent, comme le montre l’évolution de la composition des conseils d’administration. Cette situation reflète le fait que les entreprises délaissent le crédit au profit des marchés boursiers.

Les fractions dominantes actuelles de l’élite suisse - l’UDC en politique et les managers hyperglobalisés en économie - semblent n’avoir aucun point commun. Il s’agit maintenant d’observer comment ces vainqueurs des processus de transformation des élites suisses se mettent à reconstruire un nouveau système de coordination. 

Ce papier de 10 pages s’inscrit parfaitement dans l’ambition de cette nouvelle série de proposer des éléments empiriques tirés de la recherche à un public non scientifique mais averti, stimulant ainsi la réflexion sur l’évolution sociale de la Suisse. D’autres sujets sont en préparation, les éditeurs visant une fréquence d’environ six articles par an.

 

>> F. Bühlmann, M. Beetschen, T. David, S. Ginalski & A. Mach, Transformation des élites en Suisse. Social Change in Switzerland N° 1. Retrieved from http://socialchangeswitzerland.ch

Image iStock © Aleksandar Petrovic

Le chômage pénalise plus les seniors. Un bon réseau social peut-il compenser ce désavantage?

Deux thèses réalisées à l’Université de Lausanne dans le cadre d’un projet LIVES viennent coup sur coup de produire des résultats intéressants concernant le marché du travail suisse. Isabel Baumann montre que les plus de 55 ans ont moins de perspectives que les jeunes dans leur recherche d’emploi. Nicolas Turtschi observe l’impact du réseau sur les chances de réinsertion professionnelle: si les relations personnelles s’avèrent utiles pour diminuer le handicap de l’âge, elles restent impuissantes à réduire le poids d’autres types d’inégalités.

Sur la base d’échantillons de chômeurs constitués dans le cadre de l’IP204 du Pôle de recherche national LIVES, Isabel Baumann et Nicolas Turtschi ont défendu en juin 2015 avec succès leur travail de doctorat, qui documente chacun à sa manière les voies permettant – ou pas – de sortir du chômage.

Contrairement à ce qu’on observe ailleurs en Europe, les jeunes et les personnes peu qualifiées risquent peu en Suisse de s’enliser dans le chômage de longue durée suite à une fermeture d’entreprise. Telle est une des conclusions d’Isabel Baumann, qui a étudié les parcours d’environ 1200 personnes licenciées collectivement entre 2009 et 2010 par cinq entreprises industrielles ayant fermé leurs portes dans différentes régions de Suisse.

Deux ans après la perte de leur emploi, deux tiers des personnes licenciées avaient retrouvé du travail, dont la moitié en moins de six mois, un tiers avec une augmentation de salaire et la plupart dans le même domaine d’activité. Les personnes avec un faible niveau de formation n’ont pas été massivement poussées vers des emplois de service comme le nettoyage ou la restauration rapide. Le secteur de la manufacture reste donc pourvoyeur de travail en Suisse.

Les plus vulnérables sont les personnes âgées de plus de 55 ans: ce sont les plus nombreuses à ne pas avoir retrouvé d’emploi, ou à en avoir accepté un de moins bonne qualité, moins bien rémunéré, après avoir connu une plus longue durée de chômage que les jeunes et les non qualifiés.

Pour les personnes restées sur le carreau, les répercussions négatives sur le bien-être et la sociabilité ont été importantes. Seuls les seniors ayant eu la possibilité de prendre une retraite anticipée ont finalement vécu cette transition de manière positive. 32% des plus de 55 ans ont eu accès à cette solution, alors que 37% étaient toujours au chômage fin 2011 et 31% seulement avaient retrouvé du travail, à des conditions souvent plus défavorables.

Phénomène potentiellement croissant

«Ce résultat est frappant dans le contexte du développement démographique actuel», s’inquiète Isabel Baumann. Avec l’arrivée de la génération des baby-boomers dans cette tranche d’âge, le phénomène du chômage des seniors pourrait concerner un nombre croissant de personnes au cours des quinze prochaines années.

La jeune chercheuse plaide donc pour le renforcement des mesures de formation continue. Car le système d’apprentissage, qui améliore en Suisse l’employabilité des jeunes au départ, risque de désavantager trente ans plus tard ceux qui n’ont pas suivi les progrès de la technologie.

A plus court terme, elle recommande un meilleur soutien à la recherche d’emploi pour les seniors licenciés. Faciliter les retraites anticipées lui paraît également être une piste à envisager.

Sa thèse, dirigée par le Prof. Daniel Oesch, a été acceptée pour publication dans la série Springer Life Course Research and Social Policies, dont ce sera la première monographie publiée et qui bénéficiera d’un accès gratuit en ligne à l’automne 2016.

Effet compensateur du réseau

Toujours dans le cadre de l’IP204 mais sous la direction du Prof. Giuliano Bonoli à l'Institut de hautes études en administration publique, Nicolas Turtschi a eu accès à un autre échantillon de chômeurs, plus varié en terme de profils mais limité au canton de Vaud.

De février à avril 2012, toutes les personnes qui assistaient à la séance d’information collective sur l’assurance chômage, organisée par les Offices régionaux de placement, ont été sollicitées pour remplir un questionnaire sur les réseaux sociaux et l’accès à l’emploi. Les personnes qui ont trouvé du travail dans les douze mois ont reçu un deuxième questionnaire. Celles qui étaient encore au chômage après un an ont également été interrogées avec un troisième type de questionnaire. Environ 3500 personnes ont ainsi participé à l’étude.

Nicolas Turtschi montre que certaines sous-populations a priori défavorisées, telles que les personnes de cinquante ans et plus, bénéficient d’un «effet compensateur» grâce à leur réseau. Mais il observe surtout que «les profils les plus avantagés ont statistiquement des ressources sociales plus intéressantes». En clair, les personnes d’origine étrangère et celles dont le niveau de formation est le plus bas possèdent moins de contacts utiles pour retrouver du travail. Parmi ces relations les plus précieuses, les anciens collègues devancent de loin la famille et les proches. Le fait d’être membre d’une association ne semble avoir aucun effet sur la prise d’emploi, un constat que dresse également l’autre recherche précitée.

Déculpabiliser les chômeurs

«Les réseaux sociaux amplifient les inégalités de réinsertion», conclut le chercheur, appelant à des actions ciblées sur les profils les moins favorisés pour les aider à identifier et mobiliser leurs contacts. Il recommande également de «déculpabiliser» les chômeurs, afin que la honte ne coupe pas les personnes concernées de leur entourage.

Enfin il se pose la question de la qualité de l’emploi retrouvé grâce au réseau, qui mériterait selon lui davantage de recherche et à laquelle répond déjà partiellement Isabel Baumann : dans son échantillon de travailleurs du secteur de l’industrie, les personnes ayant obtenu un nouveau travail à travers un contact personnel ont perdu en moyenne 6% de revenu, comparé au salaire antérieur, contre 2% seulement pour les autres.

Cela relativise quelque peu l’importance du réseau, dont il ne faut pas négliger non plus, dans certains cas, la «capacité de nuisance», relève par ailleurs Nicolas Turtschi dans une réflexion toute en nuances, invitant les recherches ultérieures à mieux appréhender la complexité du réseau social et son influence sur les valeurs, perceptions et idées des individus.

Dans une conclusion très métaphorique, il termine en suggérant qu’en tant que source d’information, le réseau pourrait être assimilé à un sens, au même titre que la vue ou l’ouïe. Un «sens social» en quelque sorte, «plus ou moins développé, plus ou moins efficace». Le seul finalement qui pourrait aller croissant avec l’âge!

Quant à l’avenir de nos deux jeunes docteurs, nul ne sera surpris qu’ils ne connaissent pas les affres du chômage: la première poursuivra sa carrière au Centre de recherche des sciences de la santé à la Haute Ecole Spécialisé de Zurich  et le second à la Haute École de la Santé du Canton de Vaud.

 

» Baumann, Isabel (2015). Labor market experience and well-being after firm closure: Survey evidence on displaced manufacturing workers in Switzerland. Sous la direction de Daniel Oesch. Université de Lausanne.

» Turtschi, Nicolas (2015). Les réseaux sociaux: un outil de réinsertion pour les chômeurs désavantagés. Sous la direction de Giuliano Bonoli. Université de Lausanne

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Les étrangers hautement qualifiés en Suisse se sentent souvent rejetés par leurs collègues

Dans une thèse par articles, Claire Johnston apporte des avancées importantes en psychologie sur les conditions qui permettent ou pas aux individus de se sentir bien au travail. Ses recherches ont été retenues par plusieurs revues scientifiques d’excellent niveau. Dans un de ces papiers, elle démontre l’existence en Suisse de subtiles formes de discrimination visant davantage les employés allemands et français, perçus comme ultra compétitifs, que les immigrants d’Europe du Sud à l’image plus chaleureuse et moins menaçante.

Claire Johnston a épaté le public par son niveau de maîtrise quand elle a soutenu sa thèse le 26 mai 2015 à l’Université de Lausanne. Les membres du jury ont salué la qualité des publications liées à ce travail de doctorat élaboré dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES. Un article est encore en révision dans le Journal of Organizational Behavior, trois ont été publiés dans le Journal of Vocational Behavior, un autre dans le Journal of Career Development et un dans Cultural Diversity & Ethnic Minority Psychology.

Dans ce dernier elle montre, avec ses co-auteurs, que les immigrants français et allemands subissent plus d’incivilités de la part de leurs collègues que les étrangers d’autres nationalités. Cette forme subtile de discrimination se manifeste par des attitudes hostiles comme interrompre son interlocuteur, l’ignorer ou utiliser un ton condescendant avec lui. Une autre recherche récente avait déjà observé que les Suisses perçoivent les étrangers des pays voisins comme très compétents mais peu aimables. Les résultats de Claire Johnston prouvent avec des chiffres que les individus concernés ressentent cette animosité.

Sur la base d’un échantillon de 1661 employés comprenant 18% de migrants (parmi lesquels 43.4% de Français et d’Allemands), les données des personnes originaires d’Europe de l’Ouest montrent de manière significative qu’elles endurent plus de marques d’incivilité que les personnes d’Europe du Sud ou de l’Est. De fait, les migrants originaires du Portugal ou des Balkans, dont les niveaux d’éducation et de statut social sont plus bas, ne ressentent pas plus d’incivilité que les Suisses.

Les étrangers hautement qualifiés des pays voisins « sont perçus comme s’intégrant facilement dans le pays d’accueil et sur le marché du travail, et de là tendent à être oubliés dans les mesures destinées à combattre les discriminations à l’encontre des migrants », souligne la psychologue dans son papier.

Insécurité de l’emploi à la hausse

D’autres types d’observations sont à relever dans la thèse de Claire Johnston. Dans un contexte de marché du travail de plus en plus complexe, marqué par une insécurité croissante, une demande de flexibilité toujours plus grande et des positions moins durables, la chercheuse a examiné différentes caractéristiques individuelles et professionnelles et leur lien avec le bien-être général et le bien-être au travail.

Pour ce faire elle a recouru à de nombreux apports de la psychologie, comme la mesure des traits de personnalité et de la satisfaction de vie, ou encore des concepts tels que la croyance en un monde juste et la justice organisationnelle. Ses données proviennent d’un échantillon représentatif d’environ 2000 résidents en Suisse, 94% employés et 6% sans emploi, qui ont répondu à l’enquête longitudinale sur 7 ans concernant les parcours professionnels réalisée par l’équipe IP207 du PRN LIVES. Les analyses de Claire Johnston se fondent sur les deux premières vagues de questionnaire (2012 et 2013).

« Adaptabilité de carrière »

Claire Johnston élabore notamment sur le concept d’adaptabilité de carrière (« career adapt-ability »), qui se distingue par l’implication, le contrôle, la curiosité et la confiance en soi. Il a déjà été démontré qu’un bon niveau d’adaptabilité améliore l’engagement professionnel, la satisfaction au travail, les stratégies de recherche d’emploi, la stabilité dans le poste et l’auto-évaluation de la performance.

Une des contributions de la jeune psychologue est de faire avancer la méthodologie destinée à mesurer l’adaptabilité de carrière et sa relation avec le bonheur et le stress au travail. Avec l’équipe de l’IP207, elle a validé une version française et une version allemande de l’échelle d’adaptabilité de carrière afin de pouvoir l’appliquer au contexte suisse.

La thèse de Claire Johnston confirme des conclusions contre-intuitives de recherches précédentes montrant que les périodes de recherche d’emploi peuvent renforcer les ressources d’adaptabilité : les participants au chômage montrent effectivement de meilleurs scores d’adaptabilité. Cet effet ne se retrouve pas cependant chez les personnes soumises à une très forte insécurité professionnelle, qui font face à « un contexte de travail plus stressant et exigeant, dans lequel il est plus difficile d’activer et de mettre en œuvre les ressources nécessaires », note la chercheuse.

Il reste à évaluer si l’adaptabilité des personnes en recherche d’emploi reste élevée dans le long terme ou se limite à une « fenêtre de temps critique » pendant laquelle les individus ont de plus grandes chances de retrouver du travail. La chercheuse propose que des interventions destinées à développer l’adaptabilité de carrière soient élaborées et testées.

Ayant terminé son doctorat sept mois avant la fin de son contrat, Claire Johnston utilisera certainement le temps restant pour aller plus loin. Le champ de la psychologie du travail a beaucoup à gagner de la part d’une chercheuse aussi professionnelle et adaptable. De telles compétences pourraient en effaroucher plus d’un. Mais comme elle est sud-africaine et particulièrement adorable, on lui pardonne.

>> Johnston, Claire (2015). The contribution of individual and professional characteristics to general and work-related well-being. Sous la direction de Jérôme Rossier et Franciska Krings. Université de Lausanne.

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