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Les enfants ont une vie en dehors de l’école et de la famille. Comment l’organiser?

Les toutes premières Assises de la Famille ont eu lieu à Genève le 31 mai 2016, à l’instigation de la nouvelle association Avenir Familles et de son Observatoire des familles, basé à l’Université de Genève avec le soutien du Pôle de recherche national LIVES. Cette journée de conférences, ateliers et débats a notamment mis en lumière les besoins croissants et parfois contradictoires de flexibilisation d’une part et de sécurisation d’autre part en ce qui concerne l’accueil extrascolaire et extrafamilial des enfants.

Pour leur première édition, les Assises genevoises de la famille ont réuni le 31 mai à Uni Mail quelque 90 participants issus des milieux associatifs, étatiques, économiques et académiques sur le thème de la prise en charge extrascolaire et extrafamiliale des enfants de 4 à 18 ans. L’événement, appelé à se répéter à intervalles régulières, a été initié et organisé par Avenir Famille, association créée il y a moins d’une année et regroupant déjà une quarantaine de partenaires. Elle comprend un volet recherche sis au Département de sociologie de l’Université de Genève sous la direction du Professeur Eric Widmer, co-directeur du Pôle de recherche national LIVES.

La matinée a été consacrée à trois conférences plénières impliquant six orateurs. Gianluigi Giacomel et Antonio Martin Diaz, actuellement chargés de recherche à l'Université de Lausanne, ont présenté les résultats de l’étude Prise en charge extrascolaire et extrafamiliale des enfants genevois, réalisée en 2013-2014 sur mandat de la Ville de Genève auprès de 1700 ménages. On y apprend par exemple que 60% des élèves genevois utilisent les restaurants scolaires et 40% les activités parascolaires en fin d’après-midi. Près d’un enfant sur deux est régulièrement gardé par un membre de la famille élargie, surtout les mercredis après-midi. Pendant les vacances, 7% des enfants ne partent pas du tout, et l’on constate que les activités encadrées à la journée ont largement supplanté les colonies de vacances.

Le Prof. Widmer a ensuite livré une analyse de ces résultats à la lumière du profil sociodémographique des parents. Il a constaté que les bas revenus sont associés à une moindre mobilisation du parascolaire, des activités extrascolaires et de la famille élargie, ce qui pose la question de l’encadrement de ces enfants, « davantage laissés à eux-mêmes dans les milieux où les ressources économiques, culturelles et sociales sont les plus faibles (…) alors qu’ils devraient être plus entourés pour compenser les désavantages sociaux ». Selon le chercheur, les familles migrantes souffrent particulièrement de cette « cumulativité des manques », résultant en une certaine « timidité sociale ». Il a conclu en déclarant qu’il ne fallait pas forcément augmenter l’offre, mais peut-être réfléchir à la présenter ou la structurer de manière différente, faisant appel à « l’intelligence collective » des participants aux Assises.

Flexibilité contre sécurité

Les deux conférences qui ont suivi, ainsi que les ateliers dans l’après-midi, ont ensuite à plusieurs reprises donné à réfléchir sur deux tendances actuelles de la société, flexibilisation et sécurisation, dont les impératifs s’avèrent parfois difficiles à concilier.

La sociologue Marie-Agnès Barrère-Maurisson, chercheuse au CNRS et spécialiste des relations entre famille et emploi, a distingué trois étapes au cours des cinquante dernières années en France : le familialisme des années 60 et 70, avec une division très genrée des rôles paternel et maternel, suivi dans les années 80 par une phase de féminisme, où la place des mères dans le monde du travail a été facilitée, pour arriver à partir des années 1990-2000 à une ère de « parentalisme », où l’enfant est au centre, quelle que soit la nature des relations conjugales entre les parents. « Ce qui fait famille aujourd’hui, c’est l’enfant et non plus le couple ; c’est le seul élément fixe dans une myriade de parentalités », a décrit la chercheuse, appelant à « repenser l’organisation du travail pour passer d’une culture de la présence à une culture de la performance, c’est-à-dire flexibiliser le temps de travail au maximum, aussi pour les hommes », dont l’implication croissante auprès des enfants a été saluée.

Cette promotion de la flexibilité n’a pas manque de faire réagir le public. « Je suis choquée car en ce qui me concerne, j’effectue 60% de présence pour 100% de performance », a relevé une participante. Plusieurs personnes ont ensuite souligné qu’il fallait bien entendu distinguer la flexibilité choisie de la flexibilité subie.

Ce thème a été parfaitement illustré lors de la conférence suivante, donnée par René Clarisse et Nadine Le Floc’h, psychologues et maîtres de conférence à l’Université de Tours. Spécialistes de la chronopsychologie, ils ont montré l’importance de respecter les rythmes journaliers, hebdomadaires et annuels de l’enfant, donnant plusieurs informations sur les pics et les baisses d’attention selon les heures et les saisons. Ils ont également livré des données intéressantes sur les besoins des plus petits en terme de « temps parental », ou autrement dit de « niche sécure », mettant en garde contre l’imprévisibilité des horaires et le travail de weekend côté parents, deux sources de stress pour les enfants ayant des conséquences sur leur niveau d’attention et donc d’apprentissage.

Le point de vue des acteurs

Les cinq ateliers de l’après-midi ont permis de faire un état des lieux et de discuter des structures de prise en charge du point de vue de différents acteurs : écoles publiques ou privées, associations extrascolaires, entreprises, associations familiale, institutions publiques. La tension entre besoin de flexibilité et besoin de sécurité y est fortement ressortie.

D’un côté, les acteurs réclament plus de flexibilité pour ouvrir des crèches, créer de nouvelles activités para ou extrascolaires, étendre les horaires de prise en charge des enfants, permettre des horaires de travail à carte pour les parents... Mais ces exigences se heurtent également à une autre tendance forte de la société vers plus de sécurité : exigences légales et règlementaires toujours plus contraignantes, anxiété des parents face aux accidents et aux performances scolaires et sportives des enfants, manque de tolérance pour les activités collectives bruyantes des jeunes, stigmatisation de certains milieux moins favorisés : « On est dans une société où il n’est plus concevable qu’un enfant aille tout seul sur un terrain de foot », a-t-on entendu pendant l’après-midi.

L’atelier dédié aux institutions publiques a également permis de prendre la mesure de certains cas lourds nécessitant l’intervention des services spécialisés. Il y a beaucoup été question des jeunes en rupture et du besoin d’améliorer la prévention, vue comme un investissement social, mais aussi de renforcer le dialogue avec les parents, la proximité et le travail en réseau, et de tenter de nouvelles manières de communiquer.

Un livre blanc des Assises de la famille reprendra tous ces thèmes en les développant. Un petit pas important pour la famille se transformera peut-être à Genève en un grand pas pour la société !

Lutte contre la pauvreté et participation sociale: entre revendications et réalités

Lutte contre la pauvreté et participation sociale: entre revendications et réalités

Le 28 juin 2016 l'Ecole de travail social de la Haute-Ecole spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse accueilera la 2e conférence sur la Planification sociale à Bâle. Organisée par des membres du Pôle de recherche national LIVES, cet événement est ouvert aux chercheurs et praticiens intéressés par les questions d'éradication de la pauvreté et de participation sociale.

Dans les plans de lutte contre la pauvreté et de prévention, les institutions publiques et privées appliquent des procédures qui impliquent de plus en plus les bénéficiaires de ces programmes.

La conférence propose de discuter le statut actuel de cette participation sociale dans les campagnes contre la pauvreté.  Quelles sont les revendications et les démarches des acteurs - institutions publiques, oeuvres d'entraide, ONG, fondations, compagnies privées - quand ils mettent en place leurs programmes et services?

La collaboration entre les agents de l'Etat et de la société civile dans la lutte contre la pauvreté sera un autre aspect de cette conférence. Comment les décideurs des institutions publiques et des ONG peuvent-ils se coordonner pour mettre en place un système durable de programmes et services?

Deux experts reconnus donneront chacun une conférence plénière. Puis six ateliers suivront pour creuser des aspects tels que le travail avec les jeunes adultes, dans les quartiers ou avec des chômeurs de longue durée.

Organisation:

Informations & Inscriptions

>> www.tagung-sozialplanung.ch (en allemand)

Photo iStock © Aldo Murillo

L’ascenseur social dépose toujours la même proportion de gens à certains étages

La démocratisation de la formation et la tertiarisation de l’économie n’ont pas entraîné une hausse marquante de la mobilité sociale en Suisse au 20e siècle, révèle une étude de Julie Falcon publiée dans la revue Social Change in Switzerland.

Le visage de la Suisse a fortement changé en un siècle, mais les chances d’accéder à une meilleure position sociale que celle de ses parents sont demeurées extrêmement stables. Seules les personnes nées entre 1908 et 1934 ont été de plus en plus nombreuses à connaître une progression dans la hiérarchie sociale. Les taux de mobilité sociale des générations suivantes n’ont ensuite plus connu d’évolution : 40% des individus nés de 1935 à 1978 ont vécu une ascension sociale par rapport à la situation de leur père, 40% se sont maintenus dans la même classe socio-professionnelle et 20% ont été marqués par une position sociale moins avantageuse.

Pour arriver à ces constats, Julie Falcon, chercheuse à l’Université de Lausanne, a agrégé et analysé les données de 21 enquêtes, réunissant plus de 17'000 observations. Les catégories sociales sont réparties en trois groupes : la classe moyenne supérieure comprend les chefs d’entreprise, les ingénieurs, les professions libérales et intellectuelles, et les enseignants ; la classe intermédiaire regroupe les professions intermédiaires, les petits commerçants, les artisans et les agriculteurs ; la classe populaire désigne les employés de niveau inférieur, principalement de la vente et des services, et les ouvriers.

Si quatre personnes sur dix réussissent à s’élever socialement, le fait que ce taux n’ait pas augmenté au fil des décennies a de quoi surprendre. Le poids de la classe sociale ne se serait-il donc pas affaibli ?

La chercheuse observe que la tertiarisation de l’économie a bien ouvert de nouvelles opportunités de mobilité sociale ascendante, cela grâce au développement des emplois d’encadrement. Mais le niveau d’étude requis pour accéder aux professions les plus prestigieuses s’est également élevé. Or le milieu social d’origine continue d’avoir une influence considérable sur l’accès à l’éducation, puisque les classes intermédiaires et supérieures restent surreprésentées dans les filières exigeantes. Elle constate également que « le diplôme ne garantit pas à lui seul la réussite sociale. A même niveau d’étude, l’origine sociale continue d’exercer une influence non négligeable sur les chances d’accéder aux meilleures positions sociales ».

Julie Falcon conclut que « au cours du 20e siècle en Suisse, les inégalités entre les différentes classes sociales, loin de s’être affaiblies ou d’avoir disparu, se sont maintenues ».

>> Julie Falcon (2016). Mobilité sociale au 20e siècle en Suisse : entre démocratisation de la formation et reproduction des inégalités sociales. Social Change in Switzerland No 5. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact: Julie Falcon, + 41 21 692 37 89, julie.falcon@unil.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

Photo © Annick Ramp / Biel/Bienne Festival of Photography / NCCR LIVES

Montrer et débattre de la vulnérabilité en Suisse, c’est aussi voir comment la surmonter

Le Pôle de recherche national LIVES a soutenu pendant six mois le travail de trois jeunes photographes, à découvrir aux prochaines Journées photographiques de Bienne du 29 avril au 22 mai 2016. Une publication intitulée Downs and Ups. Regards sur la vulnérabilité et la résilience réunit une partie de ces images et décrit en trois chapitres des questions qui sont au centre de la recherche sur les parcours de vie. Le festival sera également l’occasion d’une table ronde le 13 mai au Palais des Congrès de Bienne sur le thème « In/Visibilité : la vulnérabilité en Suisse - faux problème ou vrai tabou ? »

Mi-2015 trois jeunes femmes ont remporté un concours sur invitation lancé par le Pôle de recherche national LIVES et les Journées photographiques de Bienne : il s’agissait de proposer un projet autour des notions de vulnérabilité et de résilience. Les artistes avaient ensuite de juillet à décembre pour réaliser leurs images. L’aventure atteint maintenant son apogée avec l’exposition de ces trois séries dans le cadre du festival qui ouvre ses portes le 29 avril. Mais l’aventure ne s’éteindra pas après la fin de l’événement le 22 mai, car un livre reprend une sélection de ces photographies, accompagnées de textes expliquant au grand public l’approche scientifique des parcours de vie.

Les projets photographiques

Simone Haug a travaillé sur des acrobates à la retraite – d’anciens nomades ayant dû se résoudre à la sédentarité, artistes totaux redevenus anonymes, ex-gymnastes devant composer avec un corps en déclin. Dans la publication Downs and Ups, c’est l’occasion pour la Prof. Laura Bernardi d’expliquer comment les multiples fils qui tissent de nos vies sont interconnectés, pouvant générer du stress ou au contraire fournir des ressources compensatoires. Trajectoires familiales, professionnelles, résidentielles et de santé se superposent et entrent parfois en conflit, mais peuvent aussi être sources de solutions l’une par rapport à l’autre. Le filet de sécurité n’est pas toujours là où on l’attend.

Delphine Schacher s’est intéressée aux habitant du Bois des Frères, un lotissement de cabanons en bois aux confins de Genève, réveillant les souvenirs d’enfance du Prof. Dario Spini. Fils d’immigrés devenu directeur du PRN LIVES, il contemple avec ses yeux d’adulte et de chercheur les différents niveaux dans lesquels s’inscrivent ces parcours de vie – une observation partant du corps physique pour aboutir aux normes sociales qui nous régissent tous. Précarité, marginalité, débrouillardise et espoir s’entrechoquent dans l’environnement à la fois rude et fraternel des hommes photographiés, et dans l’analyse du professeur.

Annick Ramp a suivi les pas d’une personne transgenre, Sandra, dont elle donne à voir les fragilités et les forces héritées d’un destin hors du commun, jalonné de souffrances, de combats et de victoires. C’est l’occasion, dans les pages du livre, de comprendre l’importance d’observer les parcours de vie dans le temps. L’attention est portée sur l’accumulation des désavantages et sur la manière dont les individus construisent leur propre narration, forgeant ainsi leur identité au gré d’étapes et de transitions décisives.

Stress et ressources

La recherche sur les parcours de vie est encore mal connue du grand public. Elle bénéficie en Suisse du soutien de la Confédération, qui lui a octroyé un Pôle de recherche national financé pour douze ans par le Fonds national suisse de la recherche scientifique. Cela permet depuis 2011 à environ 150 chercheurs et chercheuses en sciences sociales d’une dizaine d’universités et hautes écoles de conduire plusieurs études longitudinales focalisées sur la vulnérabilité, définie comme un manque de ressources (pouvant être psychologiques, physiologiques, sociales, économiques, culturelles, institutionnelles) face à des événements ou phases stressantes de la vie (divorce, chômage, migration, vieillesse, deuil, etc.).

Dans cette perspective, chacun peut être concerné et touché un jour par la vulnérabilité. Et comme il s’agit d’un phénomène dynamique, il n’est pas possible de concevoir la vulnérabilité sans son pendant, la résilience, dont il s’agit de comprendre les ressorts. L’étude des parcours de vie montre en effet que si les individus sont marqués par leur contexte social et historique, ils jouissent également d’une certaine capacité d’agir et ne cessent de se développer tout au long de leur vie.

Toucher le grand public

Une partie du financement du PRN LIVES est également destinée à des projets de transfert de connaissances au grand public, raison de cette collaboration avec les Journées photographiques de Bienne. L’objectif est d’abord d’utiliser un langage accessible à tous, l’image, pour aborder des questions essentielles mais souvent négligées. Le fait d’offrir un tremplin à de jeunes photographes est une autre motivation pour un centre de recherche dont plusieurs articles scientifiques ont déjà porté sur les professions atypiques ou l’insertion professionnelle des jeunes.

En plus des trois accrochages et de la publication, et afin de permettre le débat avec le public, une table ronde aura lieu le 13 mai au Palais des Congrès de Bienne sur la question de la visibilité ou de l’invisibilité de la vulnérabilité en Suisse. La montre-t-on trop ou pas assez ? Où se trouve-t-elle ? Comment lui faire face ? Animée par le journaliste Dominique Antenen, elle réunira Felix Bühlmann, sociologue au PRN LIVES, Jérôme Cosandey, d’Avenir Suisse, Eric Fehr, maire de Bienne, Thérèse Frösch, co-présidente de la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS), et Delphine Schacher, photographe.

Dans une ville située au carrefour des cultures francophone et germanophone, où le taux d’aide sociale est un des plus hauts de Suisse, cette série d’événements à Bienne promet une réflexion nationale intéressante.

>> Expositions : Simone Haug : Acrobates !. Delphine Schacher : Bois des Frères. Annick Ramp : Sandra - Ich bin eben doch eine Frau. Du 29 avril au 22 mai 2016, PhotoforumPasquArt, Bienne.

>> Hélène Joye-Cagnard et Emmanuelle Marendaz Colle (éd.). (2016). Downs and Ups. Regards sur la vulnérabilité et la résilience. Gent : Snoeck Publishers. 108 p. (trilingue F/D/E). Pour le commander : office@jouph.ch.

>> Table ronde In/Visibilité : la vulnérabilité en Suisse - faux problème ou vrai tabou ? Le 13 mai à 18h15, Palais des Congrès de Bienne (traduction simultanée français/allemand).

>> Visite : Parcours de vie par Dario Spini, directeur du PRN LIVES. Visite commentée des expositions de Simone Haug, Annick Ramp et Delphine Schacher, le 14 mai de 16h à 17h30.

>> Programme complet des Journées photographiques de Bienne sur http://www.bielerfototage..ch/fr.

© Simone Haug: self-portrait

Simone Haug : « Je suis fascinée par le potentiel de surréalisme dans le réel »

La photographe bernoise a réalisé un travail de haute précision avec cinq artistes de cirque à la retraite pour illustrer la vulnérabilité et la résilience, thèmes du projet de collaboration entre le Pôle de recherche national LIVES et les Journées photographiques de Bienne. Ses images poétiques sont au cœur d’une exposition et d’un livre à découvrir très prochainement.

Toute en finesse et en délicatesse, Simone Haug ressemble à ses photographies. Elle paraît effleurer les choses, mais les cerne et les souligne avec une justesse rare, soutenue par un regard plein d’espièglerie. Son dernier travail, intitulé Acrobates !, sera exposé lors des Journées photographiques de Bienne du 29 avril au 22 mai 2016. Il a été réalisé dans le cadre d’un mandat lancé par le PRN LIVES et sera également visible dans l’ouvrage Downs and Ups qui accompagne l’exposition.

Bienne est sa ville d’adoption : « J’ai toujours aimé son atmosphère décontractée. Quand j’étais encore à l’école, à Berne, je prenais le train en secret pour Bienne et venais m’installer dans un café près de la gare. C’est une ville de possibilités, à l’esprit sincère, chaleureux et ouvert. C’est quelque chose que je ressens très fort quand je me promène ici - une culture au quotidien. Même les caissières dans les supermarchés sont différentes à Bienne par rapport à Berne, où il y a plus d’étiquettes, le poids de la culture officielle. Ici c’est plus informel et direct. »

C’est dire si elle connaît déjà le festival dédié à la photographie qui est organisé chaque année à Bienne depuis vingt ans. Elle y avait d’ailleurs déjà exposé avec une amie, en 2006, une série intitulée Asile entre lieux et temps. Mais elle est encore loin de se considérer comme une photographe établie, même si la trentenaire affirme que ça marche de mieux en mieux pour elle, car les commandes arrivent. Pour vivre, elle fait également des transcriptions d’entretiens pour des sociologues, une tâche qu’elle apprécie : « Je n’ai pas besoin de faire les analyses, mais ça me nourrit », explique-t-elle.

Son projet photographique sur les artistes de cirques à la retraite met en scène cinq personnages, dont un couple, qu’elle a approchés individuellement au cours des six derniers mois de 2015. Elle y saisit avec une grande habileté la fragilité et la force de ces seniors ayant toujours la tête dans les étoiles malgré un physique diminué. Rencontre avec l’auteure de ces images originales et sensibles.

Comment êtes-vous venue à la photographie ?

J’ai toujours aimé regarder. Dans ma famille l'image était très présente. La photographie me paraissait donc l'outil idéal pour produire des images. J'ai appris assez jeune à me servir d'un appareil photo, et cet instrument est devenu pour moi une sorte de boussole pour découvrir le monde et mon entourage. A partir de l’adolescence, cela a pris de plus en plus de place dans ma vie, et je suis entrée dans une association d’autodidactes qui avait été créée à Zurich dans les années 80. Nous invitions des photographes confirmés, mais le principe de base était l’auto-organisation. Ensuite j’ai fait des études de sociologie, mais ce qui me tenait vraiment à cœur, c’était la photo. Alors j’ai décidé de poursuivre cette voie en entrant aux Beaux-Arts à Hambourg. Je ne voulais pas faire une école de photographie au sens strict, car je voulais me protéger du formatage. J’aime être libre, et je trouvais mieux de nourrir mon développement de manière différente.

Que reste-t-il de vos études de sociologie ?

Je pense qu’inconsciemment, ça m’influence encore parfois. Cela m’a appris à considérer plusieurs points de vue, et apporté des bases théoriques. Mais ce qui me dérange dans cette discipline, ce sont les affirmations. C’est pareil en photographie : je refuse tout ce qui catégorise. Je ne me vois pas comme une documentariste qui propose un message final. Dans la sociologie, j’aimais la matière mais pas la manière. J’ai donc tenté de m’en libérer.

Qu’est-ce qu’une bonne photo selon vous ?

Pour moi c’est une image qui laisse beaucoup de liberté. Elle doit donner juste assez d’information sur le contexte pour offrir ensuite beaucoup d’espace à l’interprétation. J’aime par dessus tout le mélange et l'équilibre entre l’abstraction d’une part, et un minimum nécessaire de points de repère concrets d’autre part. Je suis fascinée par le potentiel de surréalisme dans le réel. Et je trouve que la photographie permet vraiment de montrer cela. De plus, le métier de photographe me permet de partager des choses avec les gens et de leur rendre quelque chose en retour, une forme de reconnaissance ; cela compte aussi dans mon intérêt pour l’image. Un travail qui m'impressionne, par exemple, c'est la série Libuna d’Iren Stehli, qui a suivi une femme tout au long de sa vie. C’est une des forces de la photographie : saisir la dimension du temps qui passe.

Comment avez-vous travaillé pour ce projet sur les acrobates retraités ?

J’avais déjà une fascination pour le cirque, un monde d'illusions où les limites physiques sont sans cesse dépassées, mais c’est l’appel d’offre de LIVES et des Journées photographiques de Bienne qui m’a donné l’idée de prendre contact avec d’anciens acrobates. J’adore entrer ainsi dans de nouveaux mondes, faire des rencontres. En général je ne fais pas de mises en scène. Mais pour les artistes, la scène est une habitude. Je voulais travailler avec eux, faire quelque chose ensemble. Alors les mises en scène sont venues naturellement, en discutant avec eux. Le temps pour réaliser cela n’était pas énorme, mais je suis heureuse d’avoir trouvé une forme qui convient à ces personnes et à leur situation. J’aime le côté mystérieux de ces images. Cela représente ce que les artistes de cirque aiment faire : créer du mystère pour le public. Quant à l’utilisation du noir et blanc pour plusieurs images, c’est une manière pour moi de rester dans quelque chose d’abstrait. Cela éveille l’imagination, car on est moins connecté au réel. Je trouve aussi que le noir et blanc souligne bien la notion d’équilibre qui est au cœur du sujet.

Comment décririez-vous la résilience dont font preuve vos protagonistes ?

Je vois de la résilience dans leur attitude au quotidien. Les artistes de cirque ont connu un parcours professionnel absolu, et même à la retraite ils restent des acrobates dans leur tête. Cela se voit par exemple quand il s’agit de changer une ampoule. Peu de femmes retraitées monteraient sur les épaules de leur mari pour faire ça ! Ils ont toujours envie de jouer, de se mettre en scène. Les cinq personnes que j’ai rencontrées sont toutes en paix avec leur carrière passée. Chacun a fait ce qu’il pouvait. Tous sont d’accord de dire qu’il s’agissait de trouver le bon moment pour arrêter. Chaque histoire est différente, mais tous ont dû affronter des difficultés et ont fait preuve de force pour surmonter les situations.

De quoi êtes-vous la plus fière dans ce travail sur les acrobates ?

De la projection qui sera montrée dans l’exposition pendant les Journées photographiques. J’aime l’idée de créer un petit spectacle. Il s’agit d’un montage de photos qui défilent au son d’un tambour japonais. C’est la première fois que j’expose ce type de procédé. Je l’avais déjà fait dans un autre travail, mais je ne l’ai jamais montré.

>> La page consacrée à Simone Haug sur le site du festival

 

© Delphine Schacher: self-portrait

Delphine Schacher : « Accéder à des endroits invisibles » grâce à la photographie

Auteure de la série Bois des Frères sur les habitants d’anciens cabanons d’ouvriers saisonniers dans la banlieue de Genève, la photographe vaudoise présentera ce travail dans le cadre du double projet de collaboration entre le Pôle de recherche national LIVES et les Journées photographiques de Bienne – exposition et livre.

Nichée dans un vallon à la sortie de Begnins, la maison de Delphine Schacher a appartenu à ses grands-parents et jouxte la scierie familiale. La photographe née en 1981 est une enfant de la région. Elle y a fait ses premières images, avant même d’être diplômée de l’Ecole de photographie de Vevey. En tant qu’une des trois lauréates du concours sur invitation lancé par le PRN LIVES sur le thème « Vulnérabilité et Résilience », ses photos seront exposées du 29 avril au 22 mai 2016 aux Journées photographiques de Bienne et illustrent l’ouvrage Downs and Ups lié à ce projet.

Delphine Schacher s’est fait connaître avec son travail Petite robe de fête, qui montrait de jeunes adolescentes roumaines endimanchées dans un décor champêtre : une plongée au cœur du temps, et qui le défiait, aussi, puisqu’elle était partie initialement à la recherche de personnes photographiées vingt ans plus tôt par son père lors d’un voyage marquant le jumelage de leur commune avec un village roumain. « C’était la première fois que mon père voyageait si loin, et la première fois que je l’ai vu pleurer, ému par ces gens et leurs conditions de vie difficiles », raconte celle qui se décrit ironiquement comme « une exploratrice des temps modernes, de la génération easyJet, pour qui il est si facile de sauter dans un avion ».

Pour le projet LIVES à Bienne, elle est allée promener son objectif du côté de cabanons utilisés autrefois pour loger des saisonniers, tout près de la cité du Lignon, à une encablure de l’aéroport de Cointrin. Un habitat précaire et vétuste, toujours en usage aujourd’hui, où continuent de vivre des hommes aux parcours divers, qu’elle a approchés de près et dont elle magnifie la pudeur et la dignité. Interview.

Comment êtes-vous venue à la photographie ?

Ca a commencé quand j’avais environ 20 ans. Je viens d’une famille de trois enfants, et j’étais la seule à n’avoir aucune activité artistique. Mon frère jouait de la batterie, ma sœur de la flûte, et moi j’ai surtout passé mon adolescence à faire la fête, en parallèle à un apprentissage de commerce et une maturité professionnelle. Mais je ne me voyais pas faire ça toute ma vie. Je cherchais quelque chose de créatif. Alors j’ai commencé à prendre des cours du soir, d’abord de couture, puis de graphisme. Je n’ai pas eu le déclic, mais j’ai réalisé que j’aimais collectionner les photos dans les journaux.Je me suis alors inscrite à un cours de photographie dans la région, et là j’ai tout de suite croché. Nous devions faire des reportages. Ce qui me plaisait, c’était d’aller à la rencontre des gens, d’entrer dans des endroits où je n’aurais pas pu accéder sans cet alibi de la photographie. Pour mon premier travail et ma première expo dans le cadre de ce cours, le thème était « Une nuit dans la vie de … » et j’ai choisi de suivre un employé qui travaillait sur la rotative du Journal de la Côte. J’ai adoré ce sentiment de ne pas être dans mon élément et de devoir me faire ma place. En plus le rotativiste a bien reçu les photos, il était content. Alors j’ai poursuivi dans cette voie en m’inscrivant à l’association Focale, qui organise des ateliers. Là j’ai eu deux mois pour réaliser un travail sur le thème « Ombres » et j’ai eu l’opportunité de suivre des femmes en prison grâce à une animatrice socioculturelle qui avait monté un labo photo à la prison de Lonay. A nouveau j’ai aimé pouvoir accéder ainsi à des endroits invisibles.

Comment l’idée des cabanons du Lignon vous est-elle venue ?

En fait ce sujet m’habite depuis longtemps. En 2010, dans le cadre de Focale, j’ai dû réaliser un projet sur le thème « Périphérie ». Je me souvenais avoir vu un reportage à la télévision qui annonçait que les baraquements ouvriers situés à l’aéroport allaient être détruits, et j’ai appelé le syndicat Unia pour savoir s'il en existait encore d’autres. C’est là que j’ai découvert le site du Lignon. Puis, alors que j’étudiais la photographie à Vevey, je suis retournée sur place. Le lieu n’avait pas changé, mais c’était un travail vite fait et j’ai eu le sentiment d’être passée à côté du sujet. J’avais bien tiré quelques portraits, mais n’avais pas eu de discussion avec les gens. Alors que cette fois-ci, j’ai pu entrer chez eux. J’ai fait un pas de plus dans leur direction, pas seulement un pas physique, mais un pas émotionnel. J’ai osé aller plus loin, rechercher des postures. J’ai mieux réfléchi à comment les mettre en scène. Le fait d’avoir un mandat, qu’il y ait une attente, m’a aidé. La thématique « Vulnérabilité et Résilience » a aussi guidé mes choix. Je voulais montrer les hommes qui vivent dans ces cabanons, leur rendre honneur. Ce ne sont pas juste des gens qui passent.

Comment avez-vous travaillé ?

En juillet et août 2015, je suis allée en reconnaissance. Avec certains habitants, il s’agissait de retrouvailles. Puis, de septembre à décembre, je me suis rendue sur le terrain environ deux à trois fois par semaine, parfois de jour, parfois le soir. Je ne prenais pas toujours des photos, parfois il s’agissait juste de vivre des moments avec eux. J’ai voulu rendre compte du passage des saisons, mais je ne voulais pas qu’on sache en quelle année nous étions. J’aime bien qu’on ne voie pas si on est dans les années 70, 90, ou maintenant. C’est pourquoi j’ai évité de montrer des habits avec des marques ou des sacs de magasin. Ce lieu n’a pas d’âge ! J’ai aussi cherché à donner un côté pictural à certaines images, certaines attitudes… En tout j’ai réalisé 25 films en argentique. C’est une technique qui force à prendre son temps, à poser les choses.

Qu’est-ce qu’une bonne photo selon vous ?

Il faut d’abord que la lumière soit naturelle. Et il faut qu’il y ait quelque chose qui se passe, quelque chose de mystérieux ou quelque chose qui dérange. Par exemple un objet incongru ou une position fragile.

A votre avis, quelle est l’image de cette série qui montre le plus la résilience ?

J’aime bien la photo du gril à saucisses dans la cuisine commune. C’est une image qui montre des gens qui se débrouillent, qui s’accommodent de peu d’espace. Ils vivent comme les autres, mais en plus petit. Il y a aussi le portrait saisi à vif d’Augusto, qu’on voit avec sa poêle à frire et sa jolie tenue. C’est l’image d’un homme qui a su rebondir. Il semble dire : « Je n’ai pas de cuisine mais ça ne m’empêche pas de vivre normalement et de m’habiller avec une belle chemise. » Ces personnes vivent avec le minimum, mais ce n’est pas le désespoir. Je précise cependant que cet état des lieux n’est pas objectif : je n’ai pas vu tout le monde, et certains ne voulaient pas être photographiés, peut-être des gens pour qui c’est beaucoup plus dur. Mais il y a de beaux exemples de résilience. José, par exemple, qui vient du Cap-Vert : c’est un de mes chouchous, un des premiers avec qui j’avais parlé en 2010. Il savait à peine de français à l’époque, et maintenant il a trouvé du boulot. Il a un poste de responsable dans une entreprise d’échafaudages. Et pour lui, les échafaudages, c’est une passion, un véritable monde. Il me montre des photos sur son téléphone, et je peux vous dire que depuis, je ne vois plus les échafaudages de la même manière ! Enfin il y a ces images où l’on voit des chats, des oiseaux en cage. On peut y voir de l’enfermement dans l’enfermement. Mais cela montre aussi le besoin des gens de s’occuper de quelqu’un…

>> La page consacrée à Delphine Schacher sur le site du festival

© Annick Ramp: self-portrait

Annick Ramp: « J'espère que mon travail sur Sandra suscitera de l'empathie chez les gens »

Basée à Zurich, la plus jeune lauréate de la bourse photo offerte par LIVES a choisi de consacrer son travail sur la vulnérabilité et la résilience à la réalisation de portraits d'une personne transsexuelle: Sandra. Son œuvre sera exposée durant les Journées photographiques de Bienne et une sélection de ses images est publiée dans un livre.

Parmi les trois femmes ayant participé au projet du Pôle de recherche national LIVES et des Journées photographiques de Bienne, Annick Ramp est la seule âgée de moins de 30 ans. Malgré son jeune âge, sa carrière de photographe est pourtant déjà bien établie. Celle-ci franchira une nouvelle étape avec l'exposition de ses portraits de Sandra, transsexuelle, à la 20e édition des Journées photographiques de Bienne, du 29 avril au 22 mai 2016. Quelques-unes de ces photos sont aussi publiées dans l'ouvrage Downs and Ups.

Annick Ramp travaille comme photographe à mi-temps pour la Neue Zürcher Zeitung. Elle explique avoir trouvé ainsi un bon équilibre, qui lui permet de poursuivre en profondeur des travaux plus personnels. Elle habite un quartier populaire à l’ouest de la gare de Zurich, un endroit qu'elle aime pour son atmosphère multiculturelle et détendue.

Son projet sur Sandra a été sélectionné pour illustrer la vulnérabilité et la résilience, car elle possède un véritable talent pour aborder les corps et les âmes avec un profond respect. Ses photos dépeignent une personne joyeuse, avec ses côtés sombres, un personnage complexe qui, malgré les traces laissées par de longs combats, a réussi à surmonter bien des épreuves. Nous avons interrogé Annick Ramp sur son approche.

Comment en êtes-vous venue à la photo?

Après l'école, j'ai fait un apprentissage commercial, mais j'ai très vite réalisé que cela ne me satisferait pas. Je savais que je voulais faire quelque chose en rapport avec la photo, mais je ne savais pas comment m'y prendre. C'est mon père qui m'a initiée en premier à la photographie. Puis, quand j'ai eu 19 ans, j'ai fait un voyage en Nouvelle-Zélande. Mes parents y avaient vécu pendant cinq ans et je suis née à Auckland, mais ils sont partis quand j'avais huit mois. Alors j'ai voulu découvrir l'endroit, y rencontrer les gens, et c'est là que j'ai commencé à prendre des photos. Elles étaient surtout concentrées sur les lignes, les paysages, mais pas vraiment sur les gens. De retour en Suisse, je me suis inscrite à une formation préalable en art, puis j'ai quitté Schaffhouse pour Zurich, où je savais que je voulais vivre. Pendant un an, j'ai étudié différents types d'art et de communication visuelle. Après cela, je me suis inscrite à la formation diplômante «Fotodesign» à Zurich. J'ai alors eu la chance de faire un stage d'un an avec un photographe, et là j'ai trouvé ce qui m'intéressait vraiment. C'est la photographie que je pratique aujourd'hui, axée sur les gens. Une fois mes études terminées, j'ai fait un autre stage à la Neue Zürcher Zeitung, où j'ai achevé ma formation et où j'ai eu la chance d'obtenir un poste.

Que recherchez-vous lorsque vous photographiez des personnes?

J'aime montrer différentes sortes de gens, différentes versions de la vie. Lors de mon premier stage, j'ai pris des photos d'un homme excentrique qui est assez connu à Schaffhouse et qui s'appelle Heinz Möckli. Pendant deux mois, je l'ai suivi partout, et j'ai pris conscience qu'il ne s'agissait pas seulement d'un travail. C'est une activité qui m'apporte beaucoup. J'adore observer la façon dont les êtres humains vivent dans leur environnement et les multiples façons qu'ils ont de le percevoir. Ce qui m'intéresse en particulier, ce sont les gens qui ne vivent pas comme tout le monde.

Comment avez-vous rencontré Sandra?

Pour mon travail de fin d'études, j'ai fait un reportage sur un établissement spécialisé, où séjournent de manière temporaire des personnes souffrant d'addictions, de maladies mentales ou d’autres sortes de fragilité. Un soir, Sandra était présente, et je l'ai revue ensuite à l'arrêt de bus. Je l'ai trouvée fascinante. Elle paraissait fragile et forte à la fois. On voyait qu'elle avait une certaine confiance en elle. Nous avons parlé, et elle s'est mise à chanter. Elle avait l’air d’une femme, mais avec quelque chose de masculin. Elle en a parlé ouvertement, mais elle a refusé de poser devant l'objectif. Après ça je l’ai toujours gardée en tête. J'ai essayé de la contacter par Facebook, mais elle n'a pas répondu. J'ai de nouveau essayé par l'intermédiaire du leader de son groupe de musique, qui m'a suggéré de venir à une répétition le jeudi. J'y suis allée, et elle s'est souvenue de moi. Je lui ai alors proposé de faire des portraits d'elle et elle a accepté. C'est ce que j'ai fait pendant deux ou trois mois, mais je ne savais pas comment je raconterais son histoire. C'est alors que j'ai reçu l'invitation du PRN LIVES et des Journées photographiques de Bienne. Le concept était né!

Dans cette série, quelle est la photo qui incarne le mieux selon vous le thème de la résilience?

Celle avec le brouillard: ce n'était pas du tout mis en scène. C’était pendant la répétition d'une pièce de théâtre et il y avait cette machine qui crée de la vapeur. J’ai saisi Sandra alors qu’elle était à côté. Parfois elle s’égare de la réalité ; elle s'enfuit ailleurs, rêve les yeux fermés. Cette photo m'a fait prendre conscience qu’il y a quelque chose à montrer au sujet de Sandra, et aussi qu'il faut du temps pour approcher ça.

Comment avez-vous procédé avec Sandra pour ce travail?

Je ne lui ai rien imposé. Je ne lui ai jamais dit : « Fais ci ou fais ça! ». On a passé des journées entières ensemble et c’était à moi de saisir les bons moments. Le plus difficile, pour moi, ensuite, n'a pas été de faire des choix, mais de limiter la série aux meilleures prises et de leur donner un ordre. Composer une série de photos est quelque chose qui me fascine. C'est vraiment intense. Je peux passer des semaines à déplacer des photos éparpillées au sol jusqu'à ce que je décide laquelle est vraiment indispensable, lesquelles expriment ce qui est juste. C'est aussi une question de respect pour mes sujets. J'ai montré ma sélection à Sandra et elle a accepté d'être vue aussi dans ses mauvais moments. Elle est tout à fait consciente de son histoire et du fait qu'elle n'est pas toujours de très bonne humeur. Il m'importait beaucoup qu'elle accepte mes choix, mais je ne l’ai pas laissée non plus m’influencer. J'espère que mon travail sur Sandra suscitera de l'empathie chez les gens. Je trouve bizarre que la société ordonne les choses en opposant constamment le masculin et le féminin.

Pour vous, qu’est-ce qu’une bonne image?

Tout d’abord il faut qu'elle me touche d’une manière ou d’une autre. J'ai besoin de sentir que le photographe l'a faite avec empathie, que le sujet n'est pas juste là pour faire une bonne image. J'aime les photos qui racontent quelque chose, qui provoquent de l’émotion et qui diffusent une part de poésie. J'aime regarder les photo en séries, parce que je trouve souvent difficile de comprendre quelque chose avec une seule image. Je pense qu’il peut y avoir plus de nuances si les photos se répondent l’une à l’autre.

>> La page consacrée à Annick Ramp sur le site du festival 

Image iStock © ra-photos

Conférence internationale LIVES - Relations en deuxième partie de vie: Défis et opportunités

La conférence aura lieu les 28 et 29 juin 2016 à l'Université de Berne. Accueillant dix présentations en anglais, dont cinq d'orateurs invités et cinq de chercheur·e·s LIVES, l'événement offrira également deux sessions poster et une table ronde. Le délai de soumission pour les posters est fixé au 6 juin.

Les relations affectives sont cruciales pour le bien-être des personnes en deuxième partie de vie. Le soutien social et le partenariat amoureux contribuent à la satisfaction de vie, ont des impacts positifs sur la santé et réduisent les effets négatifs du stress. Par contre, les relations de mauvaises qualité et l'ambivalence affective représentent des facteurs de risque, pour les couples comme pour les individus qui partagent d'autres types de liens affectifs, par exemple entre adultes et leurs parents âgés.

La rupture des relations de couple, que ce soit à travers le deuil ou le divorce, est l'un des événements les plus stressants du parcours de vie, et sa probabilité augmente dans cette partie de vie. Cela peut poser un défi important pour le bien-être psychologique, particulièrement à un stade de la vie où les ressources sociales et physiques sont déclinantes. Néanmoins, les adultes âgés présentent de grandes différences dans leur adaptation et leur manière de face face à la perte d'un partenaire.

L'objectif général de cette conférence est de combiner des lignes de recherche sur la vulnérabilité et la résilience avec des études sur l'intervention psychologique, afin d'analyser ce qui facilite ou entrave l'adaptation à la perte d'un être cher et aux défis relationnels en seconde partie de vie.

Présentations des conférenciers invités

  • Self-Concept regulation and resilience to interpersonal loss
    > Prof. Dr. Anthony MANCINI, Pace University (NY)
  • Adaptation to bereavement in late life
    > Prof. Dr Margret STROEBE, University of Utrecht
  • Making connections: loneliness interventions in later life
    > Prof. Dr. Nan STEVENS, VU University Amsterdam; Radboud University, Nijmegen
  • Social network compensation in later life: resourcefulness, resilience, and constraints
    > Prof. Dr. Karen ROOK, University of California Irvine
  • Resilience research, resilience promotion, and the role of flexibility
    > Prof. Dr. George BONANNO, Columbia University (NY)

Des membres du PRN LIVES présenteront également leurs recherches: Daniela Jopp (Université de Lausanne), Michel Oris (Université de Genève), Pasqualina Perrig-Chiello (Université de Berne), Eric Widmer (Université de Gennève) et Hansjörg Znoj (Université de Berne).

La conférence aura lieu en anglais.

Dans le cadre de cet événement se tiendra également une table ronde sur le thème de la solitude avec des représentants de groupes d'intérêt nationaux, de la politique et de la recherche, qui aborderont la question d'un angle pratique (en allemand).

  • Prix de l'inscription pour les personnes externes à LIVES: 150 CHF (repas, pause et apéritif inclus) ou 80 CHF pour un jour ainsi que pour les étudiants
  • Délai d'inscription: 20 juin 2016
  • Délai pour soumettre un poster: 6 juin 2016

Cliquer ici pour plus d'information en anglais sur la conférence, pour les inscriptions et pour proposer un poster

Photo Hugues Siegenthaler

Une jeune auteure "LIVES" gagne un prix pour un papier sur la monoparentalité et la santé

Emanuela Struffolino est la lauréate 2015 du Prix Jeune Auteur de la revue Population éditée par l'Institut national d'études démographiques (INED). Une première version de son article avait paru parmi les LIVES Working Papers.

L'INED et la revue Population ont annoncé le 29 février 2016 que le Prix Jeune Auteur, nouvellement créé en mémoire de la doctorante Valeria Solesin, décédée lors des attaques terroristes à Paris le 13 novembre 2015, a été attribué à Emanuela Struffolino pour son article "Le rôle de l’emploi et de l’instruction sur la santé perçue des mères de famille monoparentale en Suisse", écrit en collaboration avec Laura Bernardi et Marieke Voorpostel.

Résumé

Les mères sans conjoint et avec des enfants à charge sont plus susceptibles d’être sans emploi et pauvres, facteurs qui augmentent les risques d’être également en mauvaise santé. En Suisse, l’insuffisance des politiques de conciliation entre travail et famille et une fiscalité qui avantage les couples mariés adoptant une division traditionnelle du travail se traduisent par de faibles taux de participation des mères au marché du travail.

Pour le cas particulier des mères seules vivant avec leurs enfants, l’emploi peut être associé à une meilleure santé parce qu’il atténue les difficultés économiques liées au fait d’être le seul pourvoyeur de ressources du foyer. Cependant, le travail peut représenter un facteur de stress supplémentaire étant donné que les mères seules assument la majeure partie des soins aux enfants.

Comment l’état de santé autodéclaré est-il associé à la situation familiale et le statut d’emploi en Suisse ? Nos analyses à partir du Panel suisse de ménages (vagues 1999-2011) montrent que les mères seules qui sont hors du marché du travail présentent plus de risques de déclarer un mauvais état de santé, en particulier si elles sont titulaires d’un diplôme du deuxième cycle de l’enseignement secondaire. En revanche, les mères seules se déclarent en meilleure santé si elles travaillent à temps plein plutôt qu’à temps partiel, alors que c’est l’inverse pour les mères en couple.

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>> Struffolino, E., Bernardi, L., & Voorpostel, M.. (2016). Self-reported Health among Lone Mothers in Switzerland: Do Employment and Education Matter? Population-E, 71 (2), 187-214

Une première version de l'article était paru en 2015 dans les LIVES Working Papers:

>> Struffolino, E., Bernardi, L., & Voorpostel, M.. (2015). Self-reported health among lone mothers: Do employment and education matter?. LIVES Working Papers, 2015(44), 1-28.

Image Floriane Moriaud HES-SO

Succès d’un congrès atypique à Lausanne sur le vieillissement et le pouvoir d’agir

Le 5e colloque du Réseau international d’étude sur l’âge, la citoyenneté et l’intégration socio-économique (REIACTIS) s’est tenu du 10 au 12 février 2016 à l’Université de Lausanne. Il a réuni près de 400 participants issus tant du monde académique que de la pratique de terrain. Une rencontre jugée extrêmement riche par les acteurs concernés, en raison des possibilités d'interaction et pour la qualité des interventions.

Quatre ans après la dernière édition à Dijon, le congrès REIACTIS de Lausanne a offert près de deux fois plus de présentations qu’en 2012. « Pour un congrès international, la formule est vraiment atypique, mélangeant praticiens, politiques et chercheurs, visites sur le terrain et conférences », a relevé le Prof. Dario Spini, membre du comité d’organisation local et directeur du Pôle de recherche national LIVES, tout en soulignant « une collaboration avec la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) et l’Université de Lausanne très réussie ».

Selon Valérie Hugentobler, Professeure associée à la HES-SO, Haute école de travail social et de la santé - EESP, « les retours ont été globalement très positifs à tous points de vue : bonne qualité des interventions, diversité de la provenance des intervenants, bonne participation également des professionnels, échanges riches… »

Source d'inspiration

Cette appréciation est confirmée par des professionnels du terrain comme Alain Plattet, responsable de l’unité Travail social communautaire à Pro Senectute. Il mentionne « des opportunités uniques et précieuses d’ouvrir mes champs de vision grâce à l’extraordinaire diversité des acteurs en présence. La variété des projets et de leurs dimensions a été une source d'inspiration et d'apprentissage certain. Ces trois jours m'ont permis de prendre du temps pour faire des rencontres concrètes et utiles pour le développement des "Quartiers Solidaires": en plus des échanges de pratique, de nouvelles initiatives de co-constructions nationales et internationales se sont manifestées. Très ressourçant pour retourner dans nos projets quotidiens ! »

Les sessions, ateliers et symposiums ont porté sur des thèmes aussi divers que l’habitat, la santé, la migration, les défis technologiques, les liens sociaux, et bien d'autres encore.

Index de précarité

Lors des conférences plénières, le Prof. Chris Phillipson, directeur du Manchester Institute for Collaborative Research on Ageing (MICRA), a lancé un appel à créer un « index de la précarité » des personnes âgées. Inquiet que les politiques de promotion du vieillissement actif laissent de côté les plus vulnérables, il a soutenu qu’il était plus que jamais nécessaire de « redéfinir des espaces de solidarité sociale » pour les personnes âgées.

Centenaires plus en forme

La conférence de Daniela Jopp, professeure de psychologie à l’Université de Lausanne et membre du PRN LIVES, a décrit quant à elle les avancées les plus récentes de la recherche sur les centenaires. Elle a montré que depuis le début des années 2000, l’état des personnes qui atteignent un âge très avancé s’est amélioré sur plusieurs points : elles sont plus autonomes et possèdent de meilleures capacités cognitives. Si toutes connaissent des problèmes de santé, 80% des grands vieillards interrogés se déclarent cependant heureux. « Le succès du bien vieillir, c’est la capacité à s’adapter », a déclaré Daniela Jopp, encourageant le public à « passer du temps de qualité avec ses proches âgés, et laisser les professionnels s’occuper du reste. »

>> Site du congrès

>> Plus de détails sur les conférences sur le site de REISO

Image iStock © AtnoYdur

La bonne santé du couple, une ressource importante pour surmonter les effets du cancer

Les compagnons de femmes atteintes d’un cancer du sein montrent des signes de détresse très importants. Mais plus les hommes sont satisfaits de leur relation de couple, moins ils trouvent que le fardeau à porter est lourd. La satisfaction conjugale permet également aux femmes de moins souffrir de l’altération de leur image corporelle. Et si deux tiers des couples voient leur vie sexuelle modifiée par la maladie, plus de la moitié restent cependant actifs sexuellement, alors que d’autres parlent de « tendresse accrue ». Tels sont les principaux résultats de la thèse de Sarah Cairo Notari, brillamment défendue le 25 janvier 2016 à l’Université de Genève et à l’origine de plusieurs publications scientifiques.

La femme n’est pas la seule victime du cancer du sein, une maladie qui recense près de 6000 cas et plus d’un millier de décès par an en Suisse. Comme dans toutes les affections potentiellement mortelles, l’entourage est mis à rude épreuve, le conjoint étant en première ligne. Mais sa souffrance à lui est rarement au centre des préoccupations. Afin de comprendre l’impact de ce mal sur le couple, une étude a été lancée en 2011 dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES. Des données longitudinales ont ainsi été récoltées auprès de 80 femmes traitées au CHUV et 55 de leurs partenaires masculins. Sarah Cairo Notari, assistante à l’Unité de psychologie clinique des relations interpersonnelles de l’Université de Genève, les a analysées dans le cadre de sa thèse, « L’ajustement psychologique de la femme et de son partenaire au cancer du sein », grâce à laquelle elle a récemment accédé au grade de docteur en psychologie.

La détresse psychologique des hommes

Dans un premier papier, Sarah Cairo Notari a procédé à une revue systématique de la littérature scientifique sur la détresse psychologique des partenaires de femmes atteintes d’un cancer du sein, un champ encore peu investigué. La synthèse des 23 articles retenus montre que ce niveau de détresse est plus élevé chez ces hommes que dans la population générale. Cependant, « contrairement à une croyance assez répandue dans le domaine, [les partenaires] ne reportent pas des niveaux de détresse psychologique plus élevés que les patientes », relève la chercheuse.

Le fardeau subjectif du « partenaire-aidant »

Le partenaire est souvent le principal proche-aidant des femmes atteintes du cancer du sein, prenant en charge toute une série de tâches allant de l’aide pratique au soutien émotionnel en passant par les soins aux enfants, la gestion domestique, etc. L’étude a montré que le poids de ce fardeau est fortement lié aux conditions physiques et psychologiques de la patiente, et qu’il diminue par conséquent avec le temps et la rémission. Mais surtout, Sarah Cairo Notari a été en mesure de démontrer que plus le degré de satisfaction conjugale est élevé, moins lourd apparaît ce fardeau aux yeux des hommes, indépendamment des conditions médicales de leur compagne. Ces résultats seront prochainement présentés dans le Journal of Health Psychology.

Altération de l’image corporelle de la femme

La satisfaction conjugale joue aussi un rôle protecteur important et durable du côté des patientes en ce qui concerne les altérations de leur image corporelle. Les femmes ayant subi une mastectomie et/ou une chimiothérapie ont nettement moins de problèmes liés à leur apparence quand elles vivent une relation de couple jugée positive. Cette tendance s’est maintenue aux différents moments de l’étude, soit deux semaines, trois mois et un an après l’opération subie par les participantes à l’étude. Sarah Cairo Notari a également noté que les femmes vivant en couple mais non mariées  rapportaient une altération de l’image corporelle plus importante que les femmes mariées. Les conclusions indiquent que « la satisfaction conjugale et le statut marital peuvent mitiger l’impact des traitements, en diminuant le niveau d’altération de l’image corporelle des femmes ».

Changements du fonctionnement sexuel

Un autre volet de l’étude s’est intéressé au fonctionnement sexuel des couples, les relations intimes étant reconnues comme une dimension importante de la qualité de vie. Pour cette partie, un entretien semi-structuré avec 75 participantes était réalisé par une infirmière membre de l’équipe lors d’une rencontre deux semaines après l’intervention chirurgicale, s’ajoutant au premier questionnaire écrit. Les données quantitatives indiquent que pour 64% des femmes interrogées, la maladie et le traitement ont entraîné une modification des relations sexuelles. 53% des patientes indiquent cependant toujours maintenir une vie sexuelle active, avec ou sans changement. Mais pour 29% des patientes, il s’agit d’un arrêt complet des rapports. Les données qualitatives ont permis de montrer que l’interruption de l’activité sexuelle n’était pas liée à des difficultés conjugales : pour 40% des femmes devenues inactives depuis l’opération, la sexualité a même été remplacée par un « sentiment accru d’intimité et de proximité », voire « un renforcement des liens affectifs ».

Le couple victime ET ressource

La détresse ressentie par les deux partenaires, la souffrance physique et psychologique de la femme, le fardeau subjectif qui pèse sur l’homme, ainsi que les modifications qui s’opèrent dans la vie intime montrent que le couple est bien victime de la maladie. Mais pas une victime impuissante, souligne Sarah Cairo Notari : « Le rôle de ressource de la relation de couple est sans doute l’aspect le plus important que nous avons pu mettre en évidence dans ce travail de thèse », écrit-elle à la fin de son manuscrit, ajoutant plus loin que ces résultats ont pu « confirmer le rôle protecteur d’une relation satisfaisante dans l’ajustement des femmes et de leur partenaire au cancer du sein. » Elle appelle donc à « veiller à la santé du couple, en plus de la santé de la femme », tout en reconnaissant que la nature complexe de la satisfaction conjugale rend difficile une intervention clinique de nature préventive.

La suite

De nouvelles publications scientifiques suivront bientôt la parution de cette thèse dirigée par le Prof. Nicolas Favez. Une quatrième vague de données, récoltées deux ans après l’annonce de la maladie, reste à analyser. Et des équipes françaises et belges s’intéressent à mettre leurs recherches respectives en commun avec le projet valdo-genevois.

« Ce travail ouvre toute une ligne de recherche », a déclaré Friedrich Stiefel, professeur à  l'Université de Lausanne et chef du Service de psychiatrie de liaison du CHUV, lors de la soutenance publique de la thèse de Sarah Cairo Notari. Un autre membre du jury, le Prof. Darius Razavi de l’Université libre de Bruxelles, a quant à lui qualifié cette recherche de « merveilleuse étude » concernant « des personnes hautement vulnérabilisées ». Reste à trouver les ressources pour continuer. « Il est plus facile d’obtenir du financement pour les collectes de données que pour les analyses », regrette avec raison Nicolas Favez…

 

>> Cairo Notari, S.. (2016). L’ajustement psychologique de la femme et de son partenaire au cancer du sein. Sous la direction de Nicolas Favez. Université de Genève

Déjà publié :

>> Favez, N., Cairo Notari, S., Charvoz, L., Notari, L., Ghisletta, P., Panes Ruedin, B., Delaloye, J.-F.. (sous presse). Distress and body image disturbances in women with breast cancer in the immediate postsurgical period: The influence of attachment insecurity. Journal of Health Psychology.

 

La désaffection des ouvriers pour le Parti socialiste a précédé d’une décennie leur vote pour l’UDC

La désaffection des ouvriers pour le Parti socialiste a précédé d’une décennie leur vote pour l’UDC

Dans un nouvel article de la revue Social Change in Switzerland, Line Rennwald et Adrian Zimmermann se penchent sur l’évolution du vote ouvrier en Suisse entre 1971 et 2011. Se basant sur les données de dix enquêtes électorales, les auteurs montrent que l’Union démocratique du centre (UDC) a su occuper un vide à partir des années 90, après quatre législatures consécutives de perte d’influence du Parti socialiste (PS) auprès des couches populaires.

L’article de Line Rennwald et Adrian Zimmermann présente la première analyse systématique de toutes les enquêtes électorales existantes entre 1971 et 2011. Leur analyse permet de retracer les étapes du divorce entre le Parti socialiste et une partie importante de l’électorat ouvrier.

Deux processus

Les auteurs mettent en exergue deux processus distincts : tout d’abord un affaiblissement du soutien des ouvriers pour le Parti socialiste dans les années 80 ; puis la montée spectaculaire de l’UDC parmi cet électorat à partir de 1995. Entre deux, et surtout aux élections fédérales de 1987 et 1991, le vote ouvrier a été marqué par une forte abstention, que les auteurs identifient comme la phase-clé du desserrement des liens avec le PS.

La proportion des ouvriers qui ont voté pour le PS est ainsi passée de 38% en 1975 à 16% en 2011. A cette date, ils étaient près de 40% à voter UDC contre seulement 8% en 1975. Si le PS a perdu des votes ouvriers dans toutes les régions linguistiques de Suisse, il conserve davantage de soutien auprès des classes populaires dans les cantons romands.

Mutation de l'offre politique

Les auteurs attribuent un rôle décisif dans ces mutations à l’évolution de l’offre politique des partis. Alors que le PS a favorisé les thèmes liés aux « nouveaux mouvements sociaux » tels que l’écologie, le féminisme ou le pacifisme, l’UDC de son côté a concentré son action sur les sujets de politique migratoire et de souveraineté face à l’Europe. Le discours populiste de l’UDC a ainsi réussi à s’allier une partie des milieux populaires, qui n’ont pourtant que peu à gagner des positions ultralibérales de ce parti en matière économique et sociale.

>> Line Rennwald et Adrian Zimmermann. (2016). Le vote ouvrier en Suisse, 1971-2011. Social Change in Switzerland No 4. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact: Dr. Line Rennwald, +41 79 761 32 81, line.rennwald@gmail.com

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

Colloque "REIACTIS" de février 2016 sur le vieillissement: le programme est en ligne

Colloque "REIACTIS" de février 2016 sur le vieillissement: le programme est en ligne

Ce rendez-vous majeur de l’année 2016 dans l’étude et le vieillissement en sciences humaines et sociales accueillera des pointures internationales à l'Université de Lausanne du 10 au 12 février. Il est organisé par la Haute-école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) et le Pôle de recherche national LIVES à la demande du Réseau d’Etudes International sur l’Age, la Citoyenneté et l’Intégration Socio-économique (REIACTIS).

 «Vieillissement et pouvoir d'agir — Entre ressources et vulnérabilités». Voici le thème du 5e colloque international du Réseau d’Etudes International sur l’Age, la Citoyenneté et l’Intégration Socio-économique (REIACTIS). Le programme final de ce rendez-vous est désormais disponible.

Cette rencontre, coorganisée par la Haute école de Travail social de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) et le Pôle de recherche national LIVES «Surmonter la vulnérabilité: perspective de parcours de vie» (PRN LIVES), veut aborder cette dynamique sous l’angle des pouvoirs d’agir que les personnes vieillissantes peuvent maintenir ou acquérir au long de leur trajectoire de vie.

Conférenciers de haut vol

Parmi les conférenciers au programme figurent notamment Chris Phillipson, directeur exécutif du Manchester Institute for Collaborative Research on Ageing (MICRA), au Royaume-Uni, Daniela Jopp, professeure associée, Institut de psychologie de la Faculté des sciences sociales et politiques à l’Université de Lausanne et membre du PRN LIVES, Françoise Le Borgne-Uguen, professeure de sociologie à l'Université de Bretagne Occidentale à Brest, Stéfanie Monod, cheffe du Service de la santé du canton de Vaud, et Rosita Kornfeld, experte indépendante auprès de l’ONU pour les droits des personnes âgées.

Trois axes thématiques

Par ailleurs, le programme scientifique est composé de plus d’une centaines de communications traduites en français, anglais et espagnol avec des spécialistes de renommée internationale, et d’une centaine de communications sous forme de symposiums et de sessions en ateliers autour des axes suivants:

  • Les pouvoirs d’agir au prisme de l’innovation sociale et de l’action collective
  • Action publique et reconfiguration de la citoyenneté des personnes âgées
  • Adaptation et socialisation dans les parcours de vieillissement

Cet avant-programme laisse augurer trois jours d’échanges particulièrement riches pour cette rencontre internationale.

Source: HES-SO

>> Site web de la conférence

Posters LIVES-CIGEV au Congrès de la Société Suisse de Gérontologie

Posters LIVES-CIGEV au Congrès de la Société Suisse de Gérontologie

Des chercheurs du Pôle de recherche national LIVES, basés au Centre interfacultaire de gérontologie et d’études des vulnérabilités (CIGEV) de l’Université de Genève, présenteront des posters sur leurs recherches lors du prochain congrès biennal de la Société suisse de gérontologie à Fribourg le 29 janvier prochain.

Le congrès de la Société Suisse de Gérontologie (SGG-SSG) aura lieu les 28 et 29 janvier 2016 à l'Université de Fribourg sur le thème «âge @ technique».

Sur invitation, douze responsables de groupes de recherche scientifique nationaux et internationaux renommés présenteront leurs projets en cours avec leur équipe et les résultats de leur travail. Dans le cadre d’une session poster, ils proposeront ainsi un aperçu global du paysage de la recherche gérontologique.

Voici la sélection des professeurs Michel Oris et Matthias Kliegel, responsables de l’IP213 du PRN LIVES.

  • Siboney Minko: Les croyances et les pratiques religieuses chez les personnes âgées issues de l’immigration espagnole à Genève
  • Oana Ciobanu & Marie Baeriswyl: Comparing the support model for ageing natives and migrants in Switzerland
  • Marthe Nicolet: When the family of the deceased said thank you. Death notices in Geneva and Valais
  • Rainer Gabriel: Poverty in old-age: Three decades of progress, but not for everyone
  • Andreas Ihle (& Michel Oris, Delphine Fagot, Christian Maggiori, Matthias Kliegel): The association of educational attainment, cognitive level of job, and leisure activities during the course of adulthood with cognitive performance in old age: The role of openness to experience
  • Delphine Fagot (& Christian Chicherio, Cédric T. Albinet, Nathalie André, Michel Audiffren): The impact of physical activity and gender on intra-individual variability in inhibitory performance in older adults
  • Fanny Vallet (& Olivier Desrichard, Delphine Fagot, Dario Spini): The clinical meaning of different levels of memory complaint: a study on the VLV Swiss sample

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Le passage de la vie active à la retraite évolue, voire s'estompe, observent les sociologues

Le dernier numéro de la Revue suisse de sociologie aborde les transformations de la transition à la retraite. Edité par René Knüsel, Jean-François Bickel, François Höpflinger et Béatrice Vatron-Steiner, il présente un large panorama des enjeux et des tensions existant autour des politiques de retraite en Suisse et, par comparaison, dans d’autres pays européens.

Ce numéro spécial sur les politiques de retraite vise à poser une réflexion large sur les changements intervenus et prévus dans ce domaine particulièrement sensible des politiques sociales et plus globalement de la gestion de la population. Les réformes annoncées en Suisse en particulier auront des conséquences importantes sur les générations futures de retraités. Mais les changements sont déjà en cours et le passage de la vie active à  la retraite tend à se modifier, voire à s’estomper. Le statut même de retraité est en mutation, puisque les principes d’activation, préconisés pour l’ensemble des personnes au bénéfice des interventions de l’Etat, concernent désormais aussi les retraités. Le recours à des notions comme « senior au travail » ou du « retraité professionnellement actif » montre la relativité de ces limites.

Sur les sept articles qui suivent l’introduction des éditeurs, trois ont pour auteurs des chercheurs et chercheuses ayant des liens avec le Pôle de recherche national LIVES. Voici leurs titres et résumés :

Bien-être subjectif : l’impact du départ à la retraite en Suisse

Par Boris Wernli, Valérie-Anne Ryser et Carmen Borrat-Besson

Basé sur les données du Panel Suisse de Ménages (PSM), cet article documente, dans une perspective de parcours de vie, le calendrier de la transition à la retraite et son impact sur la satisfaction de vie des aînés. Les résultats révèlent que ce sont les travailleurs ayant les conditions de travail les plus difficiles qui ont le plus de peine à négocier cette transition et la modification des rôles sociaux qui en découle. Ceci démontre la nécessité de disposer de ressources personnelles notamment la capacité à investir de nouveaux rôles sociaux permettant d’anticiper, de se préparer, et de faire face, le moment venu, à cette transition.

Le vieillissement actif à l’épreuve de l’empirie : une approche par des modèles d’équations structurelles. La situation des migrants âgés en Suisse

Par Laure Kaeser et Jonathan Zufferey

Cet article étudie la relation entre les normes contemporaines du vieillissement et les pratiques des personnes âgées. Il confronte les ambitions politiques pour un vieillissement actif aux conditions de vie des personnes âgées. L’accent est porté ici sur les migrants âgés qui sont surreprésentés parmi les populations vulnérables. Les données exploitées proviennent de l’enquête «Vivre/Leben/Vivere» qui traite des conditions de vie des individus de plus de 65 ans. A l’aide de modèles d’équations structurelles, cet article identifie des configurations d’activités et détermine quels sont les facteurs explicatifs qui structurent l’accès au vieillissement actif. Il montre ainsi que le concept de vieillissement actif n’englobe pas l’ensemble des activités des personnes âgées et élude les inégalités socioéconomiques.

La persistance d’un système de stratification sociale ? Une analyse de la pauvreté chez les personnes âgées dans une perspective de parcours de vie

Par Rainer Gabriel, Michel Oris, Matthias Studer et Marie Baeriswyl

Cet article analyse les facteurs expliquant la pauvreté chez les personnes âgées en Suisse, en mettant l’accent sur sa construction au cours du parcours de vie. Plus particulièrement, nous nous intéressons à savoir si différentes informations attenantes aux parcours de vie individuels permettent de comprendre les inégalités sociales et de genre en matière de pauvreté en Suisse. Nos résultats montrent que le facteur le plus déterminant est le capital humain initial, renvoyant par là aux théories traditionnelles de la stratification sociale, alors que l’influence des trajectoires professionnelles, familiales ou relationnelles n’apparaît pas comme significative. Dans ce cadre, les différences de genre apparaissent comme pouvant être en grande partie expliquées à travers l’influence à long terme des différences du niveau d’instruction.

Source: http://www.sgs-sss.ch/fr-sociojournal-numero_actuel

>> René Knüsel, Jean-François Bickel, François Höpflinger, Béatrice Vatron-Steiner (Eds.). (2015). Transformation des politiques de retraite. Revue suisse de sociologie. Numéro hors série Vol. 41 (3).

Congrès annuel 2016 de la Société Suisse de Recherche en Education : "Où s'arrête l'école?..."

Congrès annuel 2016 de la Société Suisse de Recherche en Education : "Où s'arrête l'école?..."

"Où s’arrête l’école ? Transformations et déplacements des frontières éducatives" sera le titre du prochain congrès annuel de la SSRE du 29 juin au 1er juillet 2016 à l'Université de Lausanne. Le délai pour les soumissions est fixé au 31 janvier 2016. Parmi les thèmes proposés, "Transitions et orientations" et "Apprentissage tout au long de la vie" peuvent notamment intéresser les personnes travaillant sur les parcours de vie. Le Pôle de recherche national LIVES est un des sponsors de l'événement.

L’allongement général de la durée de la scolarité et le développement de la formation tout au long de la vie déplacent les frontières classiques de l’éducation. De nouvelles formes d’enseignement et d’apprentissage prennent place dans les pratiques et les relations quotidiennes. Les connaissances elles-mêmes se métissent dans les controverses autour des questions socialement vives. Certains enjeux sociétaux qui secouent aujourd’hui les débats sur la citoyenneté, l’usage des technologies ou les questions environnementales s’invitent à l’école. Les frontières entre éducation, vie quotidienne et activité professionnelle deviennent ainsi plus distendues, se déplacent et se transforment.

Le congrès annuel de la Société Suisse pour la Recherche en Education (SSRE) cherche à interroger et discuter les enjeux de ces transformations. Les chercheurs et chercheuses sont invité.e.s à proposer des contributions à différents niveaux — des individus, des collectifs, des institutions de formation, des politiques de l’éducation et de la recherche — en particulier autour des axes suivants :

  1. Relations entre formation, vie quotidienne et vie professionnelle (rapports famille-école, processus d’intégration et d’inclusion, programmes de prévention, « éducations à », etc.)
  2. Politiques de l’éducation (transformations des organisations et des programmes scolaires, enjeux politiques et institutionnels relatifs à l’éducation et à la formation, débats sur la citoyenneté, la formation professionnelle et le chômage, etc.)
  3. Transformation des métiers de l’éducation (changements dans la formation des formateurs, des dispositifs et des didactiques, santé au travail, etc.)
  4. Transitions et orientations (orientation ou réorientation scolaire et professionnelle, décrochages, passages entre cycles scolaires, de la formation à l’activité professionnelle et à la retraite, processus d’inégalités et pratiques de différenciation, fragmentation des appartenances et recompositions identitaires, etc.)
  5. Apprentissage tout au long de la vie (apports des études longitudinales, enjeux de la formation continue et professionnelle, histoires de vie, etc.)
  6. Médiations matérielles (le rôle des objets et outils de médiation, des MITIC, des jeux électroniques et réseaux sociaux dans le développement et la formation, etc.)

Au-delà du thème du congrès, les chercheurs et chercheuses seront invité·e·s à soumettre des contributions portant sur des projets actuels et relevant de tous les domaines des sciences de l’éducation. Les langues du congrès sont le français, l’allemand, l’italien et l’anglais.

Appel à communications

Les conférences plénières portent sur le thème du congrès mais les propositions de communication peuvent porter sur tout thème relevant de la recherche en éducation.

Pour votre soumission sélectionner ssre 2016 – soumission.
Délai de soumission :
31 janvier 2016
Format de la présentation : communication individuelle, symposium et poster

Thèmes du congrès

  • Relations entre formation, vie quotidienne et vie professionnelle
  • Politiques de l’éducation
  • Transformation des métiers de l’éducation
  • Transitions et orientations
  • Apprentissage tout au long de la vie
  • Médiations matérielles
  • Autre thème

>> Site internet du congrès

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Un prix Leenaards à un projet de recherche sur les personnes très âgées et leurs enfants seniors

La Fondation Leenaards a remis le 24 novembre 2015 un prix à la Prof. Daniela Jopp et quatre collègues pour leur projet "Atteindre ensemble un âge
 très avancé : nature et implications de la relation entre parents très âgés et leurs enfants âgés". La Fondation remettait le même jour quatre autres prix afin de soutenir des chercheurs des hautes écoles de Suisse romande dont les projets traitent de la qualité de vie des personnes de plus de 65 ans. Depuis 2010, vingt-trois projets de ce type ont été ainsi financés pour un montant total de plus de 2,2 millions de francs.

Thématique et hypothèse

Les personnes qui atteignent un âge très avancé représentent la part de population qui s’accroît le plus rapidement en Suisse. Cette hausse de l’espérance de vie a donné lieu à un nouveau phénomène peu investigué jusqu’à aujourd’hui : les membres d’une même famille qui atteignent ensemble un âge très avancé.

Cette étude exploratoire a pour but d’évaluer la nature de la relation entre des parents très âgés et leurs enfants d’âge avancé, ainsi que ses implications sur leur bien-être et leur qualité de vie.

Selon l’hypothèse générale de départ, ce type de relation se caractérise par des aspects positifs (p. ex. se sentir reconnaissant de la présence de l’autre), mais aussi par des aspects négatifs (p. ex. sentiment pour le centenaire d’être un fardeau pour l’enfant ou pour l’enfant de ne pas avoir de vie personnelle).

Méthodologie

A l’aide de méthodes qualitatives et quantitatives, l’équipe de recherche va examiner un échantillon de dyades formées chacune d’un individu âgé de 95 ans et plus, vivant dans la région lémanique, et de l’enfant d’âge avancé le plus impliqué dans les soins qui lui sont fournis. Ce type de recherche – encore jamais conduite en Suisse – vise à décrire la relation parent très âgé/enfant âgé, à identifier les facteurs personnels et relationnels liés à la qualité de relation ainsi que les conséquences pour le bien-être et la qualité de vie de chacun.

La démarche s’appuiera sur des méthodes développées dans de précédentes études conduites aux États-Unis, en l’Allemagne et au Portugal et permettra de comparer la situation suisse à celle de ces pays.

Résultats attendus

Les résultats de cette étude exploratoire visent à mieux comprendre les besoins en matière de soins et de soutien, ainsi que leur impact sur le bien-être des sujets très âgés et de leurs proches aidants. Ceci dans le but de relever le défi international lié au nombre croissant d’individus très âgés dans les sociétés occidentales et d’établir des recommandations visant à améliorer leur bien-être et leur qualité de vie.

« Ce projet anticipe une situation qui sera fréquente d’ici 20 à 30 ans : le soutien mutuel entre parents centenaires et enfants âgés et les difficultés/bénéfices de telles relations au sein de dyades d’un genre nouveau. » Le Jury « Qualité de vie 65+ » 2015

Equipe de recherche

  • Prof. associée Daniela Jopp, 
Institut de psychologie, UNIL & PRN LIVES
  • Prof. associée Kathrin Boerner, University of Massachusetts, USA
  • Prof. Dario Spini, UNIL & PRN LIVES
  • Prof. assistante, Joëlle Darwiche, UNIL
  • Prof. assistant Heining Cham, Fordham University, USA

Source: https://www.leenaards.ch/prix/atteindre-ensemble-age-tres-avance/

Forte affluence à la conférence publique sur les trajectoires de chômeurs en fin de droits

Forte affluence à la conférence publique sur les trajectoires de chômeurs en fin de droits

La Cour des comptes du canton de Genève et le Pôle de recherche national LIVES ont fait salle comble mercredi 18 novembre 2015 à l’Université de Genève pour la présentation d'une évaluation de l’impact des politiques genevoises de réinsertion professionnelle. Le débat qui a suivi a été à la mesure du constat : grave.

Syndicalistes, travailleurs sociaux, représentants de services publics, d’ONG et d’associations ou simples chômeurs : ils étaient environ 130 mercredi soir à Uni Mail aux côtés de quelques chercheurs pour assister à la conférence d’Eric Moachon et Matthias Studer sur les trajectoires de chômeurs en fin de droits à Genève.

La présidente de la Cour des comptes, Isabelle Terrier, a commencé par rappeler le contexte du rapport publié en avril 2015, dont la partie quantitative a été confiée à des chercheurs de l’Université de Genève travaillant dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES. Cette étude porte sur 22'600 chômeurs arrivés en fin de droits entre 2007 et 2012, un travail « fouillé et original », a-t-elle déclaré, axé sur les parcours de vie et le passage entre différents dispositifs de réinsertion.

Puis Eric Moachon, évaluateur à la Cour des comptes, et Matthias Studer, chercheur en socio-économie au sein de LIVES, ont présenté les principaux résultats de recherche qui utilise les outils méthodologique développés au sein de l’IP214 de LIVES.

Le nombre de personnes arrivées au terme de leurs indemnités de chômage à Genève sans avoir retrouvé d’emploi a augmenté d’un tiers en quelques années. En combinant les données administratives de l’assurance chômage, de l’Hospice général, de la Centrale de compensation AVS/AI et de l’Office cantonal de l’emploi, le rapport sur les trajectoires de chômeurs entre 2007 et 2012 a pu dresser un tableau exhaustif du parcours des individus concernés.

L'impact de la politique

On constate au début de cette période l’impact d’une décision politique majeure : la suppression des emplois temporaires cantonaux (ETC), qui permettaient de rouvrir un droit aux allocations chômage une fois la mission terminée, un effet « carrousel » qui voyait les mêmes personnes alterner entre ETC et chômage pendant plusieurs années.

Le rapport décrit également d’autres types de mesures, comme les emplois solidarité ou les allocations de retour en emploi. Il compare différentes cohortes de chômeurs en fin de droits au fil du temps, et permet de voir sur quel type de situation chaque prestation a débouché.

Les chercheurs soulignent que le portrait robot des chômeurs en fin de droits a évolué : en 2012 il s’agissait en moyenne de personnes mieux formées et plus jeunes qu’en 2007, où les profils étaient moins facilement réinsérables sur le marché de l’emploi. Mais entre-temps la situation économique a empiré et les dispositifs de soutien aux chômeurs en fin de droits se sont raréfiés. Résultat : le nombre de mois passés sans aucune prestation ni emploi s’est allongé et le nombre de personnes vivant avec un revenu en dessous du minimum vital de 2500 francs bruts a augmenté de 50%.

« La trappe du chômage a été remplacée par la trappe de la pauvreté », a déclaré à l’heure du bilan le Prof. Jean-Michel Bonvin, spécialiste des politiques sociales, s’interrogeant sur la place réservée dans notre société aux personnes difficiles à intégrer sur le marché de l’emploi.

Détresse

Le débat qui a suivi a montré l’intensité de la détresse de ceux qui assistent aux effets du chômage de longue durée: la difficulté des seniors à obtenir une nouvelle chance, la crainte des Permis B de demander l’aide sociale au risque d’une expulsion, l’impuissance des travailleurs sociaux à proposer des solutions, l’inadéquation de certaines mesures, la sous-enchère salariale, le développement d’un marché privé (et donc lucratif) de la réinsertion…

Autant de questions qui n’ont pas trouvé de réponses ce soir-là, car « le chercheur ne se substitue pas au politique », a rappelé Jean-Michel Bonvin. Mais l’importance de l’enjeu était en tout cas démontrée, tant par les chiffres que par les réactions.

>> Voir le rapport

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Les enfants et le travail sont pire que la maladie pour les couples. Mais ça s’arrange à la retraite

La qualité des relations de 721 couples en Suisse sur une période de treize ans est au centre d’une thèse doctorale conduite dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES. Manuela Schicka a défendu avec succès les résultats de sa recherche le 30 septembre 2015 à l’Université de Genève. Elle démontre que si les styles d’interaction conjugale restent généralement stables au cours de l’existence, certains événements critiques et certaines phases de vie pèsent davantage que d’autres, et de manière parfois inattendue.

La sociologie de la famille avait déjà constaté l’effet de contagion des problèmes socio-professionnels sur les relations conjugales. Etre au chômage ou rencontrer des problèmes financiers ne sont bien sûr pas les meilleurs moyens d’entretenir la flamme. On savait déjà également que la transition à la parentalité pouvait être un véritablement tremblement de terre pour les partenaires. Mais comment mesurer la qualité de la relation ? Comment évolue-t-elle au cours du temps ? Et tous les événements critiques du parcours de vie ont-ils le même impact ?

Les données longitudinales collectées dans le cadre du projet IP208 du PRN LIVES ont permis à Manuela Schicka de répondre à ces questions. L’enquête Stratification sociale, cohésion et conflits dans les familles contemporaines, que le Prof. Eric Widmer mène depuis 1998 à l’Université de Genève, a généré des informations inédites sur la stabilité et le changement au sein des couples vivant en Suisse.

1442 partenaires hétérosexuels de longue durée ont été observés par l’étude de Manuela Schicka. Ils faisaient partie des personnes qui ont accepté de participer à la première et à la troisième vague de l’enquête en 1998 et 2011. La deuxième vague en 2004 n’avait permis que d’interviewer les femmes. La troisième vague a également essayé de toucher les personnes séparées ou divorcées, mais celles-ci ne sont pas incluses dans les présentes analyses.

Evénements critiques et transitions

La doctorante a regardé si certains événements critiques ou certaines transitions ont eu un impact sur la qualité des relations, et si ces effets dépendaient également en partie des styles d’interaction conjugale. Elle s’est intéressée à des transitions dites « normatives » (attendues et ordinaires), telle que devenir parent, voir son enfant quitter la maison (le syndrome du « nid vide ») ou prendre sa retraite. Elle a également inclus des événements « non normatifs» (inattendus et non souhaités) tels que problèmes socio-professionnels et soucis de santé.

Pour évaluer la qualité des relations conjugales, elle a pris comme indicateurs le niveau de satisfaction par rapport au couple, la fréquence des pensées de séparation, l’existence de conflits conjugaux de différents types et la gravité des disputes.

Les styles d’interaction conjugale étaient identifiés en fonction de la typologie développée par Jean Kellerhals et Eric Widmer, qui est basée sur deux dimensions principales : la cohésion et la régulation. Le niveau de cohésion dépend du degré de fusion (plus les partenaires sont connectés l’un à l’autre) et du degré d’ouverture (plus le couple est connecté à son réseau social). Quant au niveau de régulation, il dépend du degré de différenciation genrée des rôles au sein du couple et du degré de routinisation des tâches.

Les couples fusionnels résistent mieux

La recherche de Manuela Schicka a montré que les couples marqués par un haut degré de fusion résistent mieux aux aléas de la vie. Elle a également révélé que les styles d’interaction évoluent très peu au cours de la vie de couple. Certaines transitions cependant, et particulièrement le passage à la retraite, ont tendance à entraîner une plus grande fusion. Ce moment du parcours de vie, ainsi que la phase du « nid vide », apparaissent comme bénéfiques pour la qualité relationnelle du couple. Par contraste, la transition à la parentalité et les problèmes socio-professionnels génèrent plus de conflits et une baisse de satisfaction dans la relation.

Il est également intéressant de relever que les maladies graves et les accidents n’ont pas d’effet sur la qualité conjugale. Près de la moitié des couples interrogés ont été confrontés à des problèmes de santé entre la première et la troisième vague, alors que 20% seulement ont connu des soucis d’ordre socio-professionnel.

Responsable ou pas?

Manuela Schicka explique la différence d’impact entre les problèmes liés au travail et les problèmes de santé par le fait que la trajectoire professionnelle est perçue comme quelque chose de contrôlable, alors que les maladies et les accidents sont associés à de la malchance, et non à une responsabilité personnelle. Quand un tel malheur arrive, il y a moins de ressentiment entre les partenaires. La chercheuse note également que « l’importance des événements dans le domaine professionnel peut être expliqué par l’importance en Suisse, pour les hommes et les femmes, d’être actifs sur le marché du travail. Un échec dans ce domaine entraîne de la frustration et des déceptions. »

L’autre caractéristique de la Suisse est liée à la question des enfants : comme la chercheuse l’observe, « la transition à la parentalité est associée à une augmentation de la fermeture du couple, ainsi qu’à une hausse de la différenciation des rôles fonctionnels. » Les femmes dans ce pays abandonnent ou réduisent souvent leur participation au monde professionnel quand elles deviennent mères, en raison du manque de solutions de garde. Cela aussi génère pas mal de frustration.

Il est dès lors ironique de constater que l’objectif principal du mariage, avoir des enfants, est un défi aussi menaçant pour la stabilité du couple, alors que les transitions vers le nid vide ou la retraite réussisent à souder davantage les partenaires, à un âge qui n’est généralement pas considéré comme le plus romantique…

>> Schicka, Manuela (2015). The Impact of Critical Life Events and Life Transitions on Conjugal Quality: A Configurational Approach. Sous la direction d'Eric Widmer. Université de Genève

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Les aspirations professionnelles des jeunes reflètent des inégalités de genre toujours en cours

Le 3e numéro de la revue Social Change in Switzerland aborde la division sexuée de l’orientation professionnelle des adolescent·e·s. Cet article de Lavinia Gianettoni et al. montre qu’une majorité de filles visent un métier mixte ou atypique du point de vue du genre. Cependant, deux tiers d’entre elles se projettent dans un emploi à temps partiel visant à concilier travail et famille. L’intériorisation des normes de genre entretient ainsi la ségrégation des femmes sur le marché du travail, ce qui n’est pas rationnel du point de vue économique.

Cet article se base sur l’enquête Aspirations et orientations professionnelles des filles et garçons en fin de scolarité obligatoire : quels déterminants pour plus d’égalité ? financée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, qui a permis de récolter des données auprès de 3302 adolescent·e·s de 13 à 15 ans dans cinq cantons de Suisse (GE, VD, TI, AG, BE) en 2011.

Les auteurs observent que près de deux tiers des garçons interrogés ambitionnent une profession typique du point de vue du genre, c’est à dire occupée à plus de 70% par des personnes de leur sexe (informaticien, policier, etc.). Ils sont moins d’un tiers viser une profession mixte (médecin, enseignant au secondaire, etc.), et seulement 7% un métier atypique (instituteur au primaire, coiffeur, etc.). Côté filles, un tiers vise une profession typique (éducatrice de la petite enfance, esthéticienne, etc.), la moitié une profession mixte et 19% une profession atypique (avocate, ingénieure, etc.).

Les données montrent également que deux tiers des filles s’imaginent travailler plus tard à temps partiel pour des raisons familiales contre 37% des garçons. Mais alors que chez ces derniers le taux d’activité souhaité n’est pas lié à un type de métier en particulier, les filles désireuses de travailler à temps partiel choisissent davantage des métiers « féminins ».

Facteurs institutionnels et idéologiques

Les auteurs concluent que des facteurs institutionnels et idéologiques pèsent toujours sur les aspirations des jeunes : l’insuffisance des structures de garde, le manque de conciliation travail-famille dans certaines professions, ainsi que la socialisation des enfants, qui privilégie encore une division sexuée des rôles, maintiennent la ségrégation horizontale et verticale des femmes sur le marché du travail : elles demeurent moins nombreuses dans les métiers socialement valorisés et bien rémunérés, et moins nombreuses également dans les positions hiérarchiques supérieures.

La persistance de ces inégalités de genre a de plus un impact économique, puisque la formation des jeunes femmes n’est pas pleinement valorisée ensuite sur le marché du travail. Il importe donc de continuer à agir sur les nombreux freins qui limitent les aspirations professionnelles et familiales des jeunes.

>> Lavinia Gianettoni, Carolina Carvalho Arruda, Jacques-Antoine Gauthier, Dinah Gross, Dominique Joye (2015), Aspirations professionnelles des jeunes en Suisse : rôles sexués et conciliation travail/famille, Social Change in Switzerland No 3. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact: Dr. Lavinia Gianettoni, 079 565 35 81, Lavinia.Gianettoni@unil.ch

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