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En Suisse, le volume de travail par personne a chuté depuis 1950, sans ralentissement de la productivité

La semaine de cinq jours, la progression des congés payés et le développement du temps partiel ont considérablement réduit le nombre d’heures passées au travail en Suisse, montre une recherche publiée par Michael Siegenthaler dans la revue Social Change in Switzerland. Cette analyse permet de voir que contrairement à une idée reçue, les actifs en Suisse ne travaillent pas beaucoup plus en moyenne que dans d’autres pays industrialisés. Elle établit par contre que la croissance de la productivité helvétique est meilleure que ce que de précédentes études avaient avancé par manque de données chronologiques.

Au milieu du 20e siècle, un actif travaillait en moyenne près de 2400 heures par an ; en 2015, le volume annuel moyen de travail n’atteignait plus que 1500 heures par personne. Grâce à l’exploitation de relevés jusqu’alors inutilisés, le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) a reconstitué les durées moyennes de travail des différentes branches de l’économie suisse depuis 1950. Ces données montrent que dans l’agriculture, le bâtiment, l’hôtellerie et la restauration, il n’était pas rare alors de travailler plus de 50 heures par semaine. Depuis, le temps de travail hebdomadaire et annuel a chuté : moins de jours ouvrés, davantage de vacances et un accroissement des emplois à temps partiel expliquent cette différence, montre Michael Siegenthaler dans son article « Du boom de l'après-guerre au miracle de l'emploi – la forte diminution du temps de travail en Suisse depuis 1950 ».

Cette recherche, parue dans le 9e numéro de la revue Social Change in Switzerland, permet également une comparaison internationale. On y constate que l’Autriche et les Etats-Unis ont de nos jours des temps de travail annuels supérieurs, alors que dans les années 1950 la Suisse les dépassait largement en nombre d’heures travaillées par personne active. Plus étonnant encore, la diminution du temps de travail en Suisse a suivi la même courbe qu’en France et en Allemagne. Si nos voisins français bénéficient de la semaine de 35 heures contre 42 heures en Suisse pour un plein temps, cette différence est compensée par le fait que 60% des femmes travaillent ici à temps partiel, une pratique beaucoup moins répandue dans l’Hexagone.

Enfin cet article conteste de précédentes affirmations selon lesquelles la Suisse aurait connu un retard de croissance en comparaison internationale depuis les années 1980. Selon Michael Siegenthaler, l’incohérence des données chronologiques relatives au temps de travail utilisées jusqu’à présent a conduit à surestimer le volume de travail, et par conséquent à sous-estimer la croissance de la productivité suisse. Celle-ci est en fait restée plus ou moins stable et n’a rien à envier aux grands pays industrialisés.

>> Michael Siegenthaler (2017). Du boom de l'après‐guerre au miracle de l'emploi – la forte diminution du temps de travail en Suisse depuis 1950. Social Change in Switzerland No 9. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact : Michael Siegenthaler, tél. 044 633 93 67, siegenthaler@kof.ethz.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

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Les familles qui ne demandent pas ou n’obtiennent pas d’aide sont une bombe à retardement

Les deuxièmes Assises de la famille, soutenues par le Pôle de recherche national LIVES, ont eu lieu à Genève le 13 juin 2017 sous les auspices de l’association Avenir Familles, composée de personnes actives dans différentes institutions publiques et privées d’entraide ainsi que dans la recherche. La thématique a porté sur le non-recours aux prestations sociales dédiées aux familles, une réalité qui fait bien moins de bruit médiatique que les abus à l’aide sociale mais dont les effets causent de nombreux problèmes, à court comme à moyen et long terme.

Où pouvait-on entendre le conseiller d’Etat genevois Mauro Poggia, en charge de l'emploi, des affaires sociales et de la santé, déclarer récemment que « le risque de précarité augmente avec le nombre d’enfants et pour les familles monoparentales » ? Aux Assises de la famille, qui se sont tenues le mardi 13 juin à l’Université de Genève en présence de près d'une centaine de représentant·e·s d’organisations non-gouvernementales, de services publics et d’universitaires. Le magistrat genevois, dans son allocution qui précédait une série de conférences et d’ateliers, a déclaré que Genève était « souvent en avance » et « plus généreuse » que d’autres cantons en matière de politique familiale.

Evoquant la hausse de 66% en trois ans des prestations complémentaires familles (PCFam), passées de 11.7 à 19.5 millions de francs entre 2013 et 2016 et concernant à cette date 1380 familles, Mauro Poggia a aussi tenu à dire que « les associations font plus, mieux et pour moins cher que l’Etat. » Preuve en est l’explosion tout aussi spectaculaire de la demande pour les cartons du cœur, a-t-il souligné. Car si une frange des familles bénéficie bien des aides publiques, nombreuses sont celles qui n’en profitent pas. A cet égard, « le risque d’expulsion des permis B qui demandent l’aide sociale est une situation préoccupante et la conséquence d’une jurisprudence gravement préjudiciable », a déclaré le magistrat.

Quelles barrières aux prestations ?

Le thème de la journée était ainsi lancé. Intitulées « Les vulnérabilités psychiques et sociales des familles : quelles barrières aux prestations ? », les Assises de la famille 2017 avaient en effet pour objectif de creuser la question du non-recours, un phénomène bien moins médiatisé que son contraire. En effet, alors que la consommation et les coûts en hausse de l’aide sociale font régulièrement les gros titres, peu de voix s’élèvent contre le fait que des familles vivent la précarité au quotidien dans une des villes les plus riches du monde. Les Assises de la famille ont eu le mérite de s’y intéresser.

Appartements de 5 pièces partagés par quatre familles, sous-locations abusives dans des immeubles délabrés, pères fraîchement séparés dormant dans leur voiture, soins dentaires repoussés indéfiniment, voire soins médicaux lourds pas entamés en raison d’une franchise d’assurance trop élevée : les exemples de situations vulnérables observées par les participant·e·s aux Assises dans leur travail quotidien ont montré une autre facette de la réalité sociale genevoise, difficile à quantifier puisque n’entrant pas dans les statistiques officielles, mais néanmoins bien présente.

Les transitions, des moments critiques

Les conférences du matin se sont attachées à cerner les mécanismes qui empêchent les individus et les familles de réclamer de l’aide. La Prof. Claudine Burton-Jeangros, sociologue de la santé à l’Université de Genève, a commencé par préciser, sur la base d'une étude en cours à l'Observatoire des familles, que la vulnérabilité intervient de manière massive dans les transitions de vie, telles que l’entrée dans l’âge adulte, l’arrivée d’un enfant, le divorce ou la séparation, la retraite, ou encore la migration. Les politiques sociales et familiales devraient donc être particulièrement attentives à ces moments de transition.

S’agissant des problèmes conjugaux, son collègue Eric Widmer, également professeur de sociologie à Genève, a tiré des résultats d’une grande enquête longitudinale sur les couples contemporains et montré que la fréquence du recours aux thérapies de couple n’est pas la même selon les ressources culturelles, financières et sociales. « Dans certains milieux c’est une démarche qui ne va pas du tout de soi, tant l'idée prévaut que les problèmes de couple et de famille ne peuvent être communiqués... Il y a là un problème massif de non-recours, mettant de nombreux couples et leurs enfants à risque, notamment lors de séparations très conflictuelles », a souligné Eric Widmer.

Des normes très puissantes

Les recherches menées par ces deux chercheurs s’inscrivent  dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES, où la vulnérabilité est étudiée comme un processus multidimensionnel qui concerne tous les domaines de la vie et touche à toutes les ressources, qu’elles soient économiques, sociales, culturelles, physiques, psychologiques ou institutionnelles. La vulnérabilité se déploie aussi à plusieurs niveaux, impliquant les individus, leur entourage familial et social, et plus largement la collectivité. C’est pourquoi la question des normes est incontournable : qui a droit à quoi, légalement ; mais surtout, qui ose demander quoi, moralement ? Enfin la vulnérabilité doit être appréhendée dans sa temporalité au niveau individuel et historique : expérimenter un coup dur accidentel ou endurer la précarité sur plusieurs générations n’ont pas les mêmes effets, ni n'appellent les mêmes réponses selon les époques, mais partent parfois des mêmes causes. A quel moment alors, avec quels moyens et pour combien de temps, faudrait-il proposer un soutien institutionnel aux personnes vulnérables ?

Plusieurs intervenant·e·s, comme la Prof. Barbara Lucas de la Haute-école de travail social à Genève et Héléna Revil, de l’Observatoire des non-recours aux droits et services (ODENORE) à Grenoble, ont donné des explications au fait que les individus s’abstiennent souvent d’appeler au secours : manque d’information, lourdeurs administratives, problèmes psychiques ou peur des conséquences; mais surtout, ce sont les valeurs très prégnantes de l’autonomie et de la responsabilité, ainsi que la crainte de la stigmatisation, qui retiendraient bien des personnes à recourir à des prestations auxquelles elles ont légitimement droit. Avec des conséquences très lourdes pour la société  – sanitaires, familiales, scolaires, professionnelles, sociales, voire politiques quand le sentiment d’exclusion aboutit à l’extrémisme politique ou religieux.

Coûts différés pour la société

« Ne pas traiter les patients est ce qui coûte le plus cher », a ainsi averti le Prof. Jacques Besson, spécialiste des addictions au CHUV, comparant de manière un peu provocatrice le prix d’un séjour en prison avec celui d’un traitement psychologique en ambulatoire. « Une famille sous stress est une famille vulnérable aux addictions », a-t-il également souligné, après avoir dressé plusieurs portraits de personnes toxicodépendantes et décrit leurs contextes familiaux, sociaux et professionnels.

« J’ai mieux compris ce matin les personnes qui viennent nous consulter », a déclaré l’après-midi, au cours d’un des quatre ateliers proposés, une des participantes active dans le conseil conjugal et les thérapies familiales. Ces ateliers ont mis en avant l’importance du travail en réseau et révélé l’immensité des besoins de la part des familles vulnérables. Besoins pas toujours exprimés au bon endroit, au bon moment et face au bon interlocuteur. Mais chaque geste compte. Et les Assises de la famille servent aussi peut-être à ça : leur donner une résonnance.

« Ce fut une journée stimulante, participant à avancer sur la compréhension de la vulnérabilité des familles à Genève et sur les solutions à construire », conclut Eric Widmer. Rendez-vous est déjà pris pour les Assises de l'année prochaine, qui traiteront probablement de la vulnérabilité familiale aux troisième et quatrième âge, annonce-t-il.

>> Voir le compte-rendu des Assises de la famille 2016

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Le sexe dans tous ses états... Une enquête scientifique inédite auprès de 40'000 jeunes

Un sixième des personnes âgées entre 24 et 27 ans résidant en Suisse vont être contactées dans les prochains jours pour répondre à un questionnaire comprenant un « calendrier de vie » électronique. L’objectif est de faire un lien entre parcours de vie et expériences sexuelles afin de mieux comprendre les contextes pouvant mener à prendre des risques, à subir des abus, à souffrir de dysfonctionnements sexuels ou tout simplement à vivre une sexualité épanouie.

Sexting, viagra, pilule du lendemain, fin des tabous sur l’homosexualité, prise de conscience du phénomène transgenre : beaucoup de choses ont changé en matière de sexualité au cours des vingt dernières années, marquées entre autres par l’apparition d’Internet et la banalisation du sida. Un groupe de chercheurs et chercheuses du CHUV, du Pôle de recherche national LIVES à l’Université de Lausanne et de l’Hôpital universitaire de Zürich vont tenter de faire un état des lieux des pratiques sexuelles des jeunes d’aujourd’hui à partir d’une grande enquête qui démarre en juin auprès de plusieurs dizaines de milliers de personnes nées entre 1989 et 1993.

25 ans, c’est l’âge où l’on peut déjà avoir un certain recul sur ses premiers rapports intimes. Ce sondage en profondeur vise à récolter une foule d’informations sur la chronologie des expériences sexuelles des jeunes et leurs liens avec d’autres événements dans les domaines de la santé physique et psychique, des relations affectives, de la formation, de l’intégration professionnelles, etc.

Sexualité et bien-être

« La sexualité ne peut être isolée des autres domaines de la vie », explique le Prof. Joan-Carles Suris, principal requérant dans ce projet financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique. « Par exemple, si votre sexualité est en dessous de vos attentes, soit en quantité, soit en qualité, ou si elle est problématique en raison de divers facteurs qui peuvent être liés à des abus ou des dysfonctionnements, votre bien-être général s’en ressentira, ce qui peut avoir des impacts sur vos relations sociales et votre productivité au travail ou dans les études. »

Parmi les cas de sexualité problématique, le chercheur relève aussi les prises de risque dans le cadre de relations non protégées avec des partenaires occasionnels, phénomène que l’on retrouve assez souvent associé à la prise de substances. Il y a également toute la question des rapports non désirés, qui ne se déroulent pas forcément dans un contexte de contrainte violente, mais qui peuvent malgré tout déboucher sur une souffrance.

S’agissant des dysfonctionnements, ils concernent aussi bien les femmes que les hommes : sécheresse vaginale pour les unes, cause de rapports douloureux ; problèmes d’érection ou éjaculation précoce pour les autres, grand motif de stress chez les concernés.

Toutes ces thématiques, et bien d’autres encore, nécessitent d’être mieux comprises de manière longitudinale, c’est-à-dire en suivant l’ordre des événements ayant ponctué le parcours de chaque personne, toujours dans le souci de comprendre l’individu dans sa globalité.

La dernière enquête sur la sexualité des jeunes remonte à 1995, époque où la société n’avait pas encore connu les évolutions rapides de ces dernières années. Les défis d’aujourd’hui ne sont plus tout à fait les mêmes, et cette nouvelle étude se veut bien plus ambitieuse, tant en termes de sujets abordés que de méthodes pour les appréhender.

Calendrier de vie en ligne

Les jeunes seront contactés par courrier grâce à un échantillonnage fourni par l’Office fédéral de la statistique. Ils auront alors l’occasion de se connecter sur internet et d’utiliser – en tout anonymat – un outil absolument novateur dans la deuxième partie de l’enquête. Il s’agit d’un « calendrier de vie » électronique, une manière visuelle et interactive de noter les différents événements survenus au long de l’existence. Une phase de test a été réalisée sur des étudiant·e·s de l’Université de Lausanne afin de rendre le logiciel plus intuitif et flexible. Ce pilote a permis de montrer, en comparaison avec des questionnaires traditionnels, que le calendrier de vie est un moyen efficace de stimuler la mémoire autobiographique pour se remémorer davantage d’événements.

L’enquête qui démarre pourrait ainsi avoir un fort retentissement : pour sa thématique, car les données sur la sexualité des jeunes manquent, en Suisse comme au niveau international ; et pour sa méthode, qui va plus loin que l’utilisation traditionnelle des calendriers de vie en version papier, longs à déchiffrer et à coder avant de permettre les analyses.

Une équipe interdisciplinaire

Pour cette nouvelle recherche, le Prof. Suris, lui-même membre de l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) et responsable du Groupe de recherche sur la santé des adolescents (GRSA), s’est entouré de spécialistes en méthodologie de l’étude des parcours de vie. Il est ainsi accompagné dans ce projet du Prof. André Berchtold, statisticien, et de Davide Morselli, psychologue social, tous deux membres du Pôle de recherche national LIVES. La Prof. Brigitte Leeners, spécialiste des dysfonctionnements sexuels à l’Hôpital universitaire de Zürich, ainsi que la doctorante Yara Barrense-Dias, rattachée à l’IUMSP, complètent l’équipe de base, qui collaborera avec d’autres partenaires encore, telles que Christina Akre et Raphaël Bize (IUMSP), Sylvie Berrut (Santé PluriELLE / LOS),  Annick Berchtold (Abiris) ou Caroline Jacot-Descombes (Santé sexuelle Suisse).

Le premier rapport, attendu pour début 2018, sera suivi de plusieurs publications scientifiques sur différents aspects du projet, où l’équipe pourrait bien toucher à de nombreux tabous.

Sexting, nouvelles pratiques, nouvelle posture

Avec le Prof. Suris et Christina Akre, Yara Barrense-Dias a déjà publié en février dernier un rapport étonnant, accessible et pourtant peu remarqué sur le phénomène du « sexting », entendu comme l’envoi électronique de matériel à caractère sexuel. Constatant que cette pratique est « définie positivement par la majorité des jeunes comme un simple échange entre deux personnes consentantes », les chercheurs appellent à ne pas diaboliser la pratique mais plutôt à identifier les coupables de tranfert non souhaité et de harcèlement, ainsi qu’à déculpabiliser et soutenir les victimes.

C’est le même désir de saisir l’évolution des pratiques et des problématiques sans posture moralisatrice, mais dans un but de prévention et de dépistage, qui anime l’ensemble de l’équipe impliquée dans l’étude sur la santé et les comportements sexuels des jeunes en Suisse. « Nous n’avons pas d’apriori, c’est ce qui rend la recherche intéressante », déclare le Prof. Suris. D’où son injonction aux destinataires du courrier que recevront prochainement 40'000 jeunes : « S’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît, participez ! »

Enquête sur la mémoire: les enfants ont été durablement marqués par les attentats de Paris

Enquête sur la mémoire: les enfants ont été durablement marqués par les attentats de Paris

Au cours des Mystères de l'UNIL, portes ouvertes de l'Université de Lausanne du 18 au 21 mai 2017, le Pôle de recherche national LIVES a conduit un sondage auprès de 2280 personnes, dont une majorité d'enfants, pour savoir quels ont été les événements historiques les plus marquants survenus de leur vivant.

Les portes ouvertes de l'Université de Lausanne, qui portaient cette année sur le thème de la mémoire, ont été l'occasion pour le Pôle de recherche national LIVES de mener une grande collecte de données sur la mémoire historique collective. La recherche a déjà montré que chaque génération est particulièrement marquée par les événements qui surviennent vers la fin de l'adolescence et le début de l'âge adulte. Les Mystères de l'UNIL ont donc été l'occasion de voir ce qu'il en est chez les plus jeunes, puisque le public était composé majoritairement d'enfants de 11 à 15 ans.

« Si vous pensez aux grands événements et changements qui se sont passés dans votre pays et dans le monde au cours de votre vie, quels sont ceux qui vous ont le plus frappé ? »

Telle était la question posée aux participant·e·s des Mystères pendant les quatre jours de la manifestation, ouverte aux classes le jeudi et le vendredi, et aux familles pendant le week-end.

Encadrée par deux doctorants du PRN LIVES, Léïla Eisner et Sergueï Rouzinov, une équipe d'une douzaine d'étudiant·e·s de la Faculté des sciences sociales et politiques a arpenté les couloirs des Mystères pendant les quatre jours. Plus de 2000 personnes se sont prêtées au jeu des réponses, dont 65% de jeunes de moins de 15 ans.

Les résultats montrent les scores suivants:

  1er événement 2ème événement 3ème événement
<10 ans Attentats de Paris Election Trump Election Macron
11-15 ans Attentats de Paris Election Trump Election Macron
16-25 ans 11 septembre 2001 Election Trump Attentats de Paris
26-35 ans 11 septembre 2001 Election Trump Chute du mur de Berlin
36-50 ans 11 septembre 2001 Chute du mur de Berlin Election Trump
>50 ans 11 septembre 2001 Chute du mur de Berlin Premier pas sur la Lune

Au final, les attentats de Paris ont très souvent été cités, toutes catégories d’âge confondues, ce qui suggère un fort impact des événements récents sur la mémoire collective. Mais le 11 septembre 2001 a marqué bien davantage les plus âgés.

Ces résultats vont maintenant être comparés à des études plus anciennes réalisées sur la mémoire historique collective. Selon la recherche, le pic de réminiscence se situe à l’entrée dans l’âge adulte. C’est la première fois qu’une telle enquête est menée également sur des enfants.

Ce que dit la littérature

Dans une précédente étude, conduite en 2004 par Christian Lalive d'Epinay, Stefano Cavalli et Gaëlle Aeby, le 11 septembre sortait également en premier chez les personnes nées entre 1980 et 1984, aujourd'hui âgées entre 33 et 37 ans. Les personnes nées entre 1965 et 1969, aujourd'hui autour de la cinquantaine, étaient 50% à mentionner également le 11 septembre - alors encore récent - et 40% à citer la chute du mur de Berlin comme événement prépondérant. Quant aux personnes nées entre 1950 et 1954, elles évoquaient plutôt des événements survenus dans les années 60, comme le premier homme sur la Lune, Mai 68 ou l'assassinat de Kennedy, et n'étaient que 20% à signaler le 11 septembre et 20% la chute du mur de Berlin.

Un grand merci à nos enquêteurs et enquêtrices d'avoir ainsi permis de confirmer la théorie selon laquelle la mémoire historique collective est bien affaire de génération. Nos doctorants vont maintenant analyser ces nouvelles données plus en détail, ce qui donnera lieu, nous l'espérons, à un magnifique papier scientifique.

Le PRN LIVES enferme des enfants dans une forteresse dont ils devront s'échapper

Le PRN LIVES enferme des enfants dans une forteresse dont ils devront s'échapper

Sur le thème de la mémoire, la douzième édition des portes ouvertes de l'Université de Lausanne aura lieu du 18 au 21 mai 2017. Le Pôle de recherche national LIVES a préparé l'atelier No 17 sous la forme d'un «escape game» où les participant·e·s devront reconstituer des parcours migratoires pour réussir à sortir de la salle. Une grande enquête sur la mémoire historique à court terme, dirigée par deux doctorant·e·s, sera également menée auprès du public. Enfin le directeur de LIVES, Dario Spini, donnera un cours par vidéo, inspiré de la thèse de Nora Dasoki qu'il a supervisée.

Un tremblement de terre a eu lieu au centre d’enregistrement des requérants d’asile. Tous les adultes ont été hospitalisés. Trois enfants en bas âge sont cependant retrouvés sains et saufs. Qui sont leurs parents? D'où viennent-ils? Pourquoi ont-ils fui leur pays? Par où ont-ils transité? Le bureau des procédures est sens dessus dessous, mais certains indices permettent d'y voir plus clair: autant de documents d'un passé pas si lointain provenant de pays dont les gens ont été chassés.

Sur le mode de l'«escape game», l'animation SOS Forteresse, proposée cette année par le Pôle de recherche national LIVES aux Mystères de l'UNIL, est évidemment basée sur l'approche des parcours de vie. Les visiteurs seront enfermés dans une pièce et devront reconstituer la trajectoire de familles migrantes pour trouver les codes qui leur permettront d'en sortir. Pour réussir, ils devront faire preuve d’observation, de logique, d’un peu de culture et de beaucoup de collaboration. Rendez-vous dans la salle 3021 du bâtiment Anthropole, arrêt du métro M1 UNIL-Dorigny.

Grande enquête sur la mémoire

La douzième édition des Mystères de l'UNIL sera également l'occasion de réaliser une expérience auprès du public.

Si vous pensez aux grands événements et changements qui se sont passés en Suisse et dans le monde au cours de votre vie, quels sont ceux qui vous ont le plus frappé ?

Du jeudi au dimanche, une dizaine d'étudiant·e·s en sciences sociales passeront auprès du public pour poser cette question aux participant·e·s de tous âges. Les réponses seront utilisées pour une recherche sur la mémoire historique collective, et les premiers résultats seront communiqués à la fin des Mystères. Le but est d’observer les différences entre générations. Ce sera la première fois qu’une telle enquête inclura des personnes encore mineures, nées au tournant du 21e siècle. Car le public-cible des Mystères, notamment pendant les deux jours réservés aux écoles, est composé de jeunes de 9 à 13 ans. Cette enquête est coordonnée par Léïla Eisner et Sergeï Rouzinov, doctorant·e·s LIVES, et fait suite à une recherche de Stefano Cavalli, ancien membre du Pôle.

Cours UNIL en herbe

Le PRN LIVES sera également représenté dans le projet UNIL en herbe, où les enfants pourront suivre un mini-cours en direct ou par vidéo, donné par un·e vrai·e professeur·e. Dario Spini y parlera de la mémoire autobiographique des moments de bonheur et de vulnérabilité au cours de la vie. Il résumera ainsi les résultats obtenus par Nora Dasoki dans son travail de thèse. Cela se passera dans la salle 2064 du bâtiment Anthropole.

>> Vidéos "UNIL en herbe"

>> Programme complet des Mystères

>> Autres ateliers de la Faculté des sciences sociales et politiques

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L’investissement social en Suisse : trop « light » pour les uns, « doxa » économiciste pour les autres

Dans un livre paru en avril 2017 aux éditions Seismo, Jean-Michel Bonvin et Stephan Dahmen questionnent le paradigme de l’investissement social et son adaptabilité au contexte suisse. Gøsta Esping-Andersen, un des plus éminents spécialistes de cette approche, y défend la stratégie issue des pays scandinaves. Puis d’autres auteurs, dont Giuliano Bonoli et Jean-Pierre Tabin, exposent de manière contrastée leur vision respective de ce modèle, ainsi que son impact local. Les apports complémentaires des uns et des autres débouchent sur un appel à mieux équilibrer efficience et équité.

Visant à réformer l’Etat-providence en misant sur une meilleure rentabilité des politiques publiques, l’investissement social a pour but déclaré de développer le capital humain en amont de sorte à réduire les dépenses sociales et augmenter les recettes fiscales en aval. Depuis une vingtaine d’années, cette approche est défendue par de nombreux acteurs politiques et académiques sur fond de révolutions démographique et technologique : dans un contexte de baisse de la natalité, de vieillissement de la population, de hausse du chômage et de creusement des inégalités, l’investissement social apparaît à certains comme la meilleure voie pour répondre aux défis en cours.

Exemple le plus souvent cité, la mise en place de structures d’accueil pour les enfants d’âge préscolaire entraînerait ainsi plusieurs bénéfices : une meilleure intégration pour les enfants des milieux défavorisés d’une part, menant à moins de problèmes scolaires par la suite et une meilleure employabilité sur le long terme ; une émancipation des femmes d’autre part, qui se voyant ainsi soulagées d’une partie de leurs responsabilités familiales seraient encouragées à rejoindre le marché du travail, et donc les rangs des contribuables.

En Suisse, la question de l’investissement social n’a pas pris l’importance qu’elle a acquise ailleurs, que ce soit dans les recommandations de l’Union européenne ou dans les politiques publiques effectives des pays nordiques. Le livre dirigé par Jean-Michel Bonvin et Stephan Dahmen apporte donc une contribution essentielle au débat national, poursuivant une réflexion née en 2010 lors d’une conférence à Berne de l’Association suisse de politique sociale. Signe distinctif de son caractère helvétique, l’ouvrage propose certains chapitres en français et d’autres en allemand, dont une traduction d’un article de Gøsta Esping-Andersen écrit à l’origine en anglais. L’auteur danois, professeur à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, s’y montre comme à son habitude un ardent défenseur de l’investissement social. Mais l’intérêt principal de la publication est de réunir des points de vue opposés sur le paradigme à la lumière du cas suisse.

Limites institutionnelles et idéologiques

Pour Giuliano Bonoli, seules des versions «light» d’investissement social ont vu le jour jusqu’à présent en Suisse. Ces mesures visent avant tout l’activation des personnes sans emploi, notamment les plus jeunes ou les moins qualifiées, et se distinguent de la version « lourde » d’investissement social, telle qu’on la trouve dans les pays scandinaves, jugée bien plus efficace par le chercheur. Il explique la faible pénétration des principes d’investissement social dans ce pays par des limites institutionnelles et idéologiques : le fédéralisme, qui empêche une vision commune et une gestion unifiée de la politique familiale ; et le conservatisme, qui privilégie le maintien des femmes auprès de leurs enfants et la non-intervention de l’Etat dans les affaires dites privées.

Jean-Pierre Tabin, lui, voit au contraire dans l’investissement social une manifestation de l’idéologie néo-libérale, dont l’unique objectif serait la réduction des coûts de l’Etat. Cette logique purement financière aboutirait notamment à dévaloriser le travail non rémunéré, sans pour autant chercher vraiment à lutter contre les inégalités sociales et de genre. Cette «doxa de l’investissement social» aurait selon lui été tout particulièrement mise à l’œuvre dans la 4e révision de l’assurance chômage en 2010, où l’essentiel du discours des parlementaires a tourné, estime-t-il, autour de la nécessité de rendre les prestations sociales moins attractives.

Justice sociale ou partiale ?

Les autres contributeurs du livre, Eva Nadai, Hans-Uwe Otto et Claudia Kaufmann, se révèlent également critiques de l’investissement social. L’approche est ainsi perçue comme trop sélective, visant avant tout les bénéficiaires les plus prometteurs ; elle ferait fi des véritables aspirations des acteurs, perçus uniquement comme des agents économiques, à l’opposé d’une démarche par les capabilités misant davantage sur l’épanouissement ; enfin elle négligerait de s’intéresser véritablement aux conditions de travail et aux inégalités homme-femme.

Jean-Michel Bonvin et Stephan Dahmen concluent que «dans le contexte actuel, l’Etat d’investissement social n’atteint pas, ou seulement de façon partielle, ses objectifs et il se révèle souvent un facteur de renforcement des inégalités sociales.» Ils soulignent que son impact reste difficile à évaluer : quels gains en attendre, et selon quelle temporalité ? «Le caractère vague du concept permet certes de rassembler des coalitions, mais il a comme effet pervers que celles-ci peuvent servir des objectifs très variés», ajoutent-ils, appelant de leurs vœux «une complémentarité plus équilibrée entre efficience et justice sociale.»

>> Jean-Michel Bonvin, Stephan Dahmen (eds.) (2017) Reformieren durch Investieren ? Chancen und Grenzen des Sozialivestitionsstaats in der Schweiz / Investir dans la protection sociale – atouts et limites pour la Suisse. Zürich : Seismo Verlag

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Les systèmes scolaires segmentés augmentent les inégalités sociales

Dans un article sur l’évolution des inégalités scolaires en Suisse paru dans la revue Social Change in Switzerland, Georges Felouzis et Samuel Charmillot comparent les cantons sur la base des données PISA de 2003 et 2012. Ils observent que l’orientation des élèves en plusieurs filières réduit l’égalité des chances, sans pour autant améliorer les performances.

Dans plusieurs cantons suisses, l’organisation de l’enseignement obligatoire au secondaire I fait l’objet de vives controverses entre les partisans du tronc commun et les défenseurs de filières basées sur le niveau scolaire. Dans ce débat, la question de l’efficacité, vue sous l’angle des résultats obtenus par les élèves, est régulièrement opposée à la question de l’équité, c’est-à-dire de la possibilité pour les enfants issus de milieux moins favorisés d’accéder aux formations les plus qualifiantes.

L’étude de Georges Felouzis et Samuel Charmillot offre une vision comparative dans le temps et dans l’espace grâce aux données du sur-échantillonnage de l’enquête du Programme International de Suivi des Acquis des élèves (PISA). Portant sur quinze systèmes éducatifs cantonaux à deux dates, 2003 et 2012, leur analyse montre que les systèmes qui misent sur la sélection précoce des élèves ne sont pas les plus efficaces : dans ces cantons, les résultats scolaires en mathématiques, à la fin de la scolarité obligatoire, sont inférieurs à la moyenne suisse. Les cantons les plus performants en terme de résultats se distinguent au contraire par une organisation scolaire moins segmentée, offrant davantage d’équité.

Une plus grande égalité des chances ne garantit pas à elle seule des résultats au dessus de la moyenne. Mais l’observation de l’évolution des systèmes éducatifs cantonaux entre 2003 et 2012 permet de voir si le profil socio-économique des élèves les plus performants a changé suivant les différentes réformes cantonales. Les auteurs montrent ainsi que les cantons qui ont augmenté la ségrégation ont vu diminuer la part de bons élèves issus de milieux modestes. Au contraire, les cantons ayant fait le choix de réduire la sélectivité ont généralement gagné en équité, offrant de meilleures perspectives d’éducation aux élèves de tous les milieux sociaux.

>> Georges Felouzis et Samuel Charmillot (2017). Les inégalités scolaires en Suisse. Social Change in Switerland No 8. Retrieved from www.socialchangeswiterland.ch

Contact: Georges Felouzis, Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation, Université de Genève, tél. 022 379 90 21, Georges.Felouzis@unige.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

La première Journée romande de psychologie positive a été un succès, estiment les participant·e·s

La première Journée romande de psychologie positive a été un succès, estiment les participant·e·s

Le 17 février 2017, l'Université de Lausanne a accueilli la 1ère Journée romande de psychologie positive, à laquelle ont participé plus de 130 personnes, essentiellement issues de la pratique en psychologie, du conseil et de l’orientation, du développement de carrière, du travail social, de la santé et de l’éducation.

Le programme de cette journée a débuté par deux conférences plénières durant la matinée, l’une de Charles Martin-Krumm (Université de Bretagne Occidentale) sur l’histoire de la psychologie positive, entre tradition et innovation, et l’autre de Rebecca Shankland (Université de Grenoble) sur l’application de la psychologie positive et les bienfaits de la gratitude. La journée s’est poursuivie avec quatre ateliers pratiques sur différents domaines d’application de la psychologie positive (soins médicaux, coaching, conseil en orientation et école) et s’est clôturée par une table ronde suivie d’un apéro musical.

Cette manifestation a été organisée à l’initiative de la Société Suisse de Psychologie Positive (SWIPPA), avec pour objectif principal de fédérer les professionnel·le·s de la santé romand·e·s, et plus largement francophones, autour de cette discipline émergente. L’organisation de la journée a été rendue possible grâce aux efforts conjoints de la SWIPPA, du projet « Parcours professionnels » du Pôle de recherche national LIVES mené par le Centre de recherche en psychologie du conseil et de l'orientation (CePCO), de la Haute Ecole de Musique de Lausanne (HEMU) et du secrétariat de l’Institut de Psychologie de l’UNIL.

Evaluation par les participant·e·s

Les nombreux retours obtenus informellement ainsi que par l’intermédiaire d’une enquête de satisfaction font part d’impressions globalement très positives. Le programme de la journée et les différentes activités semblent avoir rempli les attentes de la plupart des participant·e·s : 94% ont été d'accord ou plutôt d'accord de dire que « le contenu de la journée était captivant » et 96% que « les conférences plénières et ateliers-réflexion correspondaient au thème de la journée. » Les ateliers ont rencontré un franc succès ; chacun d’entre eux a vu près de 25 personnes y participer. L’offre et la qualité des ateliers ont été globalement appréciées par la grande majorité de participant·e·s, même si quelques personnes auraient souhaité des parties interactives qui auraient permis d’approfondir encore davantage les contenus. Le format de la table ronde a également été très apprécié, même si cette dernière n’a pas complètement étanché la soif de nouveau contenu chez les participant·e·s (une personne a par exemple suggéré d’en faire un débat).

Dans l’ensemble, les participant·e·s semblent avoir beaucoup apprécié l’organisation de la journée : plus de 95% sont d’avis que le programme était équilibré et que son déroulement était agréable, malgré l’espace restreint dans les salles, relevé par quelques personnes. Outre ces différents aspects, les commentaires laissés mettent en avant la diversité des thématiques, la qualité des interventions, l’accessibilité du contenu et des intervenant·e·s et les applications possibles pour la pratique professionnelle.

Motivation pour la suite

De nombreuses personnes nous ont remercié et ont encouragé la tenue d’une nouvelle journée : 90% des participant·e·s se disent intéressé·e·s à participer à une nouvelle journée et de nombreuses pistes et idées nous ont été suggérées. Ces encouragements ont particulièrement touché notre équipe qui, au vu du succès rencontré, s’intéresse dès maintenant à la possibilité d'organiser une deuxième Journée romande de psychologie positive. Elle souhaite également exprimer ses plus sincères remerciements au PRN LIVES, à la Haute Ecole de Musique de Lausanne et au secrétariat de l’Institut de Psychologie pour les soutiens financiers, logistiques et organisationnels, ainsi que les intervenant·e·s, les bénévoles et les participant·e·s pour avoir contribué au succès de la journée.

Philippe Handschin et Grégoire Bollmann

image iStock © lolostock

L'aide au logement des personnes en situation de handicap psychique à Genève rate parfois sa cible

La Cour des comptes de Genève a publié mardi 4 avril 2017 un rapport d'évaluation sur la politique publique cantonale en matière d’hébergement et de soutien au logement des personnes en situation de handicap psychique et souffrant d'un manque d'autonomie résidentielle. La partie statistique des analyses a été réalisée par Matthias Studer et Dan Orsholits, chercheurs LIVES à l'Université de Genève.

"L'évaluation montre que les prestations actuelles sont de qualité, mais qu’elles ne répondent pas entièrement aux besoins du public-cible. Sur la base d’une réallocation des moyens existants, la Cour propose au Département de l’emploi, de l’action sociale et de la santé (DEAS) d’élargir la gamme de prestations résidentielles, de favoriser l’accès et le maintien dans des logements indépendants, de faciliter le parcours des individus entre les différents modes de prise en charge et de revoir les processus d’analyse des besoins, de financement et de suivi de la politique publique", indique la Cour des comptes dans son communiqué de presse du 4 avril.

Le rapport de la Cour des compte de Genève se base notamment sur les analyses de Matthias Studer, chercheur senior à l'IP214 du Pôle de recherche national LIVES, et Dan Orsholits, doctorant, mandatés par la Cour pour réaliser la partie quantitative, et dont l'étude complète, réalisée en 2016, est abondamment citée dans le rapport.

C'est la deuxième fois que l'équipe LIVES à l'Institut de Socioéconomie de l'Université de Genève réalise un mandat pour la Cour des comptes de Genève. Le premier avait concerné en 2015 les trajectoires de chômeurs en fin de droit.

Les communiqués de presse et les rapports d'évaluation de la Cour des comptes de Genève sont librement disponibles sur http://www.cdc-ge.ch/.

Photo iStock © Eva Katalin

Le regard des aînés sur leur passé et leurs proches est conditionné par la structure sociale

Deux thèses doctorales récentes réalisées au sein du Pôle de recherche national LIVES et basées sur les données de l’enquête Vivre/Leben/Vivere explorent des dimensions très différentes mais aboutissent à des conclusions similaires sur le processus du vieillissement. Nora Dasoki à l’Université de Lausanne s’est intéressée à la mémoire autobiographique, et Myriam Girardin à l’Université de Genève aux configurations familiales. Toutes deux montrent qu’à l’heure du bilan, le contexte pèse fortement sur l’individu. Ce faisant, les deux désacralisent pourtant un peu la famille.

Que reste-t-il d’une vie à l’approche de la mort ? Sans être explicite, cette question a sous-tendu deux thèses soutenues à quelques jours de distance à l’Université de Lausanne et à l’Université de Genève. Ces deux recherches ont mis à profit les données de l’enquête Vivre-Leben-Vivere (VLV), conduite par le Centre interfacultaire de gérontologie et d’études des vulnérabilités (CIGEV) et financée par le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité : perspective du parcours de vie (PRN LIVES). A Lausanne, Nora Dasoki a défendu le 3 février 2017 sa recherche doctorale intitulée « Mémoire autobiographique et vieillissement : représentations des périodes heureuses et vulnérables » ; A Genève, Myriam Girardin a présenté la sienne le 13 février, portant sur « Les configurations familiales aux dernières étapes de la vie ».

L’étude VLV réunit des informations d’une grande richesse sur la population retraitée en Suisse. Les thèses de Nora Dasoki et Myriam Girardin se sont concentrées sur les résultats de la première vague (2011-2012) de questionnaires. Les deux doctorantes ont cependant recouru à des approches très différentes : une perspective psycho-sociale pour Nora Dasoki, avec comme outil des « calendriers de vie » sur lesquels les répondants devaient indiquer les périodes de bonheur et de vulnérabilité ayant jalonné leur parcours de vie ; une perspective sociologique pour Myriam Girardin, avec un focus sur l’analyse de réseau pour décrire les différents types et les différents modes de relations familiales, indiquant la quantité et la nature de capital social ainsi fourni.

Le point commun de ces deux thèses réside dans le poids des normes sociales et du contexte structurel dans l’évaluation que font les personnes âgées de leur passé et de leur entourage affectif. D’une certaine manière pourtant, les deux recherches relativisent quelques idées reçues sur l’importance incontournable de la famille traditionnelle. Mais de l’autre, elles constatent surtout à quel point les parcours de vie continuent d’être marqués par des inégalités sociales et de genre.

Relativité de la famille

Nora Dasoki montre par exemple que les personnes qui n’ont pas eu d’enfant ne déclarent pas moins de périodes de bonheur sur l’ensemble de leur vie que les personnes ayant vécu la transition à la parentalité. Ces dernières indiquent en général un pic de bonheur autour de ce moment précis, mais la courbe rejoint ensuite le même niveau que celle des individus sans enfants. Fait intéressant, les hommes signalent plus facilement le mariage et la naissance des enfants comme des périodes particulièrement heureuses, comme s’ils étaient plus influencés que les femmes par ce qu’on appelle le « script culturel de vie », c’est à dire les attentes sociales ou les prescriptions normatives concernant ce qu’un parcours de vie dit « normal » doit être. Nora Dasoki explique cette différence par le fait que la maternité implique plus de sacrifices que la paternité : les femmes auraient donc moins tendance à enjoliver le passé.

Dans sa thèse sur les configurations familiales dans la vieillesse, Myriam Girardin montre quant à elle que 20% des personnes âgées ayant des enfants ne les mentionnent pas parmi les personnes les plus importantes de leur entourage. Les membres significatifs du réseau familial peuvent aussi provenir de la fratrie, de la parenté élargie ou des liens électifs d’amitié. Cette conception s’éloigne de la vision classique de la famille conjugale et nucléaire propre à la gérontologie, selon laquelle le modèle traditionnel est une ressource garante de santé psychique et physique aux 3e et 4e âges. Selon la chercheuse, la famille est plutôt le lieu de fortes ambivalences impliquant soutien et tensions à des degrés divers, dont elle dresse la cartographie.

Sans entrer dans le détail des six configurations familiales développées dans ce travail, arrêtons nous un instant sur la forte asymétrie de genre constatée par Myriam Girardin : les aînés dont la fille est la personne la plus significative du réseau bénéficient d’un capital social moindre que ceux dont la configuration est marquée par une place centrale accordée au fils. Dans ce cas, le réseau est plus dense et marqué par des liens d’interdépendance plus forts, souvent en lien avec une place déterminante prise par la belle-fille comme pourvoyeuse de services. Les gendres, eux, n’apparaissent quasiment jamais comme personnes significatives dans la configuration basée sur la fille, celle-ci se retrouvant seule à assumer le soutien au(x) parent(s) âgé(s).

Poids de la structure

Ces deux thèses illustrent parfaitement la prédominance du contexte structurel sur les parcours de vie. En élaborant ses configurations familiales, Myriam Girardin met en lumière le cas des personnes isolées, qui n’ont quasiment aucun proche significatif sur qui compter, une situation qui concerne surtout des personnes à faible revenu et en mauvaise santé, principalement des femmes veuves, célibataires et/ou sans descendance. La chercheuse souligne à quel point les ressources sont nécessaires pour alimenter la réciprocité et garantir une fin de vie riche en liens affectifs.

De son côté, Nora Dasoki établit une différence entre mémoire des périodes heureuses et mémoire des périodes vulnérables, deux processus qui font appel à des mécanismes bien distincts, soulignant l’importance des normes sociales et des représentations historiques. Sa thèse confirme que les souvenirs heureux subsistent davantage que le rappel des moments difficiles. Elle ajoute cependant un autre enseignement : les souvenirs de vulnérabilité sont liés de manière très significative à des expériences collectives comme la guerre. Les plus jeunes, qui se souviennent à peine de cette période, la mentionnent comme vulnérable, mais affirment avoir connu d’autres moments tout aussi difficiles par la suite. Les plus âgés, qui entraient dans l’âge adulte dans les années 40, n’ont plus jamais connu de moment aussi durs dans la suite de leur parcours de vie.

Il y aurait beaucoup d’autres aspects à développer sur ces deux magnifiques thèses, et notamment leurs apports à la théorie de la sélectivité socio-émotionnelle, qui indique qu’à l’approche de la fin les individus se concentrent sur les émotions positives, procédant à des tris dans leurs souvenirs et leurs relations. Mais vu la place limitée ici, nous nous contenterons de souligner l’excellente réception de ces deux travaux par les jurys de thèse, et encourager les personnes intéressées à les lire pour en retirer le maximum.

>> Nora Dasoki (2017). Mémoire autobiographique et vieillissement: représentation des périodes de bonheur et de vulnérabilité. Sous la direction de Dario Spini. Université de Lausanne.

>> Myriam Girardin (2017). Les configurations familales aux dernières étapes de la vie. Sous la direction d'Eric Widmer. Université de Genève.

Les inégalités sociales face à la santé: constats, explications et politiques. Forum à Genève

Les inégalités sociales face à la santé: constats, explications et politiques. Forum à Genève

Organisé cette année par la Prof. Claudine Burton-Jeangros avec la collaboration de Solène Gouilhers, le Forum du Master en sociologie de l'Université de Genève sera consacré ce printemps aux inégalités sociales face à la santé, des inégalités qui restent peu visibles alors même qu'elles sont persistantes voire croissantes, y compris dans les pays riches. Une dizaine de conférences sont prévues du 1er mars au 17 mai 2017, les mercredis à 18h30. Le choix des intervenant·e·s vise à éclairer différentes facettes de cette problématique, à l'échelle suisse et sur le plan international.

Au niveau des constats, il est essentiel de documenter les inégalités sociales face à la santé, en considérant le vaste ensemble des déterminants sociaux venant affecter les chances d'être et de rester en bonne santé. Au-delà de la diversité des indicateurs retenus en matière de mesures de l'état de santé et de ses déterminants sociaux, il s'agira également d'évaluer la contribution respective des données quantitatives – transversales et longitudinales – et des données qualitatives dans ce domaine.

Au niveau des explications, de nombreux modèles théoriques ont été avancés pour éclairer les mécanismes par lesquels l'existence sociale et l'existence biologique interagissent. Ces modèles convoquent des processus micro- ou macrosociaux et pouvant agir selon des temporalités distinctes en fonction du parcours de vie des individus et des contextes socio-historiques. Les intervenants sont invités à discuter la portée, mais aussi les limites de ces différents modèles, ainsi que les questions posées par leur opérationnalisation.

Au niveau des politiques, les connaissances acquises ont amené à l'élaboration de mesures visant à réduire les écarts de santé entre groupes sociaux. Au-delà de la diversité des actions entreprises par les pays, des instances supranationales comme l'Organisation mondiale de la santé et la Commission Européenne se sont engagées dans la mise à l'agenda politique de ces questions. Il s'agira de discuter les conditions dans lesquelles de telles actions peuvent être mises en place, mais aussi d'évaluer les effets des programmes de réduction des inégalités sociales face à la santé.

Programme

Ces conférences auront lieu les mercredis de 18h30 à 20h à Uni Mail, salle MR-160. Entrée libre.

1er mars 2017

Silvia Stringhini, Institut universitaire de médecine sociale et préventive, CHUV et Université de Lausanne
L'incorporation biologique des différences socioéconomiques dans la santé
Discutant: Boris Cheval, NCCR LIVES, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève

8 mars 2017

Sandro Cattacin, Institut de recherches sociologiques, Université de Genève
Les identités complexes face à l’accès aux services sanitaires
Discutant: Yves Jackson, Hôpitaux universitaires de Genève

15 mars 2017

Idris Guessous, Unité d'épidémiologie populationnelle, Hôpitaux universitaires de Genève
Renoncement aux soins et inégalités de dépistage
Discutante: Sabrina Roduit, Département de sociologie, Université de Genève

22 mars 2017

Piet Bracke, Department of Sociology, Ghent University
Educational health inequalities: an institutional approach
Discutant: Dario Spini, NCCR LIVES, Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne

29 mars 2017

Stéphane Cullati, NCCR LIVES, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève
Parcours de vie et inégalités sociales dans les trajectoires de santé
Discutant: Rainer Gabriel, NCCR LIVES, CIGEV Université de Genève

5 avril 2017

Pascal Haefliger, Direction générale de la santé, canton de Genève
L’approche du canton de Genève en matière de lutte contre les inégalités de santé
Discutant: Jean Simos, Institut de santé globale, Université de Genève

12 avril 2017

Claudine Burton-Jeangros, NCCR LIVES, Département de sociologie, Université de Genève
Inégalités sociales face à la santé en Inde et en Suisse: apports et limites de la comparaison
Discutante: Clémentine Rossier NCCR LIVES, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève

26 avril 2017

Maud Gelly, Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPA)
Classer pour soigner? Le dépistage du VIH: un dispositif de santé publique aux prises avec les rapports sociaux
Discutante: Vanessa Fargnoli, NCCR LIVES, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève

3 mai 2017

Jonathan Zufferey, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève
Etudier les inégalités de mortalité entre les migrants et les natifs : l’exemple de la Suisse
Discutant: Claudio Bolzman, NCCR LIVES, Haute école de travail social, Genève

10 mai 2017

Katherine L. Frohlich, Département de médecine sociale et préventive, Université de Montréal
The importance of social science theory in building a program of research on social inequalities in smoking
Discutant: Jean-Michel Bonvin, NCCR LIVES, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève

17 mai 2017

Thomas Abel, Institut de médecine sociale et préventive, Université de Berne
Cultural capital and health
Discutant: Piet Bracke, Department of Sociology, Ghent University

Avec le soutien du Pôle de recherche national LIVES (NCCR LIVES)

Source:

Département de sociologie, Université de Genève
http://www.unige.ch/sciences-societe/socio/fr/enseignements/master/forum...

Des résumés des conférences sont publiées sur le Blog du Forum.

Que veut dire être vulnérable ? La recherche sur les parcours de vie au prisme des séries télé

Que veut dire être vulnérable ? La recherche sur les parcours de vie au prisme des séries télé

Le concept de vulnérabilité s’impose de plus en plus dans les sciences sociales pour expliquer différents phénomènes de fragilisation face à de nouveaux risques sociaux. Le Pôle de recherche national LIVES concourt largement à cette réflexion théorique grâce à son approche interdisciplinaire, qui vient d’aboutir à une publication majeure et à plusieurs collaborations scientifiques importantes pour le développement du paradigme du parcours de vie. Pour mieux comprendre ces avancées, un détour par le divertissement peut s’avérer assez éclairant. En effet, les scénaristes des feuilletons les plus populaires ont compris intuitivement ce que les études démontrent : le danger n’est jamais aussi stressant que quand il mélange vie professionnelle et vie privée ; l’individu doit se débattre contre des menaces à plusieurs niveaux, pouvant toucher aussi bien son intégrité physique que ses relations, son identité et ses valeurs ; enfin la temporalité est essentielle, dans le déroulement d’une bonne histoire comme d’un parcours de vie réel.

Depuis que les journaux existent, les gens ont toujours cédé facilement à l’attrait des feuilletons, avec leur lot de suspense et de rebondissements. Au vingtième siècle ces récits imprimés ont laissé place aux séries télé, qui ont encore pris davantage d’importance, en ce début de troisième millénaire, avec la multiplication de l’offre et de l’accessibilité de ces programmes grâce à la révolution numérique. Une des séries les plus emblématiques des années 2000 a été 24 Heures Chrono, qui relatait le quotidien en temps quasiment réel d’un agent fédéral anti-terroriste, Jack Bauer. Au cours de la première saison, le héros devait protéger un candidat à l’élection présidentielle alors que sa propre famille était menacée sa femme et sa fille ayant été enlevées. Emotions garanties pour les téléspectateurs, qui sont vite devenus accros à ce récit, grâce à son rythme haletant et à l’énergie du désespoir manifestée par le personnage principal, qui sans ses liens affectifs aurait été un ‘simple’ superman dénué de complexité humaine.

La recette mélangeant ingrédients professionnels et privés pour garantir le succès d’une série a été utilisée dans un nombre incalculable de productions au cours des années suivantes. Cette tension entre plusieurs domaines de la vie relations, lieu de vie, activités, santé est également le premier axe de questionnement du Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité : perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Ce programme scientifique basé à l’Université de Lausanne et l’Université de Genève, avec des collaborations à Zurich, Berne, Fribourg, Bâle, Lucerne, etc., vient d’éditer un numéro spécial de la prestigieuse revue américaine Research in Human Development, qui représente une étape importante dans la théorisation du concept de vulnérabilité, jugé le plus à même de fédérer plusieurs disciplines des sciences sociales impliquées dans la recherche sur les parcours de vie.

Diffusion du stress

Selon Dario Spini, Laura Bernardi et Michel Oris, éditeurs de cette publication, « la vulnérabilité est un manque de ressources dans un ou plusieurs domaines de la vie, qui place des individus ou des groupes face à un risque majeur de ressentir (1) des conséquences négatives liées à des sources de stress ; (2) l’incapacité de faire face efficacement à ces sources de stress ; (3) l’incapacité de se remettre des sources de stress ou de bénéficier d’opportunités dans un temps donné. » Les auteurs plaident pour une vision « systémique et dynamique » de la vulnérabilité dans le parcours de vie et proposent trois directions de recherche. Ils estiment tout d’abord que le processus de diffusion du stress et de mobilisation des ressources est multidimensionnel, c’est-à-dire qu’il traverse les différents domaines de la vie, comme vu avec Jack Bauer. Les trois chercheurs avancent ensuite que ce processus a un caractère multi-niveaux du micro au macro, ce qui signifie que la personne vulnérable ne peut être observée sans prendre en compte son environnement social et normatif. Enfin ils soulignent que l’analyse de la vulnérabilité dans le parcours de vie doit être multidirectionnelle : la vulnérabilité se développe dans le temps, est soumise à des variations dont la causalité est rarement simple à établir, et n’échappe ni aux interprétations rétrospectives, ni aux anticipations correctives.

Aucun scénario sorti des studios de productions américaines n’illustre mieux les trois perspectives susmentionnées que le célèbre feuilleton Breaking Bad, qui a remporté plusieurs prix et convaincu tant la critique que le public entre 2008 et 2013. Les cinq saisons racontent l’histoire d’un homme banal en apparence, prof de chimie dans un lycée de banlieue, qui se métamorphose en fabricant de drogue pour mettre sa famille à l’abri du besoin quand il apprend qu’il est atteint d’un cancer. L’intrigue mêle habilement les deux activités de Walter White, licite et illicite, avec ses préoccupations familiales, économiques et sanitaires une femme enceinte, un fils handicapé, un complice avec qui il entretient une relation quasi-paternelle, un beau-frère policier, une chimiothérapie à suivre et à financer. La métamphétamine qu’il fabrique provoque des ravages aux conséquences en chaîne qui l’entraînent toujours plus loin dans l’immoralité.

Des normes en conflit

Si la série a eu tellement de succès, au delà de ses qualités cinématographiques, c’est parce qu’elle présente un personnage à qui chacun peut s’identifier, un parfait représentant de la classe moyenne, happé dans un monde qui n’est pas le sien, hanté par des problèmes de conscience tout en jouissant des transgressions qu’il est amené à commettre. Son exemple montre à quel point nos normes de référence peuvent entrer en confrontation : a-t-on le droit de faire le mal par souci pour ses proches ? Est-ce que le respect des lois cachait juste de la lâcheté, puisque l’adrénaline de l’illégalité permet enfin à cet homme malade de se sentir vraiment vivant ? Ce qui est attendu de nous par la société être un bon parent, gagner honnêtement sa vie, accepter son sort garantit-il que nous serons équipés pour faire face aux imprévus si l’Etat social est défaillant?

C’est en partie le thème de l’axe multi-niveaux proposé par le PRN LIVES. Dans le numéro spécial consacré à la vulnérabilité, Eric Widmer et Dario Spini publient un article un peu provocateur instaurant l’idée de misleading norms (en français "normes trompeuses", voire "normes déroutantes"), des règles de conduite considérées comme allant de soi mais qui peuvent s'avérer défavorables avec le temps. Les deux chercheurs prennent notamment l’exemple des couples de parents d'enfants d'âge préscolaire, où la mère se désinvestit de la sphère professionnelle pour se conformer aux attentes dominantes de  la société suisse. Avec la multiplication des divorces, cette norme de la mère au foyer implique de gros risques de vulnérabilité plus tard pour celles qui chercheront à retrouver un emploi. Dans une moindre mesure, la norme du père garant de la survie économique de sa famille peut mener certains hommes à ne pas développer suffisamment de liens avec leurs enfants, une situation dont ils souffriront en cas de séparation.

Petites histoires dans la grande Histoire

La troisième approche, l’axe multidirectionnel, peut être facilement comprise à l’aide de la série britannique Downton Abbey. Cette saga, qui démarre en 1912 et se poursuit jusqu’au milieu des années 20, évoque différents événements historiques (le naufrage du Titanic, la Première Guerre mondiale, la grippe espagnole, la Guerre d’indépendance irlandaise, etc.) qui vont impacter l’ensemble des protagonistes. La dimension temporelle n’agit pas seulement comme toile de fond pour donner le contexte. Le fait de suivre les personnages sur plusieurs années et d’observer les évolutions respectives des différentes générations mises en scène permet de bien saisir un principe très discuté au sein de la recherche sur les parcours de vie : l’accumulation des avantages et des désavantages, qui n’est pas toujours aussi mécanique que les approches déterministes pourraient le faire penser. Downton Abbey met de plus l’accent sur les relations entre et à l’intérieur des classes sociales aristocrates et serviteurs , observant leurs pratiques et leurs opinions, ce qui ramène à l’approche multi-niveaux. Et comme dans toute bonne série, l’approche multidimensionnelle enrichit l’intrigue et donne de la profondeur aux personnages.

Il est frappant de relever que tant dans les articles composant le numéro spécial du PRN LIVES dans Research in Human Development que dans les trois séries citées, les inégalités homme-femme sont patentes : dans 24 Heures Chrono, l’épouse et la fille du héros ne sont que des faire-valoir placées dans la position de victimes ; dans Breaking Bad, la femme du personnage principal est une mère au foyer sur le point d’accoucher, frustrée par ses ambitions littéraires déçues ; et dans Downton Abbey, les filles ne peuvent pas hériter, point de départ essentiel de la trame narrative.

Les femmes plus à risque

La thématique du genre est même centrale dans les articles du numéro spécial sur la vulnérabilité édité par LIVES. Celui consacré à l’axe multidimensionnel, de Laura Bernardi, Grégoire Bollmann, Gina Potarca et Jérôme Rossier, montre que la transition à la parentalité affecte beaucoup plus le bien-être des femmes que celui des hommes dans leurs efforts pour concilier famille, travail et loisirs les différences de personnalité n’ayant quant à elles qu’un effet limité. L’article de Eric Widmer et Dario Spini sur l’axe multi-niveaux montre bien, comme expliqué plus haut, que les femmes paient le plus lourd tribut à respecter les normes de genre en restant à la maison pour élever leurs enfants. Enfin l’article de Michel Oris, Rainer Gabriel, Gilbert Ritschard et Matthias Kliegel sur l’axe multidirectionnel, s’intéressant à la pauvreté des personnes âgées en Suisse, indique que les personnes les plus vulnérables sont, à nouveau, principalement les femmes qui n’ont pas cumulé toutes les ressources nécessaires avant la retraite en termes de capitaux, c’est à dire aux niveaux économique, social, culturel et institutionnel.

Si les séries télévisées ne représentent pas la vraie vie, la recherche sur les parcours de vie tente de la capturer pour mieux en comprendre les ressorts. Le point commun entre divertissement et études scientifiques est de s’intéresser aux faces les plus sombres de l’existence, quand l’être humain se sent vulnérable. La différence, c’est que la recherche voudrait également comprendre ce qui permet de surmonter les difficultés. Alors que les séries, elles, prennent un malin plaisir à faire souffrir leurs protagonistes. Les « happy ends » sont ainsi de moins en moins à la mode, car ils génèrent moins d’impatience pour une éventuelle prochaine saison. La recherche, au contraire, a tout à gagner à examiner pourquoi certains s’en sortent mieux que d’autres. La compréhension de l’agentivité ou autrement dit du pouvoir d'agir essentiel à la résilience est le véritable défi des futures recherches sur les parcours de vie, estiment dans leur conclusion Kenneth Ferraro et Markus H. Schafer, chercheurs américains appelés à commenter ce numéro spécial qui place définitivement le PRN LIVES dans les acteurs académiques de référence au niveau international.

>> Dario Spini, Laura Bernardi, Michel Oris (2017). Vulnerability across the Life Course. Research in Human Development. Vol. 14, Issue 1.

>> Un webinar (séminaire en ligne) aura lieu le 24 février à 17:00, heure de Genève (= 16:00 GMT, 11:00 EST). Pour en savoir plus.

Image iStock © vladwel

Atelier "Politiques sociales entre bien commun et intérêts individuels" au congrès de la SSS

Le Congrès de la Société suisse de sociologie (SSS) aura lieu du 21 au 23 juin 2017 à Zurich. Le Comité de recherche 'Problèmes sociaux' de la SSS et le Pôle de recherche national LIVES lancent un appel à contributions en vue d'un atelier sur les politiques sociales. Délai de soumission: 20 février 2017.

Les principales assurances sociales suisses (AVS, AI, assurance chômage, assurance accidents, etc.) tout comme l’assistance sociale sont sans cesse au centre de l’attention politique, au point qu’un des objets majeurs des luttes politiques en Suisse est aujourd’hui l’état social. Dans les débats publics, la référence au bien commun est systématiquement mobilisée : les objectifs de la politique sociale seraient de promouvoir une meilleure redistribution sociale entre différents groupes de la population (jeunes-personnes âgées, riches-pauvres, personnes en bonne santé-malades, femmes-hommes, personnes bien formées-mal formées) et de renforcer des idéaux sociaux comme l’ouverture ou l’égalité des chances. Parallèlement, ces politiques sont ouvertement critiquées parce qu’elles poursuivraient en réalité des intérêts particuliers sous couvert de poursuivre le bien commun. Dans certains cas, des traitements différentiels de sous-populations sont explicitement voulus (par exemple entre personnes de nationalité étrangère et suisses), ce qui a pour conséquence que la politique sociale contribue sans nécessairement le vouloir au renforcement d’inégalités existantes – faisant ainsi obstacle à la poursuite du bien commun. Dans le discours public, les avantages que les différents groupes de la population tirent de politiques sociales spécifiques sont comparés les uns aux autres et la dénonciation de politiques prétendument « intéressées » fait partie intégrante des affrontements politiques.

L’objectif de cet atelier et de discuter cette thématique à partir de deux interrogations: d’une part nous cherchons à comprendre quelles catégories sociales sont (co-)construites par les politiques sociales contemporaines et comment ces catégories sont légitimées (ou remises en question) à partir d’arguments invoquant l’intérêt individuel ou le bien commun. D’autre part, nous nous intéressons aux répercussions que les politiques sociales ont sur différents groupes sociaux et comment ces politiques sont vécues par les groupes concernés. Cela inclut la question de savoir quels groupes sont exclus des prestations sociales, soit parce qu’ils n’y ont pas droit, soit parce qu’ils ne souhaitent pas y avoir recours.

Le comité de recherche 'Problèmes sociaux' de la SSS et le Pôle de recherche national LIVES (IP205) comptent recevoir une large palette de contributions abordant la question du développement des politiques sociales suisses entre bien commun et intérêts individuels. Toutes les approches méthodologiques et théoriques sont les bienvenues. Nous poursuivons trois objectifs spécifiques : nous aimerions motiver surtout les jeunes chercheuses et chercheurs à présenter leurs travaux, nous souhaitons renforcer les échanges entre Hautes écoles spécialisées et Universités et nous visons enfin à consolider les ponts entre les communautés de recherches romandes et alémaniques.

Si vous souhaitez apporter une contribution à notre atelier, nous vous prions de soumettre un titre, un résumé d’au maximum 2000 signes et vos coordonnées (nom, affiliation, adresse, email). L’abstract devra comporter des informations sur la question de recherche, le contexte théorique et empirique et la démarche méthodologique. Nous vous remercions également de nous soumettre 5 mots-clés et au maximum 10 références bibliographiques.

Felix Bühlmann, Martina Koch (Comité de recherche 'Problèmes sociaux' SSS), Jean-Pierre Tabin et Jean-Michel Bonvin (PRN LIVES)

Merci d’envoyer votre proposition d’ici le 20 février aux adresses suivantes : felix.buhlmann@unil.ch, martina.koch@fhnw.ch, jean-pierre.tabin@eesp.ch, jean-michel.bonvin@unige.ch.

>> Appel à contributions en version imprimable

>> Site web du congrès

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Rester en contact avec ses anciens collègues est une bonne stratégie pour sortir du chômage

Mettant à profit les données uniques et particulièrement riches de l’enquête SOCNET sur les personnes en recherche d’emploi dans le canton de Vaud, Anna von Ow a obtenu le 13 décembre 2016 le grade de Docteure en sciences sociales de l’Université de Lausanne. Sa thèse montre qu’il est plus efficace et rentable de chercher du travail à travers le réseau professionnel que par des contacts privés non liés au domaine d’activité. L’activation des liens purement familiaux ou amicaux peut aussi déboucher sur une prise d’emploi, mais moins souvent, plus lentement et avec un risque accru de diminution salariale.

La crainte du chômage est une des préoccupations majeures des Suisses, montrent les sondages année après année, malgré un taux d’emploi particulièrement élevé. Or peu d’études sont consacrées aux meilleurs moyens de trouver du travail, car les données exhaustives sur les chômeurs sont rares, y compris dans les pays plus concernés. C’est ce manque qu’est venu combler l’enquête SOCNET, menée au sein du Pôle de recherche national LIVES en collaboration avec le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Cette recherche approfondie sur les personnes en recherche d’emploi a abouti à deux thèses doctorales : celle de Nicolas Turtschi en 2015 et celle d’Anna von Ow, tout récemment soutenue à l’Université de Lausanne sous la direction du Prof. Daniel Oesch.

Dans le cadre du projet IP204, l’équipe a eu accès début 2012 à l’ensemble des personnes nouvellement inscrites dans les Offices régionaux de placement du canton de Vaud. Près de 2000 personnes ont accepté d’aller jusqu’au bout de l’enquête en 2013, qui consistait en une série de questionnaires et visait - entre autres - à voir qui trouvait du travail, par quels moyens, en combien de temps et pour quel salaire. Disposer d’un échantillon aussi hétérogène en termes de profils mais soumis à un même contexte institutionnel et aux mêmes conditions macro-économiques a été la grande force de cette étude, qui a en outre pu s’appuyer sur des données de l’administration publique.

Liens professionnels et liens communaux

Anna von Ow a concentré son analyse sur le capital social des personnes en recherche d’emploi en distinguant les liens professionnels - constitués d’anciens collègues, de contacts de travail ou de proches travaillant dans le même secteur d’activité - des liens dits « communaux », constitués par les relations familiales ou amicales ne partageant pas le même domaine professionnel. Il s’agissait de voir quelles sont les ressources sociales disponibles, mobilisées et utiles pour retrouver un emploi.

La thèse d’Anna von Ow a intégré différents courants théoriques sur le capital social, les réseaux sociaux et les parcours de vie. Elle a pu confirmer l’importance des relations interpersonnelles pour trouver du travail, et montrer le poids prépondérant des contacts liés au monde professionnel. Dans l’échantillon SOCNET, plus de 40% des chômeurs ont retrouvé du travail grâce à une information donnée par leur réseau, tuyau qui dans trois cas sur quatre provenait d’un lien professionnel. Le temps qu’il a fallu pour décrocher le nouvel emploi était de 25 semaines en moyenne dans le cas d’un lien professionnel contre 33 dans le cas d’un lien communal. La différence de salaire était encore plus marquante : les personnes qui ont repéré un poste grâce à un lien communal ont perdu en moyenne 289 francs de salaire mensuel par rapport au dernier emploi, alors que les personnes ayant bénéficié d’un lien professionnel ont vu leur revenu mensuel augmenter de 254 francs en moyenne.

Cumul des inégalités

Cela fait dire à Anna von Ow que les liens communaux sont des contacts « de dernier recours », qui ne garantissent pas la meilleure adéquation entre les compétences réelles du chercheur d’emploi et le poste retrouvé. Elle montre également le côté cumulatif des inégalités : les personnes qui disposent le moins de ressources culturelles du point de vue de leur niveau de formation sont également celles qui bénéficient le moins de ressources sociales utiles pour retrouver du travail, c’est-à-dire de liens professionnels, et le moins de capacité à les mobiliser. Quand la première information sur le poste trouvé provenait malgré tout d’un lien communal, les hommes et les universitaires étaient moins désavantagés en terme de durée de chômage que les femmes et les personnes peu qualifiées.

D’autres nuances s’imposent encore : les jeunes, en début de parcours professionnel, gagnent plus s’il trouvent un emploi par un biais non-réseau comme par exemple en répondant à une annonce sur internet ou en envoyant une candidature spontanée. On constate que les liens professionnels sont surtout utiles aux personnes âgées entre 45 et 54 ans, au faîte de leur carrière ; les contacts professionnels servent également davantage les étrangers, car les nationaux trouvent plus souvent du travail par les canaux traditionnels que sont la réponse à une annonce ou des offres spontanées. Cependant il faut encore distinguer entre ressortissants européens et extra-européens, et par niveau de formation. Allant très en profondeur dans une multitude d’analyses, Anna von Ow décortique au maximum toutes les caractéristiques de son échantillon.

Favoriser le mentorat

La chercheuse conclut sur la nécessité de soutenir les chômeurs les plus vulnérables dans la construction et l’activation de leur réseau, en particulier professionnel, surtout concernant les personnes de plus de 55 ans et les moins qualifiées. Elle plaide pour la mise en place de systèmes de mentorat afin de venir en aide aux chômeurs ne disposant pas d’un réseau étoffé dans leur domaine d’activité.

La thèse d’Anna von Ow a obtenu les félicitations du jury lors de sa soutenance le 13 décembre 2016 à l’Université de Lausanne. Son niveau de détails a dépassé les attentes exigées pour une telle recherche, ont relevé plusieurs experts. Ils ont également estimé que ce travail ouvrait des perspectives tout à fait enrichissantes pour les politiques sociales, et ont souligné la grande qualité des données, qui grâce au travail extrêmement méticuleux d’Anna von Ow sont maintenant disponibles pour la communauté des chercheurs.

>> Anna von Ow (2016). Finding a job through social ties. A survey study on unemployed job seekers. Sous la direction de Daniel Oesch. Université de Lausanne.

Fondation Leenaards / Caravel Production

Un projet sur la garde des enfants par les grands-parents obtient une bourse de la Fondation Leenaards

Le Prof. Eric Widmer, co-directeur du Pôle de recherche national LIVES, et une équipe de cinq chercheurs et chercheuses de l'Université de Genève, ont obtenu un prix « Âge et Société » de la Fondation Leenaards le 29 novembre 2016. Leur projet vise à étudier les relations entre grands-parents et enfants adultes, s'agissant de la garde des petits-enfants quand celle-ci est régulière. Les données de l'enquête Vivre-Leben-Vivere (VLV) seront exploitées et des entretiens qualitatifs sont prévus.

« Garde des petits-enfants et ambivalence intergénérationnelle »

La prise en charge des petits-enfants par les grands-parents est le mode de garde privilégié par un grand nombre de parents en Suisse, en raison notamment de l’accès difficile à certaines structures d’accueil. Perçu comme « normal », ce type de garde n’est en soi jamais questionné. Il offre cependant un cadre et des conditions à même de révéler toute la complexité et l’ambivalence qui caractérisent les relations entre parents et enfants. Il est donc aujourd’hui fondamental de s’interroger quant à son impact sur la qualité de vie des grands-parents gardiens.

L’hypothèse générale de cette recherche est que la prise en charge des petits-enfants déséquilibre les échanges au sein de la relation intergénérationnelle. Les parents se placent ainsi dans une situation de dépendance, qui peut générer des tensions, les grands-parents pouvant être tentés de s’immiscer dans les choix de vie de leurs enfants (éducation, temps libre, vie amoureuse, etc.). Ainsi, la garde des petits-enfants peut susciter de l’ambivalence, en promouvant à la fois la solidarité – source d’émotions positives et de satisfaction – et des tensions dans toute la configuration familiale, avec potentiellement des effets délétères sur le bien-être des grands-parents gardiens.

Méthodologie et résultats attendus

Cette étude comportera deux volets, l’un quantitatif et l’autre qualitatif. Elle exploitera dans un premier temps les données de l’étude VLV (Vivre/Leben/Vivere) portant sur les conditions de vie et de santé des personnes âgées en Suisse. Elle donnera lieu, dans un deuxième temps, à des entretiens approfondis d’une dizaine de dyades mères/ grands-mères. Cette étude sera conduite sous l’égide de l’Observatoire des familles de l’Université de Genève, ainsi que du PRN LIVES.

Cette étude permettra de mettre en exergue le processus d’émergence de l’ambivalence et ses différentes formes autour de la garde des petitsenfants, ainsi que la manière dont elle est vécue par les mères et les grands-mères. Ces résultats feront l’objet de publications scientifiques et seront diffusés auprès de Cité Seniors et à l’Ecole des grands-parents de Suisse romande, sous la forme d’une documentation et/ou présentation à l’intention des personnes âgées.

Equipe de recherche: Prof. Eric Widmer, Prof. Michel Oris, Dr. Manuel Tettamanti (HUG), Dr. Marie Baeriswyl, Dr. Olga Ganjour, Myriam Girardin.

Source: http://www.leenaards.ch/prix/prof-eric-widmer/

Voir également le film réalisé par Caravel Production:

Première journée romande de psychologie positive à Lausanne, ouverte aux professionnels

Première journée romande de psychologie positive à Lausanne, ouverte aux professionnels

La 1ère Journée Romande de Psychologie Positive aura lieu le 17 février 2017 à l’Université de Lausanne sur le thème "Ressources personnelles et interventions positives pour l'éducation, le monde professionnel et la santé". Co-organisée par l'Institut de psychologie de l'UNIL, le Pôle de recherche national LIVES et la Haute École de Musique de Lausanne en collaboration avec la Société Suisse de Psychologie Positive, cette journée réunira des praticien·ne·s et spécialistes ainsi que des chercheur·e·s. Deux conférences plénières et quatre ateliers-réflexion sont au programme, ainsi qu’une table ronde et un apéritif en musique assuré par Alsibana Saxophone Quartet.

Les individus éprouvent aujourd’hui un besoin marqué de développer des ressources personnelles telles que l’espoir, l’optimisme, la gratitude, le sens de la vie ou la pleine conscience. De telles ressources ont le potentiel d’aider à surmonter ou à prévenir l’apparition de dynamiques de vulnérabilité, ainsi qu’à s’épanouir et s’accomplir pleinement. Elles font l’objet d’études en psychologie positive, une branche de la psychologie qui étudie « les conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement et au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions » (S. L. Gable, & J. Haidt).

Cette journée fait suite à une une initiative de la Société Suisse de Psychologie Positive (SWIPPA). Elle vise à rassembler des praticien·ne·s et spécialistes actifs dans les domaines de l’éducation et la formation, le monde du travail, le conseil en orientation et en carrière ou les soins médicaux et la santé, ainsi que des chercheur·e·s francophones intéressé·e·s par la thématique. L’objectif est de découvrir, réfléchir, et échanger sur les ressources positives et sur les stratégies d’intervention possibles dans ces différents domaines d’activité professionnelle.

CONFÉRENCES PLÉNIÈRES

  • Psychologie Positive, entre innovation et problématiques revisitées
    > Charles MARTIN-KRUMM, Maître de conférences habilité à diriger les recherches - ESPE Rennes, IFEPSA Angers, IRBA Brétigny, APEMAC (Université de Lorraine)
  • Psychologie positive et bien-être durable : quels mécanismes d’action ?
    > Rebecca SHANKLAND, Maître de conférences - Université Grenoble-Alpes

ATELIERS-RÉFLEXION

  • COACHING & MONDE DU TRAVAIL
    Outils pratiques pour augmenter le bien-être et la performance au travail

    > Fanny WEYTENS, Dr. en Psychologie de l’Université de Louvain, Life Coach et Formatrice
  • SOINS MÉDICAUX & SANTÉ PSYCHIQUE
    Le sens de la vie et les ressources au sein de populations cliniques : Présentation de deux outils d’évaluation

    > Tanja BELLIER-TEICHMANN, Psychologue et psychothérapeute FSP, Université de Lausanne
    > Mathieu BERNARD, Dr. en Psychologie, Service de soins palliatifs et de support – CHUV
  • ORIENTATION & CARRIÈRE
    Démarches d’orientation avec les consommateurs de jeux vidéo : guide pratique à l’usage des spécialistes du conseil en orientation et du développement de carrière

    > Shékina ROCHAT, MSc Psychologue conseillère en orientation, Université de Lausanne
  • ÉDUCATION & FORMATION
    Motivation et bien-être scolaire

    > Damien TESSIER, Maître de conférences, Laboratoire Sport et Environnement Social, Université Grenoble-Alpes
    > Rebecca SHANKLAND, Maître de conférences, Université de Grenoble-Alpes

Les ateliers seront suivis d'une table ronde pour intégrer les réflexions générées au cours de ces sessions parallèles. Un apéritif en musique avec Alsibana Saxophone Quartet viendra clôturer la journée.

>> Programme complet (PDF)

>> Résumé des interventions et biographies (PDF)

INFORMATIONS PRATIQUES

  • Date
    Vendredi 17 février 2017 de 8h45 à 17h00
  • Lieu
    Université de Lausanne, Bâtiment Géopolis, salle 1612
  • Les inscriptions sont closes
    Le nombre de participants maximum est déjà atteint.
  • Prix
    (incluant l'accès à la journée, un repas de midi, les pauses et l'apéritif)
    • Étudiant·e·s : 60.- CHF 
    • Membres PRN LIVES, HEMU, Institut de Psychologie UNIL, SWIPPA : 100.- CHF
    • Autres participant·e·s : 150.- CHF
      Pour adhérer à la SWIPPA, veuillez consulter cette page.

COMITÉ SCIENTIFIQUE ET ORGANISATIONNEL

  • Dr. Grégoire Bollmann (Université de Lausanne & PRN LIVES)
  • Prof. Dr. Angelika Guesewell (Haute Ecole de Musique de Lausanne)
  • Dr. Jennifer Hofmann (Université de Zürich & PRN LIVES)
  • Karine Koch (Institut de Psychologie, Université de Lausanne)
  • Dr. Pascal Maeder (PRN LIVES, HES-SO)
  • Emmanuelle Marendaz Colle (PRN LIVES, Université de Lausanne)
  • Luisa Meglio-Vallat (Institut de Psychologie, Université de Lausanne)
  • Prof. Dr. Jérôme Rossier (Université de Lausanne & PRN LIVES)
  • Prof. Dr. Willibald Ruch (Université de Zürich & PRN LIVES)

Renseignements: secretariatip@unil.ch

"Précarité et non-recours aux soins: du constat à l'action" Conférence et table ronde

"Précarité et non-recours aux soins: du constat à l'action" Conférence et table ronde

Une conférence donnée par Héléna Revil, docteure en sciences politiques, Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) de l’Université Grenoble-Alpes, aura lieu le 5 décembre à 18h30 à la Haute école de travail social (HETS) de Genève sur le thème du non-recours aux soins par les personnes en situation de précarité. La conférence sera suivie d'une table ronde avec Yves Jackson (HUG), Claudine Burton-Jeangros (UNIGE) et Dominique Froidevaux (Caritas).

Il est aujourd’hui admis que les inégalités sociales constituent des déterminants importants de la santé. Cependant, les relations entre précarité sociale et non-recours aux soins sont encore peu documentées. Or, amener des réponses de prévention et de promotion de la santé ciblées et pertinentes aux personnes socialement vulnérables reste un enjeu majeur pour nos sociétés qui possèdent pourtant des couvertures maladies dites « universelles ». Les travaux de recherche portant sur le non-recours aux soins, en permettant de mieux connaître les personnes concernées par ce phénomène et les mécanismes qui le sous-tendent, peuvent fournir des points d’appui à la mise en place, par des acteurs publics, de dispositifs expérimentaux visant à limiter, voire à prévenir, le non-recours en matière de santé.

Le 2ème Séminaire régional sur le non-recours se tiendra le mardi 6 décembre en marge de cette conférence et table ronde. Ce séminaire a été initié en 2015 par la Haute école de travail social de Genève (HETS) en collaboration avec l’Institut d’études de la citoyenneté de l’Université de Genève (INCITE, UNIGE) et l’Observatoire des non-recours aux droits et services de Grenoble (Odenore). Son but est de soutenir une dynamique de recherche régionale sur le thème encore peu étudié en Suisse du non-recours.

Le séminaire réunira cette année des chercheuses et chercheurs de la HETS et de la Haute école de Santé de Genève (HEdS), du Département de sociologie de l’UNIGE, de la Haute école spécialisée bernoise (BFH), de la Haute école de travail social et de la santé de Lausanne (EESP), des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ainsi que de l’Odenore (Grenoble). Il est soutenu par le Pôle de recherche national LIVES.

La veille du séminaire, le 5 décembre à 18h30, une conférence sera donnée par Héléna Revil, docteure en sciences politiques, Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) de l’Université Grenoble-Alpes. Elle sera suivie d’une table ronde avec la participation de:

  • Yves Jackson, Consultation ambulatoire mobile de soins communautaires (CAMSCO), HUG
  • Claudine Burton-Jeangros, Département de sociologie, Université de Genève & PRN LIVES
  • Dominique Froidevaux, Caritas Genève

Modération: Catherine Ludwig, Haute école de santé (HEdS)

Organisation: Barbara Lucas (HETS Genève) et Jean-Pierre Tabin (HETS-EESP Lausanne & PRN LIVES)

Lieu: Haute école de travail social (HETS) - Aula E007, Rue du Pré-Jérôme 1, 1205 Genève (map.search.ch, Google Maps)

>> Programme complet

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La rareté des femmes à la tête des grandes entreprises suisses a des raisons historiques

Longtemps écartées de la politique en Suisse, les femmes ont accédé tardivement à des positions de pouvoir dans l’économie et restent aujourd’hui fortement minoritaires dans les conseils d’administration et les fonctions dirigeantes des grandes entreprises. Pour le 7e numéro de la revue Social Change in Switzerland, Stéphanie Ginalski remonte le fil de l’histoire et décrit comment l’inégalité actuelle a été socialement construite.

En comparaison européenne, la Suisse fait figure de cancre au niveau de l’égalité homme-femme, et cela même du côté des élites. Les conseils d’administration des firmes suisses les plus importantes ne recensent qu’une moyenne de 13.9% de femmes, moins qu’en Espagne ou en Italie, et presque trois fois moins qu’en Norvège ! Dans son article Les femmes à la tête des grandes entreprises suisses : une analyse historique des inégalités de genre, Stéphanie Ginalski, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, retrace les grandes étapes de la pénible ascension des femmes dans l’oligarchie économique suisse.

Jusqu’au début des années 1970, les Suissesses sont exclues du droit de vote et d’éligibilité au niveau fédéral. Ce retard considérable par rapport aux autres pays européens se répercute aujourd’hui encore sur la place des femmes dans l’économie, le combat féministe ayant longtemps été monopolisé par la question du droit de vote avant toute autre revendication. Jusqu’à cette époque, les très rares femmes à la tête d’une entreprise l’étaient pour des raisons familiales, et les conseils d’administration sont restés presque exclusivement des bastions masculins, selon une logique de co-optation où la classe sociale et le grade militaire dominaient.

La carte "femme"

Avec l’obtention du droit de vote et d’éligibilité, quelques femmes ont commencé à percer dans les réseaux économiques, principalement dans le secteur de la grande distribution, où la carte femme était censée garantir une meilleure adéquation de la stratégie avec les attentes de la clientèle majoritairement féminine. Mais c’est seulement à partir de la fin du 20e siècle, avec la globalisation économique, que la part des dirigeantes féminines a réellement commencé à croître dans les grandes firmes du pays.

Aujourd’hui, c’est principalement dans les entreprises publiques, d’une part, et dans les multinationales, d’autre part, que s’observe un réel effort en vue d’une meilleure représentation des femmes dans les conseils d’administration. Le progrès est dû à la volonté clairement affichée par les directions d’apporter davantage d’égalité homme-femme dans le premier cas de figure, et plus de diversité dans le second. Mais le débat sur les quotas, qui permettraient à la Suisse de rattraper son retard, reste à cette heure encore largement controversé et suscite notamment une vive opposition des milieux économiques.

>> Stéphanie Ginalski (2016). Les femmes à la tête des grandes entreprises suisses : une analyse historique des inégalités de genre. Social Change in Switzerland No 7. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact : Stéphanie Ginalski, tél. 021 692 37 75, stephanie.ginalski@unil.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

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Devenir parents, c’est devenir inégaux, conclut une longue recherche interdisciplinaire

De nombreux couples vivent une situation d’incohérence entre leurs valeurs affichées d’égalité et les comportements qu’ils adoptent l’arrivée d’un enfant. Un paradoxe qui s’explique par le concept de « statuts maître sexués », fil rouge d’un ouvrage réunissant sociologues, psychologues, psychologues sociaux et démographes, sous la direction de Jean-Marie Le Goff et René Levy. Basée sur des données récoltées sur l’Arc lémanique auprès de jeunes parents, cette étude figure aussi dans une autre nouvelle publication, à visée comparative entre plusieurs pays d’Europe, où la Suisse apparaît comme particulièrement traditionaliste.

Pourquoi est-ce que des couples valorisant l’égalité homme femme endossent cependant des rôles bien distincts à partir de la naissance de leur premier enfant ? Parce que la transition à la parentalité est le moment du parcours de vie où s’imposent le plus les « statuts maître sexués », un concept qui met en lumière la façon dont les espaces publics et privés sont alloués dans notre société : « Ainsi, les femmes "peuvent" exercer une activité professionnelle ou d’autres activités extrafamiliales dans la mesure où celles-ci n’entrent pas en conflit avec les exigences du travail familial, et les hommes "peuvent" développer leurs rôles familiaux ou d’autres activités extraprofessionnelles dans la mesure où leur exercice ne prétérite pas leur activité professionnelle », écrivent René Levy et Jean-Marie Le Goff dans leur préface du livre Devenir parents, devenir inégaux. Transition à la parentalité et inégalités de genre, qui paraît ces jours aux éditions Seismo.

L’enquête Devenir parent

En dix chapitres rédigés par une majorité d’auteurs liés aujourd'hui au Pôle de recherche national LIVES, cet ouvrage présente les résultats de l’enquête Devenir parent, dont les données ont été récoltées entre 2005 et 2009 auprès de couples vivant essentiellement dans les cantons de Vaud et de Genève. Trois entretiens étaient réalisés avec chacun des partenaires : juste avant la naissance de leur premier enfant, trois à six mois après l’événement, et enfin quand l’enfant avait dépassé l’âge d’une année. L’analyse des données quantitatives est enrichie dans certains cas par une approche qualitative permettant d'appréhender leurs représentations et leurs ressentis.

Il ressort de cette étude approfondie que « des couples aux pratiques initialement égalitaires se traditionalisent à l’arrivée des enfants, et ce en fonction de facteurs qui ne relèvent pas de leurs intentions, mais de leur insertion dans la structure sociale. » Plusieurs exemples sont évoqués : manque d’un véritable congé paternité, inégalités salariales entre les hommes et les femmes, rareté et coût des structures d’accueil pour les enfants en bas âge, absence de politiques de conciliation travail-famille, inadéquation entre les horaires scolaires et professionnels, et plus généralement profil de l'Etat social. Les auteurs postulent également que les convictions égalitaires des jeunes couples ne font pas toujours corps avec des identités sexuées plus classiques, transmises dans leur propre enfance par le modèle parental et réactivées à l’arrivée d’un enfant.

Cette traditionalisation des rôles ne s’exprime pas seulement à travers le taux d’activité professionnelle - réduit pour la majorité des mères et à temps complet pour la majorité des pères. Elle se constate également dans les soins à l’enfant et le travail domestique, où les femmes assument systématiquement la part la plus importante et la moins valorisante. La persistance de ces pratiques, qui se heurtent aux valeurs d’égalité revendiquées par les jeunes couples, crée une dissonance qui n’est pas sans conséquence sur la satisfaction conjugale des jeunes mères, avec tout le potentiel de conflictualité que cette situation génère.

Questions à Jean-Marie Le Goff, démographe, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne et chercheur associé au PRN LIVES

Les données ont été recueillies il y a dix ans. Depuis l’appareil législatif sur l’accueil de jour des enfants s’est étoffé, et le niveau de formation des femmes n’a cessé d’augmenter. Est-ce que cela se traduit par un meilleur taux d’activité professionnelle des femmes aujourd’hui ?

La thèse des statuts maître sexués consiste à dire que l’insertion professionnelle des femmes reste fortement subordonnée à leur vie familiale, pour des raisons institutionnelles et historiques, et le contraire chez les hommes. En ce qui concerne la formation, il ne faut pas seulement regarder le niveau atteint, mais aussi la formation suivie, notamment si elle mène à des emplois de type féminin, dans lesquels les employeurs offrent plus facilement des possibilités d'aménagement du temps de travail. Ce n'était pas tout à fait l'objet de Devenir parent, mais d'autres travaux montrent que les jeunes femmes choisissent ces formations de manière prépondérante. Par ailleurs, avoir une formation élevée ne protège pas nécessairement. Il existe encore des a priori à l'encontre des jeunes mères de famille, voir l'article dans Le Temps du 1er novembre 2016, qui décrit des femmes qui se font licencier juste après leur congé maternité.

Si vous pouviez refaire l’enquête aujourd’hui auprès d’un échantillon similaire, quelles seraient vos hypothèses ?

Une nouvelle étude n'indiquerait pas forcément de changements par rapport à il y a dix ans. Peut-être un peu plus de pères qui souhaitent diminuer leur temps de travail, mais à 80%, alors que la diminution du temps de travail est plus importante chez les femmes. Il y a néanmoins quelque chose qui me pose beaucoup de questions et qui est en lien avec l'augmentation des naissances hors-mariage en Suisse. Elles représentent maintenant près d’un quart des naissances. Dans les travaux que je mène actuellement avec Valérie-Anne Ryser de FORS, il semble que les couples non-mariés sont un peu différents des couples mariés, notamment parce qu'ils discutent, négocient plus entre eux, sont plus égalitaires. On peut envisager deux scenarii futurs si les naissances hors-mariage continuent à se diffuser, à la manière des pays scandinaves. Dans le premier cas, cette diffusion serait accompagnée d'une diffusion de ce modèle avec plus d'égalité. Dans le deuxième cas, avoir un enfant sans être marié deviendrait banal et serait adopté par tous les types de couples, y compris ceux qui sont plus traditionnels. Une réplication de l'enquête Devenir parent dans quelques années pourrait permettre de mieux comprendre ce qui se passe autour des naissances hors-mariage.

Le rôle des pères continue d’être perçu comme secondaire dans les soins à l’enfant. Constate-t-on la même chose dans les pays aux structures plus égalitaires ?

Il semble que les pères suédois s'investissent plus de par leur obligation de prendre un congé parental. La naissance du premier enfant est le moment au cours duquel se construisent de nouvelles routines, notamment dans l'organisation et la répartition des soins à l'enfant. Un congé paternité peut donc aider à plus d'égalité, mais il ne faut pas négliger ce qui se passe avant la naissance de l'enfant, voire bien avant, comme dit précédemment en ce qui concerne la formation.

Dans l’ouvrage comparatif sur les pays européens, vous relevez qu’en Suisse les pères sont peu motivés à réduire leur temps de travail. Qu’en est-il dans les pays nordiques ?

Le temps partiel n'a pas du tout la même importance en Suède qu'il a en Suisse. Il concerne d'ailleurs souvent les travailleurs âgés, qui quittent ainsi progressivement le marché du travail. La Suède se caractérise plutôt par un modèle dans lequel la crèche n'est pas seulement considérée comme permettant la conciliation famille travail, mais joue un rôle de socialisation de l'enfant, voire d'éducation. Les femmes peuvent ainsi rester à plein temps, ainsi que les hommes, et sans culpabiliser !

>> Jean-Marie Le Goff et René Levy (dir.) (2016). Devenir parents, devenir inégaux. Transition à la parentalité et inégalités de genre. Genève : Editions Seismo, 352 p. (avec Laura Bernardi, Felix Bühlmann, Laura Cavalli, Guy Elcheroth, Rachel Fasel, Jacques-Antoine Gauthier, Nadia Girardin, Francesco Giudici, Béatrice Koncilja-Sartorius, Vincent Léger, Marlène Sapin, Claudine Sauvain-Dugerdil, Dario SpiniManuel Tettamanti, Isabel Valarino, Eric D. Widmer)

>> Nadia Girardin, Felix Bühlmann, Doris Hanappi, Jean-Marie Le Goff and Isabel Valarino (2016). The transition to parenthood in Switzerland: between institutional constraints and gender ideologies. In Daniela Grunow and Marie Evertsson (ed.) (2016). Couples' Transitions to Parenthood. Analysing Gender and Work in Europe. Cheltenham Glos (UK) : Edward Elgar Publishing

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Promotion de l’égalité de genre à l’Université de Lausanne : les débuts de carrière académique en question

Les 24 et 25 novembre 2016 aura lieu à l’Université de Lausanne une conférence intitulée « Débuts de carrières académiques en période d’incertitude : défis pour les politiques et les pratiques de promotion de l’égalité ». Organisé par le projet de recherche européen GARCIA, le Programme Egalité du PRN LIVES et le Bureau de l’égalité de l’Université de Lausanne (BEC) avec le soutien de la Plateforme en études genre (PlaGe) et de l’Institut des sciences sociales (ISS), cet événement réunira chercheur·e·s et expert·e·s de plusieurs pays intéressés par la promotion des carrières féminines dans le monde académique.

Cet événement constitue la conférence nationale suisse du projet européen de recherche GARCIA (Gendering the academy and research: Combating career instability and asymmetries), dirigé en Suisse par la Prof. Nicky Le Feuvre. Destiné à combattre les stéréotypes de genre et à promouvoir une culture d’égalité de genre dans sept universités européennes, le projet GARCIA prendra fin en janvier 2017. Ses résultats comprennent notamment les publications suivantes :

Liens étroits avec le PRN LIVES

Plusieurs ateliers pour chercheur·e·s juniors et seniors ont déjà été organisés en collaboration entre le projet GARCIA et le Programme Egalité du Pôle de recherche national LIVES. Cette conférence est un événement commun de plus, né de cette collaboration. Les liens entre LIVES et GARCIA ont été particulièrement étroits : la Prof. Nicky Le Feuvre est responsable de l’équipe GARCIA en Suisse et du projet LIVES IP206 (Genre et professions) ; la Prof. Farinaz Fassa, auparavant responsable du Programme Egalité de LIVES, est membre de l’équipe suisse de GARCIA; et la Dr. Sabine Kradolfer, responsable Egalité au sein de LIVES, est la coordinatrice nationale de GARCIA.

Au cours de la conférence, les principaux résultats du projet GARCIA seront présentés, ainsi que des études menées par différentes hautes écoles et institutions de recherche en Suisse (swissuniversities, FNS, etc.), et par d’autres orateurs invités. La session de la première demi-journée, le jeudi 24 novembre, intitulée “After the PhD: Gendered aspects of undertaking an academic career... or not” (Après le doctorat : aspects genrés autour de la question d’entreprendre une carrière académique… ou pas), abordera les aspects socio-historiques des carrières académiques dans le contexte suisse, en lien avec les autres opportunités de carrières disponibles sur le marché de l’emploi en Suisse.

Oratrice principale et ateliers

Le jeudi soir, une conférence donnée par Klea Faniko abordera la question des conditions selon lesquelles les universitaires seniors ont le plus de chances de soutenir la carrière des post-doctorantes. Après cette conférence, un clip vidéo produit par le Bureau de l’égalité de l’Université de Lausanne (BEC) avec le soutien de LIVES et GARCIA sera projeté, visant à sensibiliser les membres des commissions de nomination au sein de l’UNIL.

Le vendredi matin, une session intitulée “Acting for gender equality in early academic careers: Incentives, initiatives, implications” (Agir pour l’égalité de genre dans les débuts de carrières académiques : encouragements, initiatives, implications) s’intéressera aux effets des politiques de promotion de l’égalité dans le contexte suisse. Puis trois ateliers en parallèle auront lieu au cours de l’après-midi :

  • Impulser une "culture égalité" dans les institutions académiques: stratégies, outils et effets mesurables (en français)
  • "Follow the money, find the power issues": The principles and practices of gender budgeting (in English)
  • L’excellence académique dans la mobilité: un élément-clé dans les débuts de carrières académiques? (en français)

>> Programme détaillé

>> Ressources concernant l'égalité et les carrières académiques postdoctorales (page en anglais)

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