Les inégalités sociales face à la santé: constats, explications et politiques. Forum à Genève

Les inégalités sociales face à la santé: constats, explications et politiques. Forum à Genève

Organisé cette année par la Prof. Claudine Burton-Jeangros avec la collaboration de Solène Gouilhers, le Forum du Master en sociologie de l'Université de Genève sera consacré ce printemps aux inégalités sociales face à la santé, des inégalités qui restent peu visibles alors même qu'elles sont persistantes voire croissantes, y compris dans les pays riches. Une dizaine de conférences sont prévues du 1er mars au 17 mai 2017, les mercredis à 18h30. Le choix des intervenant·e·s vise à éclairer différentes facettes de cette problématique, à l'échelle suisse et sur le plan international.

Au niveau des constats, il est essentiel de documenter les inégalités sociales face à la santé, en considérant le vaste ensemble des déterminants sociaux venant affecter les chances d'être et de rester en bonne santé. Au-delà de la diversité des indicateurs retenus en matière de mesures de l'état de santé et de ses déterminants sociaux, il s'agira également d'évaluer la contribution respective des données quantitatives – transversales et longitudinales – et des données qualitatives dans ce domaine.

Au niveau des explications, de nombreux modèles théoriques ont été avancés pour éclairer les mécanismes par lesquels l'existence sociale et l'existence biologique interagissent. Ces modèles convoquent des processus micro- ou macrosociaux et pouvant agir selon des temporalités distinctes en fonction du parcours de vie des individus et des contextes socio-historiques. Les intervenants sont invités à discuter la portée, mais aussi les limites de ces différents modèles, ainsi que les questions posées par leur opérationnalisation.

Au niveau des politiques, les connaissances acquises ont amené à l'élaboration de mesures visant à réduire les écarts de santé entre groupes sociaux. Au-delà de la diversité des actions entreprises par les pays, des instances supranationales comme l'Organisation mondiale de la santé et la Commission Européenne se sont engagées dans la mise à l'agenda politique de ces questions. Il s'agira de discuter les conditions dans lesquelles de telles actions peuvent être mises en place, mais aussi d'évaluer les effets des programmes de réduction des inégalités sociales face à la santé.

Programme

Ces conférences auront lieu les mercredis de 18h30 à 20h à Uni Mail, salle MR-160. Entrée libre.

1er mars 2017

Silvia Stringhini, Institut universitaire de médecine sociale et préventive, CHUV et Université de Lausanne
L'incorporation biologique des différences socioéconomiques dans la santé
Discutant: Boris Cheval, NCCR LIVES, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève

8 mars 2017

Sandro Cattacin, Institut de recherches sociologiques, Université de Genève
Les identités complexes face à l’accès aux services sanitaires
Discutant: Yves Jackson, Hôpitaux universitaires de Genève

15 mars 2017

Idris Guessous, Unité d'épidémiologie populationnelle, Hôpitaux universitaires de Genève
Renoncement aux soins et inégalités de dépistage
Discutante: Sabrina Roduit, Département de sociologie, Université de Genève

22 mars 2017

Piet Bracke, Department of Sociology, Ghent University
Educational health inequalities: an institutional approach
Discutant: Dario Spini, NCCR LIVES, Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne

29 mars 2017

Stéphane Cullati, NCCR LIVES, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève
Parcours de vie et inégalités sociales dans les trajectoires de santé
Discutant: Rainer Gabriel, NCCR LIVES, CIGEV Université de Genève

5 avril 2017

Pascal Haefliger, Direction générale de la santé, canton de Genève
L’approche du canton de Genève en matière de lutte contre les inégalités de santé
Discutant: Jean Simos, Institut de santé globale, Université de Genève

12 avril 2017

Claudine Burton-Jeangros, NCCR LIVES, Département de sociologie, Université de Genève
Inégalités sociales face à la santé en Inde et en Suisse: apports et limites de la comparaison
Discutante: Clémentine Rossier NCCR LIVES, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève

26 avril 2017

Maud Gelly, Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (CRESPA)
Classer pour soigner? Le dépistage du VIH: un dispositif de santé publique aux prises avec les rapports sociaux
Discutante: Vanessa Fargnoli, NCCR LIVES, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève

3 mai 2017

Jonathan Zufferey, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève
Etudier les inégalités de mortalité entre les migrants et les natifs : l’exemple de la Suisse
Discutant: Claudio Bolzman, NCCR LIVES, Haute école de travail social, Genève

10 mai 2017

Katherine L. Frohlich, Département de médecine sociale et préventive, Université de Montréal
The importance of social science theory in building a program of research on social inequalities in smoking
Discutant: Jean-Michel Bonvin, NCCR LIVES, Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève

17 mai 2017

Thomas Abel, Institut de médecine sociale et préventive, Université de Berne
Cultural capital and health
Discutant: Piet Bracke, Department of Sociology, Ghent University

Source:

Département de sociologie, Université de Genève
http://www.unige.ch/sciences-societe/socio/fr/enseignements/master/forum...

Avec le soutien du Pôle de recherche national LIVES (NCCR LIVES)

Que veut dire être vulnérable ? La recherche sur les parcours de vie au prisme des séries télé

Que veut dire être vulnérable ? La recherche sur les parcours de vie au prisme des séries télé

Le concept de vulnérabilité s’impose de plus en plus dans les sciences sociales pour expliquer différents phénomènes de fragilisation face à de nouveaux risques sociaux. Le Pôle de recherche national LIVES concourt largement à cette réflexion théorique grâce à son approche interdisciplinaire, qui vient d’aboutir à une publication majeure et à plusieurs collaborations scientifiques importantes pour le développement du paradigme du parcours de vie. Pour mieux comprendre ces avancées, un détour par le divertissement peut s’avérer assez éclairant. En effet, les scénaristes des feuilletons les plus populaires ont compris intuitivement ce que les études démontrent : le danger n’est jamais aussi stressant que quand il mélange vie professionnelle et vie privée ; l’individu doit se débattre contre des menaces à plusieurs niveaux, pouvant toucher aussi bien son intégrité physique que ses relations, son identité et ses valeurs ; enfin la temporalité est essentielle, dans le déroulement d’une bonne histoire comme d’un parcours de vie réel.

Depuis que les journaux existent, les gens ont toujours cédé facilement à l’attrait des feuilletons, avec leur lot de suspense et de rebondissements. Au vingtième siècle ces récits imprimés ont laissé place aux séries télé, qui ont encore pris davantage d’importance, en ce début de troisième millénaire, avec la multiplication de l’offre et de l’accessibilité de ces programmes grâce à la révolution numérique. Une des séries les plus emblématiques des années 2000 a été 24 Heures Chrono, qui relatait le quotidien en temps quasiment réel d’un agent fédéral anti-terroriste, Jack Bauer. Au cours de la première saison, le héros devait protéger un candidat à l’élection présidentielle alors que sa propre famille était menacée sa femme et sa fille ayant été enlevées. Emotions garanties pour les téléspectateurs, qui sont vite devenus accros à ce récit, grâce à son rythme haletant et à l’énergie du désespoir manifestée par le personnage principal, qui sans ses liens affectifs aurait été un ‘simple’ superman dénué de complexité humaine.

La recette mélangeant ingrédients professionnels et privés pour garantir le succès d’une série a été utilisée dans un nombre incalculable de productions au cours des années suivantes. Cette tension entre plusieurs domaines de la vie relations, lieu de vie, activités, santé est également le premier axe de questionnement du Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité : perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Ce programme scientifique basé à l’Université de Lausanne et l’Université de Genève, avec des collaborations à Zurich, Berne, Fribourg, Bâle, Lucerne, etc., vient d’éditer un numéro spécial de la prestigieuse revue américaine Research in Human Development, qui représente une étape importante dans la théorisation du concept de vulnérabilité, jugé le plus à même de fédérer plusieurs disciplines des sciences sociales impliquées dans la recherche sur les parcours de vie.

Diffusion du stress

Selon Dario Spini, Laura Bernardi et Michel Oris, éditeurs de cette publication, « la vulnérabilité est un manque de ressources dans un ou plusieurs domaines de la vie, qui place des individus ou des groupes face à un risque majeur de ressentir (1) des conséquences négatives liées à des sources de stress ; (2) l’incapacité de faire face efficacement à ces sources de stress ; (3) l’incapacité de se remettre des sources de stress ou de bénéficier d’opportunités dans un temps donné. » Les auteurs plaident pour une vision « systémique et dynamique » de la vulnérabilité dans le parcours de vie et proposent trois directions de recherche. Ils estiment tout d’abord que le processus de diffusion du stress et de mobilisation des ressources est multidimensionnel, c’est-à-dire qu’il traverse les différents domaines de la vie, comme vu avec Jack Bauer. Les trois chercheurs avancent ensuite que ce processus a un caractère multi-niveaux du micro au macro, ce qui signifie que la personne vulnérable ne peut être observée sans prendre en compte son environnement social et normatif. Enfin ils soulignent que l’analyse de la vulnérabilité dans le parcours de vie doit être multidirectionnelle : la vulnérabilité se développe dans le temps, est soumise à des variations dont la causalité est rarement simple à établir, et n’échappe ni aux interprétations rétrospectives, ni aux anticipations correctives.

Aucun scénario sorti des studios de productions américaines n’illustre mieux les trois perspectives susmentionnées que le célèbre feuilleton Breaking Bad, qui a remporté plusieurs prix et convaincu tant la critique que le public entre 2008 et 2013. Les cinq saisons racontent l’histoire d’un homme banal en apparence, prof de chimie dans un lycée de banlieue, qui se métamorphose en fabricant de drogue pour mettre sa famille à l’abri du besoin quand il apprend qu’il est atteint d’un cancer. L’intrigue mêle habilement les deux activités de Walter White, licite et illicite, avec ses préoccupations familiales, économiques et sanitaires une femme enceinte, un fils handicapé, un complice avec qui il entretient une relation quasi-paternelle, un beau-frère policier, une chimiothérapie à suivre et à financer. La métamphétamine qu’il fabrique provoque des ravages aux conséquences en chaîne qui l’entraînent toujours plus loin dans l’immoralité.

Des normes en conflit

Si la série a eu tellement de succès, au delà de ses qualités cinématographiques, c’est parce qu’elle présente un personnage à qui chacun peut s’identifier, un parfait représentant de la classe moyenne, happé dans un monde qui n’est pas le sien, hanté par des problèmes de conscience tout en jouissant des transgressions qu’il est amené à commettre. Son exemple montre à quel point nos normes de référence peuvent entrer en confrontation : a-t-on le droit de faire le mal par souci pour ses proches ? Est-ce que le respect des lois cachait juste de la lâcheté, puisque l’adrénaline de l’illégalité permet enfin à cet homme malade de se sentir vraiment vivant ? Ce qui est attendu de nous par la société être un bon parent, gagner honnêtement sa vie, accepter son sort garantit-il que nous seront équipés pour faire face aux imprévus si l’Etat social est défaillant?

C’est en partie le thème de l’axe multi-niveaux proposé par le PRN LIVES. Dans le numéro spécial consacré à la vulnérabilité, Eric Widmer et Dario Spini publient un article un peu provocateur instaurant l’idée de misleading norms (en français "normes trompeuses", voire "normes déroutantes"), des règles de conduite considérées comme allant de soi mais qui peuvent s'avérer défavorables avec le temps. Les deux chercheurs prennent notamment l’exemple des couples de parents d'enfants d'âge préscolaire, où la mère se désinvestit de la sphère professionnelle pour se conformer aux attentes dominantes de  la société suisse. Avec la multiplication des divorces, cette norme de la mère au foyer implique de gros risques de vulnérabilité plus tard pour celles qui chercheront à retrouver un emploi. Dans une moindre mesure, la norme du père garant de la survie économique de sa famille peut mener certains hommes à ne pas développer suffisamment de liens avec leurs enfants, une situation dont ils souffriront en cas de séparation.

Petites histoires dans la grande Histoire

La troisième approche, l’axe multidirectionnel, peut être facilement comprise à l’aide de la série britannique Downton Abbey. Cette saga, qui démarre en 1912 et se poursuit jusqu’au milieu des années 20, évoque différents événements historiques (le naufrage du Titanic, la Première Guerre mondiale, la grippe espagnole, la Guerre d’indépendance irlandaise, etc.) qui vont impacter l’ensemble des protagonistes. La dimension temporelle n’agit pas seulement comme toile de fond pour donner le contexte. Le fait de suivre les personnages sur plusieurs années et d’observer les évolutions respectives des différentes générations mises en scène permet de bien saisir un principe très discuté au sein de la recherche sur les parcours de vie : l’accumulation des avantages et des désavantages, qui n’est pas toujours aussi mécanique que les approches déterministes pourraient le faire penser. Downton Abbey met de plus l’accent sur les relations entre et à l’intérieur des classes sociales aristocrates et serviteurs , observant leurs pratiques et leurs opinions, ce qui ramène à l’approche multi-niveaux. Et comme dans toute bonne série, l’approche multidimensionnelle enrichit l’intrigue et donne de la profondeur aux personnages.

Il est frappant de relever que tant dans les articles composant le numéro spécial du PRN LIVES dans Research in Human Development que dans les trois séries citées, les inégalités homme-femme sont patentes : dans 24 Heures Chrono, l’épouse et la fille du héros ne sont que des faire-valoir placées dans la position de victimes ; dans Breaking Bad, la femme du personnage principal est une mère au foyer sur le point d’accoucher, frustrée par ses ambitions littéraires déçues ; et dans Downton Abbey, les filles ne peuvent pas hériter, point de départ essentiel de la trame narrative.

Les femmes plus à risque

La thématique du genre est même centrale dans les articles du numéro spécial sur la vulnérabilité édité par LIVES. Celui consacré à l’axe multidimensionnel, de Laura Bernardi, Grégoire Bollmann, Gina Potarca et Jérôme Rossier, montre que la transition à la parentalité affecte beaucoup plus le bien-être des femmes que celui des hommes dans leurs efforts pour concilier famille, travail et loisirs les différences de personnalité n’ayant quant à elles qu’un effet limité. L’article de Eric Widmer et Dario Spini sur l’axe multi-niveaux montre bien, comme expliqué plus haut, que les femmes paient le plus lourd tribu à respecter les normes de genre en restant à la maison pour élever leurs enfants. Enfin l’article de Michel Oris, Rainer Gabriel, Gilbert Ritschard et Matthias Kliegel sur l’axe multidirectionnel, s’intéressant à la pauvreté des personnes âgées en Suisse, indique que les personnes les plus vulnérables sont, à nouveau, principalement les femmes qui n’ont pas cumulé toutes les ressources nécessaires avant la retraite en termes de capitaux, c’est à dire aux niveaux économique, social, culturel et institutionnel.

Si les séries télévisées ne représentent pas la vraie vie, la recherche sur les parcours de vie tente de la capturer pour mieux en comprendre les ressorts. Le point commun entre divertissement et études scientifiques est de s’intéresser aux faces les plus sombres de l’existence, quand l’être humain se sent vulnérable. La différence, c’est que la recherche voudrait également comprendre ce qui permet de surmonter les difficultés. Alors que les séries, elles, prennent un malin plaisir à faire souffrir leurs protagonistes. Les « happy ends » sont ainsi de moins en moins à la mode, car ils génèrent moins d’impatience pour une éventuelle prochaine saison. La recherche, au contraire, a tout à gagner à examiner pourquoi certains s’en sortent mieux que d’autres. La compréhension de l’agentivité ou autrement dit du pouvoir d'agir essentiel à la résilience est le véritable défi des futures recherches sur les parcours de vie, estiment dans leur conclusion Kenneth Ferraro et Markus H. Schafer, chercheurs américains appelés à commenter ce numéro spécial qui place définitivement le PRN LIVES dans les acteurs académiques de référence au niveau international.

>> Dario Spini, Laura Bernardi, Michel Oris (2017). Vulnerability across the Life Course. Research in Human Development. Vol. 14, Issue 1.

>> Un webinar (séminaire en ligne) aura lieu le 24 février à 17:00, heure de Genève (= 16:00 GMT, 11:00 EST). Pour en savoir plus.

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Atelier "Politiques sociales entre bien commun et intérêts individuels" au congrès de la SSS

Le Congrès de la Société suisse de sociologie (SSS) aura lieu du 21 au 23 juin 2017 à Zurich. Le Comité de recherche 'Problèmes sociaux' de la SSS et le Pôle de recherche national LIVES lancent un appel à contributions en vue d'un atelier sur les politiques sociales. Délai de soumission: 20 février 2017.

Les principales assurances sociales suisses (AVS, AI, assurance chômage, assurance accidents, etc.) tout comme l’assistance sociale sont sans cesse au centre de l’attention politique, au point qu’un des objets majeurs des luttes politiques en Suisse est aujourd’hui l’état social. Dans les débats publics, la référence au bien commun est systématiquement mobilisée : les objectifs de la politique sociale seraient de promouvoir une meilleure redistribution sociale entre différents groupes de la population (jeunes-personnes âgées, riches-pauvres, personnes en bonne santé-malades, femmes-hommes, personnes bien formées-mal formées) et de renforcer des idéaux sociaux comme l’ouverture ou l’égalité des chances. Parallèlement, ces politiques sont ouvertement critiquées parce qu’elles poursuivraient en réalité des intérêts particuliers sous couvert de poursuivre le bien commun. Dans certains cas, des traitements différentiels de sous-populations sont explicitement voulus (par exemple entre personnes de nationalité étrangère et suisses), ce qui a pour conséquence que la politique sociale contribue sans nécessairement le vouloir au renforcement d’inégalités existantes – faisant ainsi obstacle à la poursuite du bien commun. Dans le discours public, les avantages que les différents groupes de la population tirent de politiques sociales spécifiques sont comparés les uns aux autres et la dénonciation de politiques prétendument « intéressées » fait partie intégrante des affrontements politiques.

L’objectif de cet atelier et de discuter cette thématique à partir de deux interrogations: d’une part nous cherchons à comprendre quelles catégories sociales sont (co-)construites par les politiques sociales contemporaines et comment ces catégories sont légitimées (ou remises en question) à partir d’arguments invoquant l’intérêt individuel ou le bien commun. D’autre part, nous nous intéressons aux répercussions que les politiques sociales ont sur différents groupes sociaux et comment ces politiques sont vécues par les groupes concernés. Cela inclut la question de savoir quels groupes sont exclus des prestations sociales, soit parce qu’ils n’y ont pas droit, soit parce qu’ils ne souhaitent pas y avoir recours.

Le comité de recherche 'Problèmes sociaux' de la SSS et le Pôle de recherche national LIVES (IP205) comptent recevoir une large palette de contributions abordant la question du développement des politiques sociales suisses entre bien commun et intérêts individuels. Toutes les approches méthodologiques et théoriques sont les bienvenues. Nous poursuivons trois objectifs spécifiques : nous aimerions motiver surtout les jeunes chercheuses et chercheurs à présenter leurs travaux, nous souhaitons renforcer les échanges entre Hautes écoles spécialisées et Universités et nous visons enfin à consolider les ponts entre les communautés de recherches romandes et alémaniques.

Si vous souhaitez apporter une contribution à notre atelier, nous vous prions de soumettre un titre, un résumé d’au maximum 2000 signes et vos coordonnées (nom, affiliation, adresse, email). L’abstract devra comporter des informations sur la question de recherche, le contexte théorique et empirique et la démarche méthodologique. Nous vous remercions également de nous soumettre 5 mots-clés et au maximum 10 références bibliographiques.

Felix Bühlmann, Martina Koch (Comité de recherche 'Problèmes sociaux' SSS), Jean-Pierre Tabin et Jean-Michel Bonvin (PRN LIVES)

Merci d’envoyer votre proposition d’ici le 20 février aux adresses suivantes : felix.buhlmann@unil.ch, martina.koch@fhnw.ch, jean-pierre.tabin@eesp.ch, jean-michel.bonvin@unige.ch.

>> Appel à contributions en version imprimable

>> Site web du congrès

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Rester en contact avec ses anciens collègues est une bonne stratégie pour sortir du chômage

Mettant à profit les données uniques et particulièrement riches de l’enquête SOCNET sur les personnes en recherche d’emploi dans le canton de Vaud, Anna von Ow a obtenu le 13 décembre 2016 le grade de Docteure en sciences sociales de l’Université de Lausanne. Sa thèse montre qu’il est plus efficace et rentable de chercher du travail à travers le réseau professionnel que par des contacts privés non liés au domaine d’activité. L’activation des liens purement familiaux ou amicaux peut aussi déboucher sur une prise d’emploi, mais moins souvent, plus lentement et avec un risque accru de diminution salariale.

La crainte du chômage est une des préoccupations majeures des Suisses, montrent les sondages année après année, malgré un taux d’emploi particulièrement élevé. Or peu d’études sont consacrées aux meilleurs moyens de trouver du travail, car les données exhaustives sur les chômeurs sont rares, y compris dans les pays plus concernés. C’est ce manque qu’est venu combler l’enquête SOCNET, menée au sein du Pôle de recherche national LIVES en collaboration avec le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Cette recherche approfondie sur les personnes en recherche d’emploi a abouti à deux thèses doctorales : celle de Nicolas Turtschi en 2015 et celle d’Anna von Ow, tout récemment soutenue à l’Université de Lausanne sous la direction du Prof. Daniel Oesch.

Dans le cadre du projet IP204, l’équipe a eu accès début 2012 à l’ensemble des personnes nouvellement inscrites dans les Offices régionaux de placement du canton de Vaud. Près de 2000 personnes ont accepté d’aller jusqu’au bout de l’enquête en 2013, qui consistait en une série de questionnaires et visait - entre autres - à voir qui trouvait du travail, par quels moyens, en combien de temps et pour quel salaire. Disposer d’un échantillon aussi hétérogène en termes de profils mais soumis à un même contexte institutionnel et aux mêmes conditions macro-économiques a été la grande force de cette étude, qui a en outre pu s’appuyer sur des données de l’administration publique.

Liens professionnels et liens communaux

Anna von Ow a concentré son analyse sur le capital social des personnes en recherche d’emploi en distinguant les liens professionnels - constitués d’anciens collègues, de contacts de travail ou de proches travaillant dans le même secteur d’activité - des liens dits « communaux », constitués par les relations familiales ou amicales ne partageant pas le même domaine professionnel. Il s’agissait de voir quelles sont les ressources sociales disponibles, mobilisées et utiles pour retrouver un emploi.

La thèse d’Anna von Ow a intégré différents courants théoriques sur le capital social, les réseaux sociaux et les parcours de vie. Elle a pu confirmer l’importance des relations interpersonnelles pour trouver du travail, et montrer le poids prépondérant des contacts liés au monde professionnel. Dans l’échantillon SOCNET, plus de 40% des chômeurs ont retrouvé du travail grâce à une information donnée par leur réseau, tuyau qui dans trois cas sur quatre provenait d’un lien professionnel. Le temps qu’il a fallu pour décrocher le nouvel emploi était de 25 semaines en moyenne dans le cas d’un lien professionnel contre 33 dans le cas d’un lien communal. La différence de salaire était encore plus marquante : les personnes qui ont repéré un poste grâce à un lien communal ont perdu en moyenne 289 francs de salaire mensuel par rapport au dernier emploi, alors que les personnes ayant bénéficié d’un lien professionnel ont vu leur revenu mensuel augmenter de 254 francs en moyenne.

Cumul des inégalités

Cela fait dire à Anna von Ow que les liens communaux sont des contacts « de dernier recours », qui ne garantissent pas la meilleure adéquation entre les compétences réelles du chercheur d’emploi et le poste retrouvé. Elle montre également le côté cumulatif des inégalités : les personnes qui disposent le moins de ressources culturelles du point de vue de leur niveau de formation sont également celles qui bénéficient le moins de ressources sociales utiles pour retrouver du travail, c’est-à-dire de liens professionnels, et le moins de capacité à les mobiliser. Quand la première information sur le poste trouvé provenait malgré tout d’un lien communal, les hommes et les universitaires étaient moins désavantagés en terme de durée de chômage que les femmes et les personnes peu qualifiées.

D’autres nuances s’imposent encore : les jeunes, en début de parcours professionnel, gagnent plus s’il trouvent un emploi par un biais non-réseau comme par exemple en répondant à une annonce sur internet ou en envoyant une candidature spontanée. On constate que les liens professionnels sont surtout utiles aux personnes âgées entre 45 et 54 ans, au faîte de leur carrière ; les contacts professionnels servent également davantage les étrangers, car les nationaux trouvent plus souvent du travail par les canaux traditionnels que sont la réponse à une annonce ou des offres spontanées. Cependant il faut encore distinguer entre ressortissants européens et extra-européens, et par niveau de formation. Allant très en profondeur dans une multitude d’analyses, Anna von Ow décortique au maximum toutes les caractéristiques de son échantillon.

Favoriser le mentorat

La chercheuse conclut sur la nécessité de soutenir les chômeurs les plus vulnérables dans la construction et l’activation de leur réseau, en particulier professionnel, surtout concernant les personnes de plus de 55 ans et les moins qualifiées. Elle plaide pour la mise en place de systèmes de mentorat afin de venir en aide aux chômeurs ne disposant pas d’un réseau étoffé dans leur domaine d’activité.

La thèse d’Anna von Ow a obtenu les félicitations du jury lors de sa soutenance le 13 décembre 2016 à l’Université de Lausanne. Son niveau de détails a dépassé les attentes exigées pour une telle recherche, ont relevé plusieurs experts. Ils ont également estimé que ce travail ouvrait des perspectives tout à fait enrichissantes pour les politiques sociales, et ont souligné la grande qualité des données, qui grâce au travail extrêmement méticuleux d’Anna von Ow sont maintenant disponibles pour la communauté des chercheurs.

>> Anna von Ow (2016). Finding a job through social ties. A survey study on unemployed job seekers. Sous la direction de Daniel Oesch. Université de Lausanne.

Fondation Leenaards / Caravel Production

Un projet sur la garde des enfants par les grands-parents obtient une bourse de la Fondation Leenaards

Le Prof. Eric Widmer, co-directeur du Pôle de recherche national LIVES, et une équipe de cinq chercheurs et chercheuses de l'Université de Genève, ont obtenu un prix « Âge et Société » de la Fondation Leenaards le 29 novembre 2016. Leur projet vise à étudier les relations entre grands-parents et enfants adultes, s'agissant de la garde des petits-enfants quand celle-ci est régulière. Les données de l'enquête Vivre-Leben-Vivere (VLV) seront exploitées et des entretiens qualitatifs sont prévus.

« Garde des petits-enfants et ambivalence intergénérationnelle »

La prise en charge des petits-enfants par les grands-parents est le mode de garde privilégié par un grand nombre de parents en Suisse, en raison notamment de l’accès difficile à certaines structures d’accueil. Perçu comme « normal », ce type de garde n’est en soi jamais questionné. Il offre cependant un cadre et des conditions à même de révéler toute la complexité et l’ambivalence qui caractérisent les relations entre parents et enfants. Il est donc aujourd’hui fondamental de s’interroger quant à son impact sur la qualité de vie des grands-parents gardiens.

L’hypothèse générale de cette recherche est que la prise en charge des petits-enfants déséquilibre les échanges au sein de la relation intergénérationnelle. Les parents se placent ainsi dans une situation de dépendance, qui peut générer des tensions, les grands-parents pouvant être tentés de s’immiscer dans les choix de vie de leurs enfants (éducation, temps libre, vie amoureuse, etc.). Ainsi, la garde des petits-enfants peut susciter de l’ambivalence, en promouvant à la fois la solidarité – source d’émotions positives et de satisfaction – et des tensions dans toute la configuration familiale, avec potentiellement des effets délétères sur le bien-être des grands-parents gardiens.

Méthodologie et résultats attendus

Cette étude comportera deux volets, l’un quantitatif et l’autre qualitatif. Elle exploitera dans un premier temps les données de l’étude VLV (Vivre/Leben/Vivere) portant sur les conditions de vie et de santé des personnes âgées en Suisse. Elle donnera lieu, dans un deuxième temps, à des entretiens approfondis d’une dizaine de dyades mères/ grands-mères. Cette étude sera conduite sous l’égide de l’Observatoire des familles de l’Université de Genève, ainsi que du PRN LIVES.

Cette étude permettra de mettre en exergue le processus d’émergence de l’ambivalence et ses différentes formes autour de la garde des petitsenfants, ainsi que la manière dont elle est vécue par les mères et les grands-mères. Ces résultats feront l’objet de publications scientifiques et seront diffusés auprès de Cité Seniors et à l’Ecole des grands-parents de Suisse romande, sous la forme d’une documentation et/ou présentation à l’intention des personnes âgées.

Equipe de recherche: Prof. Eric Widmer, Prof. Michel Oris, Dr. Manuel Tettamanti (HUG), Dr. Marie Baeriswyl, Dr. Olga Ganjour, Myriam Girardin.

Source: http://www.leenaards.ch/prix/prof-eric-widmer/

Voir également le film réalisé par Caravel Production:

Première journée romande de psychologie positive à Lausanne, ouverte aux professionnels

Première journée romande de psychologie positive à Lausanne, ouverte aux professionnels

La 1ère Journée Romande de Psychologie Positive aura lieu le 17 février 2017 à l’Université de Lausanne sur le thème "Ressources personnelles et interventions positives pour l'éducation, le monde professionnel et la santé". Co-organisée par l'Institut de psychologie de l'UNIL, le Pôle de recherche national LIVES et la Haute École de Musique de Lausanne en collaboration avec la Société Suisse de Psychologie Positive, cette journée réunira des praticien·ne·s et spécialistes ainsi que des chercheur·e·s. Deux conférences plénières et quatre ateliers-réflexion sont au programme, ainsi qu’une table ronde et un apéritif en musique assuré par Alsibana Saxophone Quartet.

Les individus éprouvent aujourd’hui un besoin marqué de développer des ressources personnelles telles que l’espoir, l’optimisme, la gratitude, le sens de la vie ou la pleine conscience. De telles ressources ont le potentiel d’aider à surmonter ou à prévenir l’apparition de dynamiques de vulnérabilité, ainsi qu’à s’épanouir et s’accomplir pleinement. Elles font l’objet d’études en psychologie positive, une branche de la psychologie qui étudie « les conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement et au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions » (S. L. Gable, & J. Haidt).

Cette journée fait suite à une une initiative de la Société Suisse de Psychologie Positive (SWIPPA). Elle vise à rassembler des praticien·ne·s et spécialistes actifs dans les domaines de l’éducation et la formation, le monde du travail, le conseil en orientation et en carrière ou les soins médicaux et la santé, ainsi que des chercheur·e·s francophones intéressé·e·s par la thématique. L’objectif est de découvrir, réfléchir, et échanger sur les ressources positives et sur les stratégies d’intervention possibles dans ces différents domaines d’activité professionnelle.

CONFÉRENCES PLÉNIÈRES

  • Psychologie Positive, entre innovation et problématiques revisitées
    > Charles MARTIN-KRUMM, Maître de conférences habilité à diriger les recherches - ESPE Rennes, IFEPSA Angers, IRBA Brétigny, APEMAC (Université de Lorraine)
  • Psychologie positive et bien-être durable : quels mécanismes d’action ?
    > Rebecca SHANKLAND, Maître de conférences - Université Grenoble-Alpes

ATELIERS-RÉFLEXION

  • COACHING & MONDE DU TRAVAIL
    Outils pratiques pour augmenter le bien-être et la performance au travail

    > Fanny WEYTENS, Dr. en Psychologie de l’Université de Louvain, Life Coach et Formatrice
  • SOINS MÉDICAUX & SANTÉ PSYCHIQUE
    Le sens de la vie et les ressources au sein de populations cliniques : Présentation de deux outils d’évaluation

    > Tanja BELLIER-TEICHMANN, Psychologue et psychothérapeute FSP, Université de Lausanne
    > Mathieu BERNARD, Dr. en Psychologie, Service de soins palliatifs et de support – CHUV
  • ORIENTATION & CARRIÈRE
    Démarches d’orientation avec les consommateurs de jeux vidéo : guide pratique à l’usage des spécialistes du conseil en orientation et du développement de carrière

    > Shékina ROCHAT, MSc Psychologue conseillère en orientation, Université de Lausanne
  • ÉDUCATION & FORMATION
    Motivation et bien-être scolaire

    > Damien TESSIER, Maître de conférences, Laboratoire Sport et Environnement Social, Université Grenoble-Alpes
    > Rebecca SHANKLAND, Maître de conférences, Université de Grenoble-Alpes

Les ateliers seront suivis d'une table ronde pour intégrer les réflexions générées au cours de ces sessions parallèles. Un apéritif en musique avec Alsibana Saxophone Quartet viendra clôturer la journée.

>> Programme complet (PDF)

>> Résumé des interventions et biographies (PDF)

INFORMATIONS PRATIQUES

  • Date
    Vendredi 17 février 2017 de 8h45 à 17h00
  • Lieu
    Université de Lausanne, Bâtiment Géopolis, salle 1612
  • Les inscriptions sont closes
    Le nombre de participants maximum est déjà atteint.
  • Prix
    (incluant l'accès à la journée, un repas de midi, les pauses et l'apéritif)
    • Étudiant·e·s : 60.- CHF 
    • Membres PRN LIVES, HEMU, Institut de Psychologie UNIL, SWIPPA : 100.- CHF
    • Autres participant·e·s : 150.- CHF
      Pour adhérer à la SWIPPA, veuillez consulter cette page.

COMITÉ SCIENTIFIQUE ET ORGANISATIONNEL

  • Dr. Grégoire Bollmann (Université de Lausanne & PRN LIVES)
  • Prof. Dr. Angelika Guesewell (Haute Ecole de Musique de Lausanne)
  • Dr. Jennifer Hofmann (Université de Zürich & PRN LIVES)
  • Karine Koch (Institut de Psychologie, Université de Lausanne)
  • Dr. Pascal Maeder (PRN LIVES, HES-SO)
  • Emmanuelle Marendaz Colle (PRN LIVES, Université de Lausanne)
  • Luisa Meglio-Vallat (Institut de Psychologie, Université de Lausanne)
  • Prof. Dr. Jérôme Rossier (Université de Lausanne & PRN LIVES)
  • Prof. Dr. Willibald Ruch (Université de Zürich & PRN LIVES)

Renseignements: secretariatip@unil.ch

"Précarité et non-recours aux soins: du constat à l'action" Conférence et table ronde

"Précarité et non-recours aux soins: du constat à l'action" Conférence et table ronde

Une conférence donnée par Héléna Revil, docteure en sciences politiques, Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) de l’Université Grenoble-Alpes, aura lieu le 5 décembre à 18h30 à la Haute école de travail social (HETS) de Genève sur le thème du non-recours aux soins par les personnes en situation de précarité. La conférence sera suivie d'une table ronde avec Yves Jackson (HUG), Claudine Burton-Jeangros (UNIGE) et Dominique Froidevaux (Caritas).

Il est aujourd’hui admis que les inégalités sociales constituent des déterminants importants de la santé. Cependant, les relations entre précarité sociale et non-recours aux soins sont encore peu documentées. Or, amener des réponses de prévention et de promotion de la santé ciblées et pertinentes aux personnes socialement vulnérables reste un enjeu majeur pour nos sociétés qui possèdent pourtant des couvertures maladies dites « universelles ». Les travaux de recherche portant sur le non-recours aux soins, en permettant de mieux connaître les personnes concernées par ce phénomène et les mécanismes qui le sous-tendent, peuvent fournir des points d’appui à la mise en place, par des acteurs publics, de dispositifs expérimentaux visant à limiter, voire à prévenir, le non-recours en matière de santé.

Le 2ème Séminaire régional sur le non-recours se tiendra le mardi 6 décembre en marge de cette conférence et table ronde. Ce séminaire a été initié en 2015 par la Haute école de travail social de Genève (HETS) en collaboration avec l’Institut d’études de la citoyenneté de l’Université de Genève (INCITE, UNIGE) et l’Observatoire des non-recours aux droits et services de Grenoble (Odenore). Son but est de soutenir une dynamique de recherche régionale sur le thème encore peu étudié en Suisse du non-recours.

Le séminaire réunira cette année des chercheuses et chercheurs de la HETS et de la Haute école de Santé de Genève (HEdS), du Département de sociologie de l’UNIGE, de la Haute école spécialisée bernoise (BFH), de la Haute école de travail social et de la santé de Lausanne (EESP), des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) ainsi que de l’Odenore (Grenoble). Il est soutenu par le Pôle de recherche national LIVES.

La veille du séminaire, le 5 décembre à 18h30, une conférence sera donnée par Héléna Revil, docteure en sciences politiques, Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) de l’Université Grenoble-Alpes. Elle sera suivie d’une table ronde avec la participation de:

  • Yves Jackson, Consultation ambulatoire mobile de soins communautaires (CAMSCO), HUG
  • Claudine Burton-Jeangros, Département de sociologie, Université de Genève & PRN LIVES
  • Dominique Froidevaux, Caritas Genève

Modération: Catherine Ludwig, Haute école de santé (HEdS)

Organisation: Barbara Lucas (HETS Genève) et Jean-Pierre Tabin (HETS-EESP Lausanne & PRN LIVES)

Lieu: Haute école de travail social (HETS) - Aula E007, Rue du Pré-Jérôme 1, 1205 Genève (map.search.ch, Google Maps)

>> Programme complet

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La rareté des femmes à la tête des grandes entreprises suisses a des raisons historiques

Longtemps écartées de la politique en Suisse, les femmes ont accédé tardivement à des positions de pouvoir dans l’économie et restent aujourd’hui fortement minoritaires dans les conseils d’administration et les fonctions dirigeantes des grandes entreprises. Pour le 7e numéro de la revue Social Change in Switzerland, Stéphanie Ginalski remonte le fil de l’histoire et décrit comment l’inégalité actuelle a été socialement construite.

En comparaison européenne, la Suisse fait figure de cancre au niveau de l’égalité homme-femme, et cela même du côté des élites. Les conseils d’administration des firmes suisses les plus importantes ne recensent qu’une moyenne de 13.9% de femmes, moins qu’en Espagne ou en Italie, et presque trois fois moins qu’en Norvège ! Dans son article Les femmes à la tête des grandes entreprises suisses : une analyse historique des inégalités de genre, Stéphanie Ginalski, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, retrace les grandes étapes de la pénible ascension des femmes dans l’oligarchie économique suisse.

Jusqu’au début des années 1970, les Suissesses sont exclues du droit de vote et d’éligibilité au niveau fédéral. Ce retard considérable par rapport aux autres pays européens se répercute aujourd’hui encore sur la place des femmes dans l’économie, le combat féministe ayant longtemps été monopolisé par la question du droit de vote avant toute autre revendication. Jusqu’à cette époque, les très rares femmes à la tête d’une entreprise l’étaient pour des raisons familiales, et les conseils d’administration sont restés presque exclusivement des bastions masculins, selon une logique de co-optation où la classe sociale et le grade militaire dominaient.

La carte "femme"

Avec l’obtention du droit de vote et d’éligibilité, quelques femmes ont commencé à percer dans les réseaux économiques, principalement dans le secteur de la grande distribution, où la carte femme était censée garantir une meilleure adéquation de la stratégie avec les attentes de la clientèle majoritairement féminine. Mais c’est seulement à partir de la fin du 20e siècle, avec la globalisation économique, que la part des dirigeantes féminines a réellement commencé à croître dans les grandes firmes du pays.

Aujourd’hui, c’est principalement dans les entreprises publiques, d’une part, et dans les multinationales, d’autre part, que s’observe un réel effort en vue d’une meilleure représentation des femmes dans les conseils d’administration. Le progrès est dû à la volonté clairement affichée par les directions d’apporter davantage d’égalité homme-femme dans le premier cas de figure, et plus de diversité dans le second. Mais le débat sur les quotas, qui permettraient à la Suisse de rattraper son retard, reste à cette heure encore largement controversé et suscite notamment une vive opposition des milieux économiques.

>> Stéphanie Ginalski (2016). Les femmes à la tête des grandes entreprises suisses : une analyse historique des inégalités de genre. Social Change in Switzerland No 7. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact : Stéphanie Ginalski, tél. 021 692 37 75, stephanie.ginalski@unil.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

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Devenir parents, c’est devenir inégaux, conclut une longue recherche interdisciplinaire

De nombreux couples vivent une situation d’incohérence entre leurs valeurs affichées d’égalité et les comportements qu’ils adoptent l’arrivée d’un enfant. Un paradoxe qui s’explique par le concept de « statuts maître sexués », fil rouge d’un ouvrage réunissant sociologues, psychologues, psychologues sociaux et démographes, sous la direction de Jean-Marie Le Goff et René Levy. Basée sur des données récoltées sur l’Arc lémanique auprès de jeunes parents, cette étude figure aussi dans une autre nouvelle publication, à visée comparative entre plusieurs pays d’Europe, où la Suisse apparaît comme particulièrement traditionaliste.

Pourquoi est-ce que des couples valorisant l’égalité homme femme endossent cependant des rôles bien distincts à partir de la naissance de leur premier enfant ? Parce que la transition à la parentalité est le moment du parcours de vie où s’imposent le plus les « statuts maître sexués », un concept qui met en lumière la façon dont les espaces publics et privés sont alloués dans notre société : « Ainsi, les femmes "peuvent" exercer une activité professionnelle ou d’autres activités extrafamiliales dans la mesure où celles-ci n’entrent pas en conflit avec les exigences du travail familial, et les hommes "peuvent" développer leurs rôles familiaux ou d’autres activités extraprofessionnelles dans la mesure où leur exercice ne prétérite pas leur activité professionnelle », écrivent René Levy et Jean-Marie Le Goff dans leur préface du livre Devenir parents, devenir inégaux. Transition à la parentalité et inégalités de genre, qui paraît ces jours aux éditions Seismo.

L’enquête Devenir parent

En dix chapitres rédigés par une majorité d’auteurs liés aujourd'hui au Pôle de recherche national LIVES, cet ouvrage présente les résultats de l’enquête Devenir parent, dont les données ont été récoltées entre 2005 et 2009 auprès de couples vivant essentiellement dans les cantons de Vaud et de Genève. Trois entretiens étaient réalisés avec chacun des partenaires : juste avant la naissance de leur premier enfant, trois à six mois après l’événement, et enfin quand l’enfant avait dépassé l’âge d’une année. L’analyse des données quantitatives est enrichie dans certains cas par une approche qualitative permettant d'appréhender leurs représentations et leurs ressentis.

Il ressort de cette étude approfondie que « des couples aux pratiques initialement égalitaires se traditionalisent à l’arrivée des enfants, et ce en fonction de facteurs qui ne relèvent pas de leurs intentions, mais de leur insertion dans la structure sociale. » Plusieurs exemples sont évoqués : manque d’un véritable congé paternité, inégalités salariales entre les hommes et les femmes, rareté et coût des structures d’accueil pour les enfants en bas âge, absence de politiques de conciliation travail-famille, inadéquation entre les horaires scolaires et professionnels, et plus généralement profil de l'Etat social. Les auteurs postulent également que les convictions égalitaires des jeunes couples ne font pas toujours corps avec des identités sexuées plus classiques, transmises dans leur propre enfance par le modèle parental et réactivées à l’arrivée d’un enfant.

Cette traditionalisation des rôles ne s’exprime pas seulement à travers le taux d’activité professionnelle - réduit pour la majorité des mères et à temps complet pour la majorité des pères. Elle se constate également dans les soins à l’enfant et le travail domestique, où les femmes assument systématiquement la part la plus importante et la moins valorisante. La persistance de ces pratiques, qui se heurtent aux valeurs d’égalité revendiquées par les jeunes couples, crée une dissonance qui n’est pas sans conséquence sur la satisfaction conjugale des jeunes mères, avec tout le potentiel de conflictualité que cette situation génère.

Questions à Jean-Marie Le Goff, démographe, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne et chercheur associé au PRN LIVES

Les données ont été recueillies il y a dix ans. Depuis l’appareil législatif sur l’accueil de jour des enfants s’est étoffé, et le niveau de formation des femmes n’a cessé d’augmenter. Est-ce que cela se traduit par un meilleur taux d’activité professionnelle des femmes aujourd’hui ?

La thèse des statuts maître sexués consiste à dire que l’insertion professionnelle des femmes reste fortement subordonnée à leur vie familiale, pour des raisons institutionnelles et historiques, et le contraire chez les hommes. En ce qui concerne la formation, il ne faut pas seulement regarder le niveau atteint, mais aussi la formation suivie, notamment si elle mène à des emplois de type féminin, dans lesquels les employeurs offrent plus facilement des possibilités d'aménagement du temps de travail. Ce n'était pas tout à fait l'objet de Devenir parent, mais d'autres travaux montrent que les jeunes femmes choisissent ces formations de manière prépondérante. Par ailleurs, avoir une formation élevée ne protège pas nécessairement. Il existe encore des a priori à l'encontre des jeunes mères de famille, voir l'article dans Le Temps du 1er novembre, qui décrit des femmes qui se font licencier juste après leur congé maternité.

Si vous pouviez refaire l’enquête aujourd’hui auprès d’un échantillon similaire, quelles seraient vos hypothèses ?

Une nouvelle étude n'indiquerait pas forcément de changements par rapport à il y a dix ans. Peut-être un peu plus de pères qui souhaitent diminuer leur temps de travail, mais à 80%, alors que la diminution du temps de travail est plus importante chez les femmes. Il y a néanmoins quelque chose qui me pose beaucoup de questions et qui est en lien avec l'augmentation des naissances hors-mariage en Suisse. Elles représentent maintenant près d’un quart des naissances. Dans les travaux que je mène actuellement avec Valérie-Anne Ryser de FORS, il semble que les couples non-mariés sont un peu différents des couples mariés, notamment parce qu'ils discutent, négocient plus entre eux, sont plus égalitaires. On peut envisager deux scenarii futurs si les naissances hors-mariage continuent à se diffuser, à la manière des pays scandinaves. Dans le premier cas, cette diffusion serait accompagnée d'une diffusion de ce modèle avec plus d'égalité. Dans le deuxième cas, avoir un enfant sans être marié deviendrait banal et serait adopté par tous les types de couples, y compris ceux qui sont plus traditionnels. Une réplication de l'enquête Devenir parent dans quelques années pourrait permettre de mieux comprendre ce qui se passe autour des naissances hors-mariage.

Le rôle des pères continue d’être perçu comme secondaire dans les soins à l’enfant. Constate-t-on la même chose dans les pays aux structures plus égalitaires ?

Il semble que les pères suédois s'investissent plus de par leur obligation de prendre un congé parental. La naissance du premier enfant est le moment au cours duquel se construisent de nouvelles routines, notamment dans l'organisation et la répartition des soins à l'enfant. Un congé paternité peut donc aider à plus d'égalité, mais il ne faut pas négliger ce qui se passe avant la naissance de l'enfant, voire bien avant, comme dit précédemment en ce qui concerne la formation.

Dans l’ouvrage comparatif sur les pays européens, vous relevez qu’en Suisse les pères sont peu motivés à réduire leur temps de travail. Qu’en est-il dans les pays nordiques ?

Le temps partiel n'a pas du tout la même importance en Suède qu'il a en Suisse. Il concerne d'ailleurs souvent les travailleurs âgés, qui quittent ainsi progressivement le marché du travail. La Suède se caractérise plutôt par un modèle dans lequel la crèche n'est pas seulement considérée comme permettant la conciliation famille travail, mais joue un rôle de socialisation de l'enfant, voire d'éducation. Les femmes peuvent ainsi rester à plein temps, ainsi que les hommes, et sans culpabiliser !

>> Jean-Marie Le Goff et René Levy (dir.) (2016). Devenir parents, devenir inégaux. Transition à la parentalité et inégalités de genre. Genève : Editions Seismo, 352 p. (avec Laura Bernardi, Felix Bühlmann, Laura Cavalli, Guy Elcheroth, Rachel Fasel, Jacques-Antoine Gauthier, Nadia Girardin, Francesco Giudici, Béatrice Koncilja-Sartorius, Vincent Léger, Marlène Sapin, Claudine Sauvain-Dugerdil, Dario SpiniManuel Tettamanti, Isabel Valarino, Eric D. Widmer)

>> Nadia Girardin, Felix Bühlmann, Doris Hanappi, Jean-Marie Le Goff and Isabel Valarino (2016). The transition to parenthood in Switzerland: between institutional constraints and gender ideologies. In Daniela Grunow and Marie Evertsson (ed.) (2016). Couples' Transitions to Parenthood. Analysing Gender and Work in Europe. Cheltenham Glos (UK) : Edward Elgar Publishing

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Promotion de l’égalité de genre à l’Université de Lausanne : les débuts de carrière académique en question

Les 24 et 25 novembre 2016 aura lieu à l’Université de Lausanne une conférence intitulée « Débuts de carrières académiques en période d’incertitude : défis pour les politiques et les pratiques de promotion de l’égalité ». Organisé par le projet de recherche européen GARCIA, le Programme Egalité du PRN LIVES et le Bureau de l’égalité de l’Université de Lausanne (BEC) avec le soutien de la Plateforme en études genre (PlaGe) et de l’Institut des sciences sociales (ISS), cet événement réunira chercheur·e·s et expert·e·s de plusieurs pays intéressés par la promotion des carrières féminines dans le monde académique.

Cet événement constitue la conférence nationale suisse du projet européen de recherche GARCIA (Gendering the academy and research: Combating career instability and asymmetries), dirigé en Suisse par la Prof. Nicky Le Feuvre. Destiné à combattre les stéréotypes de genre et à promouvoir une culture d’égalité de genre dans sept universités européennes, le projet GARCIA prendra fin en janvier 2017. Ses résultats comprennent notamment les publications suivantes :

Liens étroits avec le PRN LIVES

Plusieurs ateliers pour chercheur·e·s juniors et seniors ont déjà été organisés en collaboration entre le projet GARCIA et le Programme Egalité du Pôle de recherche national LIVES. Cette conférence est un événement commun de plus, né de cette collaboration. Les liens entre LIVES et GARCIA ont été particulièrement étroits : la Prof. Nicky Le Feuvre est responsable de l’équipe GARCIA en Suisse et du projet LIVES IP206 (Genre et professions) ; la Prof. Farinaz Fassa, auparavant responsable du Programme Egalité de LIVES, est membre de l’équipe suisse de GARCIA; et la Dr. Sabine Kradolfer, responsable Egalité au sein de LIVES, est la coordinatrice nationale de GARCIA.

Au cours de la conférence, les principaux résultats du projet GARCIA seront présentés, ainsi que des études menées par différentes hautes écoles et institutions de recherche en Suisse (swissuniversities, FNS, etc.), et par d’autres orateurs invités. La session de la première demi-journée, le jeudi 24 novembre, intitulée “After the PhD: Gendered aspects of undertaking an academic career... or not” (Après le doctorat : aspects genrés autour de la question d’entreprendre une carrière académique… ou pas), abordera les aspects socio-historiques des carrières académiques dans le contexte suisse, en lien avec les autres opportunités de carrières disponibles sur le marché de l’emploi en Suisse.

Oratrice principale et ateliers

Le jeudi soir, une conférence donnée par Klea Faniko abordera la question des conditions selon lesquelles les universitaires seniors ont le plus de chances de soutenir la carrière des post-doctorantes. Après cette conférence, un clip vidéo produit par le Bureau de l’égalité de l’Université de Lausanne (BEC) avec le soutien de LIVES et GARCIA sera projeté, visant à sensibiliser les membres des commissions de nomination au sein de l’UNIL.

Le vendredi matin, une session intitulée “Acting for gender equality in early academic careers: Incentives, initiatives, implications” (Agir pour l’égalité de genre dans les débuts de carrières académiques : encouragements, initiatives, implications) s’intéressera aux effets des politiques de promotion de l’égalité dans le contexte suisse. Puis trois ateliers en parallèle auront lieu au cours de l’après-midi :

  • Impulser une "culture égalité" dans les institutions académiques: stratégies, outils et effets mesurables (en français)
  • "Follow the money, find the power issues": The principles and practices of gender budgeting (in English)
  • L’excellence académique dans la mobilité: un élément-clé dans les débuts de carrières académiques? (en français)

Inscriptions closes. Pour plus d'informations, merci de contacter : michael.posse@unil.ch

>> Programme détaillé

>> Plan du campus

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Pour la lauréate du Prix LIVES, l’école a une part de responsabilité dans le harcèlement des enfants handicapés

Les enfants et adolescents atteints d’une incapacité physique ou mentale sont davantage exposés aux violences corporelles, verbales et psychologiques de la part de leurs camarades que les élèves touchés par un autre type de désavantage. Cela est particulièrement marqué lorsque l’institution a étiqueté ces jeunes comme ayant des besoins éducatifs spécifiques. En récompense de la publication de cette recherche dans la revue Sociology, Stella Chatzitheochari a reçu un prix lors de la conférence annuelle de la Society for Longitudinal and Life Course Studies. Le comité de sélection du Pôle de recherche national LIVES a relevé la qualité scientifique et l’originalité de son étude.

Stella Chatzitheochari

Le LIVES Best Paper Award for Young Scholars distingue des jeunes auteur·e·s de travaux interdisciplinaires sur la vulnérabilité dans le parcours de vie. Remis pour la première fois cette année au cours de la conférence annuelle de la Society for Longitudinal and Life Course Studies (SLLS) le 6 octobre 2016 à Bamberg (Allemagne), le prix de 2000 euros est allé à la Dr. Stella Chatzitheochari, professeure assistante à l’Université de Warwick (GB), pour son article Doubly Disadvantaged? Bullying Experiences Among Disabled Children and Young People in England” (Doublement désavantagés? Les expériences de harcèlement chez les enfants et les jeunes handicapés en Angleterre), publié en ligne en 2015 et imprimé en 2016 par la revue Sociology, avec pour co-auteures Samantha Parsons de l’University College London et Lucinda Platt de la London School of Economics and Political Science.

Double peine

Le papier de Stella Chatzitheochari aborde la question du cumul des désavantages qui frappe les élèves infirmes victimes de harcèlement. Déjà rendus vulnérables à cause de leur handicap et des difficultés socio-économiques qui accompagnent leur état de santé, ces enfants et ces jeunes souffrent d’une double peine du fait des difficultés relationnelles vécues au sein de l’école. Il a en effet déjà été prouvé que le harcèlement conduit à des conséquences négatives sur le long terme pour les personnes qui en sont les cibles, tant au niveau de l’équilibre émotionnel que des performances socio-professionnelles.

L’originalité de cette recherche est d’apporter un regard sociologique, quantitatif et longitudinal à un sujet surtout étudié jusqu’à présent d’un point de vue psychologique, qualitatif ou transversal. Partant des données de deux grandes enquêtes britanniques, la Millenium Cohort Study et la Longitudinal Study on Young People in England, Stella Chatzitheochari s’est intéressée au sentiment de victimisation rapporté par les participants aux âges de 7 et 15 ans. Toute son analyse a veillé à isoler ce phénomène d’autres variables explicatives telles que le statut économique et social, les résultats scolaires, la taille et le poids, le genre, l’origine ethnique, la composition familiale, etc.

Reproduction des inégalités sociales

En utilisant trois marqueurs de l’invalidité tels que définis en Angleterre - le LSLI pour les incapacités chroniques, le SEN pour les besoins éducatifs spécifiques, et le SEN complété d’une déclaration officielle de l’établissement -, la Dr. Chatzitheochari construit un modèle social du handicap et observe que les plus hauts taux de victimisation, tels que constatés chez les élèves souffrant d’une incapacité, sont en partie liés à d’autres facteurs de vulnérabilité. Cependant, elle démontre aussi que toutes choses étant égales par ailleurs, les étiquettes institutionnelles augmentent significativement le risque de harcèlement. Ces résultats « attirent l’attention sur le contexte scolaire comme lieu potentiel de reproduction des inégalités sociales », concluent les auteures.

Processus de sélection

Stella Chatzitheochari, détentrice d’un doctorat en sociologie décerné en 2012 par l’Université du Surrey, est la première lauréate du tout nouveau Prix LIVES pour jeunes auteur·e·s qui sera dorénavant remis chaque année. Le comité de sélection est composé des membres de la direction du PRN LIVES et de quatre autres chercheurs seniors, représentant plusieurs disciplines comme la sociologie, la psychologie sociale, la démographie, la statistique, l’économie et la politique sociale. 53 articles étaient en compétition, en provenance de 20 pays répartis sur les cinq continents. Six papiers étaient présentés par de jeunes chercheurs et chercheuses travaillant en Suisse, dont certain·e·s impliqué·e·s au sein du PRN LIVES.

Le comité de sélection a classé les articles en fonction de plusieurs critères : centralité de la recherche sur la question de la vulnérabilité et des parcours de vie, originalité, interdisciplinarité, qualité scientifique et pertinence des méthodes. Dr. Chatzitheochari a aisément rallié un maximum de voix. En plus de recevoir un chèque de 2000 euros, elle a été invitée gracieusement à venir présenter son étude pendant la conférence de la SLLS. Toutes nos félicitations !

>> Chatzitheochari, S., Parsons, S., and Platt, L. (2016) Doubly Disadvantaged? Bullying Experiences Among Disabled Children and Young People in England, Sociology, 50(4): 695-713.

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Le calvaire des chômeurs âgés de plus de 55 ans: une recherche doctorale qui devient un livre

La thèse d'Isabel Baumann vient d'être publié par la série Sringer Life Course Research and Social Policies, éditée par le PRN LIVES et dont c'est le 5e numéro. Se basant sur des données originales sur les trajectoires en Suisse de travailleurs licenciés après une fermeture d'entreprise, cette publication montre que les cinquantenaires rencontrent de sérieuses difficultés pour retrouver un emploi. Tous les chapitres sont accessibles gratuitement en anglais sur Internet.

Pour la première fois depuis le lancement en 2013 de la série Springer consacrée à la recherche sur les parcours de vie et les politiques sociales, un volume paraît sous la plume d'un auteur unique, et il s'agit d'une jeune chercheuse! Isabel Baumann s'est intéressée aux anciens employés de cinq compagnies ayant fermé leurs portes au cours des dernières années. Dans le cadre du projet LIVES IP204 et sous la direction du Prof. Daniel Oesch à l'Université de Lausanne, sa recherche s'est notamment concentrée sur la capacité de ces travailleurs à retrouver un emploi. Ses résultats ont été présentés en 2015, lors de sa soutenance de thèse. Les conclusions principales indiquent que les chômeurs seniors ont beaucoup plus de peine à surmonter leur licenciement que les individus jeunes et peu qualifiés.  

La Suisse connaissant un taux de chômage remarquablement bas comparé à d'autres pays, qu'est-ce que cette publication apporte au débat international sur l'intégration professionnelle? "Elle montre que même dans un pays privilégié, il y a des différences importantes entre les différents profils de travailleurs. Il est donc essentiel de savoir qui souffre le plus avant de concevoir et de mettre en oeuvre des mesures d'aide à l'emploi. En Suisse, ces politiques devraient principalement viser les individus les plus âgés, mais ailleurs il pourrait s'agir d'autres catégories de personnes", explique Isabel Baumann.

Actuellement en Suisse, le débat est vif sur l'opportunité de recruter davantage de seniors pour compenser la réduction attendue de main d'oeuvre étrangère après le vote de février 2014. Cependant, Isabel Baumann souligne qu'on ne connaît pas assez les raisons pour lesquelles les gens de plus de 55 ans rencontrent autant de problèmes quand ils sont en recherche d'emploi. Elle estime que sans une meilleure compréhension du phénomène, il est difficile de prévoir si cette nouvelle situation permettra d'améliorer les perspectives des chômeurs âgés. La tendance démographique actuelle n'a d'ailleurs rien pour rassurer, ajoute-t-elle, au vu du nombre de baby boomers venant gonfler les rangs des cinquantenaires potentiellement menacés par l'exclusion: "Le taux d'emploi de cette population est plutôt satisfaisant en comparaison internationale, mais ceux qui perdent leur emploi deviennent vraiment vulnérables".

Le livre de Springer suit la même structure que sa thèse doctorale, avec une introduction légèrement remaniée pour un public plus généraliste. Grâce au soutien du Pôle de recherche national LIVES, la version électronique est entièrement téléchargeable gratuitement, mais des exemplaires imprimés peuvent également être commandés à un prix raisonnable. Le PRN LIVES espère que cette publication encouragera d'autres jeunes chercheurs et chercheuses à tenter eux aussi cette aventure éditoriale en faisant appel à la série Springer.

>> Baumann, I. (2016). The plight of older workers. Labor market experience after plant closure in the Swiss manufacturing sector. New York, USA: Springer, Life Course Research and Social Policies. Vol. 5.

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Le boom des centenaires est un challenge pour la société et pour leurs enfants seniors

Les personnes de 90 ans et plus constituent le groupe d’âge dont la croissance est la plus rapide. La Prof. Daniela Jopp collecte depuis plusieurs années et dans plusieurs pays des données sur cette population. Elle démarre un nouveau projet en Suisse qui s’intéresse aux relations de ces individus très âgés avec leurs enfants eux-mêmes âgés. Le 22 septembre 2016, elle donnera une conférence publique à l’occasion de l’ouverture des cours de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne.

« Bientôt tous centenaires ? », interroge le titre de la prochaine conférence publique de Daniela Jopp, professeure associée à l’Université de Lausanne et au Pôle de recherche national LIVES. Un enfant sur deux né dans les années 2000 pourrait bien le devenir, annonçait-elle déjà en février dernier lors d’une autre intervention dans le cadre de la conférence REIACTIS. Le 4e âge nous concerne non seulement parce que nous risquons de l’atteindre, mais aussi parce qu’il y a des chances que nos parents vivent bien au-delà de ce qu’ils avaient imaginé.

Les progrès de la médecine ne sont pas les seuls responsables. Un meilleur niveau de vie et plus d’attention portée à la santé permettent à un nombre croissant d’individus de prolonger leur espérance de vie. En dix ans, le nombre de centenaires a augmenté de 30% aux Etats-Unis. Et la probabilité pour les personnes très âgées de conserver leurs capacités cognitives intactes augmente également. Plus de la moitié des centenaires étaient récemment dans cette situation favorable, contre 41% dix ans plus tôt, selon une étude menée par Daniela Jopp et d’autres collègues sur un échantillon allemand.

Les bienfaits d’une vie active

« Nous avons observé que les personnes nées autour de 1912 dont les capacités cognitives sont les plus élevées sont celles qui ont été les plus actives dans leur vie »,  détaille la chercheuse. « Par exemple, les femmes de cette cohorte de centenaires qui ont disposé d’un compte en banque personnel ont un meilleur fonctionnement. Pour les personnes de la cohorte précédente, nées au tout début du siècle, c’était un niveau d’éducation plus élevé et une bonne santé qui permettaient de prédire une meilleure santé mentale. Apparemment, pour les cohortes de centenaires plus récentes, l’activité au cours de la vie a eu un effet protecteur plus important. »

Parlant de santé mentale, un autre fait surprend également : la grande majorité des centenaires ne montre aucun signe de dépression, et seuls 10% indiquent qu’ils désirent mourir. De manière un peu moins étonnante, ceux qui vivent en institution montrent une moins grande satisfaction de vie que ceux qui ont conservé un logement privé. Avoir encore des plans et s’occuper des autres permet aussi aux personnes très âgées de conserver cette envie de vivre : « Une dame à New York nous a raconté vouloir connaître les résultats du Super Bowl de la saison suivante. Deux autres personnes tenaient le coup par souci pour leur fils malade », raconte Daniela Jopp.

Relations sociales et affectives

Les constats du réseau international de recherche constitué par la Prof. Jopp sont parus cet été dans un numéro spécial du Journal of Aging & Social Policy. Sur la base de trois enquêtes menées au Portugal, en Allemagne et aux Etats-Unis, ces papiers s’intéressent tout particulièrement aux relations sociales et affectives de ces grands vieillards, une ligne de recherche que Daniela Jopp poursuit maintenant en Suisse grâce au soutien de la Fondation Leenaards et du Pôle de recherche national LIVES.

Etant donné l’importance reconnue des liens affectifs sur le bien-être, et du fait que les personnes très âgées ont souvent vu disparaître la plupart de leurs contemporains, la recherche de Daniela Jopp entend creuser l’aspect des relations entre ces individus et leur progéniture, entrée ou presque dans le 3e âge. Son équipe a commencé à s’entretenir et cherche encore d’autres contacts avec des dyades de parents-enfants âgés afin de comparer deux groupes : un premier composé de parents de plus de 95 ans et leurs enfants de plus de 65 ans, et un deuxième ensemble constitué de parents âgés de 70 à 85 ans et leurs enfants âgés de 40 à 60 ans.

La chercheuse s’attend à observer une certaine ambivalence dans ces rapport, en particuliers chez les dyades les plus âgées : « Les enfants décrivent en général comme une chance le fait d’avoir un parent très âgé encore en vie, mais ils se plaignent de ne plus avoir assez de temps pour eux-mêmes. Avec le temps, il arrive que d’anciennes blessures psychologiques finissent par ressurgir dans la relation. »

Nouveaux besoins

Le but, en cernant mieux les besoins des aînés et de leurs enfants seniors, est de pouvoir alimenter la réflexion autour de la prise en charge, non seulement des (presque) centenaires, mais aussi des « jeunes » retraités qui s’occupent de leurs parents, car leur propre santé finit souvent par pâtir de cette charge : « Les gouvernements devraient avoir les proches-aidants dans leur radar », soutient Daniela Jopp.

Et puisqu’une bonne partie de la population est destinée à connaître le même sort, elle s’étonne qu’on ne s’occupe pas davantage des problèmes des personnes âgées et très âgées. Les mesures devraient passer, selon elle, par offrir un vrai rôle aux aînés dans la société, leur proposer des mesures de rééducation physique quand nécessaire, se soucier de leur mobilité, veiller à ce que leurs lunettes et appareils auditifs soient régulièrement adaptés, prendre au sérieux et soulager leurs douleurs. Autant de signes de considération permettant une meilleure qualité de vie qui ne font pas encore partie des habitudes, comme si cette partie grandissante de l’humanité n’était que quantité négligeable.

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La recherche sur le vieillissement révèle les maux actuels et futurs de la société

La gérontologie est beaucoup plus que la science de ceux qui s’intéressent aux vieux. En combinant les angles de vue des différentes disciplines impliquées, elle permet de faire un état des lieux du monde contemporain et d’esquisser les défis qui concernent les jeunes d’aujourd’hui et moins jeunes de demain. Le Pôle de recherche national LIVES participe à ce mouvement. Les travaux de ses chercheurs et chercheuses ont débouché sur plusieurs excellentes thèses doctorales, ainsi qu’une contribution récente à une publication majeure.

Consécration pour le Pôle de recherche national LIVES : son directeur, Dario Spini, et trois collègues – Daniela Jopp, Stéphanie Pin, Silvia Stringhini – signent un chapitre dans la 4e édition du Handbook of Theories of Aging, une somme de plus de 700 pages éditée aux Etats-Unis par Vern L. Bengtson et Richard A. Settersten, Jr., rassemblant « les sommités les plus respectées du domaine ».

Biologistes, psychologues, sociologues, ainsi que spécialistes des politiques sociales et de la pratique sont ainsi convoqués pour exposer l’état actuel des connaissances sur le vieillissement, désigner les théories qui n’ont plus lieu d’être et identifier celles qui doivent aujourd’hui les remplacer à la lumière des dernières découvertes. Selon les éditeurs, décrire de nouveaux modèles doit servir à prédire les défis à venir et guider les interventions futures destinées à améliorer la condition humaine.

Processus et dynamiques

Cette 4e édition - près de 30 ans après la première en 1988 et moins de 10 ans après la dernière en 2009 - accorde un intérêt tout spécifique aux processus qui sont à l’œuvre dans le vieillissement. Elle reflète ainsi l’évolution de la sociologie et de la psychologie, qui prêtent de plus en plus d’attention aux dynamiques étudiées par la perspective des parcours de vie, telles que le bien-être ou les relations affectives et le réseau social. L’idée sous-jacente est de s’intéresser à la qualité de vie, au « bien vieillir » et non pas juste au « vieillir le plus longtemps possible », expliquent les éditeurs.

Le chapitre commandé à l’équipe du PRN LIVES prend donc assise sur l’essor des études longitudinales, qui se développent en Suisse comme dans plusieurs autres pays. Les auteurs présentent quatre grandes leçons tirées des enquêtes récentes et toujours en cours sur les personnes âgées. Tout d’abord la difficulté de placer ces recherches dans un cadre temporel fixe et unique : quelles phases de la vie inclure pour une compréhension globale des effets de l’âge, jusqu’à où remonter dans le passé, puis à quelle fréquence répéter les mesures, et comment délimiter empiriquement les différentes temporalités observables dans les trajectoires ?

Hétérogénéité des parcours

Autre problème : prendre en compte l’hétérogénéité des parcours de vie et l’aspect multidirectionnel de certaines variables. Le fameux « paradoxe du bien-être », par exemple, - une théorie considérée jusqu’à il y a peu comme très robuste, indiquant que la satisfaction de vie aurait tendance à augmenter avec l’âge -, ne se confirme en fait que dans les pays riches et chez les personnes en bonne santé. Les modèles de vieillissement ne peuvent par conséquent faire l’impasse des différences de cohorte, de genre et de statut économique et social.

Il faut également considérer la multi-dimensionnalité des parcours de vie, le fait que chaque existence se déploie dans plusieurs domaines, en étant soumise à des facteurs tant objectifs que subjectifs. Face aux difficultés, les individus peuvent mettre en route des mécanismes de « sélection, optimisation et compensation » dans l’agencement de leurs différents types de ressources (économiques, sociales, physiques, etc.) qui rendent plus complexe pour la recherche la lecture des vulnérabilités et la compréhension de la résilience.

Âge biologique et âge social

Enfin les processus de vieillissement agissent à plusieurs niveaux différents. Âge biologique et âge social ne coïncident pas toujours ; les contextes environnementaux, institutionnels et normatifs évoluent également et doivent être pris en compte au fil des différentes générations étudiées.

Difficile, donc, de théoriser une fois pour toutes les nombreuses dynamiques liées au vieillissement, concluent Dario Spini et ses collègues. Relevant à la fois la multiplication bienvenue des enquêtes longitudinales et les difficultés pour les acteurs académiques de mener des carrières privilégiant l’interdisciplinarité, ils se réjouissent du financement croissant d’études sur les parcours de vie, mais restent prudents sur les apports définitifs de ces recherches à une compréhension globale et universelle des mécanismes de vieillissement.

Floraison de thèses

Prudents, ou trop modestes ? Les thèses doctorales réalisées dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES, défendues pour certaines très récemment, révèlent en tout cas de vraies avancées dans l’analyse de certains aspects entourant l’avancée de l’âge. Laure Kaeser, Rainer Gabriel, Marie Baeriswyl, Julia Henke et Barbara Masotti, promus docteurs en 2015 et 2016 par l’Université de Genève, ont tous réalisé leur recherche au sein du Centre interfacultaire de gérontologie et d’études des vulnérabilités (GICEV), sous la (co-)direction du Prof. Michel Oris et sur la base des données collectées par l’enquête Vivre-Leben-Vivere (VLV), financée par LIVES. D’autres travaux sont en cours et déboucheront dans les mois et années qui viennent sur de nouveaux résultats.

Ces jeunes chercheurs et chercheuses montrent que l’évolution du regard sur les personnes âgées, passées de vieillards assistés à seniors actifs, ignore la réalité des plus vulnérables, ceux qui n’ont pas vraiment bénéficié de la démocratisation des études, des progrès institutionnels et sanitaires, et de l’élévation générale du niveau de vie. Leurs analyses fines de l’échantillon VLV, composé de 3600 personnes âgées de plus de 65 ans et faisant suite à deux autres grandes enquêtes menées en 1979 et 1994, donnent un tableau tout en nuances du vieillissement en Suisse.

Perception des difficultés économiques

Julia Henke, par exemple, qui défendait sa thèse le 17 juin dernier, compare des indicateurs objectifs et subjectifs de précarité pour montrer les limites de l’utilisation du seul critère de seuil de pauvreté dans l’évaluation de la vulnérabilité économique. Le revenu de l’assurance vieillesse et survivants (AVS) ne garantit pas aux personnes sans épargne, isolées et en mauvaise santé d’être à l’abri de difficultés financières. Selon la chercheuse, l’observation de la qualité de vie des aînés doit comprendre des aspects psychologiques en plus des données économiques. Elle souligne que le choix des indicateurs n’est jamais innocent et contribue à façonner notre vision du monde, surtout dans une société régie par les données.

Participation sociale et bien-être

La thèse de Marie Baeriswyl, soutenue le 16 juin, apporte également une réflexion dans ce sens. Observant l’évolution de la participation sociale à la retraite, elle constate que « l’émergence de retraités multi-participatifs, engagés, consommateurs, mais aussi intégrés à différentes communautés, privées ou publiques, ne se fait pas sans un décalage croissant avec ceux qui n’ont pas les mêmes opportunités et ressources ». Fait intéressant, la comparaison avec les enquêtes de 1979 et 1994 montre qu’avant 2011, la question de la satisfaction de vie n’était pas posée aux personnes âgées, ce qui pose à nouveau la question de ce que l’on mesure et de ce que cela révèle des paradigmes en cours.

La recherche de Marie Baeriswyl permet de confirmer le lien entre participation sociale et bien-être à la retraite. Elle infirme certaines théories comme le délitement du capital social dans les sociétés contemporaines et la perte des solidarités familiales, « peurs qui ont longtemps marqué la problématisation de la vieillesse », relève la chercheuse. Elle constate par contre une polarisation entre les personnes bien dotées en capital social, économique et culturel, qui maintiennent des liens affectifs de qualité et une vie riche en activités, et les laissés pour compte dont le niveau d’instruction est souvent faible et la santé déclinante.

Des inégalités de genre se perpétuent également après l’âge de la retraite, les hommes restant globalement plus engagés dans l’espace public et les femmes davantage concentrées sur la sphère privée. Un déséquilibre qu’il sera intéressant de réexaminer dans quelques années, pour voir si la participation grandissante des femmes sur le marché du travail modifiera les comportements au moment de la retraite.

Structures contre individus

Cette thèse passionnante s’achève sur un appel à ne pas oublier l’importance de garantir des structures institutionnalisées de participation sociale et à ne pas céder à l’« idéologie de la désinstitutionalisation », qui laisserait les seniors seuls responsables de leur propre activation et nierait les injustices qui sont à la base des différences de participation sociale entre les aînés les plus et les moins favorisés.

Elle rejoint ainsi les conclusions du chapitre de Spini et al. dans le Handbook of Theories of Aging, qui rappelle que s’il est bien établi que l’espérance de vie et le bien-être sont liés à l’environnement socio-économique, de nombreuses théories du vieillissement focalisent toujours sur les caractéristiques personnelles plutôt que de s’intéresser au contexte. A une époque où le poids démographique des personnes âgées met au défi non seulement l’Etat-Providence, mais aussi l’équilibre entre les âges dans les débats démocratiques, se préoccuper des conditions actuelles et futures du vieillissement est d’une importance capitale qui ne cessera de croître.

» Vern L. Bengtson & Richard A. Settersten, Jr. (2016). Handbook of Theories of Aging. New York: Springer, 752 p.

» Dario Spini, Daniela S. Jopp, Stéphanie Pin, and Silvia Stringhini (2016). The Multiplicity of Aging: Lessons for Theory and Conceptual Development From Longitudinal Studies. In Vern L. Bengtson & Richard A. Settersten, Jr. (2016). Handbook of Theories of Aging (p. 669-690). New York: Springer.

» Julia Henke (2016). Revisiting Economic Vulnerability among Swiss Pensioners: Low Income, Difficulty in Making Ends Meet and Financial Worry. Sous la direction de Michel Oris. Université de Genève.

» Marie Baeriswyl (2016). Participations et rôles sociaux à l’âge de la retraite. Une analyse des évolutions et enjeux autour de la participation sociale et des rapports sociaux de sexe. Sous la direction de Jean-François Bickel & Michel Oris. Université de Genève.

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LIVES investit 700'000 francs dans trois projets de recherche sur la santé et le vieillissement

Lancé en janvier dernier, l'appel à propositions de projet de recherche sur le parcours de vie et la vulnérabilité a donné lieu à 42 propositions et à la sélection de trois projets innovants et prometteurs. Au cœur de ces projets figurent les thèmes de la santé et du vieillissement. Deux d'entre eux recourront aux données du Panel suisse de ménages. Une équipe, venue de Suisse alémanique, est nouvelle au sein de LIVES, tandis que les deux autres projets sont menés par des membres établis de notre pôle de recherche.

Cette année, le Pôle de recherche national LIVES a invité des chercheurs travaillant dans des universités suisses ou des instituts de recherche à solliciter le financement de projets d'un montant de 200’000 à 300’000 francs suisses pour une durée de 3 ans. Les projets interdisciplinaires ainsi que ceux faisant appel à des données longitudinales étaient particulièrement les bienvenus.

Sur 42 propositions, trois projets ont été approuvés. Le processus de sélection a été mené par le Conseil consultatif de LIVES, groupe indépendant de chercheurs internationaux chargé de classer les projets proposés en fonction de leur qualité, de leur degré d'innovation et de leur faisabilité.

Les trois projets retenus débuteront en septembre et bénéficieront d'une enveloppe globale de 700’000 CHF. Dans une perspective longitudinale, ils tenteront de répondre à des questions passionnantes sur le vieillissement et la santé. Les chefs de projet seront assistés par de jeunes chercheurs. Chaque projet se concentrera sur l'une des cross-cutting issues (questions transversales) du programme et examinera les effets du stress et des ressources sur les différentes sphères de la vie, au fil du temps et à différents niveaux d'analyse (interactions sociales et contexte normatif).

Résilience après la survenance d'une maladie chronique

Dr. Claudio Peter, chercheur principal à la Recherche suisse pour paraplégiques à Nottwil et au Department of Health Sciences and Health Policy de l'Université de Lucerne, mènera un projet sur la résilience et la vulnérabilité après la survenance d'une maladie chronique. Avec Dr. Gisela Michel, professeure associée dans le même service et directrice adjointe du Registre suisse du cancer de l'enfant, et Dr. Nicole Bachmann, chercheuse collaboratrice à la Haute école spécialisée du Nord Ouest de la Suisse, ils engageront un doctorant et un postdoc à temps partiel.

A l'aide des données du Panel suisse de ménages (PSM), ils ont l'intention d'étudier le bien-être et la santé mentale dans les cinq ans suivant la survenance d'une maladie chronique (attaque, sclérose en plaque, lésion de la moelle épinière, arthrite rhumatoïde, etc.) et de comparer les résultats obtenus aux niveaux d'avant l'événement afin de déterminer les facteurs – ressources physiques, sociales et psychologiques – qui influent sur ces processus. L'équipe pose l'hypothèse que «la compréhension du processus d'adaptation à une maladie chronique est une des clés pour l'élaboration d'interventions ciblées destinées à renforcer la résilience de la personne».

Effets des événements de la vie sur le parcours de santé à un âge avancé

A partir des données du PSM et de celles du projet SHARE (Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe), le deuxième projet a pour mission d'étudier l'influence des événements de la vie sur la santé à un âge avancé. Son équipe est composée de Dr. Stéphane Cullati, Prof. Claudine Burton-Jeangros, Dr. Delphine Courvoisier, Prof. Matthias Kliegel, Dr. Rainer Gabriel, de l'Université de Genève, actifs dans les projets LIVES IP208 et IP213, ainsi que du Prof. David Blane, du International Centre for Life Course Studies in Society and Health à l’University College de Londres, et du Dr. Idris Guessous, de l'Unité d'épidémiologie populationnelle des Hôpitaux universitaires de Genève. Un chercheur postdoctoral ainsi qu'un chercheur en médecine et un statisticien viendront étoffer cette équipe interdisciplinaire d'épidémiologistes et de gérontologistes.

Leurs axes de recherche portent sur l'influence des conditions socioéconomiques de l'enfance et des événements non normatifs tels que la séparation des parents ou la perte de leur emploi sur les parcours de santé à un âge avancé. Ils s'attachent également à étudier l'impact à long terme des trajectoires familiales et professionnelles pendant la vie active sur le parcours de santé à la retraite. Ils testeront l'hypothèse du cumul des avantages et handicaps ainsi que l'effet protecteur de la mobilité sociale.

Sujets très âgés et leurs enfants âgés

Le troisième projet s'attache aux relations entre les personnes très âgées et leurs enfants d'âge mur. En comparant deux groupes de dyades parent-enfant, l'un composé de parents de plus de 95 ans et d'enfants de plus de 65 ans, et l'autre de parents entre 70 et 85 ans et d'enfants entre 40 et 60 ans, les chercheurs font l’hypothèse que le «groupe plus âgé est confronté à des difficultés uniques en raison de la relation prolongée, des besoins de prise en charge et de la plus grande vulnérabilité liée à l'âge et aux ressources limitées des dyades, ce qui les fragilise davantage.» Pour ce projet, des données quantitatives et qualitatives seront recueillies. La fondation Leenaards a déjà financé la première partie exploratoire de cette étude.

La Prof. Daniela Jopp, psychologue et membre de l’équipe IP212 du PRN LIVES à l'Université de Lausanne, mène le projet en collaboration avec la Prof. Kathrin Boerner de l'Université du Massachusetts Boston et le Prof. Heining Cham de l'Université de Fordham. Dr. Claudia Meystre, chercheuse postdoctorale à l'Université de Lausanne, leur apportera son aide, et trois assistantes-étudiantes se chargeront d'interroger les sondés. Cette étude, qui fait appel à plusieurs méthodes, examinera notamment les facteurs contextuels et les valeurs culturelles telles que le «familisme», c'est-à-dire les forts sentiments normatifs d'allégeance à la famille. Par cette étude, les chercheurs espèrent identifier les besoins de nouvelles politiques de santé pour s'adapter à une population en forte croissance.

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Maturité contre apprentissage: de l'emploi grâce aux deux, mais de meilleurs salaires avec la "matu"

La Suisse, permet-elle à trop de jeunes de faire une maturité, au risque qu’ils acquièrent des compétences inadaptées au marché du travail ? Ou, au contraire, mise-t-elle trop sur la formation professionnelle duale qui, en enfermant les jeunes dans des métiers spécifiques, les rendraient vulnérables au progrès technologique ? Le nouveau numéro de la revue Social Change in Switzerland répond à ces deux questions en analysant les perspectives d’emploi et de salaires que différentes formations offrent tout au long de la trajectoire professionnelle.

Sur la base de l’Enquête suisse sur la population active et du Panel suisse de ménages, Maïlys Korber et Daniel Oesch, chercheurs à l’Université de Lausanne, montrent qu’une maturité non suivie d’études universitaires ne relègue pas ses détenteurs à une vie aux marges du marché de l’emploi. Le taux d’emploi des bacheliers est très élevé en Suisse et leur taux de chômage modeste. De même, et contrairement à une idée reçue, les travailleurs avec une formation professionnelle ne sont pas pris de vitesse par le changement structurel lié à l’évolution des métiers. Leur taux d’emploi reste élevé au-delà de 50 ans.

La formation professionnelle est toutefois moins avantageuse au niveau des salaires. A partir de l’âge de 30 ans, les travailleurs n’ayant qu’une maturité – et donc pas de formation tertiaire – gagnent des salaires annuels plus élevés que ceux ayant effectué un apprentissage. Une maturité donne ainsi lieu à une progression salariale plus importante au fil du parcours de vie. Cet avantage salarial en faveur de la maturité est surtout marqué pour les femmes.

Si le bilan de la formation professionnelle duale est excellent au niveau de l’employabilité, il est ainsi moins positif au niveau de l’évolution salariale. Les employeurs en Suisse rémunèrent mieux les personnes avec la seule maturité, une fois que ces derniers ont acquis quelques années d’expérience. Au niveau du marché du travail suisse, rien n’indique donc que le taux de maturité soit trop élevé. S’il l’on veut renforcer l’attrait de l’apprentissage, il s’agit de revaloriser les salaires – plutôt que de restreindre davantage l’accès à la maturité.

>> Korber, Maïlys & Oesch, Daniel (2016). Quelle perspectives d’emploi et de salaires après un apprentissage?. Social Change in Switzerland  No 6, retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact: Daniel Oesch +41 (0)78 641 50 56 / daniel.oesch@unil.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

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Vulnérabilité dans les trajectoires de santé : appel pour la Revue suisse de sociologie

Appel à contributions pour le Numéro spécial 2018, vol. 44(2) de la Revue Suisse de Sociologie: "Vulnérabilité dans les trajectoires de santé : Perspectives du parcours de vie". Délai de soumission: 20 septembre 2016. Éditeurs et éditrice invités : Stéphane Cullati (Université de Genève), Claudine Burton-Jeangros (Université de Genève), Thomas Abel (Université de Berne).

Dans les sociétés contemporaines, les inégalités de santé sont influencées par une variété de déterminants sociaux. La définition classique des inégalités de santé a été récemment revisitée et, en partie, renouvelée par les perspectives du parcours de vie. Au fil du parcours de vie, les déterminants sociaux affectent les trajectoires individuelles de santé et façonnent les différences d’état de santé entre les groups socialement avantagés et désavantagés. Les contextes macro (temps historique, récessions économiques) et micro (sphères familiale et professionnelle, réseaux sociaux) déterminent les trajectoires de santé au cours du parcours de vie et le développement des inégalités de santé parmi et entre les sous-populations. A l’heure actuelle, les inégalités de santé continuent de croître dans les sociétés de l’opulence. Ce constat est un appel à plus de recherches à la croisée des chemins entre sociologie de la santé et épidémiologie du parcours de vie.

Les perspectives du parcours de vie cherchent à comprendre le développement des inégalités dans les trajectoires de santé. La santé est dynamique et elle change au cours de la vie, en suivant différentes chemins (stable en bonne santé, stable en mauvaise santé, en déclin, en amélioration, ou en suivant des fluctuations récurrentes). Au fur et à mesure que les personnes avancent en âge, l’état général de santé décline, lentement, et est progressivement altéré par une perte de capacités fonctionnelles et cognitives. Dans des sociétés caractérisées par l’individualisation et la diversité des modes de vie, les parcours de vie se développent à l’interface entre l’agentivité et les structures sociales. Les développements conceptuels de la sociologie concernant l’agentivité et les structures sociales contribuent à une meilleure compréhension des processus par lesquels émergent au cours du temps les inégalités dans les trajectoires de santé et comment les facteurs sociaux (par exemple, la position socioprofessionnelle, les conditions de travail, la vie maritale et de famille, les modes de vie, le genre, la migration, les discriminations sociales) influencent les trajectoires de santé.

Le système d’éducation, la sécurité sociale et le système de santé influencent les parcours de vie, les ressources que les individus ont à disposition lors des grandes étapes de la vie et leurs chances de maintenir une bonne santé le plus longtemps possible. Au sein de la société, les groupes socialement désavantagés sont structurellement positionnés dans des conditions de vie défavorables et sont, ainsi, plus susceptibles d’accumuler des risques pour leur santé (mauvaises conditions de travail, situation familiales défavorables), de ne pas avoir accès aux ressources matérielles et symboliques nécessaires pour surmonter les adversités de la vie, ou encore de ne pas adopter des comportements favorables à la santé. Cette position sociale, structurellement défavorable, les rend fortement à risque d’un déclin prématuré de leur état de santé au cours de la vie, ou d’un déclin plus rapide en comparaison avec les groupes sociaux avantagés, ou encore d’être confrontés à des transitions de vie non-normatives (perte d’emploi, divorce) pour des raisons de santé.

Ce numéro spécial souhaite réunir des contributions s’intéressant aux processus expliquant comment les avantages ou les désavantages sociaux affectent la santé des individus au cours de leur parcours de vie. Quels facteurs conduisent à une santé vulnérable ou à des maladies chroniques, handicaps ou incapacité ? Quels facteurs contribuent à un déclin accéléré de l’état de santé (trajectoires de santé mentale ou physique ou fonctionnelle) ? Alternativement, quels déterminants ont un impact positif pour la santé, comme par exemple maintenir un bon état de santé (physique, mentale et fonctionnelle) au fur et à mesure du vieillissement ? Dans quelle mesure ces processus sont-ils influencés par l’ancrage des individus dans les structures sociales ? Quels sont les déterminants sociaux (le filet de la sécurité sociale, la position socioprofessionnelle, la vie de famille, la vie professionnelle) et individuels (héritage biologique, émotions, cognitions, comportements de santé) qui modèrent ces processus ? Comment les sphères de vie comme la famille et le travail soutiennent, ou au contraire détériorent, les trajectoires de santé ?

Ce numéro spécial accueille des études empiriques, quantitatives ou qualitatives, ou combinant les deux démarches. Les manuscrits théoriques et les revues systématiques sont également bienvenus. Les manuscrits doivent étudier des trajectoires de santé selon une perspective parcours de vie. Les études peuvent porter sur toutes les étapes du parcours de vie (vie foetale, enfance, adolescence, vie adulte, vieillesse).

Éditeurs et éditrice invités :

Merci de soumettre votre proposition d’article à Stéphane Cullati (stephane.cullati@unige.ch) pour le 20 septembre 2016.
La proposition d’article comprendra les informations suivantes :

  • Nom et prénom, adresse courriel et affiliation de l’ensemble des auteur·e·s
  • Titre de la contribution
  • Résumé d’environ 500 mots plus une bibliographie indicative (sujet, objectif, méthode, résultats, discussion, conclusion).

Les résumés seront évalués par les éditeurs invités et une décision d’acceptation ou de rejet sera communiquée le 20 octobre 2016.
Les auteurs sélectionnés seront invités à soumettre leur manuscrit (max. 8'000 mots, 50'000 caractères incluant tableaux, figures et références bibliographiques) pour le 15 mars 2017. Les manuscrits seront ensuite soumis au processus habituel d’évaluation par les pairs de la Revue suisse de sociologie, avec au minimum deux examinateurs (reviewers) par manuscrit. Les langues des articles peuvent être l’anglais, l’allemand ou le français. Des informations supplémentaires sur la Revue suisse de sociologie et la procédure de soumission sont accessibles à l’adresse www.sgs-sss.ch/sociojournal.
La publication du numéro spécial est prévue pour le mois de juillet 2018.
Pour toutes questions, veuillez contacter Stéphane Cullati (stephane.cullati@unige.ch)

Evolution des familles en Suisse : les analyses du PRN LIVES pour l’Office fédéral de la statistique

Evolution des familles en Suisse : les analyses du PRN LIVES pour l’Office fédéral de la statistique

La Prof. Laura Bernardi et des membres de son équipe (Emanuela Struffolino, Andrés Guarin, Gina Potârca) ainsi que Marion Burkimsher signent les trois papiers du 1er numéro de Demos, une nouvelle newsletter d’informations démographiques de l’OFS. Monoparentalité, fécondité et mariages mixtes sont au sommaire.

Mères seules avec enfants: continuités et changements

Les ménages de parents seuls avec enfants sont en progression dans beaucoup de pays européens. En outre, l’augmentation des séparations et des divorces dans les différentes strates de la société accroît l’hétérogénéité de la population des parents seuls. Les données des recensements montrent que si, de 1970 à 2010, la proportion de ménages monoparentaux – personnes vivant seules avec un ou plusieurs enfants de moins de 25 ans – est restée stable autour de 4%, l’expérience de la monoparentalité n’en a pas moins profondément évolué. Avant les années 1980, les ménages monoparentaux étaient, en Suisse comme dans les autres pays d’Europe, des ménages à la structure relativement stable: une fois établie, la monoparentalité était là pour durer. Depuis les années 1990, on observe que la sortie de la monoparentalité devient plus fréquente et plus rapide, avec notamment des taux plus élevés de formation d’une seconde union et d’une famille recomposée. Cette évolution est en partie liée à des changements dans la composition de la population des parents seuls avec enfants et à l’évolution du cadre normatif qui régit la formation et la dissolution des unions. Face à ces dynamiques, le défi consiste à définir, à évaluer et à imaginer des politiques efficaces de soutien aux personnes qui passent par ces différents états de parentalité.

Schémas de fécondité comparés des immigrées et des Suissesses

Les comportements reproductifs des immigrées de première et de deuxième génération sont un déterminant important de la dynamique démographique, particulièrement en Suisse où les immigrés forment une part importante de la population et présentent une grande diversité de groupes ethniques. Nous décrirons ici les différences qui existent entre les Suisses et différents groupes d’immigrées quant au nombre d’enfants et à l’espacement des naissances, différences que nous interpréterons comme des indicateurs d’intégration. Nous avons utilisé les données de l’Enquête sur les familles et les générations de 2013, complétées par les données du recensement de la population de l’an 2000.

Les mariages mixtes et leur dissolution

On appelle mariage mixte un mariage entre deux personnes d’origine différente. La fréquence des mariages mixtes est un indicateur de la distance sociale et culturelle entre la popu­lation locale d’une part, les différents groupes d’immigrés d’autre part. Nous examinerons dans cet article la fréquence et la stabilité des mariages mixtes en Suisse. Nous nous poserons les questions suivantes: quels groupes d’immigrés ont le plus de chances de se marier avec des Suisses ? Lesquels ont le plus de chances de divorcer d’un conjoint suisse ? Les jeunes générations d’immigrés ont-elles plus ou moins de chances de conclure ou de rompre un mariage avec des Suisses?

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Les enfants ont une vie en dehors de l’école et de la famille. Comment l’organiser?

Les toutes premières Assises de la Famille ont eu lieu à Genève le 31 mai 2016, à l’instigation de la nouvelle association Avenir Familles et de son Observatoire des familles, basé à l’Université de Genève avec le soutien du Pôle de recherche national LIVES. Cette journée de conférences, ateliers et débats a notamment mis en lumière les besoins croissants et parfois contradictoires de flexibilisation d’une part et de sécurisation d’autre part en ce qui concerne l’accueil extrascolaire et extrafamilial des enfants.

Pour leur première édition, les Assises genevoises de la famille ont réuni le 31 mai à Uni Mail quelque 90 participants issus des milieux associatifs, étatiques, économiques et académiques sur le thème de la prise en charge extrascolaire et extrafamiliale des enfants de 4 à 18 ans. L’événement, appelé à se répéter à intervalles régulières, a été initié et organisé par Avenir Famille, association créée il y a moins d’une année et regroupant déjà une quarantaine de partenaires. Elle comprend un volet recherche sis au Département de sociologie de l’Université de Genève sous la direction du Professeur Eric Widmer, co-directeur du Pôle de recherche national LIVES.

La matinée a été consacrée à trois conférences plénières impliquant six orateurs. Gianluigi Giacomel et Antonio Martin Diaz, actuellement chargés de recherche à l'Université de Lausanne, ont présenté les résultats de l’étude Prise en charge extrascolaire et extrafamiliale des enfants genevois, réalisée en 2013-2014 sur mandat de la Ville de Genève auprès de 1700 ménages. On y apprend par exemple que 60% des élèves genevois utilisent les restaurants scolaires et 40% les activités parascolaires en fin d’après-midi. Près d’un enfant sur deux est régulièrement gardé par un membre de la famille élargie, surtout les mercredis après-midi. Pendant les vacances, 7% des enfants ne partent pas du tout, et l’on constate que les activités encadrées à la journée ont largement supplanté les colonies de vacances.

Le Prof. Widmer a ensuite livré une analyse de ces résultats à la lumière du profil sociodémographique des parents. Il a constaté que les bas revenus sont associés à une moindre mobilisation du parascolaire, des activités extrascolaires et de la famille élargie, ce qui pose la question de l’encadrement de ces enfants, « davantage laissés à eux-mêmes dans les milieux où les ressources économiques, culturelles et sociales sont les plus faibles (…) alors qu’ils devraient être plus entourés pour compenser les désavantages sociaux ». Selon le chercheur, les familles migrantes souffrent particulièrement de cette « cumulativité des manques », résultant en une certaine « timidité sociale ». Il a conclu en déclarant qu’il ne fallait pas forcément augmenter l’offre, mais peut-être réfléchir à la présenter ou la structurer de manière différente, faisant appel à « l’intelligence collective » des participants aux Assises.

Flexibilité contre sécurité

Les deux conférences qui ont suivi, ainsi que les ateliers dans l’après-midi, ont ensuite à plusieurs reprises donné à réfléchir sur deux tendances actuelles de la société, flexibilisation et sécurisation, dont les impératifs s’avèrent parfois difficiles à concilier.

La sociologue Marie-Agnès Barrère-Maurisson, chercheuse au CNRS et spécialiste des relations entre famille et emploi, a distingué trois étapes au cours des cinquante dernières années en France : le familialisme des années 60 et 70, avec une division très genrée des rôles paternel et maternel, suivi dans les années 80 par une phase de féminisme, où la place des mères dans le monde du travail a été facilitée, pour arriver à partir des années 1990-2000 à une ère de « parentalisme », où l’enfant est au centre, quelle que soit la nature des relations conjugales entre les parents. « Ce qui fait famille aujourd’hui, c’est l’enfant et non plus le couple ; c’est le seul élément fixe dans une myriade de parentalités », a décrit la chercheuse, appelant à « repenser l’organisation du travail pour passer d’une culture de la présence à une culture de la performance, c’est-à-dire flexibiliser le temps de travail au maximum, aussi pour les hommes », dont l’implication croissante auprès des enfants a été saluée.

Cette promotion de la flexibilité n’a pas manque de faire réagir le public. « Je suis choquée car en ce qui me concerne, j’effectue 60% de présence pour 100% de performance », a relevé une participante. Plusieurs personnes ont ensuite souligné qu’il fallait bien entendu distinguer la flexibilité choisie de la flexibilité subie.

Ce thème a été parfaitement illustré lors de la conférence suivante, donnée par René Clarisse et Nadine Le Floc’h, psychologues et maîtres de conférence à l’Université de Tours. Spécialistes de la chronopsychologie, ils ont montré l’importance de respecter les rythmes journaliers, hebdomadaires et annuels de l’enfant, donnant plusieurs informations sur les pics et les baisses d’attention selon les heures et les saisons. Ils ont également livré des données intéressantes sur les besoins des plus petits en terme de « temps parental », ou autrement dit de « niche sécure », mettant en garde contre l’imprévisibilité des horaires et le travail de weekend côté parents, deux sources de stress pour les enfants ayant des conséquences sur leur niveau d’attention et donc d’apprentissage.

Le point de vue des acteurs

Les cinq ateliers de l’après-midi ont permis de faire un état des lieux et de discuter des structures de prise en charge du point de vue de différents acteurs : écoles publiques ou privées, associations extrascolaires, entreprises, associations familiale, institutions publiques. La tension entre besoin de flexibilité et besoin de sécurité y est fortement ressortie.

D’un côté, les acteurs réclament plus de flexibilité pour ouvrir des crèches, créer de nouvelles activités para ou extrascolaires, étendre les horaires de prise en charge des enfants, permettre des horaires de travail à carte pour les parents... Mais ces exigences se heurtent également à une autre tendance forte de la société vers plus de sécurité : exigences légales et règlementaires toujours plus contraignantes, anxiété des parents face aux accidents et aux performances scolaires et sportives des enfants, manque de tolérance pour les activités collectives bruyantes des jeunes, stigmatisation de certains milieux moins favorisés : « On est dans une société où il n’est plus concevable qu’un enfant aille tout seul sur un terrain de foot », a-t-on entendu pendant l’après-midi.

L’atelier dédié aux institutions publiques a également permis de prendre la mesure de certains cas lourds nécessitant l’intervention des services spécialisés. Il y a beaucoup été question des jeunes en rupture et du besoin d’améliorer la prévention, vue comme un investissement social, mais aussi de renforcer le dialogue avec les parents, la proximité et le travail en réseau, et de tenter de nouvelles manières de communiquer.

Un livre blanc des Assises de la famille reprendra tous ces thèmes en les développant. Un petit pas important pour la famille se transformera peut-être à Genève en un grand pas pour la société !

Lutte contre la pauvreté et participation sociale: entre revendications et réalités

Lutte contre la pauvreté et participation sociale: entre revendications et réalités

Le 28 juin 2016 l'Ecole de travail social de la Haute-Ecole spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse accueilera la 2e conférence sur la Planification sociale à Bâle. Organisée par des membres du Pôle de recherche national LIVES, cet événement est ouvert aux chercheurs et praticiens intéressés par les questions d'éradication de la pauvreté et de participation sociale.

Dans les plans de lutte contre la pauvreté et de prévention, les institutions publiques et privées appliquent des procédures qui impliquent de plus en plus les bénéficiaires de ces programmes.

La conférence propose de discuter le statut actuel de cette participation sociale dans les campagnes contre la pauvreté.  Quelles sont les revendications et les démarches des acteurs - institutions publiques, oeuvres d'entraide, ONG, fondations, compagnies privées - quand ils mettent en place leurs programmes et services?

La collaboration entre les agents de l'Etat et de la société civile dans la lutte contre la pauvreté sera un autre aspect de cette conférence. Comment les décideurs des institutions publiques et des ONG peuvent-ils se coordonner pour mettre en place un système durable de programmes et services?

Deux experts reconnus donneront chacun une conférence plénière. Puis six ateliers suivront pour creuser des aspects tels que le travail avec les jeunes adultes, dans les quartiers ou avec des chômeurs de longue durée.

Organisation:

Informations & Inscriptions

>> www.tagung-sozialplanung.ch (en allemand)

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