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Innovation et intervention sociales : une recherche d’impact dans les domaines du travail social et de la santé

Colloque international le 21 novembre 2018 à la Haute école de travail social (HES-SO) de Genève, avec des conférences de Anne Parpan Blaser (FHNW) et de Jacques Caillouette (Université de Sherbrooke), Mélanie Bourque (Université du Québec en Outaouais) et Christian Jetté (Université de Montréal), ainsi que deux ateliers de réflexion et une table ronde réunissant des intervenants de divers horizons.

L’intervention sociale et sanitaire s’effectue à la croisée des accompagnements individuels et collectifs. Elle s’articule en outre à l’échelle institutionnelle et territoriale. De ce fait, elle réunit une grande variété d’acteurs·trices professionnel·le·s (personnel de premier recours, de formation, de recherche, etc.), des récipiendaires confronté·e·s à toutes sortes de questions sociales et de santé, et dépend également de décisions du législateur, des moyens financiers à disposition et des modes de gestion.

Si l’on considère que l’innovation sociale « peut être définie comme le développement et la mise en œuvre de nouvelles idées (produits, services et modèles) pour répondre à des besoins sociaux et créer de nouvelles relations ou collaborations sociales » (Guide de l’innovation sociale, Commission européenne, 2013), l’intervention sociale et sanitaire peut être considérée comme un champ d’expertise indispensable à la production de nouvelles réponses aux défis sociaux contemporains qui concernent les personnes vulnérables tout au long de leurs parcours de vie : le care, les coûts de la santé, les inégalités sociales et le cumul des désavantages, l’emploi précaire ou atypique, le burnout et la santé au travail, le vieillissement, l’éclatement familial, etc. Ce colloque international questionne dès lors l’apport de l’intervention sociale et sanitaire à l’innovation sociale à travers 3 volets.

Contours

Le premier volet consistera à donner un éclairage conceptuel pour tenter de définir les contours de l’innovation sociale. Nous le ferons en mettant l’accent sur les processus de l’innovation sociale, notamment en matière de participation des professionnel·le·s, mais aussi des récipiendaires dans des institutions et des territoires circonscrits. Ces personnes se situent à différents points de l’espace social qu’il s’agit de saisir collectivement pour que de nouvelles solutions concrètes puissent émerger. En matière d’innovation sociale, il est en effet tout aussi important de valoriser les processus que les résultats, car les modalités de mise en œuvre doivent permettre de développer le pouvoir d’agir des individus et de renforcer les liens sociaux des collectifs mobilisés. Faut-il comprendre ces processus comme des vecteurs de démocratisation transformative pour le bien commun ? Ces enjeux seront développés par des spécialistes de l’innovation sociale.

Processus

Le deuxième volet apportera un regard réflexif sur les processus vécus par les différent·e·s acteurs·trices. Comment fonctionne le collectif d’innovation sociale ? Quelle entente entre les multiples acteurs et actrices ? Comment les différentes expertises (scientifiques, professionnelles et usagères) se combinent-elles ? Du point de vue de la recherche en sciences humaines et sociales, la perspective du parcours de vie permet-elle d’obtenir des résultats novateurs significatifs sans péjorer les droits fondamentaux de personnes vulnérables ? Comment l’intervention sociale se nourrit-elle de cette approche qui met en relief l’interdépendance des domaines de vie et des normes qui gouvernent les ressources sociales, économiques, psychologiques et physiologiques ? Comment peut-elle intégrer des méthodes longitudinales attentives aux temporalités des vulnérabilités ? Quel peut être l’apport des Living Labs pour reconnaître et formaliser la réalisation d’un projet innovant ? Ces questions, et bien d’autres, seront discutées par des spécialistes.

Enjeux

Enfin, le colloque entend interroger les enjeux des processus d’innovation sociale, leurs financements et leurs évaluations. A qui incombe la tâche de valider une innovation sociale ? Selon quels critères et dans quelle temporalité ? Ce type de questionnements interroge la légitimité de l’intervention sociale et sanitaire, mais également le soutien financier et l’institutionnalisation de l’innovation sociale. Le besoin d’intervention dépend en effet fortement de la perception du problème social et de son cadre institutionnel. En Suisse, outre les trois niveaux de compétence étatique et les règles du marché liées à l’économie capitaliste, ce processus est ancré dans un débat idéologique dont les termes doivent être objectivés. C’est en favorisant le dialogue entre les différents acteurs et actrices concerné·e·s que ce troisième volet du colloque sera développé à travers une table ronde.

Programme

Accueil
  • 09h00-09h30 Réception des participant·e·s
  • 09h30-09h35 Ouverture du colloque & introduction par le comité d’organisation
  • 09h35-09h50 Mots de bienvenue
  • Joëlle Libois, Directrice de la Haute école de travail social Genève (HETS-GE)
  • Christine Pirinoli, Vice-rectrice Recherche & Innovation, Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO)
  • Dario Spini, directeur PRN LIVES
Conférence
  • 09h50-10h35
  • Anne Parpan Blaser, Haute école spécialisée du Nord-ouest de la Suisse (FHNW)
    L’innovation sociale – Un concept-pont entre production et utilisation des connaissances
  • 10h35-11h00 Pause
Atelier de réflexion
  • 11h00-12h30 L’innovation sociale en action I : le défi de la collaboration

    (présentations en tandem équipe de recherche/partenaire du terrain ou récipiendaires) 
  • Les situations dites complexes des personnes en situation de handicap : plaisir et souffrance dans le travail éducatif
  • Roms en cité : témoignages, participation et politiques publiques
  • La recherche participative comme méthode pour travailler avec des populations vulnérables et d’impact social à partir des exemples des projets « Encore ! Des histoires ! Évaluation participative du projet pilote de « LivrEchange » et « La parentalité en situation de toxicodépendance dans le canton de Vaud »
  • 12h30-13h30 Pause de midi – repas
Atelier de réflexion
  • 13h30-15h00 L’innovation sociale en action II : le défi du développement
    (présentations en tandem équipe de recherche/partenaire du terrain ou récipiendaires)
  • MeetMyNeeds: Assessing more efficiently the support needs in informal caregivers of persons with dementia, a mixed-method study of current practices and alternative solutions (présentation en français)
  • Le non recours aux prestations sociales à Genève
  • Cause Commune : Méthodologie de politique d’action sociale communale de Chavannes-près-Renens
  • 15h00-15h30 Pause
Conférence
  • 15h30-16h30
  •  Jacques Caillouette, Université de Sherbrooke, responsable au CRISES de l’axe sur les innovations sociales dans les politiques et pratiques sociales
  • Mélanie Bourque, Université du Québec en Outaouais, membre du CRISES
  • Christian Jetté, Université de Montréal, membre du CRISES
Table ronde
  • 16h30-17h45 « Centre d’innovation sociale » de LIVES, défis et perspectives
    Modération : Jean-Pierre Tabin (HETS&Sa | EESP)

Participant·e·s, entre autres :

  • Thierry Apothéloz, Conseiller d’Etat, Genève
  • Philippe Cotting, Association REPER, Fribourg
  • Jacques Laurent, Chef de service, Service d'accompagnement et d'hébergement de l'adulte (SAHA), Canton de Neuchâtel
  • Véréna Keller, AvenirSocial

Informations pratiques

Lieu

Haute école de travail social (HES-SO) de Genève, auditoire E007 (Bâtiment E), Rue Pré-Jérôme 16, 1205 Genève
Plan du quartier : https://www.hesge.ch/hets/contact-0

Inscriptions

Inscription en ligne obligatoire dès l’ouverture du portail fin août.
Frais d’inscription: 10 francs payables sur place

Comité d'organisation

  • Milena Chimienti
  • Pascal Maeder (contact)
  • Christian Maggiori
  • Stéphane Rullac
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Le prix LIVES à un chercheur expatrié montrant les liens à long terme entre habitat et bien-être

Le « LIVES Best Paper Award for Early Scholars » d’une valeur de 2000 € a été décerné au Dr. Bram Vanhoutte le 9 juillet 2018 lors de l’ouverture de la conférence annuelle de la Society for Longitudinal and Lifecourse Studies (SLLS). Son article met habilement en évidence trois concepts majeurs de la perspective des parcours de vie en suivant des trajectoires résidentielles grâce à des mesures empiriques de durée, de temporalité et d’ordre des séquences. Les résultats montrent notamment une association positive entre la possession de son propre logement et le bien-être en seconde partie de vie. Les déménagements fréquents peuvent impacter ou non le bien-être plus tard selon la phase de vie à laquelle ils ont lieu : déménager souvent au cours de l’enfance n’a pas d’effet à long terme, s’avère positif au début de l’âge adulte mais se révèle moins favorable en milieu de vie sur le sentiment de bien-être passé 50 ans.

En tant que jeune Belge travaillant en Angleterre et ayant fréquemment changé de lieu d’habitation au cours des premières années de sa vie adulte, Bram Vanhoutte a de bonnes chances d’être une personne heureuse quand il sera arrivé à l’âge mûr. Cette probabilité sera d’autant plus forte s’il finit par acheter une propriété immobilière. En attendant, ce chercheur associé à l’Université de Manchester a déjà une raison bien tangible d’être content : son article sur les trajectoires résidentielles au cours du parcours de vie vient de recevoir le prix LIVES 2018 pour jeunes auteurs, ce qui lui donne l’occasion de présenter son travail à la conférence de la SLLS à Milan, en plus d’empocher 2000 euros.

Le papier de Bram Vanhoutte, publié dans le journal Longitudinal and Lifecourse Studies, illustre comment le bien-être en deuxième partie de vie peut être lié à des configurations résidentielles antérieures, y compris le temps passé à l’étranger. Basé sur des données ELSA, une étude longitudinale anglaise portant sur le vieillissement, sa recherche montre ainsi, par exemple, que déménager fréquemment comme jeune adulte est associé à un plus grand bien-être quelques décennies plus tard. Par contre, une telle instabilité à un âge plus avancé peut prédire une moins grande satisfaction de vie chez les seniors ayant connu ce type de parcours. Selon l’auteur, la première situation reflète le résultat favorable de transitions importantes réussies, telles que suivre des études universitaires, se mettre en couple et avoir des enfants. Alors que l’autre situation, survenant plus tard dans le parcours de vie, peut être induite par des difficultés comme le divorce, la perte d’un·e conjoint·e, le chômage ou l’invalidité.

Des concepts à l’observation

Partant des concepts de cumul des avantages et des désavantages, de période critique et de mobilité sociale, Bram Vanhoutte traduit empiriquement ces trois mécanismes, bien connus dans la recherche sur les parcours de vie, en observations mesurables de durée, de temporalité et d’ordre dans lesquels se matérialisent les conditions de logement. Les variables, collectées à travers des calendriers de vie et concernant 7500 résidents britanniques, sont construites selon quatre états possibles : vivre en location, dans sa propre propriété, dans un logement non-privé (internat, armée, etc.) ou à l’étranger. En combinant ces quatre états possibles en fonction des dimensions susmentionnées – combien de temps, à quel moment et dans quel ordre, dix types de trajectoires résidentielles distinctes peuvent être identifiées.

Bram Vanhoutte compare alors les types de trajectoires suivies au cours de la vie avec le niveau de bien-être des répondants, âgés de 50 ans et plus. Ici le bien-être est considéré de trois points de vue : affectif, cognitif et « eudémonique » (c’est-à-dire ayant trait au plaisir de vivre), chacun de ces trois types de bien-être étant capturé grâce à des échelles d’évaluation maintes fois validées en méthodologie d’enquête.

Gagnants et perdants

Concernant la durée, les résultats de Bram Vanhoutte montrent que plus une personne passe d’années dans une location, moins ses niveaux de bien-être affectif et eudémonique seront élevés en deuxième partie de vie. Être propriétaire pendant plusieurs années est associé à moins de symptômes de dépression (ce qui signifie un bon niveau de bien-être émotionnel) ainsi qu’à un meilleur bien-être eudémonique, mais pas à une plus grande satisfaction de vie (qui s’apparente au bien-être cognitif). La possession de son foyer est ainsi un indicateur clair de sécurité économique et de stabilité familiale dont les bienfaits s’accumulent au cours des années. Dans ce sens, la durée exprime bien cet important concept qu’est le cumul des (dés)avantages.

La temporalité fait référence aux périodes critiques ou sensibles, suggérant que certains schémas d’habitat pourraient être plus à risque ou plus bénéfiques selon les étapes de la vie. Bram Vanhoutte démontre clairement que le meilleur moment pour être mobile est le début de la vie adulte, alors que le même comportement est plutôt un mauvais signe plus tard dans le parcours. Cependant, et contrairement à son hypothèse de départ, le chercheur ne trouve aucune association négative entre déménagements fréquents dans l’enfance et bien-être à long terme, même chez les individus les plus défavorisés. La perte de liens sociaux qui aurait pu résulter de ces déplacements répétés pourrait avoir été compensée par l’expansion et l’amélioration des logements sociaux dans les années 60, permettant à la cohorte examinée d’accéder à de meilleures conditions de vie, estime Bram Vanhoutte.

Enfin, l’ordre des séquences d’habitation met effectivement en lumière la question de la mobilité sociale, qu’elle soit ascendante ou descendante, la résidence apparaissant comme « un indicateur alternatif de position sur l’échelle sociale », écrit l’auteur. « Il est clair, selon nos analyses, qu’être locataire après avoir grandi dans une propriété, ce qui est une forme évidente de mobilité sociale descendante, est associé avec les niveaux les plus bas de bien-être dans l’âge mûr, comparé à d’autres trajectoires résidentielles », ajoute-t-il. Avoir grandi à l’étranger est lié à une forme de trajectoire favorable - marquée par de courts passages en internat et en location suivis d’une accession rapide à la propriété - qui s’accompagne de très hauts niveaux de bien-être en fin de vie. Cela doit être compris dans le contexte de la fin de l’Empire britannique, où des familles privilégiées employées dans les colonies sont revenues au pays.

Pertinent, même si contextuel

L’étude toute entière doit être replacée dans le contexte du Royaume-Uni, où la plupart des gens achètent un bien immobilier au cours de leur vie. Mais elle nous invite aussi à réfléchir à l’importance des notions de durée, de temporalité et d’ordre marquant les trajectoires résidentielles dans d’autres contextes. En Suisse, l’accession à la propriété n’est pas si courante, seul un ménage sur trois possédant son propre logement.

Malgré le contexte particulier de l’article de Bram Vanhoutte, ou peut-être justement en raison de sa contextualisation rigoureuse, le jury du prix LIVES pour jeunes auteurs, composé de membres seniors du PRN LIVES, a particulièrement apprécié sa pertinence scientifique pour l’étude des parcours de vie, son approche longitudinale et sa contribution importante à la thématique de la vulnérabilité. Un papier clair et structuré, à n’en pas douter !

>> Vanhoutte, B., Wahrendorf, M., Nazroo, J. (2017). Duration, timing and order: How housing histories relate to later life wellbeing. Longitudinal and Lifecourse Studies: International Journal. Volume 8, Issue 3, pp 227-243

Vulnérabilité dans les trajectoires de santé: Perspectives du parcours de vie. Revue suisse de sociologie

Vulnérabilité dans les trajectoires de santé: Perspectives du parcours de vie. Revue suisse de sociologie

Au carrefour de la sociologie de la santé et de la théorie du parcours de vie, ce numéro spécial réunit des contributions relatives à l'étude des trajectoires de santé et du développement de la vulnérabilité dans le domaine de la santé au cours de la vie. Editeurs: Stéphane Cullati, Claudine Burton-Jeangros, Thomas Abel.

Ce volume regroupe six articles basés sur des recherches quantitatives et qualitatives menées dans des pays européens. Ces contributions apportent des résultats empiriques en lien avec la théorie des parcours de vie (le modèle des avantages cumulatifs et le modèle des périodes critiques / sensibles) et apportent des nouveaux éclairages sur les mécanismes contribuant au développement de la vulnérabilité dans le domaine de la santé.

Table des matières

>> Source et contact: SEISMO

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Les Assises de la famille au chevet des proches aidants, parents pauvres de la politique sociale

La troisième édition des Assises genevoises de la famille a eu lieu le 5 juin 2018 à l’Université de Genève. Organisée par l’association Avenir Famille avec le soutien de l’Observatoire des familles et du Pôle de recherche national LIVES, cette journée de conférences et ateliers a permis de prendre la mesure des problèmes et attentes des proches aidants, qui peinent à obtenir appui et reconnaissance institutionnels mais sans qui le système de santé suisse serait totalement submergé.

Environ une personne adulte sur dix en Suisse consacre du temps chaque semaine à soutenir un proche malade ou âgé. Sans cette aide, il en coûterait 3.5 milliards de francs à la collectivité. Et les besoins vont aller en augmentant avec le vieillissement de la population. On s’attend par exemple à voir doubler les cas d’Alzheimer au cours des vingt prochaines années. Et le personnel soignant manque déjà, forçant les institutions à recruter à l’étranger.

Dans ce contexte potentiellement explosif, les Assises de la famille ont réuni une cinquantaine de participants le 5 juin à Uni Mail, permettant d’aborder les dynamiques familiales complexes et parfois tendues dans lesquelles s’insèrent les proches aidants, ainsi que la nécessité de hisser leurs problématiques dans l’agenda politique.

Une place toujours plus importante

« Les proches aidants vont être amenés à occuper une place toujours plus importante dans la prise en charge des personnes les plus vulnérables. Ils sont un acteur désormais indispensable à notre cohésion sociale », a déclaré le conseiller d’Etat Mauro Poggia lors de son allocution d’ouverture. Pourtant le magistrat a reconnu dans le même temps les difficultés, tant au niveau fédéral que cantonal, d’instaurer un véritable soutien institutionnel aux proches aidants.

Evoquée par un plan d’action de la Confédération en 20141, « la possibilité d’introduire un congé pour tâches d’assistance, avec ou sans maintien du salaire, ou d’autres formes de soutien pour des absences de longue durée dues à la prise en charge d’un proche malade » est par exemple toujours à l’examen. A l’échelon genevois, le Programme de soutien aux proches aidants 2017-2019 promet lui aussi « d’évaluer la faisabilité d’une allocation directe ».

En attendant, le canton a mis en place la ligne de téléphone Proch’Info (058 317 7000) et une page internet avec quelques informations, promettant de réfléchir comment « étoffer l’offre de répit » (www.ge.ch/dossier/ge-suis-proche-aidant).

Car en effet, sans même espérer une quelconque rémunération, les proches aidants sont soumis un stress familial et social très important, et voudraient pouvoir souffler un peu de temps en temps. C’est ce qui est ressorti des différentes présentations et des débats lors de la journée du 5 juin.

Epuisement et emprisonnement

Séphanie Pin, aujourd’hui cheffe d’unité à l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive du CHUV, a présenté les résultats de l’étude AGEneva Care menée en 2015 sur mandat de l’IMAD dans le cadre du PRN LIVES. Portant sur près de 300 proches aidants, la plupart impliqués auprès de personnes âgées de leur entourage, cette recherche a montré que deux tiers des répondants souffrent d’épuisement et que la moitié n’a personne d’autre sur qui se décharger.

Les conjoints et les conjointes, qui représentent 37% des proches aidants enquêtés, souffrent en particulier d’un sentiment d’emprisonnement. Les enfants quant à eux - totalisant plus de la moitié des proches aidants, en grande majorité  des femmes - effectuent en moyenne 25 heures par semaine de services très divers et parfois lourds à assumer, 59% d’entre eux étant en outre aussi actifs ou actives professionnellement.

Si l’ensemble des proches aidants de l’étude genevoise déclarent entretenir une bonne relation avec le proche aidé, on constate cependant une diminution significative de leur satisfaction de vie à mesure que le nombre d’heures dédiées à leur proche augmente. Le besoin d’être remplacé ou de faire une pause sont les problèmes les plus cités par la grande majorité des répondants. Par contre, moins de 15% des proches aidant interrogés déclarent souffrir de difficultés financières.

Une recherche complémentaire en trois volets de l’Observatoire des familles à l’Université de Genève, également présentée lors des Assises, a permis d’enrichir le tableau.

Aide familiale relationnelle et pratique

Pour la partie quantitative, les analyses faites par Olga Ganjour et Eric Widmer sur la base des données de l’enquête VLV, portant notamment sur 700 retraité·e·s à Genève, ont comparé les aides familiales apportées par les proches aidants avec les aides formelles fournies par des tiers institutionnels ou privés.

On constate que les familles sont surtout spécialisées dans l’aide relationnelle, pour assurer une présence ou emmener la personne âgée en promenade. Mais une minorité tout de même significative de proches aidants assument également d’autres tâches, telles que faire les courses, entretenir la maison ou le jardin, cuisiner ou gérer des aspects administratifs.

Cette aide familiale pratique génère bien davantage de tensions dans la famille que la seule aide relationnelle. Une observation confirmée par le volet qualitatif, conduit par Myriam Girardin. Selon la chercheuse, « l’aide conjugale va plus ou moins de soi, mais quand elle provient des enfants, c’est plus compliqué, car ils ont d’autres obligations professionnelles, familiales et sociales ».

Tensions au sein de la famille

Ses entretiens avec des proches aidants de la génération suivant celle du proche aidé ont montré que les tensions apparaissent souvent entre le proche aidant et d’autres membres de sa famille, comme son conjoint ou sa conjointe, ses frères et sœurs, ou encore ses propres enfants, du fait des conflits de priorité.

« On ne partage plus grand-chose ensemble », a ainsi témoigné une proche aidante en parlant de sa fille de 12 ans. « Le soir je suis tellement épuisée (…), elle ne se sent pas assez aimée, pas assez écoutée, je n’ai pas la patience pour prendre sur moi comme une maman devrait faire ».

Cet épuisement conduit nombre de proches aidants à s’isoler socialement et fragilise leur propre santé. Il arrive alors que certains craquent et doivent se tourner dans l’urgence vers les services formels payants, comme l’ont évoqué des professionnels de l’aide interrogés en amont des Assises et dont les propos ont été rapportés par Marie-Eve Zufferey-Bersier, collaboratrice scientifique de l’Observatoire et cheville ouvrière de l’association Avenir Famille.

Un statut pour les proches aidants ?

Les ateliers de l’après-midi ont permis de réfléchir plus en détail à la répartition des rôles entre familles et institutions, aux besoins de soutien des proches aidants, à leur connaissance du réseau existant et leur accès à ces services, et enfin à la question du statut de proche aidant, réclamé par beaucoup.

Ce statut permettrait un meilleur accès, selon les participants des Assises de la famille, à des droits comme la formation et l’information, ainsi qu’à des aides matérielles et humaines afin de leur offrir du répit.

« L’autonomie est une norme sociale si forte dans notre société qu’elle empêche souvent les proches aidants et les proches aidés de reconnaître leurs besoins », a souligné Claudine Burton-Jeangros, professeure de sociologie de la santé à l’Université de Genève, en résumant les discussions de son atelier. « Il manque encore un débat public sur ce qui est légitime d’attendre de chacun », a-t-elle ajouté.

Le challenge des relations intergénérationnelles

Les recherches de l’Observatoire de la famille montrent en tout cas que la société suisse ne peut pas tout attendre des proches aidants. Comme l’a remarqué le Prof. Eric Widmer, « la famille n’est pas un dû, un automatisme, et le sera sans doute encore moins dans l’avenir. C’est un construit personnel qui se développe dans le parcours de vie de chacun. Si les proches aidants sont la solution d’avenir, alors nous avons meilleur temps de réfléchir concrètement à comment soutenir les familles impliquées dans le processus. C’est un challenge énorme du point de vue des relations intergénérationnelles. »

>> Assises 2017

>> Assises 2016

2ème Journée Romande de Psychologie Positive à Lausanne

2ème Journée Romande de Psychologie Positive à Lausanne

La 2ème Journée Romande de Psychologie Positive aura lieu le 8 février 2019 à l’Université de Lausanne sur le thème "Accompagner l'épanouissement tout au long de la vie: Modèles et interventions". Elle accueillera 2 conférences plénières et 2 sessions d’ateliers-réflexion. Les personnes intéressées à animer un atelier sont invitées à se manifester.

Cette journée voit le jour sur une initiative de la Société Suisse de Psychologie Positive (SWIPPA). Elle vise à rassembler les praticien·ne·s et spécialistes actifs dans le domaine de l’éducation et de la formation, de la clinique, du monde du travail, du conseil en orientation et de carrière, de la santé, ainsi que les chercheur·e·s intéressés par la thématique.

L’objectif est de découvrir, échanger et réfléchir sur les modèles et les stratégies d’intervention possibles pour favoriser l’épanouissement des individus tout au long de leur vie, de l’enfance à l’âge avancé, en passant par la vie active.

Appel à contribution

Les personnes intéressées à animer l’un des ateliers-réflexion qui auront lieu en fin de matinée et dans l’après-midi en vue de présenter l’utilisation des outils de la psychologie positive au sein de leur pratique professionnelle peuvent envoyer une proposition de contribution (300 à 500 mots) d’ici au 10 septembre 2018 à Ieva Urbanaviciute.

Programme

08h45-09h15 Accueil et retrait des badges d’inscription
09h15-09h30 Mot de bienvenue

09h30-10h30 Positive clinical interventions for promoting well-being in childhood and old Age

Chiara Ruini – Université de Bologne
The presentation will address the characteristics of well-being during childhood and old age, and will emphasize the main obstacles and impairments. Various types of interventions for addressing those impairments will be described. The presentation will conclude with the illustration of validation studies and their promising results in promoting well-being in those two critical age stages.

10h30-11h00 Pause-café
11h00-12h30 Première session d’ateliers
12h30-14h00 Repas de midi
14h00-15h30 Deuxième session d’ateliers
15h30-16h00 Pause-café

16h00-17h00 Construire des organisations positives

Ilona Boniwell – I-MAPP, Université Anglia Ruskin
Quel rôle le bonheur et le bien-être jouent-ils au travail? Qu'en est-il de l'engagement? Quelle est la relation entre ces notions et la performance? Comment pouvons-nous mobiliser, pratiquer et développer une communauté de travailleurs exceptionnels, en utilisant des facteurs de motivation positifs? Cette conférence synthétisera les ouvrages existants sur la psychologie positive organisationnelle, les études et les courants de pensées, pour proposer un modèle simple d'organisation positive. Par ailleurs, nous examinerons une série d'indicateurs de performance et les solutions organisationnelles qui leur correspondent, pour initier et conserver un changement positif, en nous basant sur des exemples concrets.

17h00-17h15 Conclusion
17h15 Apéritif

Informations pratiques

  • Date et lieu :
    8 février 2019 à l’
    Université de Lausanne, Bâtiment Géopolis, salle 1612
  • Délai d'inscription :
    avant le 31 décembre 2018. Le nombre de participant·e·s est limité à 100. Un formulaire d'inscription sera mis en ligne ultérieurement.
  • Frais d’inscription (repas, pauses et apéritif inclus) :
    • Étudiant·e·s : 60.- CHF
    • Membres AREPP, HEMU, HEP Vaud, HEP Valais, Institut de Psychologie de l’UNIL, LIVES, SWIPPA : 100.- CHFs
    • Autres participant·e·s : 150.- CHFs

Comité scientifique et organisationnel

Avec le soutien du FNS, de la HEMU, de la HEP Vaud, de la HEP Valais, du PRN LIVES et de l'Institut de psychologie de l'Université de Lausanne

iStock © Jacques Palut

En France la mobilité sociale s’essouffle aux portes des Grandes Écoles

Alors que l’influence du milieu social d’origine sur le parcours professionnel diminue progressivement jusqu’à bac+4, elle demeure prédominante pour les diplômé·e·s des établissements d’enseignement supérieur les plus sélectifs. Sur la base de nouvelles analyses, un article de Julie Falcon et Pierre Bataille dans le prestigieux journal European Sociological Review remet en question empiriquement la réputation méritocratique de la « fabrique des élites » françaises.

Deux jeunes chercheurs ayant achevé leur doctorat dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES à l’Université de Lausanne se sont penchés sur la mobilité sociale des diplômé·e·s des différentes filières de formation supérieure en France. En isolant les types et niveaux de formation suivies, les genres et les cohortes, et en comparant le statut socio-économique de départ avec celui atteint dans la vie professionnelle, ils constatent que le pouvoir parfois attribué aux Grandes Écoles de gommer les différences de classe en induisant un « formatage » uniforme est de fait largement surestimé.

Alors que les personnes issues des classes supérieures ont aujourd’hui encore cinq fois plus de chances que les personnes issues de la classe ouvrière d’être diplômées d’une Grande École, les élèves d’origine modeste – et en particulier les femmes – ayant intégré ce type d’établissement scolaire prestigieux peinent à valoriser leur titre scolaire sur le marché du travail aussi bien que leurs camarades mieux nés. Ce constat vient démentir de précédentes assertions dans le milieu scientifique, selon lesquelles l’influence du milieu social décroirait linéairement à mesure que l’on monte dans la hiérarchie des diplômes.

Les données proviennent de l’Enquête Emploi de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), qui n’avait encore jamais été utilisée dans une recherche de ce type. Appelée à travailler avec cette base de données pendant son post-doc à l’université de Stanford, Julie Falcon, aujourd’hui collaboratrice scientifique à l’Office fédéral de la statistique, explique qu’elle a réalisé « l’énorme potentiel de ces données pour analyser la mobilité sociale, tant au niveau de la taille de l'échantillon, de la dimension historique et du niveau de détail des informations disponibles, en particulier pour la catégorie "Grandes Écoles". »

La chercheuse s’est alors associée pour cette étude à Pierre Bataille, actuellement post-doctorant à l’Université Libre de Bruxelles, dont le travail de thèse avait porté sur les parcours de vie des normalien·ne·s. Selon lui, « le débat sur les Grandes Écoles en France ne porte que sur les inégalités d'entrée et jamais sur les inégalités de sorties, comme si l'entrée dans ce type de formation représentait un ticket assuré pour intégrer les fractions hyper dominantes de l'espace social. »

A l'inverse, ajoute-t-il, « les diplômes universitaire de niveau bac+3 ont mauvaise presse, car ils ne seraient pas assez "professionnalisants" pour assurer à leurs étudiant·e·s un avenir professionnel intéressant. Ce que nous montrons, c'est que dans les faits, contrairement aux idées reçues, on constate une mobilité sociale plus importante chez les détenteurs d’une  licence que chez ceux et celles qui sortent d’une Grande École. »

Force égalisatrice de l’université

Portant sur plus de 750'000 personnes nées entre 1918 et 1984, les données de l’Enquête Emploi de l’INSEE attestent en effet de la grande force égalisatrice de l’université : Julie Falcon et Pierre Bataille observent qu’à chaque génération, c’est au niveau bac +3 et +4 que l’origine sociale a le moins d’impact sur le devenir professionnel, en particulier pour les femmes, dont l’accès aux études supérieures a augmenté de manière spectaculaire au cours du 20e siècle. Mais pour celles sortant d’une Grande École, le plafond de verre reste nettement plus difficile à percer lorsqu’elles sont issues des classes populaires et intermédiaires.

Dans le contexte actuel, marqué par la complexification des conditions d'accès à l'université et les débats autour du dispositif ParcourSup, les résultats produits montrent que le caractère non-sélectif de la vaste majorité des premiers cycles de l’université française a constitué jusqu’à aujourd’hui un des facteurs les plus importants de mobilité sociale pour une grande partie des générations ayant bénéficié de la démocratisation scolaire.

En France, la plupart des recherches sur la mobilité sociale s’étaient basées jusqu’à présent sur des données plus anciennes, allant jusqu’à 2003, provenant de l’enquête Formation et Qualification Professionnelle (FQP). Cette nouvelle recherche montre que depuis cette date, pour celles et ceux ayant intégré une formation élitiste, l’emprise de l’origine sociale sur les perspectives d’emploi ne s’est pas affaibli, même pour les cohortes les plus récentes. Cela conduit les deux chercheurs à conclure que le mérite reste surtout récompensé chez les plus nantis.

>> Falcon, J. & Bataille, P. (2018). Equalization or reproduction? Long-term trends in the intergenerational transmission of advantages in higher education in France. European Sociological Review, Vol. 34, Issue 3

 

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Devenir parent marque la fin de l’égalité dans le couple

Dans un article pour la revue Social Change in Switzerland, René Levy fait la synthèse de trois recherches qui permettent de comprendre pourquoi les parcours de vie des femmes en Suisse sont marqués très différemment par la parentalité par rapport à ceux des hommes. Constatant un fort écart entre les valeurs d’égalité et les pratiques effectives des couples, il démontre que ce différentiel a des raisons structurelles, qu’il serait possible de faire évoluer.

En Suisse, la trajectoire professionnelle des femmes reste conditionnée par la maternité. Pour expliquer ce mécanisme, René Levy convoque trois études empiriques réalisées au cours des quinze dernières années, qui éclairent la réalité des fortes inégalités de genre toujours en vigueur.

Premier constat : c’est au moment de la naissance de leur premier enfant que les femmes changent leur rapport au travail. Pour la grande majorité des couples, la venue d’un enfant mène à une double insertion familiale et professionnelle à temps partiel chez les mères, alors que l’immense majorité des hommes a des parcours standard d’emploi à plein temps, quelle que soit leur situation familiale.

Deuxième constat : alors qu’une majorité de couples déclarent des valeurs égalitaires au moment de la première grossesse, ils ne sont plus qu’une minorité, quelques mois après la naissance, à rester cohérents avec cet idéal d’égalité dans la répartition effective des tâches domestiques. La réalité montre que la parentalité induit une très forte « retraditionnalisation » des pratiques, indépendamment des intentions de départ.

Ces deux observations s’éclairent à la lumière du troisième constat : en comparant la Suisse à d’autres pays européens, et en comparant une centaine de micro-régions suisses entre elles, on remarque que l’existence de congés parentaux et de structures d’accueil extra-familial est cruciale. Elle détermine l’amplitude avec laquelle les couples peuvent réaliser effectivement leur idéal d’équilibre égalitaire entre travail et famille.

René Levy conclut que la non-réalisation de mesures d’égalité a des effets à long terme : leur absence non seulement prétérite la situation économique des femmes à la retraite, mais produit aussi des identités genrées chez les enfants, entretenant le cycle de reproduction des inégalités de genre.

>> René Levy (2018). Devenir parents ré-active les inégalités de genre : une analyse des parcours de vie des hommes et des femmes en Suisse. Social Change in Switzerland No 14. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact: René Levy, +41 21 903 11 32, rene.levy@unil.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

>> Voir aussi le papier de René Levy dans Le Temps, en ligne le 23 mai 2018:
La parentalité provoque l'inégalité au sein du couple

Aux Mystères de l’UNIL, le LAbyrinthe du brAssAge MAnga servira de laboratoire au « vivre ensemble »

Aux Mystères de l’UNIL, le LAbyrinthe du brAssAge MAnga servira de laboratoire au « vivre ensemble »

L’édition 2018 des portes ouvertes de l’Université de Lausanne aura lieu du 31 mai au 3 juin sur le campus. Le Pôle de recherche national LIVES proposera aux visiteurs – jeunes et moins jeunes – de réfléchir à la notion d’intersectionnalité à l’aide d’un jeu de cartes mélangeant âges, genres et statuts socio-professionnels.

Dans une formule à la fois éprouvée et à chaque fois renouvelée, les Mystères de l’UNIL accueilleront des classes vaudoises d’élèves de 9 à 13 ans les jeudis 31 mai et vendredi 1er juin, ainsi que familles et visiteurs lambdas les samedis 2 et dimanche 3 juin 2018.

Comme d’habitude, le Pôle de recherche national LIVES a répondu présent à l’appel d’imaginer un atelier, cette année sur le thème « Vivre ensemble ».  Pour nous trouver, il faudra se rendre au stand No 11, intitulé Le LAbyrinthe du brAssAge mAngA.

Là, un peu à la manière d’Alice au pays des merveilles, les visiteurs seront appelés à jouer aux cartes dans un dédale un peu fou, prétexte pour aborder le concept d’intersectionnalité, qui permet de voir comment des individus appartenant à différents types de catégories sociales font face à un cumul de discriminations.

Par exemple: en moyenne, les femmes sont moins payées que les hommes pour le même travail; les personnes jeunes et les personnes âgées ont plus de peine à trouver un emploi, de même que les étrangers et les personnes peu qualifiées. Les gens qui réunissent toutes ces caractéristiques rencontrent donc plus de difficultés sur le marché du travail et dans la vie en général.

Spécialisés dans l’étude de la vulnérabilité dans les parcours de vie, les chercheurs et chercheuses du PRN LIVES sont convaincus qu’une société est plus forte si elle intègre toutes ses composantes, en faisant une place à chacun·e et en donnant les mêmes chances à toutes et tous.

Les joueurs seront donc appelés à former le jeu de carte le plus équilibré et représentatif possible de toutes les différences pour chercher ensemble la sortie du labyrinthe. En faisant ces alliances, ils collecteront les ressources produites par les diverses activités professionnelles des personnages, issus au départ de trois familles distinctes de professions : les facilitateurs (en rouge), les créateurs (en jaune) et les administrateurs (en bleu).

Les Mystères de l’UNIL seront également l'occasion de présenter au grand public comment le PRN LIVES collecte ses données à l’aide de « calendriers de vie », un outil permettant de retracer et visualiser l’ensemble d’une biographie. En faisant ressortir les liens entre les grands domaines de la vie que sont la résidence, les relations affectives, les activités et la santé, ainsi que l’accumulation au fil du temps des avantages et désavantages, c’est aussi une manière de comprendre l’importance de l’intersectionnalité dans les parcours de vie.

>> Poster de l'atelier No 11

>> Programme complet des Mystères de l'UNIL

>> Site web du dessinateur du jeu de cartes: Julien Cordebar

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Quelle est l’influence du réseau social sur les aspirations professionnelles des jeunes ?

Une équipe LIVES sous la responsabilité du Prof. Eric Widmer a remporté le concours pour mener l’enquête ch-x de la Confédération suisse en 2020-21. Les premiers tests du questionnaire informatisé auront lieu dès juin 2018. Les chercheur·e·s visent à établir une cartographie à l’échelle nationale du capital social des jeunes nés au tout début du millénaire, en lien avec leur santé psychique et leurs projets d’avenir.

Tous les deux ans, une nouvelle équipe de scientifiques est nommée pour mener un sondage auprès de tous les jeunes Suisses appelés pour la conscription de l’armée à l’âge de 19 ans. Le questionnaire est également soumis à 3000 jeunes femmes et ressortissants étrangers du même âge répartis sur tout le territoire, ce qui permet d’obtenir un portrait extrêmement complet d’une même cohorte. Chacune de ces enquêtes ch-x porte sur une thématique différente et est attribuée à l’issue d’une procédure ouverte de sélection.

Pour l'enquête 2020-21, c'est un projet déposé par Eric Widmer, professeur de sociologie à l’Université de Genève et co-directeur du Pôle de recherche national LIVES, en collaboration avec Ivan de Carlo, Eva Nada, Marlène Sapin et Gil Viry, qui a gagné le concours. Avec l’aide d’Eva Nada et Myriam Girardin, engagées pour la mise sur pied du projet, les liens entre le capital social des enquêtés et leurs choix de formation et de profession seront scrutés. La partie qualitative de l'étude sera menée à la Haute école de travail social de Genève.

Où se voient les jeunes dans dix ans ? Et quel est le poids de leur réseau personnel sur ces aspirations ? Entre juin et septembre 2018 le questionnaire destiné à recueillir les données nécessaires au projet sera testé sur tablettes numériques auprès d’une centaine de conscrits. L’ensemble de l’enquête devra ensuite être validé par le Comité scientifique et les membres de la Commission ch-x.

Quand la collecte réelle de données aura lieu en 2020-21 sur l’ensemble des sondés, les chercheurs disposeront d’un matériau unique pour constituer une cartographie des réseaux sociaux des jeunes en Suisse intégrant le genre, l’origine sociale et la situation géographique.

Réseaux en forme de chaîne ou de pont

La recherche s’intéresse en particulier à comparer l’effet des réseaux de type "chaîne", c’est-à-dire constitués de personnes fortement reliées entre elles, avec des réseaux de type "pont", où l’individu est entouré de personnes qui n’ont que peu ou pas d’interactions entre elles. Un réseau combinant des aspects "chaîne" et "pont" correspond généralement à un capital social plus élevé, alliant la solidarité du groupe que génère le type "chaîne" à la diversité de contacts et l’autonomie que procure le type "pont".

Une première question est alors de savoir quels facteurs sociaux sont associés à ce capital social. « La taille de l’échantillon ch-x permet, souligne Eric Widmer, d’évaluer précisément comment le milieu social d’origine, la structure familiale mais aussi le lieu de résidence et la mobilité géographique génèrent des insertions relationnelles très spécifiques pour les jeunes adultes, génératrices de ressources différentes. »

Les participants seront interrogés sur les personnes - quinze au maximum - qui ont joué un rôle important dans leur vie au cours des douze mois précédents, que ce soit au sein de la famille, parmi les amis, le milieu scolaire ou professionnel ou dans les clubs, groupements ou associations dont ils font partie. Il sera précisé que ce rôle peut être positif, quand il s’agit de soutien, de conseils et d’encouragements, mais également négatif, quand ces personnes les découragent, les empêchent d’agir ou les énervent.

Ambivalence et conflit

Le réseau peut effectivement être source de conflit, explique Eric Widmer :
« Nous faisons l’hypothèse que les personnes marquées par une forte ambivalence à l’égard de leurs proches auront des aspirations professionnelles moins ambitieuses à cause du stress que cela génère, et qui a un effet direct sur la santé psychique. Mais la causalité peut être aussi inverse, et des aspirations faibles pourraient donner lieu à des conflits avec l’entourage. »

Une batterie de questions validées par des recherches antérieures portera sur la santé psychique, afin de pouvoir analyser statistiquement les relations entre réseaux, état mental et aspirations professionnelles. Le lien entre capital social, santé psychique et parcours de formation et d’insertion n’a pas encore donné lieu à des études approfondies en Suisse, souligne l’équipe.

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Jeunes adultes en Suisse : la formation tertiaire en vaut la peine

Que sont devenus quinze ans plus tard les jeunes qui ont quitté l’école obligatoire en l’an 2000 ? Une étude de Thomas Meyer publiée dans la revue Social Change in Switzerland montre qu’à l’âge de 30 ans, la grande majorité est en emploi et gagne près de 6000 francs par mois. Cet article met en lumière l’effet protecteur des diplômes des hautes écoles, mais également la persistance des inégalités homme-femme.

Sur la base de l’enquête longitudinale suisse TREE (Transitions de l’École à l’Emploi), Thomas Meyer montre que les transitions entre formation et emploi se sont allongées depuis le début du 21e siècle. Ces transitions sont marquées, pour de nombreux jeunes en Suisse, par d’importantes discontinuités, réorientations et années intermédiaires.

Près de la moitié de la cohorte examinée a quitté le système de formation avec un certificat de capacité fédéral (en règle générale un apprentissage) ; 40% ont obtenu un diplôme du degré tertiaire (université, haute école ou formation professionnelle supérieure) – soit deux fois plus que la génération précédente ; et 10% sont restés sans diplôme de formation post-obligatoire.

La situation sur le marché du travail à l’âge de 30 ans est majoritairement favorable : le taux d’activité professionnelle est élevé, le chômage est bas, et le revenu médian s’établit à près de 6000 francs par mois.  Si les diplômé·e·s d’une formation professionnelle initiale (apprentissage) sont beaucoup moins touché·e·s par l’emploi précaire que les jeunes adultes sans formation post-obligatoire, les deux groupes ne se distinguent pas de manière significative au niveau du chômage et du salaire moyen.

Par contre, les personnes diplômées d’une haute école ou ayant achevé une formation professionnelle supérieure gagnent, en moyenne, 1000 francs de plus que les personnes sans formation tertiaire. Si le marché du travail suisse intègre certes bien, voire très bien, les jeunes adultes à tous les niveaux de qualification, la demande de main-d’œuvre est particulièrement importante – et les salaires sont donc plus élevés – pour les jeunes avec une formation tertiaire.

Thomas Meyer montre enfin à quel point le sexe, en combinaison avec la situation familiale, continue d’influencer la situation professionnelle des trentenaires. Alors que presque tous les jeunes pères travaillent à temps plein, une jeune mère sur cinq quitte le monde du travail, trois mères sur quatre travaillent à temps partiel et les différences de salaire entre les sexes s’élèvent à 800 francs par mois.

>> Thomas Meyer (2018). De l’école à l’âge adulte : parcours de formation et d’emploi en Suisse. Social Change in Switzerland No 13. Retrieved from www.socialchangeswitzerland.ch

Contact : Thomas Meyer, +41 31 631 38 23, thomas.meyer@soz.unibe.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

Avec «Refugee Routes», le PRN LIVES s’associe à l’OSAR pour éclairer des parcours de migrants

Avec «Refugee Routes», le PRN LIVES s’associe à l’OSAR pour éclairer des parcours de migrants

Le 26 avril 2018 aura lieu à Lausanne une soirée de présentations sur la situation des requérants d’asile et réfugiés issus de Syrie, afin de mieux comprendre le contexte prévalant dans leur pays d’origine et les procédures qui les attendent en Suisse. Organisée par l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés avec le soutien du Pôle de recherche national LIVES, cette formule sera ensuite répétée à d’autres occasions pour évoquer d’autres contextes migratoires tels que l’Erythrée, l’Afghanistan, etc.

Il y a sept ans, la Syrie basculait dans la guerre civile. Aujourd’hui, le conflit syrien est à l’origine du plus grand nombre de réfugiés dans le monde. Avec 12 millions de personnes déplacées, soit 65% de la population syrienne, la situation humanitaire est catastrophique. En partenariat avec le Pôle de recherche national LIVES, l’OSAR propose une soirée d’information sur la situation des réfugié·e·s en Suisse, leurs motifs d’exil et les conditions d’accueil dans ce pays.

Cette soirée, le 26 avril prochain de 17h30 à 20h30 à l’hôtel Continental de Lausanne (2 Place de la Gare), est ouverte à toute personne intéressée, en particulier dans les milieux associatifs et institutionnels.

Lors de cet événement, le professeur Jordi Tejel, historien et expert du Moyen-Orient à l’Université de Neuchâtel, proposera une lecture historique de la Syrie pour mieux comprendre sa situation actuelle. Ensuite Guillaume Charron, directeur du Independent Diplomat (ID) à Genève depuis 2016 et spécialiste de la situation sur place en Syrie, apportera son exper­tise et partagera son expérience de terrain. Sarah Frehner, collaboratrice scientifique au service juridique de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés, expliquera quelles sont les conditions d’accueil en Suisse pour les per­sonnes provenant de la Syrie. Enfin, avec une touche poétique et culturelle, nous aurons le privilège d’entendre l’histoire de vie d’un réfugié syrien en Suisse. Une partie réservée aux questions du public et un apéritif concluront la rencontre.

Les soirées « Refugee Routes » sont une initiative de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) soutenue par le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité : Perspective du parcours de vie (PRN LIVES).

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Augmenter l’activité professionnelle des seniors: un défi pour l’égalité et la santé au travail

Un projet de recherche européen a démarré en janvier 2018 en vue d’étudier les conséquences de l’allongement de la vie active des hommes et des femmes. Dirigé par la Prof. Nicky Le Feuvre de l’Université de Lausanne (UNIL) et recourant à des méthodes développées au sein du Pôle de recherche national LIVES, le projet DAISIE compare la situation des seniors en emploi dans différents pays, dont la Suisse, avec un focus sur trois secteurs d’activité: les transports, la santé et la finance. Les inégalités sociales et de genre seront au cœur des analyses.

Annoncés en été 2017, trois projets impliquant des chercheurs et chercheuses suisses ont été sélectionnés à la suite d’un appel du réseau NORFACE (New Opportunities for Research Funding Agency Cooperation in Europe) lancé pour soutenir des programmes de recherche sur l’accumulation des inégalités sociales au long du parcours de vie. Au total, 170 équipes avaient répondu à l’appel et 13 projets ont été retenus pour financement. Deux des projets primés ont des liens avec le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité : Perspective du parcours de vie (PRN LIVES). L’un d’eux, Dynamics of Accumulated Inequalities for Seniors in Employment (DAISIE), bénéficiera de 1.5 million de francs sur trois ans.

Le projet DAISIE, dirigé par Nicky Le Feuvre, professeure de sociologie du travail à l’UNIL et cheffe du projet Genre & Professions (IP206) au sein du PRN LIVES, a pour objectif d’étudier les enjeux sociaux du vieillissement au travail. Dans la plupart des pays européens, en effet, l’allongement de l’espérance de vie et les difficultés de financement des caisses de pension génèrent des incitations plus ou moins fortes en faveur de l’allongement de la durée de la vie active des seniors.

Savoir dans quelles conditions il est possible ou souhaitable de prolonger la vie professionnelle des individus est dès lors une question brûlante, car l’emploi des seniors a des conséquences en cascade sur d’autres domaines de la vie, y compris la santé. Outre les enjeux d’emploi, de financement des retraites et de gestion des ressources humaines, ce sujet révèle l’importance des échanges intergénérationnels des seniors, que ce soit avec leurs enfants adultes et leurs petits-enfants ou avec leurs propres parents âgés.

L’une des hypothèses du projet DAISIE est que l’injonction à prolonger la vie au travail concerne presque tous les membres de la « génération sandwich » des 50 ans et plus en Europe aujourd’hui. Toutefois, les conséquences de cette incitation ne seraient pas les mêmes pour l’ensemble des seniors, et représenteraient surtout une source potentielle de vulnérabilité pour les personnes dont les trajectoires professionnelles ont été les moins continues et les moins rémunératrices, dont une part importante de femmes faiblement qualifiées, sur qui repose l’essentiel du travail de « care ».

Cinq contextes nationaux contrastés

Pour vérifier ces postulats, Nicky Le Feuvre s’est entourée de collègues travaillant dans cinq pays européens : la Suisse, le Royaume-Uni, l’Irlande, la Suède et la République tchèque1. Les trois premiers connaissent des systèmes de protection sociale d’inspiration libérale et des régimes de genre à caractère plutôt conservateur. Ici, la prise en charge des personnes dépendantes, à commencer par les enfants en bas âge, repose principalement sur l’économie de marché et/ou sur les familles. La Suède, par contraste, est connue pour l’étendue de ses prestations publiques en faveur de l’articulation travail-famille et pour la grande attention portée à l’égalité femmes-hommes. Enfin, la République tchèque a connu sous l’influence soviétique une culture spécifique du travail des femmes, qui cède actuellement la place à une polarisation des trajectoires d’activité des mères, liée au démantèlement partiel des services publics.

La première partie du projet DAISIE consistera à analyser les parcours professionnels des seniors des deux sexes dans ces cinq contextes sociétaux très contrastés. En Suisse, par exemple, l’équipe s’attend à constater une très grande implication des seniors dans la garde de leurs petits-enfants, « condition structurelle pour que les femmes plus jeunes puissent se maintenir en emploi », souligne Nicky Le Feuvre.

« Si l’idée est que les grands-parents doivent désormais consacrer plus d’années à leur activité professionnelle, notamment parce que cela permet de maintenir l’équilibre financier des caisses de retraite, il faudrait alors mesurer les conséquences de ce changement, notamment pour l’articulation travail-famille, sur plusieurs générations successives », relève la chercheuse.

Les tensions du maintien en activité des seniors

De précédentes recherches menées par Nicky Le Feuvre et ses collaboratrices à l’UNIL ont déjà permis de saisir l’ampleur du problème : « Ce que l’on a vu dans le cadre du PNR 60 (« Égalité entre hommes et femmes »), c’est qu’un certain nombre de femmes ont travaillé à temps partiel pendant que leurs enfants étaient en bas âge - ou jusqu’à l’adolescence, et puis, soit parce qu’elles ont divorcé, soit parce qu’elles ont commencé à faire le calcul de leurs futures rentes de retraite, se sont retrouvées à devoir augmenter leur taux d’activité en fin de carrière, notamment pour compléter leur deuxième pilier. De telles pratiques vont à l’encontre de l’idée d’une transition planifiée des seniors vers une réduction progressive de leurs heures de travail en toute dernière partie de carrière. »

Elle ajoute : « Pour les individus qui ont des métiers plutôt physiques ou nerveusement éprouvants, cette nécessité de travailler plus alors que l’on vieillit génère d’importants risques de santé, qui sont souvent masqués par crainte de paraître peu performant aux yeux de l’employeur, afin de préserver son emploi. Parfois cela se combine avec la responsabilité de s’occuper de parents très âgés devenus dépendants, ou avec la nécessité de soutenir financièrement des enfants adultes qui connaissent des « accidents de parcours » (chômage, divorce, maladie), ce qui participe aussi à cette impossibilité de ‘lever le pied’ en fin de parcours. »

L’apport du PRN LIVES

Pour observer les trajectoires des seniors dans les cinq pays, le projet a adopté un dispositif méthodologique mixte, combinant analyses de séquence et entretiens biographiques rétrospectifs à l’aide d’un « calendrier de vie », deux spécialités du PRN LIVES.

La partie quantitative utilisera les données de l’enquête longitudinale SHARE (Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe), en collaboration avec le Dr. Jacques-Antoine Gauthier de l’UNIL et le Prof. Boris Wernli de FORS.

Pour la partie qualitative, les personnes interrogées seront issues de trois univers professionnels eux aussi très contrastés : les transports, un milieu assez masculin, exigeant du point de vue physique et marqué par des horaires décalés ; la santé, domaine ayant des caractéristiques communes avec les transports du point de vue de la pénibilité, mais plutôt occupé par des femmes ; et la finance, secteur d’activité plus mixte et moins physique, mais actuellement soumis à de fortes restructurations et évolutions technologiques.

Penser égalité et vieillissement de concert

« Les recherches antérieures ont montré que les entreprises ont plutôt tendance à externaliser les effets du vieillissement au travail ; elles encouragent les travailleurs et travailleuses âgé·e·s ‘fatigué·e·s‘ ou malades à réduire leurs heures de travail ou à partir plus tôt à la retraite », observe Nicky Le Feuvre. « Or, de telles pratiques de gestion RH sont difficilement compatibles avec les nouvelles injonctions au maintien en emploi des seniors. »

Nicky Le Feuvre mentionne également que « les politiques du vieillissement au travail, quand elles existent, sont rarement articulées avec les politiques d’égalité. Les deux peuvent même être pensées de manière contradictoire. D’un côté les entreprises facilitent le passage au temps partiel pour les mères de jeunes enfants, alors que de l’autre ces ‘années manquantes’ de cotisation vont peser lourdement sur les conditions dans lesquelles les femmes vont affronter la dernière partie de leur carrière professionnelle. Rares sont les entreprises qui pensent égalité professionnelle et vieillissement au travail de concert. »

Tout au long du déroulement de la recherche, les partenaires du projet DAISIE maintiendront des liens étroits avec des acteurs socio-économiques impliqués dans le vieillissement au travail, notamment par l’organisation de rencontres avec des employeurs, syndicats, associations et décideurs politiques dans chacun des pays étudiés. Un des objectifs est d’arriver à formuler des recommandations utiles pour l’élaboration de politiques de gestion des âges qui prennent en compte de manière intégrée les facteurs essentiels que sont le genre, l’âge et le statut social. Soit ce qu’on appelle, dans la recherche, une approche inter-sectionnelle des inégalités.


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Activer les plus vulnérables ? Le cas de l’Assurance-invalidité révèle bien des paradoxes

Les trois dernières réformes de l’AI en Suisse ont cherché à enrayer l’augmentation des coûts en exigeant de la part des assurés davantage d’efforts de réinsertion professionnelle. Emilie Rosenstein a ausculté cette évolution de manière quantitative et qualitative, et met en lumière l’ambivalence des changements opérés : sa thèse souligne plusieurs asymétries entre les objectifs visés et les résultats obtenus, ainsi qu’entre les normes promues et leurs effets concrets sur les personnes souffrant de handicap.

« Seul est libre qui use de sa liberté et (…) la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres. » Cet extrait du préambule de la Constitution suisse parachève la thèse doctorale d’Emilie Rosenstein consacrée aux contradictions d’un pan important de la politique sociale en Suisse, qui tout en prônant l’intégration des bénéficiaires aboutit à des formes d’exclusion.

Soutenue le 12 février 2018 à l’Université de Genève, cette thèse en sociologie, menée sous la direction du Prof. Jean-Michel Bonvin, analyse les évolutions récentes de l’Assurance-invalidité (AI) en s’appuyant sur deux cadres théoriques : la perspective des capabilités du Nobel Amartya Sen d’une part, qui examine les régimes sociaux sous l’angle de la capacité des individus à faire des choix qu’ils ont des raisons de valoriser, et celles des parcours de vie développée au sein du Pôle de recherche national LIVES, qui perçoit la vulnérabilité comme un manque de ressources affectant plusieurs domaines de la vie, à plusieurs niveaux et dans le temps.

La recherche d’Emilie Rosenstein recourt à des méthodes tant quantitatives que qualitatives et réunit des données d’une grande richesse pour évaluer les conséquences des révisions de l’AI survenues en 2004, 2008 et 2012, dont l’un des objectifs principaux était de réduire le nombre de rentiers, en particulier parmi les jeunes souffrant de handicap psychique, catégorie en forte augmentation depuis les années 90.

Pour tenter d’atteindre leur but, ces réformes ont surtout suivi trois lignes directrices : une évaluation plus stricte du droit à la rente, une intervention plus rapide de l’AI, basée notamment sur une détection précoce des incapacités, et un développement des mesures de réadaptation professionnelle et de placement sur le marché du travail.

Résultats contrastés

Les observations d’Emilie Rosenstein débouchent sur des résultats contrastés : si le nombre de rentiers a nettement baissé au niveau national, la part des plus jeunes bénéficiaires - âgés de 18 à 34 ans - n’a pas diminué ; quant aux rentes d’invalidité pour raisons psychiques, elles demeurent prédominantes et concernent près d’un rentier sur deux.

Des analyses de séquence, conduites par la chercheuse en collaboration avec le Prof. Felix Bühlmann de l’Université de Lausanne sur des échantillons représentatifs de bénéficiaires de l’AI dans le canton de Vaud, permettent de mieux comprendre les trajectoires des assurés au fil du temps et des révisions.

On y constate une augmentation considérable des refus de prestation par l’AI et une accélération clairement visible du traitement des dossiers. L’octroi des mesures de réadaptation professionnelle, quant à lui, est croissant mais reste tout de même marginal.

Durcissement des critères et des exigences

Selon Emilie Rosenstein, « la baisse des effectifs s’explique plus par un durcissement des critères d’éligibilité que par l’augmentation des sorties de l’AI, notamment suite à des mesures de réadaptation. »

Sa thèse pointe plusieurs paradoxes soulevés par les réformes successives. Elle questionne le concept-même d’activation à l’égard de personnes atteintes dans leur santé, à qui il est demandé de concevoir un projet de réinsertion alors qu’elles sont parfois dans un état de grande vulnérabilité.

Une des contradictions, et non des moindres, réside dans le fait que pour réduire les dépenses, l’AI pousse les assurés à se déclarer le plus vite possible, gageant qu’une intervention précoce préviendra le versement de rentes à moyen et long terme. Or cette pression a un effet dissuasif sur les bénéficiaires, soit parce qu’ils ignorent l’étendue des prestations offertes par l’AI, soit parce que leur santé est trop instable pour qu’ils puissent prendre des décisions à ce stade, soit parce qu’ils sont encore dans une phase de déni de leur handicap.

Ces décalages entre la temporalité de l’AI et celle de ses assurés constituent un obstacle pour les reconversions professionnelles. « Le paradigme de l’activation apparaît ainsi profondément paradoxal, entretenant le risque de non-recours en même temps qu’il entend le réduire », s’inquiète la chercheuse.

Risque d’inauthenticité

Emilie Rosenstein estime par conséquent qu’il existe un risque d’« inauthenticité » des projets de réinsertion, et donc d’échec si l’on ne prend pas suffisamment en compte les attentes et les besoins des bénéficiaires. « L’emploi du projet comme outil d’insertion relève alors d’une démarche potentiellement sélective, voire excluante », analyse la chercheuse.

Elle dénonce également la « forte asymétrie entre la responsabilité individuelle des assurés face à leur projet de réinsertion et la limitation des possibilités d’aménagement des opportunités professionnelles. » Dans la perspective des capabilités, Emilie Rosenstein appelle à se soucier davantage des « facteurs de conversion » nécessaires, au niveau du marché du travail et de la société au sens large, pour réduire les inégalités entre personnes valides et invalides et promouvoir ainsi un accès réel, et pas seulement un droit formel, à la réinsertion professionnelle.

Sentiments d’inéligibilité

Une série d’entretiens avec des bénéficiaires viennent enrichir la thèse, permettant à la chercheuse de mettre l’accent sur des sentiments d’inéligibilité ou de honte de la part des usagers de l’AI. Ces récits confirment l’hypothèse selon laquelle une partie des assurés pratiquent une forme d’auto-sélection et risquent de passer à côté des prestations de l’AI, soit parce qu’ils méconnaissant leurs droits, soit parce qu’ils refusent d’être perçus comme des invalides ou qu’ils craignent d’être stigmatisés comme des profiteurs du système.

Avant la soutenance publique de sa thèse, Emilie Rosenstein a eu plusieurs occasions de présenter sa recherche à des professionnels du domaine. Son jury de thèse a particulièrement apprécié ses efforts de transmission aux acteurs concernés et lui a recommandé de chercher à publier ses résultats empiriques dans des revues scientifiques ambitieuses.

À l’heure où la 7e révision de l’AI est déjà en marche, son nouveau titre de docteure lui confère dorénavant toute la légitimité nécessaire pour se faire le porte-voix de ceux qui ne sont généralement pas entendus et que l’on gagnerait à écouter davantage, comme le montre son travail.

>> Emilie Rosenstein (2018). Activer les publics vulnérables ? Le cas de l'Assurance-invalidité. Sous la direction de Jean-Michel Bonvin. Université de Genève

Le CIGEV déménage au boulevard du Pont d'Arve, nouveau site du Pôle de recherche national LIVES à Genève

Le CIGEV déménage au boulevard du Pont d'Arve, nouveau site du Pôle de recherche national LIVES à Genève

Début mars 2018, le Centre interfacultaire de gérontologie et d'études des vulnérabilités quittera ses locaux basés à la route des Acacias pour intégrer de nouveaux bureaux aux 1er et 2ème étages du boulevard du Pont d'Arve 28, de l'autre côté du carrefour d'Uni Mail. Cette nouvelle adresse permettra aux équipes genevoises du Pôle de recherche national LIVES, actuellement réparties sur deux sites, d'être réunies sous le même toit, avec le Cognitive Aging Lab (CAL) et la psycho-linguistique.

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La précarité dans l’enfance a des effets à très long terme sur la santé, surtout chez les femmes

Un projet de recherche interdisciplinaire montre que certaines inégalités peuvent être irrémédiables. Basée à l’Université de Genève et financée par le Pôle de recherche national LIVES, l’équipe a examiné plusieurs aspects de la santé des plus de 50 ans à travers l’Europe. Elle constate que les hommes arrivent mieux à compenser un départ difficile dans la vie que les femmes. Les chercheurs plaident pour des interventions beaucoup plus précoces en termes d’éducation et de prévention.

Les personnes défavorisées du point de vue matériel et social au tout début de leur parcours de vie ont une plus grande probabilité d’avoir une santé fragile dans la deuxième moitié de leur existence. C’est ce qui ressort du projet « LIFETRAIL », mené depuis fin 2016 au sein du PRN LIVES par Stéphane Cullati et plusieurs collègues de l’Université de Genève.

Alors que paraîtra tout prochainement un article de Boris Cheval et al. dans la revue Age and Ageing 1, suivant un autre sorti récemment dans le journal Medicine and Science in Sports and Exercise 2, c’est l’occasion de faire le point sur l’ensemble de cette recherche interdisciplinaire réunissant des sociologues, des psychologues, des épidémiologues et des médecins, et dont plusieurs papiers sont actuellement sur le point d’être soumis ou publiés, montrant pour la plupart de fortes disparités entre les sexes.

De riches données longitudinales

L’ensemble se base sur des données de l’enquête SHARE (Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe) et porte sur près de 25'000 personnes de 50 à 96 ans, interrogées six fois entre 2004 et 2016 dans 14 pays européens.

Sept indicateurs de santé sont examinés : la santé auto-rapportée, c’est-à-dire comment les personnes enquêtées évaluent subjectivement leur état de santé ; la force musculaire, auscultée grâce à un dynamomètre portatif ; la capacité pulmonaire, enregistrée au moyen d’un débitmètre de pointe mesurant la vitesse maximale du souffle ; la qualité du sommeil ; les troubles cognitifs ; l’état dépressif, saisi à travers un questionnaire mainte fois validé par la recherche ; et enfin le niveau de fragilité, qui est calculé en prenant notamment en compte l’indice de masse corporelle et le degré d’autonomie dans plusieurs gestes du quotidien.

Pour connaître la situation socio-économique dans l’enfance (à l’âge de dix ans), l’analyse se fonde sur quatre variables : le métier du principal pourvoyeur de la famille (souvent le père), le nombre de livres disponibles dans le foyer, la qualité de l’habitat (présence ou non d’eau courante, de toilettes et de chauffage central), ainsi que le nombre de personnes par pièces dans le logement.

Importance de la mobilité sociale

Selon tous ces critères, à des degrés plus ou moins marqués, des conditions socio-économiques défavorables dans l’enfance sont associées à une santé moins vaillante à l’âge mûr et dans la vieillesse, sauf pour les hommes qui ont réussi à s’élever socialement.

Cette mobilité sociale ascendante, si bénéfique pour les hommes, est observable en comparant le statut socio-économique de départ avec celui atteint à l’âge adulte, en termes de niveau d’éducation, de type de profession exercée et de situation économique présente. Ceux qui ont accompli des études universitaires, eu des carrières à responsabilités et arrivent facilement à joindre les deux bouts sont nettement privilégiés du point de vue de la santé, même quand ils ont souffert de précarité dans l’enfance. Ce qui est moins couramment le cas des femmes des cohortes étudiées.

Force musculaire réduite

L’article publié par Boris Cheval sur la force musculaire constate un lien significatif entre la pauvreté dans l’enfance et la faiblesse physique à un âge avancé. Même en tenant compte de l’hygiène de vie à l’âge adulte (activité sportive, tabac, alcool, alimentation), l’impact de l’enfance reste prépondérant, surtout pour les femmes.

« Il semblerait que les femmes qui n’ont jamais travaillé n’ont pas pu acquérir certaines compétences comportementales », analyse Stéphane Cullati, pour qui le paradoxe de la longévité plus grande des femmes n’est qu’apparent : « Ce n’est pas parce que les gens sont maintenus en vie plus longtemps qu’ils sont forcément en bonne santé. »

Le chercheur s’attend à voir les différences de genre s’estomper dans le futur, grâce à un meilleur accès à la formation et au monde du travail pour les nouvelles générations de femmes, tout en mettant en garde contre la « double peine » de celles qui cumulent travail professionnel peu qualifié et tâches domestiques.

Agir plus précocement

Les travaux du projet LIFETRAIL ont des implications évidentes en termes de politiques publiques. « Pour l’activité physique, par exemple, on constate qu’un haut niveau de formation annule l’effet des circonstances socio-économiques défavorables dans l’enfance », signale Boris Cheval. « Mais pour le débit expiratoire ou la force musculaire, par contre, l’effet reste marqué chez les femmes, indépendamment de leur trajectoire socio-économique à l’âge adulte. Il faudrait donc agir beaucoup plus précocement ! »

Une partie du projet de recherche, menée par Stefan Sieber, compare la santé auto-rapportée des enquêtés selon différents types de régimes sociaux et aboutit à la conclusion que la pauvreté dans l’enfance reste fortement associée à de mauvaises conditions de santé plus tard, quelle que soit la politique des pays aux quatre coins de l’Europe. Le défi est donc énorme.

Maintenant que le lien entre les conditions socio-économiques dans l’enfance et la santé à l’âge mûr est établi, l’équipe va s’intéresser de plus près à la temporalité de certains événements, tels que les pertes matérielles, les périodes marquées par la faim ou le décès des parents, afin de mieux comprendre quelles sont les phases les plus critiques, dans le développement de l’enfant, pouvant entraîner des problèmes de santé à long terme. Les chercheurs sont en train de tester ce modèle sur la probabilité de recommencer à fumer. Qui sont les candidats les plus vulnérables, les plus exposés à un risque de rechute ? Les données SHARE réservent encore bien des possibilités, qui ne demandent qu’à être explorées par cette équipe pleine d’énergie.

  • 1. Cheval, B. et al. (2018). Association of Early- and Adult-Life Socioeconomic Circumstances with Muscle Strength in Older Age. Age and Ageing. DOI 10.1093/ageing/afy003
  • 2. Cheval, B. et al. (2017). Effect of Early- and Adult-Life Socioeconomic Circumstances on Physical Inactivity. Medicine and Science in Sports and Exercise. DOI 10.1249/MSS.0000000000001472
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Internet a-t-il modifié les rapports amoureux ? Un projet de recherche ambitionne de le découvrir

Chercheuse post-doc au Pôle de recherche national LIVES et assistante à l’Université de Genève, Gina Potarca a reçu un subside « Ambizione » du Fonds national suisse de la recherche scientifique afin d’étudier les effets des technologies numériques sur les relations amoureuses contemporaines et la formation des couples.

Au cours des dernières années, la drague sur Internet, en particulier via les applications sur smartphone, est devenue un des moyens les plus répandus de rechercher un·e partenaire. Cela a profondément transformé les dynamiques de rencontres, en offrant une abondance sans précédent d’opportunités, à moindre effort et sans intervention de tiers. Les observateurs débattent vivement des altérations que les nouvelles technologies provoqueraient sur l’essence-même des rapports amoureux. Certains affirment qu’Internet creuserait les inégalités socioéconomiques (en connectant les plus avantagés avec des personnes de même profil), et menacerait l’existence de relations stables (une offre illimitée de choix possibles rendant les gens incapables de s’investir dans une histoire d’amour exclusive). Jusqu’à présent, la recherche scientifique ne s’est pas illustrée dans cette discussion ; elle s’est surtout intéressée aux critères de recherche et aux premiers échanges dans les phases initiales des contacts en ligne, sans regarder sur quoi ils débouchaient.

Le projet de Gina Potarca étudiera de manière approfondie les conséquences de ce nouveau contexte historique de quête et de sélection de partenaires amoureux. Il pose deux questions fondamentales : en premier lieu, est-ce qu’Internet contribue à la reproduction des inégalités sociales à travers le mariage ? Et deuxièmement, est-ce les nouvelles technologies entraînent un déclin général de l’engagement dans une relation suivie ? Ces deux interrogations visent à mieux comprendre si les rencontres sur Internet changent le profil des personnes qui se mettent en couple, qui s’assemble avec qui, et pour combien de temps.

Son projet a reçu le financement du Fonds national suisse de la recherche scientifique dans le cadre des subsides « Ambizione » et va commencer tout début 2018. Cette recherche démarre à point nommé pour saisir sur le vif les conséquences démographiques d’une révolution technologique en plein essor.

Comprendre les mutations amenées par Internet

« Les manières dont les gens utilisent les outils en ligne pour entrer en contact et construire leurs relations amoureuses ont des répercussions sur leur bien-être, leurs comportements reproductifs, mais aussi sur la reproduction des inégalités au sein des populations. Il est donc impératif de comprendre toute mutation potentielle que l’utilisation d’Internet risque d’entraîner dans le paysage amoureux contemporain, ce qui pourrait impliquer également des conséquences étendues à long terme sur l’évolution sociodémographique », souligne la chercheuse dans son descriptif de projet.

Gina Potarca prévoit d’utiliser et de croiser des données de panel américaines, allemandes et suisses, ainsi que des données d’enquêtes transversales suisses et françaises. Son étude permettra de retracer pour la première fois les processus de rencontre en ligne dans le temps et à travers différents pays, de manière rigoureusement longitudinale et en portant une attention spécifique aux effets de sélection. Elle a été personnellement impliquée dans l’adaptation des enquêtes de panel, notamment l’américaine et en particulier l’allemande, afin d’inclure des questions sur l’endroit où les couples se sont rencontrés et où les célibataires cherchent un·e partenaire. D’autres sources de données sont en passe d’être adaptées dans le même sens.

Les subsides Ambizione visent à soutenir durant quatre ans des jeunes chercheuses et chercheurs qui souhaitent réaliser, gérer et diriger un projet planifié de manière autonome au sein d'une haute école suisse. À la mi-janvier 2017, 289 jeunes chercheuses et chercheurs ont déposé une requête dans le cadre d'Ambizione. Après un processus de sélection en deux étapes, le FNS a attribué 89 nouveaux subsides. Avec 32 subsides octroyés à des femmes (soit 36 %), l'objectif des 35 % de bénéficiaires féminines a été atteint.

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Des méthodes innovantes pour étudier les « secondos » et lutter contre les stéréotypes

Un nouveau livre issu de la série Life Course Research and Social Policies vient de paraître aux éditions Springer. Édité par trois membres du Pôle de recherche national LIVES, ce septième volume met en avant l’importance de la méthodologie pour la recherche sur les migrants de deuxième génération. Ses treize chapitres centrés sur l’approche par les parcours de vie révèlent qu’une caractérisation rigoureuse des groupes de migrants et un choix réfléchi des référentiels de comparaison sont capitaux pour l’étude de ces populations, particulièrement exposées aux généralisations et aux discriminations.

La Suisse est un pays de forte immigration. Des personnes issues de toutes origines et de tous milieux sociaux y affluent depuis des générations. Dans l’arc lémanique, si l’on prend en compte la nationalité des parents ou des grands-parents, 40 % de la population est ainsi d’origine étrangère. Ce qu’il advient des « secondos » est donc d’un intérêt fondamental : « Leur devenir est influencé parla façon d’accueillir les migrants de première génération », relève Claudio Bolzman, professeur à la Haute école de travail social Genève (HETS / HES-SO), qui a dirigé cette publication avec Laura Bernardi et Jean-Marie Le Goff, de l’Université de Lausanne.

Les deuxièmes générations constituent des populations de choix pour la recherche sur l’intégration. Elles peuvent être étudiées de manière longitudinale — observations répétées sur un même échantillon de personnes à travers une longue période de temps —, tant de manière rétrospective, en s’intéressant aux parcours des parents ou des grands-parents depuis les pays d’origine, qu’en suivant les trajectoires de leurs enfants et petits-enfants dans le pays d’accueil. Pourtant, malgré l’importance numérique des deuxièmes générations, les chercheurs du PRN LIVES ont constaté que les études existantes s’appuyaient souvent sur des descriptions incomplètes et des constructions méthodologiques inappropriées.

Définir de quoi et de qui l’on parle

Or, la méthodologie est cruciale pour étudier de manière systématique les secondos, qui sont souvent victimes des stéréotypes les plus tenaces. Claudio Bolzman déplore le fait qu’on ne sache jamais vraiment de quoi, ni de qui l’on parle, et encore moins ce que l’on compare : « Les médias français, par exemple, ont tendance à dire que les personnes d’origine magrébine s’intègrent mal, mais oublient de parler de toutes celles qui réussissent ». Le livre propose des outils pour suivre et comprendre ces populations dans le contexte suisse, mais aussi européen, africain et nord-américain. Toutes les méthodes décrites dans cet ouvrage sont en effet transposables à d’autres contextes migratoires.

Pour étudier correctement les deuxièmes générations de migrants, les auteurs avancent que les caractéristiques des populations à étudier doivent d’abord être adéquatement prédéfinies. Claudio Bolzman remarque que « les études ont tendance à se focaliser sur les origines nationales, alors qu’il faudrait aller bien plus en profondeur ». Le rôle social, l’ancrage local dans un quartier ou la génération concernée constituent des facteurs capitaux. De plus, les critères de comparaison sont importants. « Il faut définir ce que l’on compare afin de découvrir pourquoi, à l’intérieur d’un même groupe, certains réussissent et d’autres pas », précise-t-il.

Comparer ce qui est comparable

Pour comprendre les moments charnières, ces transitions qui font basculer la vie d’un côté ou de l’autre, le chapitre d’Andrés Guarin et Emmanuel Rousseaux identifie par exemple les facteurs qui influencent le chômage et l’accès à la vie active des secondos de différentes origines en Suisse. Il s’appuie sur une approche longitudinale, alliée à l’utilisation d’une technique d’analyse issue des sciences fondamentales, le data mining, pour approfondir et contrôler les variables.

Les personnes issues de l’immigration étant sous-représentées dans les postes hautement qualifiés, tout comme dans les postes sous-qualifiés, Guarin et Rousseaux en ont déduit qu’il était inapproprié de comparer les immigrés de deuxième génération à la population suisse dans son ensemble, puisqu’ils ne correspondent pas aux mêmes catégories sociales. Ils ont donc comparé leur cohorte de deuxième génération à des personnes appartenant aux mêmes catégories socioprofessionnelles. Forts de cette approche, les chercheurs ont pu démontrer que le niveau de formation des parents influence énormément le risque d’être au chômage ou la réussite professionnelle des enfants. Leur article souligne également que les préjugés sur l’origine nationale ou ethnique pénalisent l’accès à la vie active.

Croiser les approches

La combinaison de méthodes d’analyses quantitatives et qualitatives permet d’obtenir des panoramas de situations plus clairs et détaillés. Andrés Gomensoro et Raúl Burgos Paredes proposent d’utiliser l’outil du « calendrier de vie », croisé avec un entretien personnalisé, pour combiner une information factuelle quantitative avec des informations subjectives qualitatives, et ainsi « faire émerger des phénomènes sociaux non perçus par les analyses statistiques », explique Claudio Bolzman.

Ces deux approches sont testées sur la transition à l’âge adulte des immigrés albanophones, une des populations les plus stigmatisées de Suisse, pour qui l’accès à l’emploi reste problématique. Les auteurs ont cherché à savoir ce qui faisait la différence au sein de cette population et ont remarqué que dans la plupart des cas de réussite, certaines ressources sociales ou institutionnelles étaient présentes : un professeur plus impliqué que les autres, des personnes influentes dans le réseau familial ou amical, le fonctionnement d’un quartier ou des dispositions cantonales particulières.

Dépasser les frontières

Prendre en compte le caractère transnational de la société est un autre aspect méthodologique particulièrement pertinent. En effet, les sociétés sont encore trop souvent définies en termes d’État, c’est-à-dire en fonction du contexte politique et institutionnel interne au pays ; alors qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes construisent leur vie de part et d’autre des frontières, en ayant des proches à l’étranger ou par la simple utilisation d’internet.

De plus, l’actualité internationale a des répercussions sur la vie des populations à l’échelle locale. Les sociétés se sont globalisées ou fortement internationalisées, et leurs frontières formelles ne coïncident plus avec la vie réelle des gens. À ce titre, le chapitre de Marina Richter et Michael Nollert démontre que les enfants des migrants espagnols sont en relation étroite avec leur réseau à l’extérieur du pays d’accueil. Peggy Levitt, Kristen Lucken et Melissa Barnett illustrent pour leur part que les jeunes Indiens des États-Unis réinventent la religion hindouiste ou musulmane à partir de références indiennes réinterprétées à la sauce américaine.

Des pistes pour l’avenir

Bolzman, Bernardi et Le Goff concluent leur ouvrage en suggérant des pistes de futures recherches et formulent plusieurs recommandations. Ils rappellent l’importance de bien identifier les populations étudiées et de ne pas se focaliser uniquement sur celles qui sont marginalisées, afin de pouvoir identifier les facteurs propices au succès. Les auteurs appellent à lancer des études qui ne s’arrêtent pas au début de la vie adulte, mais qui s’intéressent à l’intégralité des parcours de vie, en incluant les transitions, les relations intergénérationnelles et les aspects transnationaux, et en privilégiant une approche comparative.

>> Bolzman, C., Bernardi, L., Le Goff, J.-M. (eds.) (2017). Situating Children of Migrants across Borders and Origins. A Methodological Overview. Dordrecht, The Netherlands: Springer, Life Course Research and Social Policies, Vol. 7

Auteur: Yann Bernardinelli (Les Mots de la Science)

Avis aux chercheur·e·s

La dernière version de la base de données LIVES Cohort pour les années 2013 à 2016 (vagues 1 à 4 pour les répondants recrutés en 2013) est maintenant disponible sur le site internet du Panel suisse de ménages (PSM). L’étude LIVES Cohort récolte annuellement des informations sur le parcours de vie de jeunes adultes vivant en Suisse depuis leur enfance, avec un sur-échantillonnage de personnes issues de la migration. Ces données incluent plusieurs mesures de vulnérabilité psycho-sociale telles que l’identité et la discrimination (W2, 2014), l’anomie (W2, 2014), le stress (à partir de W4, 2016 et répétées annuellement), la satisfaction dans différents domaines de la vie (W3, 2015), ainsi que d’autres variables psychologiques (W3, 2015), politiques (W2, 2014), sanitaires et sociales (W1-4, 2013-2016). L’accès à ces données est gratuit et peut être obtenu via le site du PSM.

Appel à contribution pour la Revue Social Change in Switzerland

Appel à contribution pour la Revue Social Change in Switzerland

La revue Social Change in Switzerland vient de passer le cap du 12ème numéro. Son but est de communiquer les résultats de la recherche sur le changement social en Suisse à un public plus large que le seul monde académique. Le comité éditorial invite les auteur·e·s potentiel·le·s à soumettre des propositions d’articles sur le changement social en Suisse.

Cette revue est éditée depuis 2015 à l’Université de Lausanne par FORS, LINES et le Pôle de recherche national LIVES. Comme toute parution est accompagnée d’un communiqué de presse, les articles bénéficient d’une importante attention médiatique.

La longueur des articles est de 8 à 10 pages. Ils s’adressent à un public de non-spécialistes et sont écrits en français ou en allemand. La rédaction organise la traduction dans l’autre langue. Tous les articles sont évalués au préalable par le comité éditorial.

Social Change in Switzerland publie des résultats empiriques novateurs qui documentent un aspect du changement social ou de la structure sociale en Suisse. Les anciens numéros portent par exemple sur les élites en Suisse, la mobilité sociale au 20ème siècle, les inégalités scolaires ou le vote ouvrier depuis 1970.

Les propositions d’articles peuvent être envoyées sous forme d’un résumé à Daniel Oesch, l’éditeur responsable de Social Change in Switzerland.

>> http://www.socialchangeswitzerland.ch/

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La classe moyenne suisse est en forte croissance, pas en déclin

La classe moyenne n’est pas en érosion en Suisse. Contrairement aux pays anglo-saxons, la structure des professions ne s’y est pas polarisée dans les années 1990 et 2000. Le 12ème numéro de la revue Social Change in Switzerland montre que l’emploi a surtout crû dans les métiers hautement qualifiés et diminué dans les postes à faible niveau de qualification.

Les observateurs de la révolution numérique craignent que l’automatisation ne menace de nombreux métiers qualifiés. L’emploi ne croîtrait alors plus qu’aux marges – dans les professions intellectuelles bien rémunérées ainsi que dans les services à la personne peu rétribués. Le résultat serait l’effondrement de la classe moyenne.

Dans une nouvelle étude, Daniel Oesch et Emily Murphy réfutent cette thèse. Sur la base des recensements de la population de 1970 à 2010, ils montrent qu’au cours de chaque décennie, l’emploi a crû le plus dans les professions les mieux rémunérées et, à l’exception du boom immobilier des années 1980, a surtout diminué dans les métiers les moins bien payés.

Cette amélioration de la structure de l’emploi s’explique par la croissance de la classe moyenne salariée, soutenue par la forte augmentation des niveaux de formation. Entre 1991 et 2016, les cadres, gérants et autres experts sont passés de 34 à 48% de la population active, alors que la part des ouvriers de production a chuté de 23 à 16%, et celle du personnel auxiliaire de bureau de 17 à 8%.

Seule une catégorie de la classe ouvrière a augmenté depuis 1991 : les travailleurs et travailleuses des services à la personne, qui sont passés de 13 à 15%. Cette croissance a cependant été trop faible pour compenser la suppression des postes dans l’agriculture, l’industrie et le back office. Le progrès technologique n’a donc pas érodé la classe moyenne, mais clairsemé les rangs des ouvriers industriels et du petit personnel administratif.

>> Daniel Oesch & Emily Murphy (2017). La classe moyenne n’est pas en déclin, mais en croissance. L’évolution de la structure des emplois en Suisse depuis 1970. Social Change in Switzerland No 12, www.socialchangeswitzerland.ch

Contact : Daniel Oesch, +34 91 624 85 08, daniel.oesch@unil.ch

La série Social Change in Switzerland documente, en continu, l’évolution de la structure sociale en Suisse. Elle est éditée conjointement par le Centre de compétences suisse en sciences sociales FORS, le Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (Faculté des sciences sociales et politiques, Université de Lausanne) LINES et le Pôle de recherche national LIVES – Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie (PRN LIVES). Le but est de retracer le changement de l’emploi, de la famille, des revenus, de la mobilité, du vote ou du genre en Suisse. Basées sur la recherche empirique de pointe, elles s’adressent à un public plus large que les seuls spécialistes.

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Les frontières de la monoparentalité sont floues. Un nouveau livre aide à faire le point

Le 8e volume de la série Life Course Research and Social Policies, dirigée par le Pôle de recherche national aux éditions Springer, est dévolu à une problématique centrale de l’étude des parcours de vie : la complexité croissante des formes familiales, qui touche un nombre de plus en plus important de personnes vivant l’expérience de la monoparentalité à un moment de leur trajectoire. Généralement associée à un plus grand risque de vulnérabilité, la monoparentalité est un processus dynamique qui ne doit pas être enfermé dans des stéréotypes et met au défi les politiques sociales.

Née dans la foulée d’un colloque organisé par le Pôle de recherche national LIVES en 2014, la publication qui sort ces jours en accès libre, intitulée Lone Parenthood in the Life Course, réunit 15 chapitres qui multiplient les points de vue sur la monoparentalité et offrent une vision comparative et interdisciplinaire de ce phénomène devenu si courant en ce début de 21e siècle.

Le livre édité par Laura Bernardi, professeure à l’Institut des sciences sociales de l’Université de Lausanne et vice-directrice du PRN LIVES, et Dimitri Mortelmans, professeur de sociologie à l’Université d’Anvers, dépeint la multiplicité des situations de monoparentalité dans divers pays et s’intéresse à la complexité de ces familles sous plusieurs angles : accès au travail et aux prestations sociales, santé, bien-être, représentations, capital social, etc.

« L’hétérogénéité croissante des foyers monoparentaux n’a pas encore été assez soulignée dans la littérature scientifique », estime la Prof. Bernardi. En trois décennies, leurs profils se sont en effet diversifiés. Autrefois, la monoparentalité concernait principalement des personnes veuves et plus rarement des « filles-mères » réprouvées. Aujourd’hui, elle touche une population beaucoup plus étendue, principalement des femmes divorcées ou séparées. Mais la durée moyenne de l’état de monoparentalité a nettement diminué, en raison d’un très fort taux de remise en couple après quelques années en solo. A quoi s’ajoutent des situations de plus en plus courantes de garde alternée.

Appréhender la complexité des formes familiales

« Ces changements rendent difficile la définition de la monoparentalité dans des frontières précises. Les critères sociodémographiques et administratifs ne se recoupent pas toujours, et correspondent parfois très peu aux dynamiques résidentielles des enfants ou à l’expérience réelle des parents », explique Laura Bernardi.

Par exemple, une mère seule avec ses enfants qui emménage avec un nouveau partenaire ne reste pas toujours considérée comme un foyer monoparental, selon les institutions. Pourtant, la plupart du temps la monoparentalité ne prend pas fin avec la formation d’un nouveau couple, même si le parent ne vit plus seul avec ses enfants : « Les obligations légales continuent de reposer sur le parent gardien, tandis que des points de vue économique et affectif, tout dépend par contre de l’implication du nouveau partenaire auprès de l’enfant », souligne Laura Bernardi.

Selon la chercheuse, les données administratives et celles récoltées par les enquêtes scientifiques devraient fournir plus de détails sur les conditions de vie concrètes des enfants et permettre de mieux savoir qui s’occupe d’eux, pendant combien de temps, et comment sont pris en charge les différents frais.

En Suisse et ailleurs

L’introduction du livre apporte une revue des dernières recherches sur la monoparentalité en lien avec diverses dimensions du parcours de vie, et réunit plusieurs sets de données pour présenter un panorama de l’évolution des situations de monoparentalité depuis les années 1960 dans une vingtaine de pays, dont la Suisse, la Russie, les Etats-Unis et plusieurs Etats européens.

Les chapitres suivants développent plusieurs thématiques dans différents contextes nationaux. Celui sur la Suisse, rédigé par Laura Bernardi et Ornella Larenza, rend compte d’une étude qualitative menée auprès de 40 monoparents dans les cantons de Genève et Vaud. Il montre que la transition à la monoparentalité est souvent un processus non-linéaire et progressif, dont le début et même parfois la fin sont difficiles à dater exactement par les personnes concernées, qui expriment de fortes ambivalences dans leurs relations avec leur(s) (ex-)partenaire(s) et face à leur situation familiale.

Dans un paysage de plus en plus courant de familles non traditionnelles, délimiter les frontières de la monoparentalité est-il alors vraiment utile ? Oui, estime Laura Bernardi : « Parce que si le besoin d’une définition précise de la monoparentalité peut être questionné dans ce contexte d’arrangements transitoires, le besoin demeure de savoir qui est légalement et pratiquement responsable des enfants. » Par contre, la chercheuse estime que les politiques devraient « repenser les droits et les devoirs des parents dans un cadre élargi de configurations familiales complexes, plutôt que de classer les monoparents comme une population homogène de gens dans le besoin. »

Monoparentalité et précarité

Mais l’étendue du phénomène ne doit pas non plus occulter le fait que les familles monoparentales restent une catégorie plus susceptible de connaître la précarité. Plus précisément, les risques apparaissent surtout quand plusieurs facteurs se cumulent : jeunesse de la mère, manque de formation, chômage, problèmes de santé. La monoparentalité est ainsi à l’intersection des inégalités de genre et de classe, rendues plus sensibles encore par les structures sociales.

Un chapitre montre ainsi que les pays les moins avancés en matière d’égalité homme-femme sont également ceux où les taux de pauvreté des mères seules sont les plus élevés. La faible intégration des femmes au marché du travail et la difficulté à concilier emploi et vie de famille augmentent significativement le risque de devoir recourir à l’aide sociale.

Pourtant la recherche indique que les mères seules qui travaillent ont un meilleur niveau de bien-être, sont plus heureuses, moins stressées et en meilleure santé que celles qui s’occupent de leurs enfants à plein temps, comme l’a par exemple démontré Emanuela Struffolino, une des auteures du livre, dans un autre article publié en 2016 avec Laura Bernardi et Marieke Voorpostel sur la base de données du Panel suisse de ménages1.

Pour des politiques universalistes

Un des constats du livre est que les politiques sociales ciblant spécifiquement les monoparents en tant que groupe homogène fonctionnent moins bien que les mesures universelles. Les mesures ciblées de manière simpliste peuvent même s’avérer contre-productives et risquent de dissuader les monoparents de travailler ou de se remettre en couple, avertit Laura Bernardi.

Selon elle, « mettre en œuvre des politiques garantissant l’équilibre travail-famille pour tous les parents aurait de meilleurs résultats pour réduire la pauvreté et les risques en matière de santé que des mesures ciblées et stigmatisantes. »

Et puisque la monoparentalité est finalement avant tout un risque pour les très jeunes femmes sans qualifications, Laura Bernardi estime qu’une piste importante d’amélioration réside dans la promotion de possibilités de formations pour tous, à tout âge, et quel que soit le statut parental. « La transition de l’école au travail devrait être flexible et permettre aux jeunes mères de développer des compétences professionnelles de manière à prévenir la spirale négative des désavantages. »

>> Laura Bernardi & Dimitri Mortelmans (eds.) (2017). Lone Parenthood in the Life Course. Dordrecht, The Netherlands: Springer, Life Course Research and Social Policies, Vol. 8.

  • 1. Struffolino E., Bernardi L., Voorpostel M. (2016) Self-reported Health among Lone Mothers in Switzerland:Do Employment and Education Matter? Population-E, 71 (2) pp. 187-214. DOI: 10.3917/pope.1602.0187. Winner of the Population Young Author Prize 2016.

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