Travail social et parcours de vie sous le signe de l'accélération

Travail social et parcours de vie sous le signe de l'accélération

Le 4e Congrès international de la Société suisse de travail social (SSTS) porte sur les métamorphoses du travail social dans une société marquée par l’accélération sociale et technologique liée à la concurrence débridée caractéristique du capitalisme contemporain. Il aura lieu les 12 et 13 septembre 2018 à la Haute école de travail social et de la santé | EESP à Lausanne (Suisse). Délai de soumission des propositions: 15 février.

L’incertitude des institutions sociales et politiques, des relations familiales et d’emploi contribuent à amener davantage de vulnérabilité dans les parcours de vie. L’augmentation des inégalités produit une intensification des rythmes de vie des personnes en emploi, mais également le désœuvrement de celles et ceux qui sont exclus du marché du travail. 

Dans ce contexte, cette multiplicité d’expériences et de situations de vie critiques semblent vécues dans une temporalité de plus en plus resserrée. 

Comment cela affecte-t-il les institutions et les individus? Comment le travail social se transforme-t-il en regard de ces mutations? Comment les problèmes sociaux évoluent-ils? Comment les technologies mises en œuvre pour y répondre se modifient-elles et avec quelles conséquences sur les récipiendaires?

Le congrès appréhende ces questions à travers trois axes sous le signe de l’accélération:

Accélération et politiques sociales

L’accélération sociale a des conséquences sur le fonctionnement politique des démocraties libérales occidentales, sur leurs modes de délibération et leurs structures d’application avec une propension à remplacer les lois par des dispositions procédurales plus fluides. Les politiques sociales sont également touchées par ce processus. 

Les contributions qui s’inscrivent dans ce premier axe doivent s’attacher à réfléchir, penser et conceptualiser les transformations des politiques sociales dans le contexte du capitalisme contemporain. Les questions suivantes doivent être traitées: 

  • Comment analyser ces transformations au regard de l’accélération sociale et technologique? 
  • Dans quelle mesure débouchent-elles sur des changements des représentations et des pratiques du travail social? 
  • Comment penser les temps de l’intervention sociale? 
  • Quelles sont les innovations sociales qui accompagnent l’accélération sociale et technologique? 
  • Quelles sont les incidences de l’accélération sur les formes de management, de gouvernance, de bureaucratisation, sur les exigences d’efficacité et d’efficience des politiques sociales? 
  • Comment et dans quelle sphère s’opèrent les transferts de charge entre le public et le privé, entre l’État, la philanthropie et la famille?

Penser le travail social en fonction des parcours de vie

Le second axe se concentre sur les parcours de vie des publics du travail social. Ces parcours de vie sont le produit d’un ensemble de normes, de procédures et de règles plus ou moins formalisées, et sont encadrés administrativement et institutionnellement dans des temporalités spécifiques. Dans ce contexte, l’âge s’impose comme un critère de classement naturalisé (parmi d’autres comme le sexe). 
Les contributions qui s’inscrivent dans ce second axe se concentrent sur les questions suivantes: 

  • Comment se déploient les parcours de vie d’une clientèle du travail social désormais sommée de se responsabiliser, de s’activer, de s’inventer ou de se réinventer dans une temporalité toujours plus courte?
  • Comment accompagner des récipiendaires dans des dispositifs routiniers (Lipsky, 1980), alors même que les parcours sont plus incertains, qu’ils se dé-standardisent, que les statuts sont moins stables et moins pérennes?
  • Comment les travailleurs et travailleuses sociales s’ajustent-ils et elles – ou non – aux évènements critiques, aux transitions ou aux bifurcations biographiques?
  • Comment le travail social intègre-t-il la notion de parcours de vie dans sa pratique et sa réflexion? 
  • Comment prend-il ou non en compte les rapports sociaux d’âge, de sexe, de race et de classe ? 
  • Quels enjeux représentent, pour la formation et la recherche en travail social, l’inclusion du parcours de vie, dans ses dimensions individuelles et sociopolitiques ?

Multiplication des acteurs et actrices et reconfigurations de l'intervention sociale

Les changements du capitalisme contemporain ont pour effet de forcer des populations à changer de territoire, ce qui questionne les frontières des États-nations. Ce processus entraîne une complexification du travail social en ce qu’il met travailleurs et travailleuses sociales devant le défi de répondre, généralement sur le plan local, à l’internationalisation des problèmes sociaux, aux problèmes liés aux conséquences de la (dé-)colonisation et aux effets des catastrophes écologiques. Ils et elles se trouvent dans la situation paradoxale de devoir à la fois promouvoir la qualité de vie des récipiendaires  sur le plan individuel et de répondre aux exigences de rationalisation, d’efficience et d’efficacité dictées par les formes néo-libérales de management et de bureaucratisation des pratiques.
 
Certains pays régulent davantage que d’autres les conditions d’exercice du travail social et tendent à renforcer et légitimer son existence en tant que profession. D’autres s’inscrivent davantage dans un contexte de remise en cause généralisée des professions qui fragilise travailleurs et travailleuses sociales, renforce les formes de déprofessionnalisation, génère une multiplication des acteurs et actrices de l’intervention sociale, et tend à reconfigurer les pratiques, à ajuster  les méthodologies d’intervention existantes ou à en inventer de nouvelles. 

Les contributions qui s’inscrivent dans ce troisième axe doivent s’intéresser au (dé-)cloisonnement des pratiques professionnelles, à la reconnaissance de l’expertise des travailleurs et travailleuses sociales, notamment dans la dialectique entre savoir profane et savoir expert. 

  • Comment, au gré des parcours de vie, s’opèrent la division des territoires professionnels, bénévoles et familiaux, les transferts de charge et la segmentation du marché du travail social?
  • Quelles sont les formes que prennent les collaborations qui l’accompagnent?
  • Comment s’inscrivent-elles dans des dispositifs interdisciplinaires ou intersinsitutionnels?

>> Appel à communications

Comité d'organisation :

Isabelle Csupor, Valérie Hugentobler, Pascal-Eric Gaberel, Morgane Kuehni, Mauro Mercolli, Jean-Pierre Tabin (HES-SO // HETS&Sa | EESP | Lausanne)
Laurence Bachmann, Francis Loser (HES-SO // HETS-Genève)
Jean-François Bickel (HES-SO // HETS-Fribourg)
Barbara Waldis (HES-SO // Valais)
Spartaco Greppi (SUPSI)
Jean-Michel Bonvin, Pascal Maeder, Dario Spini (LIVES)

Contact : Khadija Hemma, Project Coordinator (HES-SO // HETS&Sa | EESP | Lausanne)