Emploi dès la trentaine: le type de formation n’altère pas les perspectives

Emploi dès la trentaine: le type de formation n’altère pas les perspectives

Comme l'a montré la thèse de Maïlys Korber, défendue avec succès le mois dernier, les perspectives d’emploi sont aussi bonnes en deuxième partie de carrière pour les personnes ayant une formation professionnelle que pour celles ayant suivi une formation générale.

Dans sa thèse de doctorat intitulée « The labour market returns to vocational education over the life course », défendue avec succès le 12 février dernier à l’Université de Lausanne, Maïlys Korber a montré que, au cours de la seconde moitié de leur carrière, les perspectives d'emploi restent aussi bonnes pour les travailleuses et travailleurs ayant suivi une formation professionnelle (apprentissage) que pour celles et ceux issu·e·s de l'enseignement général (formation de culture générale et maturité). Toutefois, des différences salariales apparaissant dès le milieu de carrière.

La chercheuse a reçu les félicitations du jury*, dont celles du Prof. Thijs Bol, enseignant au Département de Sociologie de l’Université d’Amsterdam, qui en a souligné plusieurs points forts. Il estime notamment que les questions sous-tendant la recherche sont « opportunes et importantes », leur objectif principal étant de comprendre les effets du marché du travail d’un diplôme professionnel dans une perspective de parcours de vie.

Evolution avec l’âge

Comme l’explique Maïlys Korber, la formation professionnelle est reconnue pour faciliter l'entrée sur le marché du travail, en fournissant des compétences spécifiques facilement applicables dans un métier donné. Toutefois, si ce type de formation peut permettre aux jeunes de trouver une bonne adéquation au début de leur carrière, il peut rendre les travailleuses et travailleurs plus âgé·e·s vulnérables aux changements technologiques et à l'évolution de la structure professionnelle.

De leur côté, les personnes titulaires d'une formation générale peuvent, elles, avoir plus de difficultés à entrer sur le marché du travail en raison d'un manque de compétences spécifiques. Toutefois, elles pourraient avoir plus de facilité à s’adapter aux changements et évolutions en raison de la plus grande flexibilité des compétences générales.

Influence du diplôme au long du parcours de vie

La chercheuse a abordé cette question à travers quatre chapitres empiriques. Cela en utilisant différentes bases de données pour étudier l'emploi et les salaires tout au long de la vie des titulaires d'une formation professionnelle, et en les comparant à ceux des titulaires d'une formation générale – principalement – mais aussi d'une formation initiale. Ses analyses se sont concentrées sur la Suisse, mais contiennent également une comparaison avec le Royaume-Uni.

Comme l’a résumé le Prof. Thijs Bol, qui a qualifié le travail de la chercheuse de contribution importante à la littérature dans ce domaine: « La question principale reste la même tout au long des chapitres : les personnes détenant un diplôme professionnel se portent-elles mieux que celles détenant un diplôme général, et comment cela change-t-il tout au long de leur parcours de vie? »

Revenus inférieurs pour la formation professionnelle

Les résultats montrent que, au cours de la seconde moitié de leur carrière, les perspectives d'emploi restent aussi bonnes pour les travailleuses et travailleurs issu·e·s de la formation professionnelle que pour celles et ceux ayant suivi l'enseignement général. Toutefois, la formation professionnelle est associée à des revenus inférieurs une fois la trentaine atteinte. Et ce désavantage est plus important chez les femmes que chez les hommes. Ces résultats concernent le niveau secondaire supérieur ; au niveau tertiaire, les perspectives d’emploi et de salaire semblent aussi bonnes pour les titulaires d’un diplôme d’une formation professionnelle que pour les personnes ayant un diplôme d’une formation générale.

Démarche vraiment « innovante » 

Le Prof. Thijs Bol a relevé que le deuxième point fort du travail de Maïlys Korber était son recours à différentes approches pour répondre aux questions de sa recherche : l’utilisation de données du panel suisse, la comparaison entre la Suisse et le Royaume-Uni, l’utilisation des données de haute qualité des nouvelles et nouveaux venu·e·s sur le marché du travail, ainsi que l’utilisation des données récoltées sous forme de vignette. Le Prof. Thijs Bol a même estimé que c’était un important atout de cette thèse, et s’est dit particulièrement enthousiaste de l’utilisation des données de vignette, une démarche « vraiment innovante » dans ce domaine. Il s’est d’ailleurs dit persuadé que la thèse de Maïlys Korber, qui apporte « d’importantes contributions à ce domaine émergent de la recherche sociologique et économique », allait être publiée dans une revue de qualité et ainsi trouver l’attention qu’elle méritait.

* Membres du jury : Prof. Eva Green, Vice-doyenne UNIL (Présidente); Prof. Daniel Oesch, ISS (Directeur de thèse); Prof. André Berchtold, ISS; Prof. Thijs Bol, Université d'Amsterdam ; Prof. Ben Jann, Université de Berne; Prof. Irene Kriesi, Institut Fédéral des Hautes Etudes en Formation Professionnelle à Zollikofen; Prof. Leen Vandecasteele, ISS.